‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 17 sur 218 · RUE DECAMPS · texte numérisé non relu

RUE DECAMPS

beau bas relief , qui a été exécuté entre les deux fenêtres du premier étage, par Mme Claude Vignon ; c'est une imitation du bas-relief qui orne l'attique de la fontaine Saint-Michel.

Le comte Xavier de Montépin, né en 18^4, fut d'abord journaliste ; il fonda en 1848 le Canard, qui fut supprimé, puis le Lampion, où Villemessant, le futur directeur du Figaro, écrivait des nouvelles à la main. Les Filles déplaire commencèrent sa célébrité en 1855; il a tiré de son roman la Porteuse de pain, un mélodrame qui eut un succès colossal. Jamais homme n'a écrit autant de volumes : il en a publié plus de cinq cents; ses romans-feuilletons eurent un grand succès. Un incendie détruisit en 1881 son hôtel et ses précieuses collections; il avait fait reconstruire, rue Adolphe-Yvon n° 12, son hôtel et y mourut en 1902.

La villa Guibert, récemment établie, a son entrée au n" 83 de la rue de la Tour. (Pour M. Guibert, voir p. 124.)

La rue Eugène-Delacroix et la partie de la rue Decamps comprise entre Tavenue Henri-Martin et le rond-point de Longclramp occupent remplacement d'un chemin qui figure sur les plans de 1731, sous le nom de chemin de Versailles. Ce chemin, qui traversait la plaine de Passy, prit le non? de chemin ou rue de la Croix, parce qu'une croix avait été plantée à l'angle de la rue de Longchamp. -Le 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy, délibérant, en exécution de la loi sur les chemins vicinaux, sur la reconnaissance et la fixation de la largeur des rues destinées à remplacer d anciens chemins, demanda que la rue de la Croix fût classée comme chemin vicinal. Le tableau joint à cette délibération porte qu'une largeur légale de 10 mètres est proposée pour la rue projetée; qu'elle ira de la rue de Longchamp à la rue du Moulin-dela-Tour (rue de la Tour), qu'elle remplacera le chemin de la Croix, ayant 7 mètres de largeur, et que ce chemin tire sou nom d'une croix qui existait autrefois à sa jonction avec la rue du Moulin-de-la Tour et qui a été détruite pendant la Révolution. La rue de la Croix fut, en effet, classée comme chemin vicinal par l'arrêté préfectoral du 6 juillet 1825.

L'élargissement de la rue de la Croix à 10 mètres ne fut réalisé qu'en 1848 ; on exécuta à la même époque une rectification de cette rue, pour la faire aboutir au point d'intersection de la rue de la Pompe et de la rue de la Tour (section comprise actuellement entre cette rue et l'avenue Henri Martin). C'est en 1853 et 1854 qu'on régularisa l'échange entre la commune de Passy et la Société Malézieux, pour la substitution de la rue de la Croix et de plusieurs autres rues à d'anciens, chemins.

Le décret du 24 août 1864 a donné le nom de rue Decamps à cette rue de la Croix, en mémoire du peintre Alexaodre Gabriel Decamps (1803-1868), dont la veuve habita longtemps cette rue et mourut, en 1888, dans la maison n"" 2 de la rue Largillière. Decamps a emprunté les sujets de plusieurs de ses tableaux aux mœurs orientales {Paysages d'Anaiolie, Anes d'Orient, Café turc. Grand Bazar, Halte de cavaliers arabes); il a peint aussi des tableaux d'histoire (Moïse sauvé des eaux. Défaite des Cimbres) et des scènes où figurent des animaux de toutes sortes : Singes experts (satire du jury de l'Académie de peinture), le Singe au miroir. Singes boulangers, etc. Il a obtenu une première médaille en 1834. Il est mort à Fontainebleau d'une chute de cheval.

Bressant, excellent acteur du Théâtre-Français, habitait la rue Decamps, au n*» 11 ancien, vers 1857-1860.

