‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 29 sur 218 · RUE DE LA FAISANDERIE · texte numérisé non relu

RUE DE LA FAISANDERIE

de Passy, a été ouverte, en 1839, avec 10 mètres de largeur, sur des terrains appartenant à M. Vital et à ses frais. Cette voie, qui mettait en communication le centre de la rue de Passy avec le quartier des Tournelles (rue Louis-David), la rue de la Tour et les rues nouvelles de la plaine de Passy, reçut, conformément à la demande formulée parle conseil municipal dans sa délibération du 2 mai IHiâ, le nom de M. Vital, qui fut adjoint au maire de Passy de 1837 à 1848, fut réintégré en 1852 et nommé, lors de Tannexion, vice-président du bureau de bienfaisance ; il mourut le 15 juillet 1881, à Tâge de quatre-vingtquatre ans, dans la maison n*" 43 de la rue Vital.

La maison n"* 38 de la rue Vital porte cette inscription : « L'historien Henri Martin, né à Saint -Quentin le 21 février 1810, est mort dans cette maison le 24 mars 1884. » Il Thabitait depuis 1878. Levasseur, chanteur de rOpéra, a demeuré au n<» 8 ancien (33 actuel), de 185G à 1857, et Ponchard, chanteur de TOpéra-Gomique, au n"* 44, où il mourut en 1860.

Jenny Vertpré, actrice du Gymnase et femme du vaudevilliste Garmouche, vint demeurer, vers 1857, au n"* 15 de la rue Nicole, et y mourut en 1806. Eugène Gortambert demeurait au 20, et son fils, Richard Gortambert, au 25 de cette rue.

La rue Lekain fut ouverte, en 1830, avec une largeur de 8 mètres, sur un terrain appartenant à M. Singer. Elle prit d'abord le nom de « rue de la Fontaine », à raison d'une fontaine établie à l'angle de la rue Singer. Le décret du 24 août 1864 lui donna sa dénomination actuelle, en Thonneur du tragédien Henri-Louis Gain, dit Lekain (1729-1778), à qui on doit plusieurs réformes importantes pour la mise en scène, notamment en ce qui concerne le costume : avant lui, on jouait les personnages antiques avec des habits du jour. Il commença par monter, avec d'autres jeunes gens, une association pour jouer la comédie dans des maisons bourgeoises; il fut remarqué par Voltaire, qui le flt jouer sur un théâtre qu'il avait établi dans la rue Traversière-Saint-Honoré {rue Molière), pour la représentation de ses pièces. Grâce à sa protection, il débuta à la Gomédie-Française en 1750 et joua, devant la Cour, le rôle d'Orosmane ; à la fin de cette représentation, Louis XV dit aux courtisans qui l'entouraient : « Lekain m'a fait pleurer, moi qui ne pleure guère. » Il fut ensuite admis au nombre des comédiens du roi et on composa pour lui cette épitaphe : « (^i-git Lekain, Melpomène avec lui. »

Le n^ 3 de la rue Lekain contient la tombe du compositeur Piccinni ; ce terrain faisait partie de l'ancien cimetière paroissial (Ij de Passy.

La rue Talma a été ouverte en 183Î), avec une largeur de 8 mètres, sur des terrains provenant des dépen<}ances de l'ancien château seigneurial de Boulainvilliers. Elle reçut d'abord le nom de « rue Neuve-Bois-le-Vent », parce qu'elle débouche sur la rue Bois-le-Vent. Le décret du 21 août 1864 lui a donné sa dénomination actuelle, en l'honneur du tragédien François-Joseph Talma (1763-1826); élève de Mole, de Dugazon et de Fleury, il débuta en 1787 à la Gomédie-Française et atteignit la perfection dans son art ; Napoléon I*' l'aimait beaucoup.

