‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 34 sur 218 · RUES D'AUTEIIL QUI EXISTAIENT EN 18(H · texte numérisé non relu

RUES D'AUTEIIL QUI EXISTAIENT EN 18(H

Ces rues ne sont qu'au nombre de onze, savoir : la (irande-Hue (actuellement rue d'Auteuil et rue Hémusat), la rue La Fontaine (dont l'ancienne

(i) La superliric île la commune d'Aiileuil était «le 'fSy hectares, et sa populaliou do 3.236 liabilanls en i83t), S.Oocj en 1841^3.559 en 1S4O, 4.i«5 en i85ijj!i.V.)j en i8</). U longueur totale des cent rues existant) en lyooj à Auteuil) est d'environ 3o kilomètres.

]68 HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT

extrémité, c est-à-dire la partie la plus voisine de la Seioe, forme aujourd'hui la rue Gros), la rue de Seine (actuellement rue Wilhem), la rue des Garennes (actuellement rue Boileau), la rue et la place des Percharaps, la rue Verderet, une partie de Tancienne rue de la Municipalité (actuellement rue Chardon- Lagache), la rue du Buis, une partie de la rue Ribéra et Favenue de Versailles. Je n*ai pas compris dans celte énumération la rue de TAssomptiou, qui forme, avec la partie basse de la rue de Boulainvilliers, la limite entre Auteuil et Passy. On voit, sur les anciens plans, outre ces rues, plusieurs chemins publics, qui ont été ensuite convertis en rues.

La rue (TAideuil occupe la plus grande partie de lancienne Grande Rue, qui était au xvi'' siècle la seule rue d'Auteuil, commençait à la route de Versailles et se terminait à la porte du bois de Boulogne. L'arrêté préfectoral du 20 juillet 186H a réuni, sous le nom de rue d'Auteuil, la section comprise entre le bois et la rue Boileau a la partie de Tancienne rue Molière, qui s'étendait de la rue Boileau à la place de TÉglise (i). En 1898, on a établi un pavage en boisa la rue d'Auteuil, entre le boulevard Montmorency et la rue Désaugiers, en même temps que les rails étaient posés pour le petit tramway remplaçant Tomnibus jaune d'Auteuil à Saint-Sulpice.

L'extrémité de la Grande-Rue, du côté gauche en allant vers le bois de Boulogne (aux environs des n*** (>3 ù 73 de la rue d'Auteuil), était bordée autrefois par le château du Coq, construit par le cardinal de Richelieu et légué par lui au domaine de la Couronne en même temps que le palais Cardinal. Ce château, dont les fenêtres avaient vue sur la plaine du Point-du-Jour, composée alors de champs cultivés et de quelques vigues, a été habité par Louis XV pendant son enfance ; il y est revenu à diverses reprises. Cette propriété a été ensuite occupée par Mme Elisabeth, sœur de Louis XVI, par le chancelier Pasquier, président de la Chambre des Pairs sous Louis-Philippe, et par le ministre Guizot. Le parc, qui avait une grande profondeur, a été coupé lors du percement de la rue d'Erlanger.

Outre le château du Coq, il y avait à AuteuiL au xyiii*" siècle, deux grandes propriétés : le parc et le château des Boufflers, qui se trouvaient vis à-vis du château du («oq, sur le côté droit et à l'extrémité de la Grande Rue (comme i^ sera dit ci après, au sujet de la villa Montmorency, qui occupe une partie de l'emplacement de l'ancien parc des Boufllers) — et la propriété des abbés de Sainte-Geneviève, seigneurs d'Auteuil (2).

Cette propriété des (iénovéfains s'étendait, au sud de l'église, jusqu'à la route de Versailles, sur l'emplacement occupé actuellement par la maison de retraite Chardon-Lagache, l'institution de Sainte Périne et leurs abords. Elle fut vendue sous la Révolution, lors de la suppression des maisons religieuses, comme bien national, pour 27.00() livres. La maison élevée sur l'emplacement de l'hôtel seigneurial des abbés de Sainte-Geneviève fut achetée, sous le premier Empire, par Cretet (3), ministre de l'Intérieur. Le baron François

(i) La ninindre largiMir do la nie d'Aulcuil a été flxéc à vi mètres par l'ordonnance royale du 12 mai i83o [xuir la section qui s'étend du bois de Boulogne à la rue La Fontaine, et par l'arrôté préfecloral du 16 juillet iSfiypour la partie comprise entre la rue Boileau et la place de l'Epliso. Les alignements ont «''té modifiés par un décret du 12 juin i883.

