LES DELESSERT
Parmi les hommes qui ont acquis des droits à la reconnaissance publique par des fondations philan-*
(i) La première orthographe de ce nom était en deux mots: De Lexsert. Les Delessert avaient pour armes un écusson d'azur charj^c d'une fleur de li<4 d*or en chef et d'un croissant d'argent en pointe, ^rcompasnés de deux étoiles de même; supports : deux lévriers A la lèle contournée ; devise : Toat vient de Dira. Jamais ils ne se pK'va-
thrapiques. des tniaDx, d«s d«Mav<ri«i miles k l'bumaDÎIé ou par d'admirablM tniti da bienbiiince, parmi mux qui ont acquis d«s droite i la reeonaaissaDce spÂciale des habitaote de Passy par toDS les bienfaits tonnas ou inconnos qu'ils y ont répandus, il n'en est guère qui les aieot autant merilésque les membres de cette admirable bmille des Delessert, établie i Passy depuis plus d'un siècle, et dont il convient de noter, an nt tout, les trois Trères Benjamin, Gabriel et François, dont l'intime union ne se démentit jamais. Cor unum et anima una.
Leur père. Etienne, né i Lyon le 30 arril ITS-t, était le lib d'un honomble commerçant de cette Title, originaire de Suisse et issu d'ooe famille
I des soies dont s'occupait ilon spécialement Etienne Delessert, il avait de nombreuses relstions i Paria; désirant étendre le oorcle et la nature de ses affairts, dés 1175 il avait tooroé les yeai vers la capitale, et vint s'y ftier déRnitivement en 1777.
Sons la raison sociale Delestert etC'.ilj fonda une maison de banque, établie d'abord nw Hauconseil, puis rue Coq-Héron q°3, i l'ancien hMel Cbamillard (1). Peu de temps après, comprenant la nécessité de fouroir des noywis de créait convenables au commerce de Paris, qui s'aïq^meatait de jour en jonr, il communiqua à qnelqnea-nD* des linanciers les plus habiles de cette èpoone, avec Icsqueb il était lié, ses idé«s sur rétablissemest
Portrait île E lennc Delessert.
(Collcclion .le M. Emile l'olin.)
r testante qui avait dd quitter la France lors de révocation de l'Édit de Nantes. S'éiant fait remarquer de bonne benre par son activité et ses talents, il fut mis dès l'âge de vingt ans i la tète des affaires de son père, et pea de temps après il unissait son sorti celui d'nne femme aussi remarquable par l'élévaLon de son caractère que par ses vertus, Mlle Madeleine Boy de la Tonr, de Neufcbâtel (Voyez Bulletin, t. I, pp. 7 et 8). dont la préoccupation coostaote fut de diriger elle-même l'éducaliOD des sept enfants qui lui restaient, deux filles et cinq gardons (1).
lureut de Iciim litres ilt noblesse, c'psi par lin^nnl
tx libri- qiic B't'iiill mit KruverEtit'nnc Deli-s^orl, nvniil In lliivululioii, et dans les Aimiiitt nobi- HuirM .le TIsspmn.
(Il Mme Ëlii-niie Ui-lessvil avait eu huit en-
miers fondateurs. Cette caisse fut le germe A Banque de Krance. L'assemblée des actioanairM, pour perpétuer le souvenir des services qu'Blienoe Delessert avait rendus, lui Ht frapper nue médaille d'or en témoignage de gratitude.
Vers 1785, Klienne Delessert reçut do gouvernement une preuve de baule confiance. La fabrication des tissus de soie s'élanl fortement ralentie à Paris, le gonvemement, inquiet pour la sûreté publique de voir des milliers d'ouvriers sans on-
vrage, chargea le lieutenant général de police, Thiroux de Crosne, de remettre une somme très considérable entre les mains d*£tienne Delessart, pour être distribuée en secours aux ouvriers (4). Comprenant Timportance d» cette mission, au lien de donner de l'argent à ces malheureux, il obtint par des avances et des secours accordés avec intelligence aux fabricants, qu'ils rouvrissent leurs ateliers; tous les ouvriers reprirent leurs travaux, la tranquillité ne fut pas troublée, et même, une partie seulement de la somme allouée par le gouvernement fut employée, car les chefs d*atelier purent rendre l'avance .qui leur avait été faite. Aussi, au nom du roi, Etienne Delessert reçut-il une lettre de remerciements des plus flatteuses, pour la façon intelligente dont il s'était acquitté de la mission qui lui avait été conâée.