La rue de la Faisanderie (2) tire son nom de l'ancienne faisanderie du

(i; Voir ci-dcrtsilfl, p. 73, les indications <lonn<^es au sujet des cimetières de Passy.

f2 I^ voie sous-minée a iHé consolidée en i88<), sur mj nièlres de longueur A partir tie Tanglc de la rue de Longchamp, vers la rue Bénouville ; la disUnce du sol au ciel de la carrière est de 8 métrés^ et la hauteur de la galerie d'exploitation est de 4'"»'^'

112 HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT

château royal de la Muette, qui s*étendait entre le bois de Boulogne et la rue Spontini et avait été vendue comme bien national; les trois quarts de cette propriété, dénommée aussi « le Petit-Parc », furent achetés au domaine de l'État, en Tan VI, par M. de Saint-Simon, et, l'autre quart, par M. Béhague. En 1818, ces acquéreurs vendirent la propriété au roi Louis XVlll, qui céda le Petit-Parc et des terrains dans la plaine de Passy à M. Casimir Périer (qui fut ministre sous le gouvernement de Juillet) pour 6().00() francs; ces terrains valent aujourd'hui des millions.

La rue de la Faisanderie a remplacé la principale avenue du Petit-Parc, qui fut transformée en une rue de 12 mètres de largeur, vers 1840, c'est-à-dire environ quinze ans après la création de la rue du Petit-Parc (aujourd'hui rues Spontini et Pergolèse). Elle ne s'étendait primitivement qu'entre l'avenue Bugeaud et la rue de Longchamp ; elle s'appelait alors « rue de la Vieille- Faisanderie ». Elle a été ensuite prolongée d'abord jusqu'à la rue du Puits- Artésien (rue Dufrénoy) et vers i8ri8 jusqu'à l'avenue d'Eylau (avenue Victor- Hugo). M. de Chabrol avait fait réparer, en 1856, la rue de la Faisanderie, dont la mise en état de bonne viabilité fut achevée en 1860. Des becs à incandescence y ont été installés en 1899.

Le général lung habitait le 23 bis de la rue de la Faisanderie. L'hôtel du ministre de la principauté de Monaco se trouve au n^ 27 de cette rue, qui renferme beaucoup de beaux hôtels. Au n^ 23, à la maison de santé du docteur Lochard, on voit une grande grille ajourée, en fer forgé, du style Louis XV. Au n« 42 est un petit hôtel gothique, construit en 1881 par M. Brière. Au u? 64 se trouve un hôtel monumental, élevé par M. Dumoulin pour M. Làuerre ; il est du style Louis XIV et à trois étages, garnis chacun de trois fenêtres. Celles du milieu sont couronnées par un fronton triangulaire, reposant sur deux pilastres qui encadrent ces fenêtres superposées et accompagnées de balustrades, de cartouches et de deux statues d'enfants. L'hôtel portant le n° 68 his est du style gothique fleuri; il a, au premier étage, une balustrade sculptée à jour, bordant une terrasse ; une autre balustrade, semblable à la première, forme couronnement au-dessus des fenêtres du premier étage, qui se trouve en retraite de la terrasse.

L'enceinte fortifiée de Paris a été construite en 1841 et 1842 ; elle était bordée intérieurement par la rue Militaire, qui a fait l'objet d'une remise conditionnelle à la Ville de Paris par le génie, approuvée par la décision ministérielle du 28 juillet 1859.

La rue Militaire est remplacée par le boulevard Lannes, entre la porte Maillot et la porte de la Muette, et par le boulevard Suchet, entre la porte de la Muette et la porte d'Auteuil. Le boulevard Lannes a été dévié, en 1899, entre les avenues de la Grande-Armée et du Bois-de- Boulogne, en vue de permettre l'exécution des travaux de doublement des voies sur le chemin de fer de Courcelles aux Invalides (Compagnie de l'Ouest).

Une zone de servitude non œdificandi, sur une largeur de 5 mètres en arrière de l'alignement des clôtures, a été imposée (1) pour les boulevards Lannes et Suchet, aux propriétaires acquéreurs de terrains provenant du bois de Boulogne ; ils sont, en outre, tenus d'établir des clôtures suivant le

{i} Voir aux annexes (p. 4*î<>) un extrait du conlral de vente des terrains pour les boulevards Lannes et Suchet.

AVENUE SAINT-PHILIBERT 1 l3

type réglementaire, avec interdiction d'exercer aucun genre de commerce ou d'industrie.

La largeur du boulevard Lannes a été fixée à 12 mètres par le décret du 0 septembre 1801; celui du 2 mars 18GI lui a donné sa dénomination, en l'honneur de Jean Lannes, duc de Monlebello (1700-1800) ; général de brigade en 1707, il se couvrit de gloire à la bataille d'Arcole, accompagna le général Bonaparte en Egypte, commanda la garde consulaire, gagna la bataille de Montebello en 1800, fut nommé maréchal de France et duc à la proclamation de l'Empire, se distingua aux batailles d'Austerlitz, léna, Eylau et Friedland et fut blessé mortellement à la bataille d'Kssling.

