‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 2)Chapitre 84 sur 329 · RUE CHARDON-LAGACHE · texte numérisé non relu

RUE CHARDON-LAGACHE

rue Chardon-Lagache, en effet, a une largeur de 20 mètres, tandis que l'arrêté préfectoral du 27 septembre 1837 avait fixé une largeur de 8 mètres pour la rue de la Municipalité qui, jusqu'à l'annexion, se terminait en impasse, sans atteindre l'avenue de Versailles.

Dès que l'administration de l'assistance publique eut loué à la Ville de ’aris les vastes terrains sur lesquels est établie l'institution de Sainte-Périne, elle proposa d'ouvrir un large boulevard entre l'extrémité de la rue de la Municipalité et la place de l'Église d'Auteuil et de donner à ce boulevard une largeur de 20 mètres ; par délibération du 11 septembre 1858, le conseil municipal d'Auteuil refusa de concourir à la dépense. Mais ce projet fut repris aussitôt après l'annexion, et le décret précité du 30 novembre 1862 prescrivit le percement d'une rue B, prolongeant la rue de la Municipalité, entre la rue Jouvenet et la place d'Auteuil ; toutefoïs ce prolongement, auquel l’arrêté du 26 février avait donné également le nom de rue de la Municipalité, ne fut réalisé qu’en 1869 ; ce travail, qui a été exécuté par M. Perrichont, a coûté 160.000 francs.

L'arrêté préfectoral du 4° août 1879 a donné à la rue de la Municipalité le nom de rue du Point-du-Jour. L’utilité publique du percement de cette rue a été déclarée par le décret du 5 février 1889 pour la partie comprise entre là rue Jouvenet et le boulevard Exelmans, par le décret du 9 avril de la même année pour celle qui s'étend du boulevard Exelmans à l'avenue de Versailles, Le prolongement de la rue Chardon-Lagache jusqu'à l'avenue de Versailles, aux abords du chemin de fer, a été exécuté en 1892, moyennant une dépense de 11.000 francs.

La partie de la rue Chardon-Lagache comprise entre le boulevard Exelmans et la rue de Musset a été élargie et améliorée en 1896; cette opération a coûté 10.000 francs.

Des candélabres et becs à incandescence ont été installés à la rue Chardon-Lagache, en novembre 1899, entre la rue Jouvenet et le boulevard Exelmans, en juin 1900 entre les rues Jouvenet et d'Auteuil. C’est de 1900 que datent la mise en état de viabilité des terrains cédés à la voie publique par les héritiers Deschandeliers (n° 81-83, à l'angle du boulevard Exelmans), et le convertissement en bois du pavage en pierre devant l'École Jean-Baptiste- Say, concurremment avec le passage du tramway Boulogne-Montreuil.

Le nom de rue du Point-du-Jour, attribué en 1879 à cette belle voie, pouvait créer une confusion avec la rue du même nom, existant à Billancourt : aussi le décret du 8 janvier 1895 et l'arrêté préfectoral du 10 mars 1896 ont-ils donné à la rue qui nous occupe sa dénomination actuelle, en mémoire du philanthrope Chardon-Lagache (1806-1879), dont le père (1) avait exercé la médecine pendant plus de cinquante ans à Auteuil, où il était surnommé le médecin des pauvres. Il avait fait une grande fortune dans le commerce, s’occupait sans relâche d'œuvres philanthropiques et était membre du conseil général de l'assistance publique. Il passait la plus grande partie de l'année dans sa propriété, rue d'Auteuil, 16 (2), autrefois rue Molière, 26; son parc, qui aboutissait à la rue d'Auteuil, s'étendait jusqu'aux rues Théophile-Gautier et

(1) Voir aux annexes (p. 495) l'article de M. E. Potin sur Chardon-Lagache. Les archives de la Société historique possèdent une Vie de cet homme de bien. Ce n° 16 est aujourd'hui le pensionnat de Miles Bouré,