Etienne Delessert coopéra puissamment à la création de plusieurs établissements importants, entre autres à la formation des premières assurances contre l'incendie, des associations tontinières et de la Caisse patriotiaue, institutions que la Révolution vint bientôt aétruire. Dévoué aux intérêts d'une sage liberté, Etienne Delessert s'était montré favorable aux principes de 89 ; mais quand il les vit dévier et glisser dans l'anarchie oui amena les crimes de la Terreur, il manifesta hautement et courageusement contre ces crimes ; aussi ne tarda-til pas a éprouver la haine des révolutionnaires. Arrêté à la fin de 4792, il resta emprisonné pendant plus de dix-huit mob et fut porté sur les listes de proscription. Heureusement, grâce à une maladie qui le fit transférer à l'infirmerie de la Conciergerie, il échappa au couteau de la guillotine et fut oublié; le 9 thermidor et la chute de Rob^pierre le sauvèrent.
Apres un repos nécessaire an rétablissement de sa santé, fort éprouvée par sa longue détention et la perte de son fils aîné, il reprit la direction de sa maison, tout en se livrant à d'autres travaux utiles à son pays. C'est ainsi ou'il trouva le moyen d'améliorer les assolements des fermes des environs de Paris, et les machines agricoles, de faire entrer en France la plus grande partie des six mille moutons mérinos que, par le traité de Bile de i 795, l'Espagne s'était engagée à nous céder dans l'espace de dix ans, aflaire que le gouvernement d'alors, faute de fonds, et détourné par des intérêts qui lui semblaient plus pressants, avait i peu près délaissée. C'est à l'introduction de cette race précieuse qu'une partie des. meilleurs troupeaux de races pures de nos départements doit son origine plus ou moins directe.
Mais le bien-être matériel des masses n'était pas seul à préoccuper Etienne Delessert; il pensait avec raison que de bons principes de religion et de morale, qu'une instruction éclairée sont des conditions essentielles de réussite dans toutes les carrières. Aussi, frappé de tout ce qui manquait à Paris à cet égard, pour les enfants des classes ouvrières, et voulant prêcher d'exemple, acheta-t-il
(1] Les biographes d'Etienne Delessert placent ce fait à la rlaie de 1782, ce qui est impossible, Thiroux de Crosne n'ayonl été nomme lieulenant général de police qu'en i7K>(Voir les almanachs royaux).
en i8i5 et fit-il disposer à ses frais une maison consacrée à l'établissement des deux écoles gratuites pour les enfants de la population protestante.
En dehorsdes occupations souvent arides de sa profession, Etienne Delessert avait toujours conservé un ^oût très vif pour la littérature et les arts ; sa bibliothèque était bien garnie, et, grand amateur de tableaux, il s'était formé une belle collection de chefs-d'œuvre des maîtres des écoles flamande et hollandaise, collection qui fut conservée et augmentée par ses enfants.