Le boulevard Suchet a 14 mètres de largeur; sa dénomination lui a été donnée par le décret du 4 mars 18Gi, en l'honneur de Louis-Gabriel Suchet, maréchal et duc d'Albuféra (1772-18:2()); volontaire en 1701, capitaine en 1708, général de division en 1805, il commanda l'armée française en Flspagne, de 1808 à 1812; il fut nommé maréchal en 1810 et duc en 1812, après la conquête du royaume de Valence. Il se fit remarquer par sa modération et son équité ; Napoléon disait de lui : « Si j'avais eu, en Espagne, deux maréchaux comme Suchet, non seulement j'aurais conquis la Péninsule, mais je l'aurais conservée. » Suchet lut créé pair de France par le roi Louis XVllI.

L amiral Jauréguiberry a habité le n° 45 du boulevard Suchet.

La suppression de l'enceinte fortifiée de Paris entre la Seine et la porte de Pantin est, depuis longtemps, décidée en principe; mais la question financière n'a pas reçu encore de solution. L'exécution est subordonnée à une entente à établir sur la fixation de l'indemnité à payer à l'État, pour la cession des terrains qui dépendent de cette partie des fortifications et qui seraient occupés par des boulevards, des rues et des constructions particulières. Pour la partie comprise entre la Seine (Point-du-Jour) et Paulin, l'estimation des terrains, faite par l'administration des domaines, montait à 130 millions, chiffre qui sera probablement réduit. La Ville de Paris aurait à dépenser une cinquantaine de millions pour travaux de voirie. La réalisation de ce programme entraînera la création de nouveaux quartiers, ce qui favorisera l'accroissement de la population dans la région de l'ouest; mais cette opération demandera probablement beaucoup de temps, car le prix des terrains serait avili, si on voulait les vendre tous en môme temps.

La cité des Belles-Feuilles, dont l'entrée se trouve près de l'intersection de la rue des Belles-Feuilles avec la rue Mérimée, a été fondée en 18iO, par M. Tamise t, propriétaire.

La rue des Marronniers a été ouverte en 18i2 sur l'emplacement d'une allée de marronniers, qui ornait le parc de l'ancien château de Boulainvilliers; pendant plusieurs années après sa création, ce n'était qu'une impasse aboutissant à la rue du Hanelagh. Pour remédier à cette situation, le conseil municipal de Passy a décidé, par délibération en date du 1:3 juillet 1817, que la rue des Marronniers serait prolongée jusqu'à la rue de Boulainvilliers, sous la condition que les propriétaires intéressés verseraient les subventions offertes par eux pour ce travail; la délibération du 10 février 18i0 autorisa le maire à acheter à M. Morel et à M. et Mme Heurtant le terrain nécessaire pour réaliser ce prolongement.

Vnrenue Sainl-Philihcrl est une voie privée, qui est fermée, pendant la

Il4 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT

nuit, par des grilles à ses deux extrémités et qui prolonge la rue Lekain (autrefois rue de la Fontaine); c'est sans doute pour ce motif qu'elle est désignée sous le nom de rue de la Fontaine sur le plan cadastral de 1859. Cette avenue a été ouverte en 1846 sur des terrains appartenant à MM. Messier et Amovet et provenant des dépendances de l'ancien château de Boulainvilliers. Elle porte le prénom du propriétaire, M. Boullée, ancien magistrat, qui Ta achevée.

L'impasse ou passage Colhenel, qui a 5",60 de largeur, est une voie privée, allant de la rue de la Faisanderie au boulevard Flandrin ; elle a été créée en 1846 par M. Cothenet, propriétaire.

La rue Benjamin-Delessert, qui a été ouverte en 1847, est incorporée au boulevard Delessert; les indications concernant cette rue seront données ci-après, en parlant dudit boulevard (voir page 157).

