‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 117 sur 218 · BENJAMIN DELESSERT · texte numérisé non relu

BENJAMIN DELESSERT

Jules-Paul-Benjamin Delessert, troisième fils du précédent, naquit à Lyon le 14 février 1773. Tout enfant, il avait été remarqué par Berquin, l'ami et l'habitué de la maison ; sa naïveté gracieuse, sa bonté, sa sincérité avaient tout spécialement attiré vers lui notre fabuliste, qui ne l'appelait que son j>etit Benjamin, Dès 1784, il fit, sous la direction de son frère aîné (1 ) — au'il devait perdre dix ans plus tard — un voyage d'études en i!iCosse, ou il suivit les cours d'économie politique d'Adam Smith et de philosophie de Dugald Stewart, puis en Angleterre, oh il se lia avec le célèbre mécanicien Watt. Il puisa dans les leçons et les conseils de ces hommes éminents des connaissances solides, non seulement en philosophie et en économie politique, mais encore en science physique et en industrie.

Comme il rentrait en France, la Révolution éclatait. En 1793, entré comme volontaire à l'école d'artillerie de Meulan, il en sortit l'année suivante avec le grade de capitaine, fit la campagne de Belgique sous Pichegru, se trouva aux sièges d'Ypres, de Maubeuge et d'Anvers, où il se distingua par

f I' J{M'«nu'>-Krnn(;Mis-(ialn'U'l-Elit'iino. cilr plus Jiaiil sruiî* U" 3*.

son courage. On raconte qae, chargé par intérim du commandement de la citadelle d'Anvers, ud violent incendie se déclara dans an bâtiment voisin de la poudrière ; anssitôt l'épouvante se mit dans la garnison, mais le jeune capitaine fit redresser les ponts-levis et fermer toutes les portes; la re-> traite étant devenue impossible, les plus effrayés devinrent les plus braves et l'incendie, fut arrêté. C'est à la suite de ce bel acte de san^-firoid qu'il devint aide de camp du général Kilmame.

Avant d'aller plus loin, il nous semble bon de rappeler ici un fait cité par M. Cap (1) et qui eut lieu avant le départ de Benjamin Delessert pour l'armée du Nord. « Lorsqu'on admire — dit-il *la belle avenue qui fait face, du côté de Paris, ai château de Versailles, on ne se doute ^ère que c'est à la présence d'esprit de M. Benjamin Delessert qu'on en doit la conservation. On allait abattre ces beaux arbres, sous le plus vain prétexte, quand il prouva aue le bois n'en valait rien pour faire des affûts de canon, et qu'ils pouvaient au besoin servir à la défense de la ville. » Ainsi fut sauvé un de ses plus beaux ornements.

Rappelé en 1795 près de son père. Benjamin Delessert prit la direction de sa maison. € C'est alors — a dit très justement le secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences (2) — qu'il commença cette carrière commerciale et industrielle que le génie des affaires et le secours des sciences ont entourée de tant d'éclat, et à laquelle la vertu a donné une véritable grandeur. »

£n 1801, il fonde la Société philanthropique, est nommé membre du Conseil général des hospices

— fonction ^u'il remplit pendant quarante-six ans

— et organise la comptabilité de ces établissements. La même année il établit à Passy, dans les terrains de sa propriété donnant sur le quai, n*>* 14 et 16, une raffinerie de sucre, oh, par des procédés nouveaux, il réussit le premier, quelques années après, à fabri(|uer en grand un sucre de betterave bien cristallisé (3).

Le 2 janvier 1812, il fait part de son succès à Chaptal, qui l'annonce aussitôt à l'empereur. L'empereur, ravi, s'écrie : € Il faut aller roir cela, partons. » En effet, il part. M. Benjamin Delessert n'a que le temps de courir à Passy, et quand il arrive, il trouve déjà la porte de sa raffinerie occupée par les chasseurs de la garde impériale, qui lui ferment le passage. Il se fait connaître, il entre. L'empereur avait tout vu, tout admiré ; il était entouré des ouvriers de la fabrique, fiers de cette grande visite; l'émotion était au comble. L'empereur s'approche de M. Delessen, et, détachant la croix d honneur qu'il portait sur sa poitrine, il la lui remet (4) » et fait donner une semaine de paye en gratification aux ouvriers.

De retour aux Tufleries, il y trouve M. de Talleyrand, alors son ministre des Affaires étrangères.

(\) Klogc de lienjamin IteléKSfft, par Paul Antoine' Cap. l'{ir!>;, IMon, frères, i85o.

