AU TROCADÉRO 31 AOÛT
Dans un livre de luxe, très documenté, de MM. Ernest Maiodron et Camille Viré, intitulé : Le Champ de Mars, et publié en 1889 par L. Danel, à Lille, nous trouvons un chapitre qui nous explique clairement l'origine du nom donné à l'une de nos plus agréables promenades... nous voulons
{»arler au Trocadéro. Nous publions intégralement a partie qui nous concerne, avec l'autorisation de l'éditeur.
< Lorsque, après la prise du Trocadéro, le duc
d'Angouléme rentra en France, il n']^ fut point accueilli comme il méritait de l'être, il semblait qu'on le rendit brutalement responsable des agissements du fournisseur concussionnaire Onvrard, dont la scandaleuse fortune, outrageusement augmentée par l'expédition de 1823, fixait depuis longtemps l'attention des esprits les moins prévenus
< En 1826, Charles X pensa qu'il était équitable de revenir sur cette impression aussi mauvaise qu'elle était irréfléchie. Il choisit le troisième anniversaire de la prise du Trocadéro pour donner une fête militaire, dont la pose de la première pierre d'une caserne devint la raison apparente. La fête, fixée à huit heures du soir, devait rappeler dans ses grandes lianes le combat du 31 août
K La caserne au'il s'agissait de construire, devait occuper les hauteurs deChaillotqui, i partir de ce jour, prirent le nom du Trocadéro.
€ Sur l'emplacement de la future caserne, on avait élevé un arc de triomphe, à la frise duquel on lisait :
AU prince généralissime^
« Et plus bas :
Son nom, ses vertus et sa gloire Sont à jamais inscrits au Temple de Mémoire.
< Quatre bas-reliefs décoraient les faces de Tare et représentaient :
« Le prince récompensant la bravoure d'nu soldat sous le feu de la place Saint-Sébastien ;
«Le prince refusant les honneurs qu'on lui avait préparés à Burgos ;
€ Le prince donnant l'exemple de la valeur et du sang-froid à la batterie de Santi-Petri;
« Le prince recevant le roi et la reine d'Espa gne à Sainte-Marie.
< Cinq figures : Madrid, Barcelone, Valence, la Corogne et Cadix, ornaient cinq niches ménagées dan^ l'attique.
« Deux trophées et un quadrige portant la France entre deux Renommées, couronnaient le monument.
€ Entre l'arc de triomphe et le palier supérieur des rampes de Chaillot, douze colonnes militaires chargées de drapeaux et d'armes, rappelaient les actions principales de la campagne de 1823. Quatre grands trophées limitaient une voie triomphale. Des pots à feu, des trépidis et des girandoles éclairaient cette voie.
€ Sur un tertre à droite de la position, on avait disposé, pour le dauphin et la dauphine (1), une tente, celle-là même qui avait servi au prince pendant la campagne. Quatre autres tentes avaient été dressées à droite et à gauche pour les ministres, le corps diplomatique, les principaux fonctionnaires et les officiers généraux présents à Paris. Une enceinte réservée, à l'extrémité septentrionale du Champ de Mars, contenait 2.000 invités, 2.000 hommes pris dans les régiments de la garnison et 500 invalides.
(i) Le comte de Charobord et sa sœur.
€ Le daaphÎD et la danpbine arriyèrent à hait heures et demie. Le mÎDistre de la guerre les reçut et les accompagna jusqu^à la tente du duc d*Angouléme.
« C'est alors que dix bataillons de la garde royale, commandés par le maréchal de camp de Samt-Hilaire, se formèrent sur la rive gauche de la Seine, à droite et à gauche du pont d'Iéna, et commencèrent un feu de mousoneterie. Des pièces d'artillerie les soutenaient. D'autres bataillons postés sur la rive droite et représentant les Espagnols répondirent à ce feu. Au bout d'un quart d'heure, les bataillons de 4a rire gauche se formèrent en colonne d'attaque, traversèrent le pont et refoulèrent les Espagnols, qui se replièrent sur les rampes deChaillot. Les rampes attaquées à leur tour etenlevées, les Taincus se reformèrent en arrière de la position. Cette petite guerre terminée, le dauphm et la dauphine se rendirent à l'arc de triomphe et posèrent la première pierre de la caserne. Des salves générales d'artillerie et de mousqueterie terminèrent cette fôte militaire, dont le Moniteur ût un pompeui récit. »
Les journaux de l'opposition, le Courrier français et le Constitutionnel, entre autres, furent beaucoup moins enthousiastes que le journal oflBciel ; suivant eux, la fôte avait été mesquine, incomplète ; heureusement, disent-ils, qu'on savait par le programme que tout cela repré^ sentait V attaque du Trocadéro et la pose (f une première pierre. Quand les fusées ont cessé de briller dans Voir, on a présumé que le fort était pris et la pierre posée, et les spectateurs ont repris paisiblement le chemin de leur domicile,