Par délibération du 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy avait demandé que le sentier, ayant alors 2 mètres de largeur et allant de la barrière Sainte-Marie (place du Trocadéro) au chemin de la Croix (rue Decamps), fût remplacé par une rue de 10 mètres de largeur et que cette rue fût dénommée « rue Blanche », comme traversant l'ancien canton dit c l'Arpent- Blanc ». Ce vœu n'a été réalisé qu'en 1848, époque à laquelle la « rue Blanche » fut ouverte, avec une largeur de 10 mètres, entre les abords du boulevard de Longchamp et la rue Decamps. Par délibération du 18 juillet 1847, le conseil municipal de Passy avait approuvé le projet d'ouverture de la rue Blanche, la faisant déboucher sur le boulevard extérieur de Longchamp, en face de la barrière Sainte-Marie, par le passage déjà ouvert alors au public sous le nom d'impasse Triboulet. La partie de la rue Blanche la plus voisine du boulevard de Longchamp a été supprimée pour la formation de la place du Trocadéro. La remise de la rue Blanche, par la Société Malézieux, à la commune de Passy a été approuvée en 1854. En 1862, M. Herran prolongea la rue Blanche, comme voie privée de 12 mètres de largeur, entre la rue Decamps et la rue Herran.

Le décret du 24 août 1864 a donné le nom de rue Greuze (1) à la rue Blanche, en l'honneur du peintre Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), qui se forma presque seul, se plaisait à peindre des scènes intimes et sut se former un genre très brillant par la naïve simplicité et la grâce infinie qu'il prétait à ses personnages. Il a laissé beaucoup de tableaux célèbres : r Accordée de village, la Cruche cassée, le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants^ la Jeune Fille qui pleure son oiseau-mort. Comme son ami Vernet lui reprochait de ne solliciter ni récompense ni distinction, il lui répondit : « Que veux-tu, j'ai le talent facile, mais le jarret trop raide ; je suis un homme d'autrefois : je ne m'incline que devant Dieu et devant les femmes. »

La rue Leroux a été ouverte en 1848 sur des terrains de la plaine de Passy, appartenant aux héritiers de M. Leroux, ancien agent de change, qui avait été un des principaux actionnaires de la Société des terrains de la plaine de Passy et qui mourut en 1843. Elle a porté précédemment le nom de « rue Debelleyme » et fut ainsi classée par le décret du 31 octobre 1863* Elle a été

(i) La consolidation du sol soiis-miné a été executive sur 7 mètres de longueur en 1890 et 1893 ; la distance du sol au ciel de la carrière est de a2™j6o< vers la cité Oreuzej et la hauteur de ta galerie d'exploitation est de 1*^,90.

RUE PIERRE-CHARRON llO

coupée en deux parties par le percement de l'avenue du Bois-de Boulogne. La section comprise entre Tavenue Victor-Hugo et l'avenue du Bois de-Boulogne a conservé le nom de rue Leroux, et le décret du 11 septembre 1888 a donné le nom de me Laurenl-Pichat à la partie comprise entre l'avenue du Bois-de-Boulogne et la rue Pergolèse, en l'honneur de l'écrivain Laurent Pichat (1823-1886).

La rue Duban a été ouverte en 18i8 sur des terrains appartenant à Mme de la Houssaye et provenant des dépendances de l'ancien château seigneurial de Passy. Elle reçut d'abord la dénomination de « rue du Marché », parce que le marché de Passy borde un de ses côtés. Le décret du 10 février iHlt\ lui avait donné le nom de « rue de Bouille », en l'honneur de M. de Bouille (17G8-1800), l'ancien gouverneur de la Martinique, qui se signala, dans la guerre de l'indépendance américaine, par la prise de la Dominique et de Saint-Christophe, fut nommé lieutenant-général en 1784 et général en chef de l'armée de la Meuse en 1791). L'arrêté préfectoral du 1(> août 1879 a donné à cette rue sa dénomination actuelle en l'honneur de Félix Louis-Jacques Duban (1797-1870), premier grand prix d'architecture en 1823, membre de l'Institut et président du conseil général des bâtiments civils, auteur de divers ouvrages d'archéologie, ainsi que de la restauration du Palais de l'École des Beaux-Arts (1832- 1838), du château de Dampierre, appartenant au duc de Luynes, de l'hôtel Mole, qui est devenu le ministère des Travaux publics, delà Sainte-Chapelle, du château de Blois et d'une partie des travaux du Louvre, c'est-à-dire de ceux qui furent exécutés de 18i9 à 1851: galerie d'Apollon, façades regardant la Seine et le jardin de l'Infante. On lui doit les figures adossées aux pilastres qui supportent la balustrade circulaire du tombeau de Napoléon P''aux Invalides, le tombeau de Paul Delaroche, le monument funéraire de François Arago et le monument érigé à l'Kcole des Beaux-Arts en l'honneur du peintre Ingres. Duban a passé les dernières années de sa vie à Passy, dans l'hôtel qu'il avait fait construire rue Desbordes-Valmore, n** 11 bis (1).

