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une mctatnorphoae, ce n'était pas à celle-là... Athènes a brisé en un jour les trois cents images d'airain qu'elle afait décernées à son tyraa. Mais
Suelle moin asseï impie oserait briser une Oeur? rlce à TOUS, Monsieur, me TOilà tout simplement immortel.*
Si l'un de ses amis lui euToyailnne table pour le jardin, Jania la plaçait < dans an ao^le enchanté, tout rempli de chansons et de feuillages, l'n rossignol, caché dans l'arbre voisin, chante i ses amours les douces cantilèaes du mois de mai : le merle enjoué silfle,en sautillant, les hymnes du matin. C'est nne Fèlo en ce coin charmant, une féie qui ne s'arrête pins. Angélus ridel... Elle est bien U . ma table. Elle a pour perspectiTe
Le chalcl de Jules Janin k l'un){iBc.
iji'apiii un Jcssin de Fcrdinandus.)
Jules Janin, cepeadanl, m promcDaiti trarers ces merveilles, un bilan à la main, en paatoalles, en robe de chambre, le classique bonnet de coton nir ta ttte.
C'est que. par-dessus lout, il adorait la natuK (3), ceioi qui arait écrit it un borliculleur hollandais pour le remercier d'avoir donné son nom i une tulipe : < Cerles, si je m'allendais il
(i) Ltt Qmlft da Chalel. par J. Jonio. prciiiii: nouvelle iDtItuIct.' la Table nntlr. A la ilatu ' loaailt iSlit, J. Janin ^rit A ui ' • ■"
s hurer quand v fjtUnjçur.ùrun relire quelque» paK BiMe, J, Janin lia Ri-llnons cela, vuu kilt'
n race ilu clialcl cl je |iour
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un bouquet de vieux arbres, nn cbène, un charme, un orme centenaire. .. Mes douie rosiers vont Deurir, ma violette se montre, 0 la coquette ; un brin d'ellébore que j'ai planté par une sage précaution grandit et me voilï rassuré contre ma propre joie. 0 surprise ! 0 bonhenr ! mon aubépine est en (leurs !...l)ans un petit basain, l'eau claire danse et chante, 0 font Slatuius,iœ !... Vous verrez à droite, ajoute-t-il, un mélèie odorant; vous trouverez t voire gauche une Torêt de pins. telle qu'on en roil guère que dans l'ode amoureuse ou les pins et les iramboisiers aiment à marier leur ombrage fraternel 111 y a tant d'arbres dans mon enclos de 1.100 mètres queje n'eu sais pas le nombre, et celui-là m'embarrasserait beaucoup qui me demanderait le nom de ces jeunes écorces 0(1 rien n'est gravé, pas même te doux nom d'Amaryllis. •
Et, tandis que les arbres poussaient et transformaient en allées ombreuses les aridités d'antrefois,deul architectes, Seiler et Godde« érigeaient ce chalet admirablement sculpté, moilié sapin et moitié chêne, qui rappelait aux promeneurs et la Suisse et TAIsace.
Sur la façade du nord, Janin avait fait graver ces deux vers du vieux Régnier :
Et que Dieu nous préserve, en ce has momie,
rv ficy.
De froid, d'un importun, de faim et de soucy !...
Au midi, on lisait cette pensée tirée de VArt poétique d*Horace :
,,.^.?''"'* rnaterîam VMiriJi, qui ncribUix, œqaam \ tribus...
€ Au commencement, on se sentait bien isolé. Il fallait un certain courase pour sMnstaller en ce désert, sur une voie à peine tracée, et, pendant trois hivers, nous restâmes seuls, effrayés de cette solitude et de ce grand silence. Mais, le matin venu, la beauté naturelle de ce lieu champêtre effaçait toutes les mauvaises impressions » (i).
Et puis,
Charmant enivrement de la propriété !
