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Le baron de La Mothe-Langon a raconté dans ses Mémoires — plus ou moins apocryphes — $ur Louis XVIU, comment, en 1844, le pont d'Iéna échappa au\ représailles des Prussiens, qui voulaient le faire sauter. Nous allons, tout en le résumant légèrement, reproduire à peu près textuellement son récit, oui, malgré tout, nous parait très vraisemblable et Test certainement, quant au fond.
flèche. Le viaduc supérieur sr compose de 3i arches en plein cintre de ^ m. Ho d ouverlure ; à chaque grande arche elliptique du ponl aonl su' perposées six arche» du viaduc supérieur, qui occupe sur le milieu du ponl une largeur de 9m.3o; il reste de chaque côle l'espace nécessaire pour la chaussée el les trollDirs; nés escaliers permettent de descendre sur les chemins de hala^e ou quais. Les massifs des tympans sont évidés au moyen «le voûtes, ce qui représente une réduction de poids de 3.3oo tonnes par pile.
(1) Le viaduc du Point-du- our a été exécuté Kous la direction de M. Bassom pierre Se w ri n, ingénieur en chef, de VîIIiers du Terra ;;e, in;,'énieur, Lion et Jaquot. conducteurs des ponts et chaussées. L'entrepreneur de ces j^rnnds travaux était M. Etienne Ferrichont, qui a été longtemps conseiller municipal d'Auteuil.
(2) Nous résumerons, dans un prochain Bulletin, les dé;;âts occasionnés dans le XVI» arrondissement parles deux sic'îes, soit au pont-viaduc, soit à d autres monuments ou à des maisons particulière!». (N. D L. IL)
« A peine Ltmis XVUI était-il rentré aux Tuileries en i81i, ^*on vint Tavertir qne les Prussiens allaient faire sauter le pont d*léna, et ^ déjà ils avaient commencé i miner la partie inférieure des piles. Immédiatement il envoya chercher le feld-maréehal Blodier. Cet ennemi implacable cherchait, à force de iactance et de forfanterie, à remplacer la dignité qui lui manquait. Il se présenta donc au roi avec un air de raideur et d importance, sans ancune marque de respect ni d'égards. Le roi, feignant de ne pas s'apercevoir de la rudesse de ce soldat à demi sauvage, lui dit avec la plus grande doueeir : Monsieur je niaréchal,des ennemisdu roi votremaltre prétendent que vous allez, par ses ordres, détruire un monument de ma capitale dont le nom semUe vous porter ombrage : je n*en veux rien croire ; mais, comme je désire être agréable 4 tons mes alliés, je viens de donner Tordre que le pont dléna reçût le nom de pont de TEcole Militaire, et j'ai voulu vous le dire moi-même, pour que vous poissiez rapprendre à votre souverain. — Sire, répondit grossièrement filùcher, je ne pois laisser subsister dans Paris un monument dont le nom est une insulte pour ma nation. Le pont dléna dbparaitra, et ses débris attesteront à la postérité que la Prusse n*a pas tardé à prendre sa revanche. — Vous êtes bien sévère! Monsieur le maréchal, ne vous suffit-il pas d'être entré dans Paris 4 main armée, et faut-il punir des
gierres insensibles, du nom qu*on leur a imposé? onaparte, dit Bliicher, a emporté les chevaux de bronze de la porte triomphale de Berlin, il faut une représaille. — U vaudrait mieux alors, reprit le roi avec un sourire ironique, emporter le pont qne le ieter dans la ririère. »
Bliicncr, malgré son écorce rustique, sentit rironie; il en rougit, mais répéta que rien ne le détournerait de prendre cette vengeance éclatante de toutes les insultes ^e sa patrie avait souffertes.
« Ainsi, dit le roi, vous faites retomber sur ma tète loutrage que vous pouvez avoir à reprocher à un autre. Je vous conseille cependant, maréchal, d y regarder à deux fois avant de me pousser à bout. »
Bliicher, oui dut comprendre combien le roi était profondément blessé de son refàs, salua froidement Sa Majesté sans rien répondre et se retira.
« Non ! de par Dieu — reprit le roi avec vivacité — je ne laisserai pas tranquillement égorger mon honneur et je prouverai à ceux qui en douteraient qu*il y a toujours du courage dans ce corps affaibli par la douleur. » — Lt, prenant une plume, il traça vivement le billet suivant, qu*il adressait au roi de Prusse :
Mo.NsiEUR Mo.N Frère,
« I>e feld-maréchal Bliicher abuse de vos ordres pour commander la destruction du pont dléna, dont j'ai changé le nom en celui de pont de rt;.cole-Mili taire. Cet acte inconvenant peut me mettre mal avec mes sujets, qui croiront que je Tai approuvé. Il déconsidérera ma couronne, car, enfin, je suis à Paris, et je présume (]ue Paris est encore ma capitale. Je prie Votre Majesté d'inter-
poser son aatorité ; c'est UDe grâee que je lui demande. Si toutefois tous ne ronliez pas me raccorder, je me bornerai à tons inviter à me faire saToir l*heare où Ton fera sauter le pont, pour que j*aille me placer au milieu (i). >
€ Signé: Louis. »
En même temps, Louis XVIII écrivit une lettre non moins énergique à Tempereur de Russie, qui venait d'arriver. Une heure après, un aide de camp d'Alexandre I**" apportait sa réponse, dans laquelle il assurait le roi que le pont d'Iéna serait respecté. € Je viens — ajoutait-il — de faire dire à Bliicher que, sous peine d'encourir mon indignation personnelle, il ait à se garder de consommer 1 acte de vandalisme au'il a commencé, et que, s'il osait, malgré ma défense, persister dans cette insulte grossière au roi de France, il me restait assez de puissance nour l'obliger à faire reconstruire le pont à ses vais, et par des ouvriers prussiens. >
Furieux à la réception de ce message, Blucher s'emporta d'abord ; mais il n'osa passer outre, et assura hypocritement l'envoyé d'Alexandre que, par respect pour l'empereur, il allait contremander le travail de la mine. « Monsieur, lui dit le messager russe, j'ai ordre d'envoyer sur le pont un détachement de nos troupes pour en faire la garde avec les vôtres. »
Pour éviter cette mesure désagréable, Blucher s'engagea solennellement à se conformer en tous points à la volonté de l'empereur de Russie, et le pont fut sauvé.
Au récit intéressant de M. de la Mothe-Langon, nous ajouterons qu'en vertu d'une ordonnance ro]^ale du mois de juillet 1814, le pont d'Iéna, qui venait à peine d'être terminé, prit la dénomination de pont des Invalides et non de VEcole- Militaire, et des L affrontés remplacèrent les aigles sculptés au-dessus des piles. Après la révolution de 1830, on lui rendit son nom d'Iéna, et en 1852, Napoléon III fit disparaître les L pour rendre la place aux aigles. L'année suivante, on plaça, sur les quatre piédestaux des extrémités du pont, les quatre statues de cavaliers tenant leurs chevaux en main, cavalier grec, cavalier romain, cavalier gaulois, cavalier arabe. Ces groupes assez décoratifs n'ont pas la prétention de passer pour des chefs-d'œuvre.
Le pont des Invalides actuel, d'abord pont suspendu, ne fut construit que de 1828 k 1829. A l'origine, on lui doona le nom de pont de VAuenue-iTAntin, et de 1854 à 1855, on le reconstruisit en pierre ; tout récemment il a été pavé en bois, et bientôt il aura pour voisin un rude concurrent, le pont Alexandre III. Que de vicissitudes !