{'A et L) Eloge historique de Benjamin Delesxeri^ par M. Floiiroiis, st'crt'taîrc pcrpéluel de TAcaitrmiedcs Scicnrrs (lu dans la soancc publique du .'i mars iSTn)), fuissim.

(:{^ On roiis<Tv«' rrli^^iciiscinent dans la famîllo. If jin'uiirr i>ain de sucre ile I»eU«^rave sorti d«; In ralliih'rie «le Iteiijaniin Delessert.

et lient t Ini fure goater imnédiaUment ud échantillon dn Doaveaa sncre (jn'il STait rapporté. Celuici le goûte m eflet. mais quel n'est pas le dmp pointenent de l'empereur quand il voit Talleyrand donner une cbiquenande sur l'échantilloa en s'écriiot : Va te Taire... «icre (1) !

M. BenjamiD Ilelessert était créé baron de l'empire (1).

En 480*2, Benjamin Delessert est an nombre des principaui fcndateors de la Société d'encouragement poor l'industrie nalieaile; il est nommé régent de la Bauque de France, fonctioD qu'il

ail Uc Itcnjamiii DeltrHScrL, (Dbssin de M. Mor.)

Le tait était drûle, mais il n'était pas juste, paiiqne ce sucre suppléa au sucre colonial pendant toute U dorée du blocus continental, et qu'il était ■sseï difficile d'en préciser la différence avec ce demiv. Peut-être, ce jour-li, Tallevrand axaitil let dents agacées, ou était-il contrarié d'être déraiwé dans ses occupations. Tonjoars est-il que, le lenMmùn. te Moniteur ;inoonfait qu'une grande réTohitioD dans le commerce français était cod- ■ommée. Et, le 19 septembre de la même année,

(0 Voir If.t Chraniqiin -Ir P't^n. pnr O'iiH'"'

remplit pendant prés de cinquante ans. Il n'irait alors que TÎogt-nenf ans ! En 1S03, il fonde i Passy une filature de coton qui affranchit la France de la nécessité de tirer de rAnglelerre les 61s de colon pour nos tissus communs, et de l'Inde tons

les ti

a fins.

En 1816. l'Académie des Sciences se radjoint comme membre libre dans la section de botanique.

n iNij, n«nJAmin ^eiff«^:

i MonlarcU. dnns kiroiM <ieT>aK!i. etc.

Passionné pour cette science, Benjamin Delessert, après avoir acquis les petits herbiers de Linné et de Jean-Jacques Rousseau, ceux plus importants de Lemonnier, de Burmann, de Ventenat, de Palisot de Beauvois, etc., parvint à posséder l'herbier le plus complet — plus de 86.000 espèces de plantes, dont 3.000 inédites et 250.000 échantillons — et la bibliothèque botaniaue la dIus riche que Ton connût, renfermant plus de 6. 000 volumes écrits dans toutes les langues, le tout classé avec uu soin et un ordre parfaits, et mis gracieusement pour Tétude à la disposition des naturalistes de tous pays.

En 1840, ce fut lui qui sut conserver à la France la précieuse collection de coquilles de Lamarck, qui allait passer en Angleterre ; il en fit le noyau a un nouveau musée conchyliologique digne de rivaliser avec Tancien. A sa mort, cette collection se composait d*au moins 150.000 coquilles représentant 25.000 espèces, dont 1.200 coquilles non décrites alors.

Si Benjamin Delessert aimait les sciences, il savait aussi se passionner pour les arts, et sa galerie de la rue Montmartre, à Tancien hôtel d*Uzès (1), renfermait, outre les anciens tableaux hollandais et flamands qui lui venaient de son père, des œuvres d'autres Ecoles, ou d'artistes vivants, qu'il avait su choisir avec le discernement le plus exquis (2).

Deux ans après sa nomination à l'Académie des Sciences, Benjamin Delessert mit le couronnement à ses œuvres philanthropiques par la fondation de la plus belle et de la plus moralisatrice des institutions populaires des temps modernes. Aidé du duc de la Rochefoucauld-Liancourt, qui, comme lui, se servait de l'influence d'une grande fortune pour propager toutes les idées utiles à son pays, il présida à la création de la Caisse d'épargne, qui fut établie à l'instar de celles qui depuis deux ans existaient en Angleterre, et inaugurée oflSciellement le 15 novembre 1818.