Gouzay, directeur du personnel au ministère des Travaux publics, demeurait au n"* 2 de la rue Duban et y est mort.

La partie de la rue Léonard-de-Vinci comprise entre la rue Leroux et la rue de Villejust fut ouverte, en 1848, comme voie privée et avec une largeur de 10 mètres, sur des terrains appartenant aux héritiers de M. Leroux, ancien agent de change. On l'appela « rue Christine », prénom d'une petite-fille de M. Leroux. Elle a été classée comme voie publique par le décret du 27 janvier 1866, qui en a fixé les alignements. Le décret du 10 août 1868 lui a donné le nom de Léonard de Vinci, né au château de Vinci, près Florence, en 1452. Ludovic Sforce le logea dans son palais et le nomma directeur de l'Académie de peinture et d'architecture de Milan. 11 habita ensuite Florence et Bome et vint enfin se fixer en France, où François P** le combla de bienfaits. Il mourut près d'Amboise en 1589, et on prétend que ce fut entre les bras du roi. Il a peint à fresque /a 5a//i/e Cé/ie, dans le réfectoire du couvent des dominicains, à Milan. Le musée du Louvre a de lui neuf tableaux, entre autres les portraits de Charles VIII et de Lésa del Giocondo (la Joconde),

La rue Pierre-Charron n'appartient au XVI" arrondissement que sur une

^i) Voir la biographie de Duban par M. Ducrcu/.el cl l'arliclc tlo Mme Chocliod* Lavergne, pp. rjt3 à 126 du III<: volume du Bulleiin»

1 l6 HISTOIRE DU XVi'' ARRONDISSEMENT

faible partie de sa longueur, entre Tavenue Marceau et la place d'Iéna. Elle se nommait, en 1849, « rue de TUnion », et formait le prolongement de la « rue d'Angoulôme-Saint-Honoré » (aujourd'hui rue de la Boëtie), qui avait été concédée par lettres patentes au comte d'Artois et dont les alignements avaient été fixés, le ^i novembre 1778, par le bureau de la Ville. Le décret du 17 septembre 1861 prescrivit l'élargissement de cette rue à 20 mètres et d'autres travaux d'amélioration du quartier de (^haillot (rue de Lubeck, rue de Magdebourg, etc.). Le traité passé entre la Ville et la Société Thome et G'®, pour l'exécution de ces travaux, fut approuvé le 17 mai 1864. Le décret du "1 octobre 1865 donna à la voie élargie le nom de « rue Morny ». Enfin, le décret du 25 janvier 1879 lui assigna sa dénomination actuelle, en l'honneur de Pierre Charron (1.j41-16()3), fils d'un libraire de Paris qui eut vingt-cinq enfants; il fut d'abord avocat, puis entra dans les ordres ; ce moraliste a reproduit, dans son Traité de la Sagesse, les idées de Montaigne, dont il était l'ami (1).

En 1898, le pavage en pierre de la partie de la rue Pierre-Charron comprise entre la place d'iéna et la rue Brignole a été converti en pavage en bois.

L'hôtel du ministre de la république du Chili se trouve aux n"* 18 et 20, celui du ministre du royaume de Danemark au n° 27 de la rue Pierre- Charron.

La mlla Aimée est une voie privée qui a été fondée, en 1850, par M. Bar, au n" 29 de la rue de la Tour; sa moindre largeur est de 5 mètres.

Le propriétaire d'une voie privée peut lui donner un nom de fantaisie : l'administration ne prescrit de changer ce nom que dans le cas où il serait de nature à créer des confusions et à faciliter des erreurs.

(i) On a adopté, pour une partie de ce ((uartier, des noms de moralisteR : rue de la Boëtie, avenue Montaigne, rue Pierre-Charron.