: IIU XV!' AimONDlSSUMI

Les trottoirs réglementaires ont été construits, en 189!), à la rue Decanips ( I ) des n'^là 5 etdesQ'"6fi 10. I^coQvertissementen pavage en bois a été opéré, éga-

lement en IK!K), pour lit partie de cette rue comprise entre le rond-poiutde Long-

Ci] il s'est produit autrefois de nombreux Tontis (éboulemenU occasionnés par les excavations îles anciennes ciirri^rcsi dans la partie de la rue Décampe située entre le

RUE SCIIEFFER 69

charap et le n* 6. Uécole communale de garçons de la rue Decamps a 348 élèves.

Avant 1868, la rue Eugène-Delacroix (1), qui a son origine actuelle à la rue Decamps (autrefois, rue de la Croix), se nommait « rue du Chemin-de-la- Croix », puis « rue de la Croix ». On peut donc accuser Tadministration d'avoir fait un jeu de mots, quand elle a donné à cette rue le nom du peintre Ferdinand Victor-Eugène Delacroix (1790 1863), qui était un grand artiste, mais qu'aucun lien ne rattachait à Passy. 11 est vrai que des noms de peintres, de sculpteurs et d'écrivains ont été donnés ainsi à beaucoup de rues du XVI* arrondissement, sans qu'ils y aient jamais séjourné. Eugène Delacroix entra à dix-huit ans dans l'atelier de Pierre Guérin, qui avait déjà pour élèves Géricault et Ary Schefler. M. Thiers disait, dans le Conslilulionnel, de son premier tableau {Dante et Virgile, salon de 182^): « Je ne sais quel souvenir de grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau ; j'y retrouve cette puissance sauvage, ardente, mais naturelle, qui cède sans effort à son propre entraînement. » Eugène Delacroix peut être considéré comme le chef de l'École romantique en peinture ; il a obtenu la médaille d'honneur en 1855 et fut élu, en 1857, membre de l'Institut. On peut citer parmi ses œuvres : la Mort du doge Marino Faliero^ le Combat du giaour et du pacha, Justinien au Conseil d'État, les Massacres de Scio, la Mort de Vévêque de Liège, Fausl^ Médée^ la Liberté sur les barricades, V Entrée des Croisés à Constant inople, Orphée, le Plafond de la galerie d'Apollon, diverses salles de la Chambre des députés.

Beauvallet, acteur du Théâtre -Français et auteur dramatique, s'était retiré au n** 5 de la rue Eugène-Delacroix; il y mourut en 1873, dans les bras de son ami Souchier (2).

La villa Souchier, dont l'entrée se trouve au n° 5 de la rue Eugène-Delacroix, doit son nom à son fondateur et a été établie à la même époque que la villa de la Tour, mentionnée ci-après ; elle ne peut être habitée que bourgeoisement; on ne peut y exercer aucun commerce, ni aucune industrie.

La rue Se heffer figure au plan de 1731, comme chemin prenant naissance, à la rue Vineuse et s'arrêtant au chemin des Bornes (devenu depuis rue des Sablons, puis rue Cortambert) ; il desservait un premier moulin, situé près de la rue Vineuse, et conduisait à deux autres moulins, dont l'un (le moulin Leclerc) était situé en face de la rue Bellini, qui n'existait même pas à l'état de chemin à cette époque. Par suite d'élargissements successifs, ce chemin fut transformé en rue, sous la dénomination de « rue des Moulins », qui a été conservée jusqu'après l'annexion; ces moulins à vent, qui n'existent plus, étaient bien placés, puisqu'ils se trouvaient sur la partie culminante de Passy. La rue des Moulins, pour laquelle des travaux d'assainissement avaient été approuvés par le conseil municipal le 8 août 18i0, fut classée comme chemin vicinal par arrêté préfectoral du 26 décembre 1846. La Société Malézieux, qui avait succédé à celle dite de la plaine de Passy, entreprit, en 1848, de prolonger, sur des terrains qui lui appartenaient, la rue Scheffer depuis la

n" 48 et la rue de la Tour; la voie sous-minée y a tHé consolidée sur 75 mètres de tondeur. Vis-à-vis du n* 48, la distance du sol au ciel de la carrière est de 8», 10 et la hauteur de la galerie d'exploitation est de 4 mètres.

(1) Le sol de la rue Eugène-Delacroix a été consolidé, sur 28 mètres de longueur, entre les n«* la et 16.

