INAUGURATION DU MONUMENT ALPHAND
Le jeadi i4 décembre dernier, k iO heures et demie du matin, a eu lieu, avenue du Bois-de- Boulogne, rinauguration du monument Alphand. A rentrée de cet admirable bois aui fut son œuvre, Tancien directeur des travaux de Pans se tient penché, donnant des ordres à quatre de ses collaborateurs : un ingénieur, un architecte, un peintre et un sculpteur, personnifiés par MM. Huet, Bouvard, Roll et Dalou, auteur lui-même du monument. Sur rhémicycle de pierre qui entoure le socle, sont reorésentès ses autres collaborateurs, les plus humbles, des maçons gâchant le plâtre, et des jardiniers transportant des plantes.
Le sculpteur a voulu ainsi ({ue tous ceux qui avaient été à la peine, ^ui avaient aidé Alphand dans la lourde tâche qu*il s*était imposée : la métamorphose de Paris, fussent, avec le maître, ù l'honneur.
Malgré le froid qui avait mis son manteau de givre à tous les arbres de l'avenue qu'Alphaiid aurait voulu toujours riante de soleil et de printemps, de nombreux amis du grand metteur en scène de Paris et le monde officiel (1) au grand complet avaient tenu à lui apporter Thommage do leur admiration.
La Société historique d'Auteuil et de Passy avait voulu, en déléguant à cette cérémonie plusieurs membres de son bureau, à la tète desquels, son vénéré président M. Manuel, et Mme Manuel ; son secrétaire général, M. Emile Potin ; MM. et Mme de l'Eglise, M. Botrel, MmeFlobert, etc. (2), prouver sa sympathie et sa reconnaissance à l'homme aui avait fait la plus belle place à « son Passy » ans le grand amour qu'il portait à Paris tout entier.
M. Mesureur, vice-président de la Chambre, prend le premier la parole pour remettre, au nom du Comité Alphand, le monument à la Ville de Paris.
€ Ce monument, dit-il, est ce qu'il devait être : la synthèse du travail accompli en moins d*un demisiècle pour transformer notre vieille capitale en une incomparable cité, rivale moderne des plus belles cités antiques.
€ Dans son attitude habituelle, faite de grandeur et de simplicité, Alphand domine cette page vi-
(i) Reconnu ou pnssa^e : MM. Poubelle, ombassadeurde la République française au Vatican, Roujon*. directeur des Beaux-Arts; de Selves,
I)réret de la Seine ; Lépinc, pr^-fet ôv police ; )rumann, secrétaire général de la préfecture de la Seine ; Alfred Picard, commissaire général de l'Exposition de 1900; Ernest Gay*, Caplain*, conseillers municipaux du XVl* arrondissement ; Berthemet*, adioint au maire; Bouvard, architecte en cbef ; Bechmann, ingénieur en chef de la Ville ; Anlonin Dubost, Bassinet, sénateurs; Beauregard*, Berger, du Péricr de Larsan, députés; Corroyer*, Nénot, membres de l'Institut ; Mareuse', secrétaire du Comité des Inscriptions parisiennes; le docteur Thuilier, etc.
(a) MM. Ferdinand Périer, Ch. Dupuy, Gaston Duchesne, etc.
' Egalement membres de la Société.
Tante des travaux de Paris. De cette place, il peut contempler la ville de pierre sans limite et les perspectives sans fin de son bois de prédilection. >
Après avoir félicité M. Dalou, M. Mesureur rappelle la longue carrière d*Alphand.Il nousie montre refusant, après la guerre civile et étrangère, le poste de préfet de la Seine que luioffraitM. Thiers :
« Je n*ai jamais, disait-il, voulu être qu'un modeste fonctionnaire, entièrement dévoué aux travaux de sa fonction, et je veux rester toujours étranger à la politique. »
C'est alors qu*on le nomma directeur des travaux de Paris.
M. Lucipia, président du conseil municipal, rappelle les luttes qu'Alphand dut soutenir avec ce même conseil.
Puis le préfet de la Seine retrace la vie et Tœuvre d'Alphand € qui, dit-il, a travaillé pour tous, et pour la tombe de qui tous doivent avoir une fleur, celui pour qui la nature semble avoir été le plus avare, de même que les plus heureux dece monde. >
Enfin, M. Larroumet prend la parole au nom de TAcadémie des Beaux-Arts, < qui est, dit-il, heureuse et fière de réclamer comme un des siens celui qui a fait un Paris nouveau avec le vieux Paris. »
« Les rues de Paris, dit-il, étaient étroites et sombres, il fallait les élargir et les éclairer ; mais partout s'élevaient d'antiques monuments, joyaux de sa couronne, dont la ruine eût été une profanation. Comment les conserver au milieu des voies nouvelles et leur garder un caractère qui semblait inséparable du cadre oii le temps les avait placés 1
€ Alphand résolut ce problème redoutable à force de goût, de mesure et de sens artiste. >
Les discours terminés, M. Gustave Vautrey lit une fort belle pièce de vers dédiée à Alphand.
La Société historique d'Auteuil et de Passy vient apporter son tribut de reconnaissance au Comité qui a entrepris d'élever ce monument et au conseil municipal qui a permis de le placer dans sa sphère d'études. Cette statue, ainsi que le disait un vidl architecte américain, élevée à Alphand dans cette ville qu'il a rajeunie, restaurée, refaite, sera comme la signature du peintre au bas du tableau.
Comte F. de l'Eglise.