La longueur de la voie sous-minée, rue Pierre-Charron, entre la place d'ïéna et le n* 12, est de 169 mètres ; il s'est produit de nombreux fontis. A l'angle de la rue de Lubeck la distance du sol au ciel de la carrière est de 4™>^; la hauteur de la galerie d'exploil/ition est de 2»,()o.

Rues ouvertes de 1851 à 1901, dans les quartiers de Chaillot, de la Muette

et de la Porte-Dauphine.

L'élablissement de nombreuses lignes de chemins de fer aboutissant à Paris devait donner aux travaux de percement de rues nouvelles une impulsion très vive, par suite de l'accroissement de la population, de la circulation publique et du mouvement des affaires. Mais, comme les événements de l8iS apportèrent un arrêt brusque au développement des travaux, ce n'est qu'en i8:i!2 que commence l'ère de la transformation radicale de Passy et d'Auteuil, due principalement à la direction du baron Haussmann, préfet de lu Seine, et de l'inspecteur général des ponts et chaussées Alphand, qui a Iracé d'une manière magistrale les grandes avenues du XVI" arrondissement (I).

Dès le commencement de cette période, la situation de cet arrondissement s'est trouvée heureusement modifiée par l'ouverture du chemin de fer d'Auteuil et par les embellissements du bois de Boulogne.

Le boulevard Deauséjoiir, qu'on avait proposé de dénommer « boulevard Alphand »>, parce qu'Alphand l'a habité pendant plus de trente ans, longe le chemin de fer d'Auteuil depuis la chaussée de la Muette (station de Passy) jusqu'à la rue de l'Assomption (limite de Passy et d'Auteuil). Ce boulevard a remplacé un chemin de ronde du bois de Boulogne, que le plan cadastral de 1847 indiquait encore sous le nom de « route de ronde à Auteuil »>. Autrefois, quand on entrait dans le bois de Boulogne par la grille de Passy, on voyj?it à gauche le parc de Beauséjour renfermant, au milieu de beaux arbres séculaires et de vastes pelouses, des chalets, cottages et pavillons isolés, construits sur remplacement d'anciennes écuries du roi [1), Le Père Lachaise, célèbre jésuite, avant dernier confesseur de Louis XIV, y eut un pied-à-terre. On y avait établi ensuite une hôtellerie. Mme Récamier habita, sous le premier Empire,

(i) Voir aux pp. ^06 ei s. des annexes les extraits des Mémoires du baron Haussmnnn, communiqués par M. Emile l^otin. Le Supplémenl du Petit Journal (i3 juillet 1884; contient un article Fur M. Alphand.

(2) Laurent de Jussicu y planta un arbre de Judée, Chateaubriand y travailla h ses mémoires; J.-J. Ampère y résidait en même temps que la princesse de Liéven • Rossini y donna ses premières soirées musicales ; Téditeur Heujj^el aimait A y réunir les célébrités artistiques.

I l8 lUSTOlHE DL" XVI" AURONDISSF.MENT

un pavillon dépendant du château de la Muette et situé dans le parc de Beauséjour ; elle y recevait (Chateaubriand. Rossini eut, vers 1829, une habitation de plaisance au roQil-poiot du parc de Beauséjour; c'est à Passy qu'il a composé en partie Guillaume Tell. La princesse de Talleyrand, la priDcesse

de Liéven, la marquise d'Agiiesseau ont occupé des pavillons de ce parc, qui avait une superricie de 2 hectares 59 ares et 19 centiares, et qui était limité par le chemin de ronde dénommé aciuellement boulevard Beauséjour, par le sentier du Calvaire et diverses propriétés. Il a été coupé par le percement de la rue Mozart.

Far délibération du '■2H janvier IKia, le conseil municipal de Paris demanda que la mise en état de viabilité du boulevard lîeauséjour fût à la charge de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain (aujourd'hui Compagnie des chemins de fer de l'Ouest), concessionnaire delà //^ne de Paris

LK BOIS DK BOrLOGNE II9

à Auieuil, en vertu du décret du 18 août 1852. Cette délibération fut approuvée par une décision du ministre des Travaux publics du 18 mars de la même année. En 1856, la Ville a vendu aux riverains du boulevard Beauséjour une zone de terrains situés au-devant de leurs immeubles, avec obligation de se clore au moyen de grilles d'un modèle déterminé et de cultiver cette zone en jardins d'agrément.