Un fait intéressant que nous empruntons textuellement à M. Jarry de Mancy, l'un de ses bionhes (1) achèvera de nous dépeindre l'homme ien dont nous venons de résumer la vie. € La simplicité des mœurs d'Etienne Delessert, dit-il, son éloignement pour les habitudes de cour, l'indépendance de son caractère, lui firent toujoura refuser du pouvoir les faveura auxquelles sa longue expérience, sa grande réputation, ses talents et l'élévation de son caractère lui donnaient des droits. Content d'être utile à ses amis, heureux de vivre entouré de sa femme et de ses enfants, son ambition était satisfaite. Il i-ejela plusieura offres ui lui furent adressées successivement de la part u premier consul et de l'empereur. Celui-ci en prit de l'humeur, et s'exprima une fois devant ses ministres avec beaucoup , d'aigreur sur son compte et sur l'opposition qu'Etienne Delessert faisait à son gouvernement. Personne n'osait contredbre l'empereur ni prendre la défense de Delessert. Crétet, ministre de l'Intérieur, qui avait été lié avec lui, et qui savait apprécier tout ce qu'il y avait d'honorable dans son caractère et dans la franchise de ses opinions, osa seul parler en sa faveur. U rappela à l'empereur que, le 19 brumaire au matin, le jour où, comme premier consul, il s'occupait d'organiser le gouvernement, les caisses du trésor public étaient vides, le crédit ne pouvait exister pour un gouvernement qui n'était pasencore constitué ; Etienne Delessert, plein de .confiance dans le génie du général Bonaparte, dans sa ferme volonté d'étouffer l'hydre révolutionnaire et de fonder un gouvernement régulier, vint lui offrir de mettre immédiatement à sa disposition une somme très considérable (2), qui prouvait toute sa sympathie pour celui qui prenait dans ses mains les rênes de l'État. L'empiâreur, frappé de ce souvenir, remereia Crétet de le lui avoir rappelé, et excusa depuis la franchisse avec laquelle Etienne Delessert continua à manifester ses opinions. »
Après avoir complètement abandonné sa maison de commerce à ses fils, Etienne Delessert consacra ses dernières années à sa famille et à ses amis. Le 23 mars 4816, il perdit celle qui avait été le charme et la consolation de sa vie, et moins de trois mois après, le 18 juin, il allait la rejoindre (3).
(1) Bioffrnphie lias hommei utile» (Sociêlê Monthyon et Ft*nnklin, année 1887, Klienne Drhssert)^ plaquette in-i*, à laquelle nous avons Tait de nom - Lreux emprunts.
(2) La maison Deles*«orl et O* fil alors une première avance de 12 millions.
(3) Mme Etienne Delessert esl inhumée rue Lekain. n* 3, Hin^i que sa fille ainéu, Mme veuve J.-A. Gautier. Mme Gautier avait fondé une salle (1 asile à Pa^sy, auprès des écoles communales.
Etienne Delessert mourut dans son hôtel de la rue Coq-Héron, n*' 3, âgé de quatre-ringt-nn ans, et fut inhumé à Passy, rue I^kain, n** 3, au cimetière de famille.
Nous avons pensé qu'il était utile de résumer d'abord la vie d Etienne Delessert, parce que, presque autant que ses trois fils, il nous appartient comme habitant de Passy ; il était venu s'y installer dès la fin du règne de Louis XVI ; nous savons par de charmantes lettres de Mme Etienne Delessert, que Franklin, qui fut notre hôte jusqu'à i78â, venait souvent passer ses soirées dans la famille d'Etienne Delessert, son voisin.
Voici, pour rendre notre travail plus clair, la liste exacte des enfants d'Etienne Delessert :
i^ Marguerite-Madeleine, née à Lyon le 26 août 4767, mariée à Jean- Antoine Gantier, banquier à Paris. Morte dans cette ville le 30 avril i838 ;
â^ Jules-Jean-Jacques, né à Lyon le 30 mai 1769. Mort en bas âge;
3** Jacques-François-Cf abri ol- Etienne, né à Lyon le 5 mars 1771. Mort à New- York, de la fièvre jaune, en 1794;
4° Jules-Paul- fi^yatnm (dont l'article suit), né à Lyon le 14 février 1773. Mortà Paris, le l'^'mars 1847;
5° Anne-Pierre-Alexandre, né à Lyon en 1776. Mort sans alliance le 27 novembre 1833;
6^ Jeanne-Emilie, née à Paris le 22 février 1778, mariée à son cousin Baptiste-Jean-Marie Delessert de Cossonay. Morte à Lausanne le 21 janvier 1830 ;
7<* Franf.'oû-Marie (dont l'article suit), ne à Paris le 2 avril 1780. Mort à Passy le 15 octobre 1868;
S"" (jlo^ri^/- Abraham-Marguerite (dont l'article suit), né à Paris le 17 mars 1786. Mort à Passy le 31 janvier 1858.