(•2) Voir aux annexes (p. f^\\y) l'article de M Antoine (uiillois, intitulé : Auteuil au xvm» siècle.

(3) Emmanuel Cretet, ministre de l'Intérieur, qui fui inhumé solennellement au Panthéon» est mort. ^ Auteuil, le aS novemhre i8<kj, dans l'ancienne maison seigneuriale des abbés de Sainte-Geneviève .

BUE D AUTEUIL lOg

iiérard {!) l'acheta vers 1812 aux héritiers Crelet et la posséda jusqu'à sa mort, eu 1837 ; la propriété fut conservée par sa veuve, qui y mourut en 1848 et qui en avait loué une partie au ministre t^uizot. Ce vaste domaine appartint «nsuite à la famille d'Aubussoo de la Feuillade, qui le céda en IK5K; on y a transféré l'institution de Sainte-Périne.

La maison n" :>^) de la rue d'Auteuil, qui est située sur le côté gauche de cette rue. entre les rues Michel-Ange et d'Erlanger, et qui avait été construite

au commencement du règne de Louis XV sur des terrains dépendant de la seigneurie d'Auteuil, était au xviii^ siècle coutiguë au chûteau royal du Coq. E a 1772, cette maison et son parc furent achetés pour ;il>.UIH) livres au peintre pnstelliste On^ntin de la Tour p;ir une femme généreuse et charmante, qui l'illustra en y faisant un très long séjour, Mme Helvétius, dite Notre-Dame d'Auteuil, dont notre collègue M. Antoine (iuillois a (ait connaître le Salon, dans un ouvrage couronné par l'Académie française (I). Toute l'aristocratie d« l'intelligence, toute la société philosophique du xvni< siècle et toute la

(Il Voirouvnniic\.--i ((.p. ../,5 cl jJ'.N) l.s nilirlcs .i,-M. [..i<ij.i.iil Mon: le* abbés de Sainte- Geneviève, teigiieurg iTAuleuil: l-'ranfoU Gérard.

(a) Le Salon de Mme IMvfUat, \tssr Aniuinc Ciuillois, lil)r<-iirii' r.;iliiiiinn-L<Hy, iSijf. Ot nuvrOKP CAt inenlitinni'^ lUins !■■ iTipjioi-t qui a élé irn^rrô ;i l.i iiiiko ai3 ilii I" volume du BulMin et doni un exlrnil c^t ii-tiroduil a

lyo HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT

phalange des idéologues s'y réunissaient. On peut citer parmi les hôtes de Mme Ilélvétius (1) : son fils adoptif, le sénateur Cabanis (1757-1H08), littérateur et philosophe, Franklin (170(3-1790), Diderot (1713-1784), le ministre Turgot (1727-1781), l'abbé Morellet (1727-1819), Charafort (1711-1794), le baron d'Holbach (1723-1789), le poète Boucher (1745-1794), le marquis de Condorcet (2) (1743-1794), l'idéologue Destutt de Tracy (1754-1836).

Le général Bonaparte vint à Auteuil visiter Mme Helvétius quelque temps avant le 18 brumaire ; en se promenant dans son jardin avec lui, elle lui dit : « Général, si l'on savait tout ce qu'il peut tenir de bonheur dans un arpent de terre, on songerait moins h conquérir le monde. »

La maison de Mme Helvétius fut occupée de 1808 à 1814 par Bumford (3), qui avait épousé, en 1805, la veuve de l'illustre Lavoisier et, dans les dernières années du second Empire, par le prince Pierre Bonaparte; c'est là qu'eut lieu, le 12 janvier 1870, une altercation entre le prince et deux publicistes : M. Ulrich de Fonvielle et Victor Noir ; ce dernier fut tué d'un coup de pistolet tiré par le prince.

En 1871, les lédérés de la commune avaient établi leur état-major dans cette maison, qui fut incendiée (4). Elle a été reconstruite et est occupée actuellement par une école normale Israélite, où l'on reçoit les meilleurs élèves d'écoles d'Orient et d'Afrique (5) ; ils y passent quatre ans pour perfectionner leur instruction.