Alphand, directeur général des travaux de Paris, habita depuis 1854 le premier chalet à gauche de la villa Beauséjour, qui a son entrée au n"" 7 du boulevard portant le même nom; il mourut, le 6 décembre 1891, dans cette propriété, qui est occupée encore aujourd'hui par sa famille.

Pendant plusieurs siècles, le bois de Boulogne (1) a été aménagé, de même que les autres forêts de la couronne, avec de larges avenues et ronds-points ou étoiles, comme on en rencontre dans tous les bois ayant également dépendu des chasses du roi. La loi du 8 juillet 1852 céda à la Ville de Paris le bois de Boulogne, sous la condition de consacrer au moins deux millions à rerabellir, le Gouvernement désirant y remplacer les allées poudreuses de l'ancienne forêt par des jardins anglais. Les dépenses d'aménagement du bois se sont élevées à 16.206.252 francs ; mais la Ville a vendu pour 10.401.484 francs

(i) Voir dans le Bulletin de la Société historique les articles suivants, de M. Léopold Mar : « Trois Rencontres au bois de Boulogne », p. 177 du I«» volume; —au III» volume : « Un Souper du Régent à Bagatelle», pp. 68 et 69; — « Les Emaux du château de Madrid », pp. 71 et 72 ; — et « Une Grande Chasse au bois de Boulogne », p. 168;

ft Le Château de Madrid », par M. le comte Fernand de l'Eglise, pp. 129 à i33 du II • volume ;

1 Les Souvenirs anglais sur le bois de Boulogne », par M. Edmond Wahl, pp. 64 à 66 du Ifl« volume;

« Les Fôles de nuit au bois de Boulogne », par M. Charles Alphand, petit-fils du directeur des travaux de Paris, p. 164 du II !• volume;

« Le Troubadour Catelan », par M. Antoine Guillois, pp. 200 et 201 du I»' volume ;

Anciennes inscriptions de la pyramide Catelan, p. 20 du III* volume;

Poésie de Mistral sur le troubadour, p. 21 du III» volume;

Observations sur la sécurité au bois de Boulogne, pp. 187 et 206 du III» volume ;

«( Les trois Chênes du bois de Boulogne », par M. Tabariès de Grandsaignes, p. 112 du II» volume ;

« La Forêt de Rouvray », par M. Gaston Duchesne, pp. 170 du II» et 8 du III» volume;

u Le Bois de Boulogne pendant la Révolution », par Mme Chochod-Lavergne,pp. 21 à 23; — « La Comédie â Bagatelle », par M. le D' Chassagne, avec une note de MmeChochod- Lavergne, pp. 226 et 227; — « Tué par les fauves », de M. Gaston Duchesne, p. 199; —et « Anecdote sur Bagatelle », par M. Lena, p. 227 du IIP volume.

Voir également l'article publié par M. Brau de Saint-Pol Lias dans le Monde moderne de juillet 1899, et un article du Petit Journal du 17 juillet 1895.

La monographie du bois de Boulogne pourra faire l'objet d'un ouvrage spécial ; je me bornerai donc ici à ajouter aux indications données ci-dessus la liste suivante de livres publiés au sujet du bois de Boulogne :

Lettre de saint Vincent de Paul au cardinal de Larochefoucauld, sur l'état de dépravation de l'abbaye de Longchamp. En latin, avec la traduction française et des notes par Tabbé Jean de Labourderie, Paris, Montardier, 1827;

Vie de Mme Isabelie, sœur de saint Louis^ fondatrice de l'abbaye de Longchamp, par Danielo, Paris, 1840;

Le bois de Boulogne, précis historique et littéraire, par Mme Emilia Telsatme, Paris, imp. A. Delcambre, i854;

Notice pittoresque et historique sur le bois de Boulogne et ses environs, par G. I)., chef de bureau à la préfecture de la Seine, Paris, A. FonUine, iKx>;

Le liois de Boulogne architectural, awec dessins, par Th. Nequer, Paris, Coudrilier, 1860;

Paris-guide, par les principaux écrivains et artistes de la France, Paris, Librairie Internationale, 1867 (voir l'article d'Amédée Achard sur les Champs-Elysées, le bois de Boulogne, Auteuil et Passy), t. II, pp. 1228 à i25o.

