LE CHATEAU DE LA TUILERIE
rue Raynouard ; mais le décret du 2 octobre 1865 a réuni cette section à la rue La Fontaine, qui est devenue ainsi le prolongement, sur Auteuil, de la rue Raynouard ; actuellement, cette dernière rue se irouve, sous ce nom et dans toute son étendue, sur le territoire du quartier de Passy.
Le domaine de la Tuilerie remontait à une époque très reculée ; en effet, on voit figurer dans le compte des prévôts et baillis de France, en 1248, une recette de 50 sols provenant de la terre des Tuileries de Pacy (sic). En 1655, ce domaine était grevé d’un cens de 3 sols parisis envers l'abbaye de Sainte- Geneviève. Dans un document de 1719, on le désigne ainsi : « Maison et jardin entre Passy et Auteuil, appelé vulgairement les tuilleries de Passy, paroisse d'Auteuil. » Ce nom provenait, sans doute, de ce qu'une fabrique de tuiles était établie dans le voisinage.
Le château de la Tuïlerie, rebâti,sous Louis XVI, par le marquis Latour du Pin-Gouvernet, avait été nommé d’abord le château invisible, parce qu'étant entouré d'arbres épais, il n'était aperçu d'aucun côté, bien qu'il jouit lui-même d'une vue fort étendue. Il devint ensuite la résidence de la comtesse de Brienne, qui s'était intéressée à Napoléon lorsqu'il était élève à l'École militaire ; le général Bonaparte s'y reposa à son retour d'Égypte; il fut la demeure de Talleyrand, sous le Consulat, du général du génie Michaud d'Arçon, collaborateur de Carnot, et, en 1840, de Thiers, qui était président du conseil des ministres. Comme il n'était pas toujours d'accord avec le roi Louis-Philippe, les journaux de l'époque avaient imaginé ce jeu de mots : « La Tuilerie dit oui, mais les Tuileries disent non. » Le château de la Tuilerie, qui avait son entrée principale sur la rue du même nom, fut ensuite habité par la tragédienne Rachel, par le docteur Véron, auteur des Mémoires d'un bourgeois de Paris (1), et par Mme la comtesse de Montijo, mère de l’impératrice Eugénie, qui y fit construire une salle de spectacle, transformée ensuite en chapelle. Une partie de ce domaine fut aliénée en 1850 ; le château et la partie conservée du pare, ayant une superficie d'environ 45.000 mètres carrés, ont été acquis en 1855 de M. le comte Migeon, moyennant 430.000 francs, par la communauté religieuse de l’Assomption, qui vint s'y établir, après avoir quitté le n° 75 de la rue de Chaillot, sur l'emplacement de laquelle devaient être exécutés divers travaux de voirie. C'est donc du domaine de la Tuilerie que provient le beau parc des dames de l’Assomption (2).
Par acte daté du 15 prairial an XII, Mme de Vaudey, fille du général Michaud d’Arçon et propriétaire du château de la Tuilerie, céda gratuitement à la commune d'Auteuil 7 ares et 26 centiares pour élargir la sente de la Tuiïlerie, la prolonger jusqu'à la montagne de Boulainvilliers et convertir cette sente en chemin vicinal, pour faciliter les communications entre Auteuil et Passy. Un arrêté du 9 germinal an XII assigna à ce chemin une largeur de 8 mètres et 80 centimètres. Cette largeur fut portée à 10 mètres par l'ordonnance royale du 12 mai 1830. La commune d'Auteuil dut recourir à l’expropriation en 1838, pour acquérir les terrains nécessaires à l'achèvement de cette rue de la Tuilerie, dont la largeur a été portée à 12 mètres par l'arrêté
(1) Voir aux annexes (page 471) une note concernant la rue de la Tuilerie et, page 108 du second volume du Bulletin, un article de Mme Chochod-Lavergne sur le général :On.
d'Arc (2) Voir ci-après, page 201, les indications données au sujet de la rue de lAssomption,
du 16 avril 4857, et à 20 mètres (au moyen de nouveaux alignements du côté des numéros impairs) par le décret du 10 juillet 1882. Cette rue avait été munie de trottoirs exécutés de 1857 à 1859.