George-Sand; après la mort du fils de Chardon-Lagache, survenue en 1893, cette propriété, qui a été morcelée par des opérations de voirie, avait été achetée par le marquis de Casa-Riéra, qui avait reçu, dans son hôtel de la rue de Berri, 29, la reine Isabelle, au moment où elle quitta l'Espagne. Cest M. de Casa-Riéra qui a cédé ces terrains pour la viabilité des rues Mignet et Leconte-de-Lille; c'est dans son parc que furent trouvées des pierres de l’ancienne église, réédifiées avec goût par M. Guimard dans la cour du presbytère. La maison de retraite Chardon-Lagache, dont la grille se profile en pan coupé sur la place d'Auteuil, occupe tout l'ilot compris entre les rues Chardon-Lagache, Wilhem et Mirabeau. Elle a été créée, entre 1863 et 1865, par Chardon-Lagache, de concert avec sa femme et son fils, pour abriter des vieil lards des deux sexes, ayant au moins 60 ans, qui, en dépit d'un long travail, n’ont pas pu réunir des ressources suffisantes pour vivre chez eux ; cette maison est aujourd'hui complètement administrée par l’Assistance publique. L'Institution de Sainte-Périne occupe, avec la maison de retraite Chardon-Lagache, une grande partie du pare de l'ancienne propriété seigneuriale qui servait de maison de plaisance (1) aux abbés de Sainte-Geneviève. L'abbaye de Sainte-Périne, à laquelle cette Institution doit son nom, était d'abord à Compiègne ; elle fut transférée, sous Louis XIV, à la Villette. En 1746, cette abbaye, à laquelle s'était réunie la communauté des religieuses chanoïnesses de l'ordre de Saint-Augustin (établie en 4638 à Nanterre), fut installée sur le côté droit de la rue de Chaillot; elle portait aussi le nom de Notre-Damede-la-Paix. La maison de Sainte-Périne fut fermée sous la Révolution ; M. Duchayla y fonda, en 1806, avec la devise: Olium cum dignilale, un asile pour la vieillesse, qui avait pour présidente d'honneur l'impératrice Joséphine, et où les personnes des deux sexes, âgées ou infirmes, étaient admises moyennant une pension annuelle ou le versement d'un capital une fois payé. Un décret du 1% avril 1808 autorisa cet établissement, dont l'ordonnance royale du 8 février 1815 confia la direction à l'administration des hospices. L'ouverture de l'avenue Marceau entraîna l'expropriation des terrains occupés par cet asile : c'est alors que l'administration de l’Assis tance publique installa cet établissement sur le vaste domaine d'Auteuil, qui fut agrandi, le 30 janvier 1850, par l'acquisition de terrains situés entre la rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache) et l'avenue de Versailles. Le millésime de 1860 est inscrit sur la façade du bâtiment principal. Les pensionnaires de l'Institution de Sainte-Périne paient 1.400 fr.par an. Mile Scriwaneck, qui a eu autrefois de grands succès au théâtre du Palais-Royal, habite actuellement l'asile de Sainte-Périne, dont les pensionnaires ayant conservé des relations dans le monde des théâtres organisent, chaque année, cinq ou six fêtes intimes, avec le concours de leurs jeunes camarades, les artistes en activité de service. L'Institution de Sainte-Périne a été ravagée (2), lors du siège de Paris, par les obus des armées allemandes.

G) Voir aux annexes (p. 237) l'article de M. Antoine Guillois sur l'ancienne église d'Auteuil.

Les noms des différents propriétaires du domaine que les abbés de Sainte-Geneviève possédaient à Auteuil ont été indiqués ci-dessus dans l'histoire de la rue d'Auteuil.

(2) Voir à la page 280 du IIT° volume du Bulletin l'article de M. le docteur Raymond sur le bombardement de Saint-Périne.

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