Cette maison et ce jardin, n*était-ce pas ce vœu accompli ? « Le jardin dans la ville; un Paris dans les champs. Savez-vous un plus difficile, un plus doux problème? Ici, la solitude et, là, les bruits du monde. Ici, Farbre, et là-bas, le théâtre. Ici, l'étude et le travail, et, tout au bout de Tavenue où s'étend mon domaine, l'activité, Tardente ambition, le mouvement des Belles-Lettres en proie aux disputes ! Je suis au port, j'entends l'Océan qui gronde (2)... »
Aussi, Ton chantait (3) le chalet et son heureux propriétaire :
Jules, la villa de Passy,
Ce qui nous rend amoureux délie,
C'est qu'elle le lient près d'ici.
Plume d'or, gardien fidèle
Des secrets merveilleux de l'Art...
Quand juillet vient, un mois trop tôt,
Paris, plongé dans sa fournaise,
De savoir la maison là-haul
En respire plus à son aise...
Et Jules Janin de répondre :
Je l'aimais bien mon Louvre en bois.
Fait de solive et de charpente ; A présent que ta voix le chante, Mon enchanteur, grâce à ta voix, Mon chaume est or, arbre est ma plante.
Dans mon bassin de six tonneaux.
Je vois jouer les grandes eaux; Mon i>oisson rouge est un beau cygne, Une comète est sur ma vigne, Et j'entends, ô miracle insigne, Rossignoler tous mes moineaux...
Les roses de mes deux rosiers.
Les fraises de mes deux fraisiers.
Et les chants de ces doux gosiers Donnent à l'heure qui s'envole Je ne sais quel enivrement 1 Oubli! Repos! Enchantement!
(i) La Muelle, juin 1871, par J. Janin.
(2) La Table ronde.
(3) Valéry Vernier. — Voir plus loin l'Appendice 2.
Ami des braves gens et coulent de moi-mërae. Un jardin sans épine, un logis sans n'mords. Un cortège nfnigé quand j'irai chez les morts... La Muse en donne moins au poète qu'elle aime.
En si petit espace, ô ciel ! tant de bienfaits î Un si cher compagnon, tant de grâce ol de paix; Ces rayons, celle fleur, ce rôve, celte branche. Ce balcon si joyeux, ce toit qui rit et penche. Ce grand cpirbleu sur moi doucement arrêté. Tout ce beau quart d'arpent pour mon unique
[usage, A ces bonheurs, dans ces bontés.
Si losdieux ajoutaient un peu de liberté (1), Je n'en voudrais pas davantage.
Cette maison que nous avons tous connue, ornée sur sa façade du buste du critioue (3), habitée tout dernièrement encore par I un de nos plus illustres confrères (3), était construite sur un rezde-chaussée, cuisine hollandaise ob trônait Mademoiselle Julie, que les habitués du chalet se rappellent encore. Au premier étage, la salle à manger, le salon et la bibliothèque ne formaient, pour ainsi dire, qu'une seule pièce.
Aux murs, un tableau attirait d*abord les regards. C*était une bonne vieille femme de quatrevingts ans, peinte par Devéria, oui rappelait à Jules Janin, devenu bourgeois de Passy, la vieille tante qui avait, à son arrivée à Paris, partagé les misères de sa jeunesse.
Pui8,c*est Mme de Pompadour,en dées8e,peinte par Latour. En novembre 4862, un portrait magniâquement gravé de J.-J. Rousseau, d'après le même peintre, vint faire pendant à la glorieuse courtisane. «Ils se sont reconnus, dit Jules Janin, sans trop de vergogne. « Ah ! ma sofur, que vous « étiez une grande coquine ! — Ah ! mon frère, € étioz-vous assez triste, assez morose et mal < élevé! Mais, enfin, que Latour, notre père com- « mun, nous réconcilie et, désormais, vivons en « paix !» Et les voilà qui se tutoient des yeux (4).»