L'exemple, même le bon, est contagieux ; celuici fut bientôt suivi de la fondation d'établissements analogues dans les principales villes de France. Propagateur infatigable des Caisses d'éparpe, dont il fut pendant vingt ans président, Benjamin Delessert leur lé^a 150.000 francs, à la charge pour elles de délivrer 3.000 livrets de 50 francs aux travailleurs les plus méritants qui prendraient l'engagement de n'accepter ce «don que comme un premier fonds qu'ils auraient à augmenter. N'avaient-ils pas eu raison de le surnommer le père des ouvriers (3) ?

(i) La rue d'UzèM occupe une partie de son emplacement.

(2) En i835, Benjamin Delessert, se souvenant sans doute des douze gravures qu'avait pul)liées en Angleterre, vers 1747, W. Hof^orth, suite inliiuiée : Industrie et Paresxe, proJ30sa im prix de 2.000 francs pour une série de litliographies analogues reprêsentonl les suites du vice et de la vertu de manière à produire une impression salutaire sur les jeunes gens de la classe lattorieuse. Ce fut le dessinateur Jules David qui obtint le prix et exécuta les vingt-quatre sujets de celle suite, qui parurent en album chez l'éditeur Joannin, en i836. Douze sujets étaient consacrés aux hommes, et douze aux femmes.

(3) Et cependant Benjamin Delessert leur avait

Oue dire encore de la vie publique de cet homme de bien, successivement magistrat consulaire, colonel de la garde nationale en 1814, et membre de la Chambredes députés pendant plusde vingt ans? Il prit rang an centre gauche sous la Restauration, et parmi les conservateurs sons le règne de Louis-Philippe.

Le 4 janvier 1819, c'est lui qui signala le duc de Richelieu à la reconnaissance publique après la libération du territoire, et fit voter en sa faveur 50.000 francs de rente, dont le duc, quoique sans fortune, s'empressa de faire donation aux hospices de Bordeaux, sa ville natale. En 1835, Benjamin Delessert fit abolir la loterie et les maisons de jeu, dont il avait demandé la suppression dès 18l0 et en 1828.

A rénumération de tous ces titres, on serait heureux de pouvoir ajouter celle de ses bienfaits privés ; mais ils sont si nombreux, et la plupart entourés d'un si généreux mystère, que latftcbe est bien difficile. € Le plus grand plaisir que l'on puisse f^oùter — disait-il — et le seul qui soit sans mélange, est celui que l'on éprouve dans l'accomplissement d'une bonne action. Depuis le verre (Peau apporté aux malades jusqu'aux plus ma^ifiques donations, tout devient une source de jouissances. Après une bonne action, on éprouve un sentiment de bonheur qui est au-dessus de toute idée, on dort d'un sommeil paisible, et tous les songes sont agréables. » — € Un riche sans libéralité — dit-il plus loin — est un arbre sans fruits (1). » Et Flourens, dans son éloge de Benjamin Delessert, ajoutait eeci : < Fontenelle non raconte du grand ministre Colbert qu'il avait des espions pour lui chercher et lui découvrir partout le mérite caché et naissant. Benjamin Delessert était doué d'une ingénieuse sagacité qui lui a fait faire beaucoup de ses découvertes. »

Nous ne pouvons résister au plaisir de citer, entre mille — toujours d'après M. Flourens — le trait suivant ^u'il n'a pu cacher. C'était an 1*' janvier. Benjamin Delessert avait cru ne pouvoir mieux commencer l'année qu'en consacrant cette journée aux Enfants malades et aux Enfants trouvés. Il revenait, s'acheminant à pied. Partout sur son passage, des groupes d'enfants joyeux

sévèrement interdit le triste chômage du lundi. Tout ouvrier qui osait se débaucher un seul lundi ne pouvait plus remettre les pieds dans ses fabriques.

(1) Fondations qu'il serait utile défaire. 1^46. Plaquette in-8 de 16 pages.

Le Guide du Itonheur, ou recueil de pensée!^, maximes et prières ; 1 vol. in-8, i839; a* édition, Paris, Imprimerie Grutiot, iS^s; a* édition, ia-ia,

Benjamin Delessert a encore écrit : Des avantages de la Caisse d'épargne et de prévoyance. Paris. i835, in-18. — Almanach de la Caisse tf épargne et de prévoyance. Paris, iSSy, in-18. Nous ne parlons pas ici des nombreux discours qu'il prononça i la Chambre des députés, de i8i5 à iSio ; de ses rapports sur les Caisses d'épargne de 1827 à i845, el de quelques opuscules se rattachant à ses collections de plantes et de coauilles.

En 1795, Benjamin Delesseil avait établi dans sa maison une petite imprimerie. 11 traduisit alors et imprima la Morale des échecs^ de Franklin, et imprima, la même année, le poème sur les Dispults, de Rulhières, etc.

pliaient soos le poicb des cadeaux dont on les avait comblés.

