‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 135 sur 218 · BAGATELLE · texte numérisé non relu

BAGATELLE

Laissez entrer la personne qui vous remettra

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Le comte d'Artois permit, en effet, aux Parisiens de visiter le palais qu'il venait d'improviser; ils y accoururent en foule. Mlle Arnould s'y trouvait avec Belian|^er. Fière de son succès, elle lui murmura à Toreille :

Vous devez être bien satisfait de votre ouvrage, Paris s'occupera longtemps de Bagatelle.

Au moins les revers ne chassent pas Bellaneer; on le retrouve encore longtemps auprès de Sophie, faisant ménage avec elle^ C'est elle qui veut rompre leur liaison, elle s'éprend de Florence, un des plus tristes acteurs de la Comédie-Française, fiellanger se plaint, essaye des remontrances; l'ingrate, pour le nouveau venu,cong^ie le vieil ami, lui écrit pour lui signifier de ne plus remettre les pieds chez elle. Que fait alors l'amant en disgrâce? 11 met sous un nouveau pli la lettre qu'il vient de recevoir, lettre qui ne porte pas de nom et il l'expédie à Florence. Florence so croit congédié, n'ose reparaître, (juand le quiproquo s'expliqua, la fantaisie de Sophie était passée; elle (ut la première à rire de ce bon tour. Murville en fit une pièce : mon compte-rendu, disait-elle.

Les années sombres commencent bientôt après; adieu, les jours de fête, le bon temps d'autrefois, o<i tout était beau. Bellanger lui-même l'abandonne pour épouser Mlle d'Er vieux. Sophie se retire à Clichy-lt-Garenne, où elle vit tout à [elle et à quelques-uns; elle conserve sa bonne humeur. Un camarade la voit cuisinant, s'étonne qu'elle sache faire un roux.

Tu crois que je ne pouvais faire qu'une rousse. (Allusion à la chttvelure de sa fille Alexandrine.)

Millin lui rend visite, il la trouve au milieu d'un grand cercle : vingt personnes ù table.

Entre, lui dit elle, je marie le fils de ma cumnière avec la fille de mon jardinier. Pfous célébrons les plaisirs de V amour et de C égalité.

L'existence lui est encore trop douce : son imprévoyance, sa générosité, sa faiblesse à l'égard de ses enfants la réduisent à la pauvreté. Obligée de quitter Clichy,elle s'installe à Lu^arches. Cette fois, tout est bien fini : sur la porte du vieux presbytère qu'elle a acheté, elle met cette inscription : île missa est, allez, la messe est dite !

Sa misère ne l'empêcha pas de devenir suspecte; des agents du Comité révolutionnaire de Luzarches

vinrent un jour faire une visite domiciliaire dans sa modeste demeure. Mes ami>, leur dit-elle, /ai toujours été une citoyenne très active et je connais par easur les droits de Vhomme.

C^stte réponse n'aurait probablement pas satisfait les membres du Comité et ils auraient poussé plus loin leurs investigations, sans un buste de Gluck devant lequel ils s'arrêtèrent. Cest Marat, le père du peuple, leur déclara Sophie, d'un air de vénération. Les dignes sans-culottes se découvrirent et se retirèrent.

Elle vécut à Luzarches plusieurs années, tout à fait en paysanne, seule, abandonnée. Fort heureusement pour elle, et pour nous, dans l'un de ses rares voyages à Paris, elle revit Bellanger et, dès lors, elle eut avec lui et avec sa femme une correspondance suivie. 11 faut lire, dans Touvraee des Goncourt (4), les lettres charmantes qu'elle écrivit.

C'est, dit Jules Lemaitre, le plus savoureux pèle- mêle de gaminerie, de gauloiserie, de plaintes se terminant en pirouettes, de cAlinerie. de coquetterie mélancolique d'ancienne jolie fille. C'est la plus éclatante justification de la remarque de M. Renan, constatant avec trouble que la blague de gavroche et de Niniche arrive du premier coup, sans effort ni réflexion, aax mêmes conclusions sur le monde et à la même philosophie où l'homme sérieux et scrupuleux ne parvient qu'après une vie d'étude et de méditation (2).

Dans ses dernières années, François de Neufchâteau lui fit obtenir une pension de 3.400 francs et un logement à l'hôtel d'Angiviller près le Louvre. Elle y mourut le 22 octobre i802 (3). Comme le curé de Saint-Germain-I'Auxerrois lui promettait le. pardon :

Je suis comme Madeleine^ dit-elle, beaucoup de péchés me seront remis, parce que j*ai beaucoup aimé.

Cil. CflANDEBOIS.

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