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(le terrains et a reçu de l'État une subvention de 4.110.313 francs, ce qui a réduit la dépense à sa charge au chiffre de 3.(>04.i55 francs.

Les travaux de transformation du bois de lioulogne ont été commencés par rarchitecte Mittorf, membre de l'Inslitut, avec le concours du jardinier Varé. Ils ont été repris et achevés par Alphand, qui est l'auteur du plan de transformation effectivement réalisé et qui a été heureusement secondé par le jardinier paysagiste Barillet-Deschamps (1).

Le projet dressé, à la lin du xix*' siècle, pour l'éclairage électrique du bois de Boulogne, supposait qu'il serait exécuté successivement en trois lots : 1" allée des fortifications entre les portes Maillot et Dauphine et parcours de la porte Dauphine à Suresnes ; i" allées du tour du lac ; routes de Saint Cloud, de la Muette à Neuilly, des lacs à Passy ; 3° avenue de l'Hippodrome et partie de l'avenue de la Reine-Marguerite.

Il est bien regrettable que la situation des crédits n'ait pas encore permis de réaliser ce projet.

La rénovation des principaux quartiers de Paris, notamment du XVl»* arrondissement, par Alphand, est basée sur ce qu'au lieu de procéder à des percements de rues isolément, comme on l'avait fait jusqu'alors, il a arrêté, d'après des vues d'ensemble, le tracé de larges avenues et de nouveaux boulevards.

La première avenue ainsi créée fut celle du Bois de Boulogne, Le décret du 2 mars 1864 lui avait donné officiellement le nom d'« avenue de l'Impératrice », qu'elle avait déjà reçu en fait, depuis sa création. Un arrêté du maire de Paris, du 12 septembre 1870, la dénomma « avenue Uhrich » (nom du général qui commandait Strasbourg pendant le siège de cette ville). Elle a reçu, par décret du 10 février 1875, sa dénomination actuelle.

En vue de faciliter les relations entre le centre de Paris et le bois de Boulogne, le gouvernement décida, par décret du 31 mars 1854, la rectification et l'élargissement de la route départementale n° 4 entre les abords de la place de l'Étoile (2) et la porte Dauphine, ainsi que, par décret du 13 août de la même année, l'ouverture de la nouvelle voie (3) sur une longueur de 90 mètres

(i) I/ouvrage qui a été pul)lic sur la généralité de Paris (divisée en ses vingtdeux élections), le 4 septembre 1708, et dont un résumé a été communiqué à la Société historique par son secrétaire général, M. Emile Potin, indique pour le bois de Boulogne une superficie, « tant en bois planté que places vuides ou remplies de bAtiments », qui équivaut à 678 hectares. Il est dit dans cet ouvrage que le bois cstu renfermé de murailles », que les religieuses de Longchamp y possédaient anciennement 80 hectares, qui ont été réunis au corps du bois par arrêt du conseil du 18 mai 1679 et qu'un arrêt du même conseil du ay avril i68y a ordonné que, pour indemniser les religieuses de cette réunion et pour leur racheter leurs droits d'usage et de pAlurage, il leur serait fait fonds annuellement de 2.400 livres.

La superficie du bois de Boulogne est actuellement de 848 hectares, dont 876 en forêt, 19.3 en gazons, jardins et maisons, 129 en routes et sentiers, 121 en concessions diverses et 29 en eaux. La longueur des routes, allées et sentiers est de iCo kilomètres, et celle des ruisseaux de 12 kilomètres. L'alimentation des lacs et des cascades consomme environ 8(X) mètres cubes d'eau par jour.

Les locations, concessions et recettes diverses procurent un revenu annuel d'environ 6oo.o(X) francs, un [>eu supérieur aux dépenses annuelles d'entretien.

Voir à la page 9 du IIP volume du liullefin une note de M. Tabariès de Grandsaignes sur d'anciens plans du bois de Boulogne.

(2) Pour la place de l'Etoile, voir page 76.

(3) Les travaux d'ouverture de l'avenue du Bois-de-Boulogne ont été commencés par le service des routes départementales de la Seine ; ils ont été continués et terminés par

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