A cette Tae, le cœor de Fexcellent homme se serre, il songe aax panvres petits abandonnés qu'il Tient de quitter et qui ne connaîtront jamais ces joies. Il ne pent supporter cette idée, et ne rentre chez lui qn*apr^ avoir expédié aux deux hospices nne cargaison bien capable d*v apporter un bonheur aussi Tif qu'inattendu. Depuis ce joue, les Enfants malades et les Enfants trouvés eurent à chaane i*** janyier leurs petits cadeaux et, partant, leurs joies du premier de Tan.

A cette bonté touchante , Benjamin Delessert unissait de vifs sentiments patriotiques, qui plus d'une fois Tinspirèrent heureusement. Ce fut lut qui, le premier en 1800, proposa d'élever un monument au brave général Desaix, tué à Marengo. Annoncée dans le Moniteur, la souscription fut aussitôt couverte. Toute Tannée d'Egjpte y prit part, et le monument-fontaine exécuté de ioOi à 4803 d'après les iessins de Percier, dans le goût de Tépoque, et représentant sur un piédestal le buste de Desaix couronné par la Victoire, fut ériffé sur la place Dauphine, oh il se voyait encore à la fin du second Empire. Au point de vue artistique, Desaix méritait mieux; mais, circonstance atténuante, c'était la première œuvre de Percier et Fontaine.

De cette biographie trop écourtée de Benjamin Delessert, nous avons réservé pour la fin ce qui nous intéreœe tout particulièrement, les créations, les bienfaits qu'il répandit à Passy, cette commune ou'il affectionnait tant, et où il passa les plus belles heures de sa vie, entouré de ses deux rrères, qui étaient venus s'installer auprès de lui, dans le plus beau site de la rue Raynouard. De ces créations, de ces bienfaits, on ne trouve guère rénumération — et trop rapide encore — ({ue dans un Annuaire de la ville de Passy, fort intéressant, qui, paru seulement en 1858, est aujourd'hui devenu des plus rares. Force nous est donc de recourir à ce livre de M. Al. Lefeuvre, où nous relevons presque textuellement ce qui suit : € En 4829, M. Benjamin Delessert, qui avait toujours été, comme son père, un fervent propa-

Steur de Tinstruction primaire et des salles d'asile, ida à Passv, au centre d'alors de la commune, deux écoles dfestinées aux enfants de chaque sexe, et dont la construction et l'entretien, tant au matériel qu'au personnel, furent complètement à sa charge. Indépendamment des prix et encouragements ^ue, chaoue année, il délivrait aux élèves, M. Benjamin Delessert leur partageait huit livrets de la Caisse d'épargne de 30 francs chacun, quatre aux garçons et quatre aux jeunes filles. Par son testament. Benjamin Delessert légua 30.000 francs à ces écoles.

lorsque la mairie de la place de Passy n'* 1 fut achetée, on fit à l'aide d'une souscription une appropriation dans le bâtiment réservé aux bureaux, à la salle des élections et au corps de garde ; M. Benjamin Delessert y concourut pour une somme de 2.500 francs.

Préoccupé sans cesse de l'idée d'être utile à Passy, M. Benjamin Delessert comprit qu'un des graves obstacles au développement de cette commune provenait de la diflBculté des abords du cété

de la rivière. En effet, pour venir par cette voie, il fallait gravir une côte ayant sur plusieurs points une pente de 9 à iO centimètres par mètre, ce qui rendait impossible l'arrivée à Passy par la route la plus directe. M. Benjamin Delessert voulut y remédier. Dans ce but, il fit étudier un projet qu'il soumit aux autorités compétentes ; mais, pendant son examen, il apprit que l'on avait mis en vente les premiers terrains sur lesquels il fallait faire passer la nouvelle route. Or, un changement de destination sur ces terrains pouvant augmenter la dépense générale et contribuer ainsi à annihiler Topération, M. Benjamin Delessert dut se rendre acquéreur, et il n'hésita point : il engagea pour cet objet une somme de 80.000 francs.

L'affaire suivit son cours sous le rapport administratif, mais le résultat ne fut pas favorable : on rejeta le projet à cause des dépenses considérables auxquelles il entraînait.

Cette fâcheuse détermination ne découragea point M. Benjamin Delessert; avec ce coupd'œil sûr qu'il apportait dans tous ses actes, il jugea que ce devait être un ajournement et non un refus. En consé-

auence, il se remit à l'œuvre et indiqua un mode e parcours à la fois praticable et économique. Pour parvenir plus sûrement à son but, il persista à ne point aliéner les terrains et constructions qu'il avait achetés, et refusa de contracter des baux à des conditions très avantageuses.