La propriété qui porte les n**' 43 à 47 de la rue d'Auteuil est un des derniers vestiges complets de rarchilecture du xvm*^ siècle dans ce quartier : au milieu du bâtiment principal à deux étages, un large porche d'entrée, en avant-corps, à quatre pilastres, supporte une terrasse à balustrade ; une autre balustrade en pierre, également en avant-corps, règne tout au long du rez-de-chaussée. Deux grands pendentifs sculptés d'instruments de musique accompagnent à droite et à gauche un bas-relief placé au milieu du bâtiment et représentant trois amours. Le dessous des fenêtres du second étage est orné de guirlandes de fleurs. Les pavillons latéraux en équerre sont du même style que le corps de logis principal, mais ont été rajoutés après coup, dette maison a été habitée par Mlle Antier, actrice qui s'était rendue célèbre par ses bons mots ; elle a été occupée ensuite, de 1740 à 17(37, par les demoiselles de Verrières, amies du maréchal de Saxe et du poète Colardeau ; elles y recevaient la Ville et la (^our et y donnaient des fêtes qui avaient beaucoup d'éclat.

(llondorcet a habité la rue d'Auteuil. Le docteur Chardon-Lagache et Samson, célèbre acteur de la Comédie française, ont habité le n° 10 de la rue d'Au-

(i) Voir aux annoxos (pp. 4^)i ot s.) lartirle do M. Antoine Guillois sur le monument de Mmellelvi'tius; son article intitulé : Madame de Co/î(/orcc/ à /l «/cm//, son article sur Volney, et son article intitulé: Turijol à Auteuil.

Voir éî?alement Tarlide de M. René Acollas sur le Salon de Mme Helvétius, p. i'j\ du I" volume du Bulletin.

(2) Voir à la paj^e 83 du IV" volume du Bulletin l'acte de notoriété dressé par le juge de paix, le 'n pluviôse an lil, à la recpiéle de la veuve de Condorcet, pour reclilier son acte de décès.

i3) Le physicien et philanthrope américain Rumford est mort à Auteuil, le 22 août i8i4, dans l'ancienne maison de Mme Helvétius.

(4) Voir aux annexes (p. 385) l'article de M. Kmile Potin sur les ruines de 1870-1S71.

(5) Voir aux annexes (pp. //|r» et ^r^S) l'article déjà mentionné de M. Antoine Gu illois sur Auteuil au xviu" siècle^ et l'article du même auteur sur la promenade historique de la Société d'Auteuil et de Passv.

RVE t>AUTEUIt 171

teuil, de 1867 à 1871; celle maisoD,occupéeacluellemeDt parle' pensionnat de Mlles lîouré, se trouve presque vis-à-vis de l'entrée de l'école Jean-Baptisle- Say. Samson est le premier comédien qui ait reçu la croix de la Légion d'bonneur : Napoléon 1" n'avait pas accordé cette distinction à Talma, qu'il honorait cependant de son amitié, et qui avait joué souvent devant uu par-

Cutido l'épi.

iCoUccUon de M. Ém. l'oi

terre de rois : c'est, d'ailleurs, comme professeur au Conservatoire, et non comme artiste du Théâtre-Français, que Samson a été décoré eo MU.

Le château et le parc du grand manufacturier Ternaux-Rousseau, sur lesquels des indications plus détaillées seront données ci-après, au sujet de l'historique de la rue Molitur, ont été utilisés, de 1852 à 1870, pour l'institution Notre-Dame d'Auleuil, fondée par l'abbé Léviîque. Kn 1871, M. (Iréard, vice-recleur de l'Académie de Paris et alors directeur de ren!sei)j:nenieul primaire au ministère de rinstriiclion publique, fut visiter celte propriété et reconnut qu'elle réunissait toutes les conditions favorables pour un groupe

172 HISTOIRE DU XVl^ ARRONDISSEMENT

scolaire. Elle est actuellement occupée par plusieurs établissements, notamment par Vëcole Jean-Baptiste-Say (1), nommée d'abord : « École municipale supérieure ».