La partie de la rue La Fontaine qui formait autrefois la rue de la Tuilerie donne entrée au hameau La Fontaine, ainsi qu'au hameau Béranger, dont le chalet n° 3, d'abord transformé, puis actuellement entièrement démoli, a été habité (1) par le célèbre comédien Bouffé (1800-1888), qui eut beaucoup de succès au théâtre du Gymnase.
Au n° 40 de la rue La Fontaine se trouve l’orphelinat de l'abbé Roussel, fondé le 19 mars 1866 pour recueillir des enfants vagabonds, abandonnés ou maltraités et chercher à en faire d'honnèêtes gens. Il comprend deux sections, dont la première est l'œuvre de la première communion, qui est destinée aux enfants de treize ans et au-dessus, n'ayant pas encore reçu l'instruction religieuse ; ils restent dans la maison pendant trois mois, pour y recevoir cette instruction. La seconde section est l'œuvre des apprentis et est composée d'orphelins auxquels on apprend différents métiers, tels que ceux de menuisier, de serrurier, de tailleur, de mouleur, de cordonnier, de relieur et surtout de typographe. Les frères de Saint-Vincent-de-Paul prirent possession de cette œuvre le 1° mai 1895. M. l’abbé Fontaine succéda, en 1896, à M. l'abbé Roussel (qui est mort le 11 janvier 1897) dans la direction de cette maison ; il y a fait construire des bâtiments pour dortoirs et ateliers (2). Une école professionnelle y a été inaugurée le 2 mai 1898. Le nombre des pupilles s'élevait à 800, au commencement du xx° siècle. M. le sénateur Roussel, membre de l'Institut, est vice-président de l'œuvre.
On à vu ci-dessus que la rue Gros a fait partie, jusqu'en 1865, de la rue La Fontaine (section comprise entre la rue de Boulainvilliers et la rue de la Tuilerie). Un élargissement à 20 mètres, au droit d'immeubles appartenant à la Ville, a été prescrit par le décret du 10 juillet 1882 pour cette rue, dont la mise en état de viabilité n'a été terminée qu’en 1899, époque à laquelle la largeur réglementaire de 20 mètres a été réalisée entre le n° 10 et la rue La Fontaine. La dénomination actuelle de cette rue lui a été donnée par le décret précité du 2 octobre 1865,en mémoire du baron Antoine-Jean Gros (1771-1835), peintre d'histoire, qui fut présenté au général Bonaparte, dès son entrée à Milan, par Mme Joséphine Bonaparte, s'illustra par le tableau du général au pont d’Arcole et fit la campagne d'Italie avec le grade d’inspecteur aux revues. Il peignit, en 1804, les Pestiférés de Jaffa, puis Bonaparte aux Pyramides, le Lendemain d'Eylau, Francois I et Charles-Quint visitant la basilique de Saint- Denis. I fut nommé membre de l’Institut en 1815 et professeur à l'École des Beaux-Arts en 1816. On lui doit la décoration de la coupole de Sainte-Geneviève (Panthéon). Le prix de ce travail avait été fixé à 50.000 francs ; quand il fut terminé, Charles X dit à l'artiste : « Les rois doivent donner plus qu'on ne promet en leur nom, surtout quand ils ont à récompenser des hommes de votre mérite : voici 100.000 francs et le titre de baron. »
(1) Voir l'article de M. le commandant Dubois sur la maison de Bouffé, page 231 du Ile volume, ainsi que la page 106 du ITI° volume du Bulletin.
(2) M. l'abbé Beurlier, curé d'Auteuil, docteur ès-lettres et membre de la Société des Antiquaires de France, a bien voulu me communiquer des indications sur divers établissements religieux de sa paroisse,