(2) La largeur de la rue Eugène-Delacroix a été fixée à 8 mètres par l'arrêté préfectoral du ]6 février i856.

rue des Bornes (rue Corlambert) jusque vers la rue de la Pompe. Ce prolongement a été remis à la commune de Passy le 6 mars 1853; d'ailleurs, l'extrémité de ce prolongement s'est trouvée supprimée par suite du percement de l'avenue Henri-Martin et a été incorporée dans le sol de cette avenue ou dans le périmètre de plusieurs propriétés riveraines.

La largeur de la rue des Moulins a été fixée à 8 mètres par arrêté du 16 février 1856. Le décret du 2i août 1864 a donné à cette rue le nom de rue Scheffer, en l'honneur du peintre Ary Schefïer (1793 1853), qui a commencé à exposer au salon de 1812 et a composé en 1819 le Dévouement des six bourgeois de Calais (salle des Conférences de la Chambre des députés). On lui doit beaucoup de belles toiles empruntées aux sujets religieux ou aux créations des grands poètes; il a fait les portraits de La Fayette, Talleyrand, Lamartine, Béranger et de la reine Amélie; il a été professeur des enfants de Louis-Philippe, particulièrement de la princesse Marie, qui lui a légué ses œuvres d'art.

Le chansonnier Béranger habita pendant quelque temps le n"^ A de la rue Schelîer, à l'angle de la rue Vineuse; il quitta celle maison en 1830. La maison n<* 61, à l'angle de l'avenue Henri-Martin, a été occupée par le général Borgnis-Desbordes, quia commandé en chef auTonkin.

M. Prévost de Longpérier, conservateur des médailles au musée du Louvre, membre de l'Institut, est mort à l'âge de 05 ans, le 15 janvier 1882, en son hôtel de la rue SchefTer, n"* 47.

Au n° 51 de la rue Schefïer se trouve la villa Scheffer, qui a été fondée par MM. Dorimieux et Collongettes et ouverte le 14 mai 1888. Elle ne peut être habitée que bourgeoisement, à l'exclusion de tout commerce, atelier, magasin, fabrique, industrie, dépôt de marchandises ou hôtel meublé. Les ateliers d'artistes ne sont pas compris dans l'exclusion qui précède, non plus que les écuries et remises pour l'usage personnel des propriétaires et locataires d'immeubles faisant partie delà villa. Aucune enseigne ou annonce commer cialeou industrielle ne peut être mise sur aucune des constructions.

Il est question de prolonger la rue Schefïer jusqu'à la rue Franklin.

La rue Louis-David va de la rue Schelîer à la rue de la Tour ; elle a été percée autrefois sur les « champtiers des hautes et des basses Tournelles », ainsi nommé parce qu'il avait été établi au lieu dit canton des Tournelles, mentionné dans le bail d'une maison de Passy (1) passé le 12 avril 1570 (minutes d'Ancelot Fanin). Elle se nommait jusqu'après l'annexion « rue des Tournelles ». Le 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy demanda que la largeur légale de cette rue (2) fût portée de 5 à 10 mètres. Elle a d'abord été nommée « rue David », en l'honneur du peintre Louis David (1748-1825), surnommé le Corneille de la peinture. Son parrain était Sedaine, secrétaire de l'Académie d'architecture. David alla à Rome comme grand prix et eut logement au Louvre de 1781 à 1805. Député de Paris à la Convention, il avait voté la mort du roi Louis XVI, fut exilé en 1815 et mourut à Bruxelles. 11 fit renaître le goût des beautés antiques et des sujets classiques et eut pour élèves Gérard, (iirodet et Gros. Il a peint les Horaces (1786), le Serment du

(i) Voir l'article de M. l'abbé Beurlier, inliUilé : « Noies relatives à rhistoire d'Auleuil, de Passy, de Chaillot et de Boulogne >», pp. 3io A 3.i>. du ÏII* volume du Bulletin.

(2) A Tangle de la rue de la Tour et de la rue Louis-David, la disUnce du sol «tu ciel de la carrière est de ii™,85; la hauteur de la galerie d'exploitation est de a™,85.

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