Dans l'embrasure d une fenêtre, tout près de la cheminée, autel domestique, don d'un ami (5), le buste du critique souriait comme pour accueillir le visiteur toujours bienvenu.
C'est là, dans un large fauteuil vert (6), devant une grande table que, souriant et paisible, passant sa main sor son front, Jules Janin se tient prêt à dicter à son secrétaire Piédagnel : « Parlera-t-il de son cher Horace, ou de Diderot, ou de son autre ami Virgile? Ferons-nous un feuilleton ou bien allons-nous continuer le roman commencé, en suspendant de loin en loin notre tâche pour
(1) On êlail sous l'Empire, et Jules Janin refusa toujours dt; s'y rallier.
(!?) Par Salomon. Le même buste, en marbre, est à rinslitut et, en bronze, au cimetière d'Evreux.
(3) M. le colonel Mannheim, alors encore professeur à l'Ecole polytechnique.
(/t) J. Janin n'èlnit pas aussi accueillant pour les personnaires contemporains. Il n'aimait pas. il est vrai, le second Empire et élail resté fidèle aux opinions que professaîl le Journal dex Débats sous Louis-Philippe. M. Mar lui apporta, un jour, deux belles gravures n^présenlanl I empereur et l'impératrice. J. Janin fut poli, mais il dit à noire excellent confrère en lui montrant Mme J. Janin : •' Tenez, donnez cela À Madame. »
(5) Le prince Demidoff. Celte cheminée, ornêcde bix»nzes dorés, riches, mais un peu lourds, avait coûté, pnraft-il, 4o.o(x> francs.
(6) Celait celui où était mort Béranger. Il appar lient aujourd'hui au musée Carnavalet.
Vn malin, le Iftjuin 1R7i, H dit i sa chm N.P. de Passy.deTîDtan* afflutnce coDsidérahle,
Je n'entends plus les oiseaux dn jar- et, après la cérémonie, le corps ayant été déposé soir, il n'était plus I dans le jardin du presdytère, notre illustre cun-
après, OD célébrait ses funérailles à frère Louis Ratisbonne parla, comme il sait le
faire, du prince idéal et da Prince Charmant qui venait de disparaître. Il loua son cœur, « ce cœurob n*était jamais entré une goutte de fiel, si bon, si cordial, si sympathique et, je dirai, si ingénu et si candide. L'est fini : nous ne presserons plus ta main ouTcrte,mattre et ami chéri! Nous n'aurons plus la caresse de ton beau et bienveillant regard ! Nous ne Tentendrons plus s*envoler de tes lèvres, ton rire frais et sonore ! U s'est évanoui avec ta chanson, comme un chant d'oiseau de ton jardin. Mais ta chanson à toi laissera une trace. Elle plane au-dessus de ce cercueil où repose ton pauvre corps endolori, pendant que ton flme d'entant et de poète est remontée aux étoiles...»
Vous le voyez. Mesdames et Messieurs, notre Société, qui n'existait pas encore, a eu cependant la bonne fortune d'être représentée aux obsèques de Jules Janin par un de ses membres les plus éloquents. Ne vous semble-t>il pas qu'il y a là une rencontre bien curieuse et digne d'attention?
Ne vous paralt-il pas que si J. Janin fut élevé à Saint-Etienne et s'il dort à Evreux son dernier sommeil, c'est à Passy cependant que son nom restera pour toujours attaché ?
Celui qui, dans nos jours moroses, nous a rendu un peu de la joie et de la lumière du xviii* siècle, celui-là a vécu parmi nous ses années les plus heureuses et les plus fécondes.
Le chalet a été un lieu de pèlerinage pendant vingt ans ; il est aujourd'hui consacré dans la mémoire des littérateurs, et quand on évoquera la figure souriante de J. Janin, ce sera touiours sous ces arbres ombreux qu'on arrache aujourd'hui, à travers ces allées embaumées, parmi le chant des oiseaux et le vol des abeilles murmurantes.
Antoine Ghillois.