Lorsqu'on l'interrogeait à cet é{;ard, il se contentait de dire : c Une nouvelle voie de communication doit être ouverte sur ce point, et comme il en résultera un grand avantage pour Passy, je ne veux, en quoi que ce soit, entraver l'administration ni augmenter ses charges. »

Une telle persévérance, si dignement motivée, devait produire une solution : de nouvelles négociations eurent lieu, et la commune de Passy offrit au département un concours de 80.000 francs. Pour obtenir ce chiffre élevé, l'autorité locale avait fait appel à la bourse de M. Benjamin Delessert et avait obtenu de lui une subvention de 40.000 fr.

C'est sur ces bases que l'affaire fut soumise au Conseil général de la Seine. Après un examen sérieux et approfondi, ce Conseil approuva les plans et devis, mais il éleva à i 00. 000 francs le concours communal.

La situation financière de la commune ne permettait pas de satisfaire à l'allocation supplémentaire de 20.000 francs. On dut recourir de nouveau k la générosité de H. Benjamin Delessert, il s'exécuta de très bonne grâce et ajouta 10.000 fr., cequi portait sa subvention personnelleà 50.000 fr. Une aussi belle action n'a pas besoin de commentaires.

A l'occasion des terrains qu'il avait achetés et sur lesauels devait passer la nouvelle route, il offrit à l'administration supérieure d'en disposer comme elle le voudrait, et, au besoin, de commencer les travaux avant l'expropriation. Il fit plus, il déclara par écrit accepter d'avance et sans examen le prix déterminé ultérieurement parles in||[énieurs, soit pour acquisition, soit pour indemnité de démolition, etc. On ne pouvait pas être, à la fois, et plus facile et plus bienveilliant.

L'achèvement de ce grand et beau boulevard est complet depuis longtemps : ce fut un acte de jus-

tiee et de reeonnaisuDce d'en atlribafr l'epliêre joar. unsinl stc initiative à H. Etenjamin Deirssert tt de lui a^oir oinl parlui qa'il

d'tbord donné son nom ; depuis, il a pris le nom cution, il s'kria : < Si je pooTiis Torver ma rtrn.

collectir de bouleTurd beiessert. Je demanderais i Dieu la permisson de paner idc

Dans II cruelle maladie qui l'a raii aux scienres. seule fois sur celle ronle aTant de moarir, noa

aai arts, aai indigents, i sa famille el à ses amis, pas — ajouta-i-jl — pour prolonger nea foan

il songeait sans cesse ï celle affaire el s'ioformail au delà du terme prescrit, mail pour aroir an

très exactement de la situation des iriTanx. In moins la crrtitude que la coamnoe sera en pua-

session de cette nourelle voie de communication. >

Digne et excellent homme, il s'oubliait toujours au profit de ses semblables et pratiquait cette maxime : Rien pour sot, tout pour autrui. C'était bien le résumé de toute son existence, de cette yie si noblement et si utilement remplie.

Atteint d'une maladie organique du cœur, Benjamin Delessert mourut le i'^'mars 4847, en son hôtel de la rue Montmartre, âgé de soixante-quatorze ans, et fut inhumé à Passy, rue Lekain, n® 3.

Cigit fun des fondateurs des Causes d'épargne, telle fut l'inscription qu'on mit sur son tombeau. Il avait stipulé que le jour de son enterrement, qui devait se faire aussi simplement que possible, on remit 42.000 francs aux pauvres de Paris, 4.500 francs à ceux de Passy et 2.000 fr. aux pauvres de TËgliso réformée à laquelle il appartenait (4).

Benjamin Delessert avait épousé, le 22 août 4807, une de ses cousines, Laure-RenéeLi vie- Jacqueline de Cossonay, <|n*il perdit le 48 mai 4823. Comme elle ne lui avait pas laissé d'enfants, toute sa fortune passa h sa famille. Il était grand officier de la Légion d'honneur depuis 4837.

Son hôtel de Passy, habité actuellement par sa nièce, Mme la baronne Bartholdi, était situé au n^ 24 actuel de la rue Raynouard. C'est là, chez les frères Paulian, qu'avait habité La Tour d'Auvergne, de 4796 à 4800. Ainsi cet hôtel aurait droit à une plaque doublement commémorative, et du séjour du premier grenadier des armées de la République, et de celui de l'homme de bien éminent dont nous venons de retracer la vie. Espé^ rons qu'un jour notre vœu sera réalisé (2) !

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