Cette école a son entrée principale au n° 11 bis de la rue d'Auteuil, dans un renfoncement formant une petite place ; elle a, sur la rue Chardon Lagache, au n° 8, une façade et une seconde entrée, qui ont été inaugurées, le 30 mars 1900, par M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, M. de Selves, préfet de la Seine et le conseil municipal de Paris. Le principal pavillon, à peine modifié, de l'ancien château Ternaux, forme aujourd'hui la partie centrale de récole Jean Baptiste-Say, qui était originairement réunie à l'école normale, le tout constituant un groupe unique,qui fut inauguré le 28 octobre 1872 par Jules Simon, alors ministre de l'Instruction publique, et était d'abord placé sous une seule direction. En 1875, l'école municipale supérieure a été séparée de l'école normale (2) et rattachée au système des autres écoles du même degré; elle a pris, le 10 juin 1876, le nom d'école Jean Baptiste-Say et a, depuis 1882, une existence tout à fait indépendante. Elle a reçu, de 1882 à 1897, plusieurs agrandissements qui ont porté sa superficie à 16.895 mètres carrés; de nouveaux bâtiments ont été élevés, sous la direction de M. l'architecte Salard (3). On peut citer parmi ces acquisitions celle de la maison sise à l'angle des rues Chardon-Lagache et du Buis, habitée jadis par feu M. Hauréau, premier directeur de la Fondation Thiers; une partie sert d'infirmerie et l'autre partiede logement à l'économe. L'école Jean-Baptiste-Say donne une instruction intermédiaire entre celle de l'enseignement primaire et celle des lycées ou collèges. Les jeunes gens s'y préparent.(2) aux carrières du commerce et de l'industrie, ou aux examens du baccalauréat moderne, des écoles d'arts et métiers et d'autres écoles du Gouvernement.

La maison n" 2 de la rue d'Auteuil, située à l'angle de cette rue et de la rue Théophile-Gautier, porte l'inscription suivante : « Ici s'élevait une maison de campagne liabitée par Molière vers 1667. » Malgré le caractère officiel de cette plaque, on n'est pas fixé d'une manière parfaitement certaine sur l'emplacement qu'occupait la maison habitée de 1667 à 1673 par Molière (5) à Auteuil. Certains prétendent qu'il correspond à celui du n** 29 de la rue Bémusat (qui était le n° 1 de l'ancienne rue Molière) et que la maison située presque en face (et habitée ensuite par Mme Bécamier, puis par l'abbé de Genoude, publiciste) aurait été occupée, comme maison

(1) Voir l'arliclc de M. Emile Potin sur l'école Jean-Boptislc-Soy, qui est reproduit aux annexes (p. 4^*^.).

(2) L'école normale d'Auteuil, qui s'étend de la rue Bôileau à la rue Molitor, sera mentionnée ci-après dans l'historique de la rue Boileau.

(3) Le nombre des élèves de l'école Jean-Baptisle-Say n'était encore que de 2^0 en janvier 1879. Il est actuellement de «luinze cents.

(4) Pendant la période décennale de 1888 à 1898, 333 élèves de l'école J.-B.-Say ont réussi dans le concours d'admission aux écoles et 623 dans les examens ; 96 sont entrés dans les administrations publiques, 362 dans les administrations privées et 688 dans le commerce.

(5) Voir pour le séjour à Auteuil des poètes du xvir siècle les articles de M. Antoine Guillois sur la Ghampmesié à Auteuil et sur la maison de Boileau, reproduits (pp. 463 et 8., 468, 471) aux annexes; l'article de M. Mareuse sur la maison de Molière f'i Auteuil (p. 88 du r»" volume;; les communications de M. Emile Saint-Lanne (pp. 8ç) à 91 du le»- volume) et aux annexes fpp. 467, 4^> 472) 'es notes sur le pavillon de Molière, ainsi que les articles de M. Emile Potin sur Boileau ; les documents inédits sur Jean Racine (p. 24 du I"' volume) et le tableau généalogique de la famille Bacine, page 4^H)'

de plaisance, par le grand poêle tragique (I) Jean Racine (1639-1699), et serait celle où il a composé les Plaideurs. Il est assez difficile de préciser aujourd'iiiii les demeures de Molière et de Racine à Auteuil, parce qu'ils y

Molière, par Coypel.

