‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 158 sur 218 · COMMENT, DE PARIS, ON VENAIT JADIS A PASSY ET VICE VERSA · texte numérisé non relu

COMMENT, DE PARIS, ON VENAIT JADIS A PASSY ET VICE VERSA

On a TQ dans notre petite monographie da Cours-la-Rcine, qu*au xvui* siècle, si les voitures poar Versailles étaient nombreuses, il n'en était pas de même des moyens de locomotion pour venir à Passy. Nous n'avions guère alors, à part les batelets à 4 livres pouvant contenir seize personnes, que la galiote ou coche d*eau, faisant de Pâques à la Toussaint, ponr 5 sols et deux fois par jour, le service du Pont-Royal à Saint-Cloud (ou plutôt au pont de Sèvres) avec escale à Passy, devant la ru^de la Montagne (Beethoven), puisa Auteuil, et la voiture de Passy à Saint-Cloud, qui exigeait deux heures de route, coûtait 7 sols et descendait les voyageurs à Passy. En dehors de ces deux services à peu près réguliers, il y avait bien des voitures à volonté, stationnant généralement à rentrée du Cours-la-Beine, les voitures à tant par lieue ou à Theure, dont le bureau était à Feutrée du faubourg Saint-Honoré, et les voitures de poste allant à la Muette (i) ; mais ces dernières ressources n'étaient pas à la portée de toutes les bourses. Au résumé, le meilleur moyen d'aller à la capitale ou d'en revenir, pour les gens très peu fortunés et bien portants, ou désirant le devenir, était peut-être le voyage à pied, quand on ne voulait pias tenter de s'accrocher, sans être vu, à l'arrière d'un bateau de marchandises, pour se ifaire remorquer, moyen économique qu'employa un jour le célèbre peintre Latour, pour venir du Louvre au château seigneurial de Passy.

Pour se faire une idée du transport par eau, il faut lire le drolatique Voyage à Saint-Cloud par mer et par /err«, publié par Néel vers 1748 (2). Le héros du voyage, après avoir fait tous ses préparatifs, trouve prudent, avant de s'embarquer, de faire sa confession générale et son testament olographe. Il est 8 heures du matin, on va partir, le drapeau est hissé, on sonne le booteselle pour appeler les voyageurs en retard ; enfin deux lourds chevaux, ornés d'un charretier, hèlent la galiote. Notre jeune voyageur inexpérimenté débute mal. L'odeur du goudron lui montant à la tète, il veut, pour 1 éviter, se retirer plus loin, cherche à se lever, impossible de le ifaire. Le malheureux s'était assis sur un tas de cordages nouvellement goudronnés, et la chaleur qu'il leur avait communiquée les avait incorporés fM intimement à sa culotte, qu'il fallut en couper des lambeaux pour le débarrasser. Mais continuons notre voyage. On passe devant le port de la Conférence, devant le petit Cours (Cours-la-Reioe) ayant à gauche les Invalides et le Gros-Caillou,

(1) Il y avait voitures de po»te ordinaire et voitures de poste royaie pour la MucUo ; voilures de poste pour Versailles, desservant la Muette et le ronu-point Morteniart et enfin voituves de poste pour Saint Denis et le Rour^el, passant également par la Muette.

(3) Se trouve aux archives de la Société et, hluslré, dans celles de M. Em. Potin.

puis on découvre une grande Ile déserte, sans arbres, sur laquelle on ne voit que des piles de bois, quelques cabanes, des bœufs et des vaches paissint en liberté ; c'est cette Ile qui portait jadis un nom peu décent (i) et qu'on nommait alors Vile des Cygnes, En face, sur la rive droite» est le dépôt des pierres de Saint-Leu, et au-dessus, sur la colline, le village de Chaillot, sur la pente duquel s'étagent des maisons sans nombre, plus jolies les unes que les autres. Au bord de 1 eao fourmille un essaim de blanchisseuses, ^ Agnès de Chaillot, jeunes et vieilles, mêlant au bruit de leurs battoirs de gros propos de barengères à l'adresse des passagers. Après avoir loogé les murs dudit Chaillot et ceux qui leur font suite, murs fort longs et fort élevés, renfermant le grand clos et les beaux jardins du couvent de la Visitation, on aperçoit un gros corps de logis percé de mille croisées antiques et adossé à une église dont la pointe du clocher semble se perdre dans les airs : c'est le fameux couvent des Bonshommes. Arrivé devant les deux jardins de nos Eaux minérales, le pilote appelle trois fois Jacob, le passeur ; enfin le maussade Jacob arrive, aborde la galiote avec sa barque, prend et décharge les voyageurs pour Passy.

Tels turent pendant bien longtemps nos seuls moyens de transport ; puis nous eûmes, sous la Restauration, une station ^e carrosses et de cabriolets de place, le long du inur qui touchait à la barrière des Bonshommes, dite aussi barrière de Passy ; mais ce n'était pas assez. Nous avions toujours à gravir ou à descendre la montagne, dont la pente rapide et glissante était peu agréable, surtout par les mauvais temps. Enfin, vers 1824, dit Quillet dans ses Chroniques de Passy, un nommé Nansot imagina, le premier, d'établir sur le sommet de cette montagne une espèce de' cabriolet à six ou huit places, dans le ^enre des voitures à volonté qui desservaient Samt-Cloud, Sèvres et Versailles et qu'on nommait vulgairement coucous ; c'est dire assez que ce moyen de transport n'était ni élégant ni commode. Il eut cependant plein succès. On payait 75 centimes par place et l'on s*en allait, en traversant Chaillot, dans les environs àa Palais-Royal. La Compagnie des Accélérées, ({ui faisait alors le service de Versailles et de Saint- Germain, voyant le succès de cette entreprise, résolut d'en établir une sur le même plan, et Nansot, étant dans l'impossibilité de soutenir la concurrence, se trouva trop heureux de céder son matériel à la nouvelle Compagnie. Sans modifier le prix de ses transports, elle fit construire de nouvelles voitures plus commodes, qui, partant du centre de Passy, près de l'ancienne mairie, avaient des départs plus fréquents et se rendaient au même lieu. Quelques années après, l'entreprise des Omnibus, voulant à son tour aller sur les brisées des Accélérées, poussa ses voitures jusqu'au bois de Boulogne, et de là pour 25 cen^ times conduisait à la place du Carrousel. C'en était fait des Accélérées, qui ne pouvaient supporter une pareille concurrence, sans l'intervention de l'administration municipale de Passv, qui, par arrêté du maire daté du 21 octobre loi9, inter-

(1) Ile Maqucrelle.

dit aux ûmnibas toat service dans le centre de la commune. Les Omnibus allèrent donc piteusement stationner sur le quai, à la barrière des Bonshommes, et les Accélérées yictorieuses restèrent à leur emplacement primitif; mais, pressées par la concurrence, elles abaissèrent leur prix à 35 centimes. Ce que voyant, les Omnibus augmentèrent leur prix de 5 centimes et se mirent à gratifier leurs clients de correspondances, mesure qui nuisit considérablement aux Accélérées, qui ne piirent se soutenir que grâce à leur service de Chaillot, interdit aux Omnibus, à leur plus grande propreté, à Taise qn*on y trouvait, puisqu'elles ne contenaient dans un même espace que douze voyageurs au lieu de quinze qu*on entassait dans les Omnibus, et à leur service prolongé jnsqu^à près de minuit, ce qui facilitait le retour du spectacle. Dans cette lutte à outrance, Tadministration des Omnibus périclita pendant quelque temps, à tel point qu'un de ses principaux fondateurs, le colonel Baudry, miné par le chagrin ou'ii en ressentit, alla se précipiter dans le canal Saint-Martin. On consacra sa mémoire en donnant le nom de Baudriville à un établissement situé à Passy, près de TArc de Triomohe, et destiné au lo|;ement des palefreniers de la Compagnie, ainsi qu'aux écuries et remises pour les chevaux et les voitures.

Tout ceci se passait avant 1836, date du livre de Qùillet que nous avons mis à contribution. En 1854, quand je vins à Passy, nos services de transport ne s'étaient nullement améliorés, nous n'avions toujours que la ligne d'omnibus ayant son point terminus à la barrière des Bonshommes, et, dans l'intérieur de la commune, que les lentes Accélérées s'en allant alors i la porte Saint-Martin et oh il était prudent de retenir ses places à l'avance. Mais depuis, que de changements ! que d'améliorations ! Vint d'abord, en cette année 1854, le chemin de fer de Paris à Auteuil, et vers la même époque, le chemin de fer dit américain qui suit les quais. An moment de l'annexion furent créées de nouvelles lignes d'omnibus, et, plus tard des lignes de tramways ; en 1862, on choisit (on n'a jamais su pouranoi) le jour anniversaire de la prise de la Bastille pour ouvrir la ligne de ceinture, et enfin 1867 inaugura le service des bateauxmouches, qui, aujourd'hui, pour la minime somme de 10 centimes, nous font traverser tout Paris, presqu 'aussi bien en hiver qu'en été, ne nous font pas asseoir sur des tas de cordages fraîchement goudronnés, et od l'on n'est plus scandalisé, comme dans l'antique et lourde galiote, par les lazzis et les gestes incongrus des laveuses de Chaillot.

Léopold Mar.

Garde nationale sédentaire, garde qui ne gardai pas grand'chose, belle et noble institution qui ne semblait, au moins à cette époque, avoir été créée ({ue pour le bonheur des bons bourgeois aimant à jouer au soldat, fiers d'être mis en faction pour protéger l'Obélisque, et souvent heureux de quitter un instant le foyer conjugal. Institution bénie surtout des cafetiers et des restaurateurs ! Belle occasion, en effet, qu'un jour de garde, pour parfaire à l'aise une bonne petite noce, ou, pour le moins, sa partie de pi(|uet ou de dominos ! Mais pour Cavarni, son fusil de garde national et son sabre n'étaient pas, comme ceux de Joseph Prud'homme, leplu$ beau jour de sa vie, il ne demandait guère à s'en servir pour défendre nos instilutùms et au besoin pour les combattre ; aussi tâchait-il souvent, sous un prétexte plus ou moins fallacieux, d'échapper à la corvée, ce qui finit, hélas ! par le conauire à la maison d'arrêt de la rue de la Gare, c'est-à-dire à V Hôtel des Haricots (1), où il laissa sur les murs des fameuses cellules 7, 8, ou 14, des traces artistiques de son passage, en compagnie de celles d'A. Dévéria, de Decamps, de Français, de Célestin Nanteuil, de Traviès, de Charlet, de Bertall, d'Yvon, etc. (2), et des poésies fantaisistes d* Al- ' fred de Musset, de Théophile Grautier, de Frédé- < rie Bérat, de Théodore de Banville et de tant d'autres illustres réfractaires.

Voici, à l'appui de notre dire, ce qu'il écrivait un jour, de sa nouvelle maison du Point-du-Jour, ' au Président du Conseil de discipline de la Garde ' nationale de Passy, dont il relevait : (

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