(Colleclion d« U. Ém. Potin,

furent locataires et non propriétaires : on D*a donc pas retrouvé, comme pour Boileau, leurs noms dans les actes de vente fi);urant aux archives des notaires. Un extrait du bail de location signé par Molii;re se trouve cependant à la

(i) L'sclc (le ninriapie ile Jt-nn-Baplistn Rnclne, cnn9e[llcr ilu Rny, Ir^norior de Fronce «•n la (généralité ilc Moulins, n élé inscrit sur les refflMlri'H de SainUSi-vorin le i" juin 1677.

page 1G4 de Paris- Atlas (1). Molière était à sa maison d'Auteuil, le 26 juillet 1672, quand il signa son bail pour la maison de la rue de Richelieu, où il devait mourir quelques mois après.

Autrefois, la (Iraude Rue d'Auteuil traversait tout le village, depuis son entrée jusqu'au bois de Boulogne. Sous la première République, M. Benoit, second rnairo d'Auteuil, qui avait donné le nom de d'Aguesseau à la place substituée à l'ancien cimetière, attenant à l'église, proposa de ne laisser le nom de Grande-Rue qu'à la partie la plus large de celte voie, c'est à dire à la section comprise entre le bois de Boulogne et la rue Boileau; afin d'honorer la mémoire de Molière, il demanda que son nom fût attribué à la partie alors sinueuse de la Grande Rue, située entre la route de Versailles et la rue Boileau. Ces dispositions, qui entraînaient un changement de numérotage pour les maisons, furent approuvées le 18 prairial an IX par le sous préfet de Fran ciade (nom que portait alors la ville de Saint-Denis) et, le 17 fructidor de la môme année, par un arrêté du préfet de la Seiue, Frochot, portajit ([ue la Grande-Rue d'Auteuil serait divisée en deux parties ; que la première commencerait à l'entrée du village, finirait à la rue Boileau et porterait le nom de rue Molière ; enfin, que la seconde partie continuerait à porter le nom de Grande-Rue, depuis la rue Boileau jusqu'à la porte du bois de Boulogne.

La rue Molière (aujourd'hui remplacée par une partie de la rue d'Auteuil et par la rue Rémusat) occupait l'emplacement d'un chemin qui paraît avoir été établi de temps immémorial; mais la partie voisine de la route de Versailles n'était pas encore bAlie en 18(K) : toute la région voisine de la Seine était alors occupée par la saussaie d'Auteuil. Ce chemin avait été amélioré en 170i; mais son élargissement ne fut terminé qu'en 1805, à la suite d'iui traité passé entre la commune d'Auteuil et le sénateur Antoine César de Chotseul, comte de Praslin.

Un décret du 27 février 1867 donna le nom de rue Molière à une rue de l'ancien Paris, qui avait été précédemment dénommée rue Traversière-Saint- Honoré, et ensuite rue de la FontaineMolière, fontaine érigée non loin de la maison où Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est mort à 51 ans. Comme il est de principe, pour éviter des confusions, que deux rues de Paris ne portent pas le même nom, un décret du 20 juillet 1868 fit disparaître dans notre arrondissement le nom de Molière, en décidant que la Grande-Rue et notre rue Molière seraient réunies sous le nom de rue d'Auteuil.

La place située devant l'église a conservé le nom de place d'Aguesseau depuis le commencement du xix^ siècle jusqu'au décret du 26 février 1867, qui l'a dénommée /^/«ce d'Auteuil. Elle a été habitée, de 1727 à 17.^1, parle chancelier d'Aguesseau, chez qui Louis Racine faisait de fréquents séjours ; avant 1781, par le poète tragique Ducis (1738-1816), qui remplaça Voltaire à TAcadémie française, en 1778, et qui a popularisé en France l'œuvre de Shakespeare ; ensuite par Victor de Tracy, fils de l'idéologue Destutt de Tracy ; par le colonel Coutelle, premier aérostier de l'armée, qui rendit à Fleurus, avec son ballon, de grands services à l'armée française et qui légua une partie de ses biens aux pauvres d'Auteuil.

En 1753, Louis XV ordonna l'érection, en face de la porte de l'église d'Au-

(i) Ouvrage de M. Bournon, publié en ujoo par la librairie Larousse, 58, rue des Écolcîi.

l'iACE d'autkuil lyî»

teuil, d'une pyramide destinée i) abriter les cor|is du cliancelier Henri-FraQçnis d'Aguesseau (I), né en UMH et mort en février IT.'il, et de son épuuse, Anne Leff-vrc d'*^>niipssf)n, di'rédée en 17l(;>, [)'Agupsseiiu avait d'abord été

JEAN FRAINÇOIS DUCIS,

N; iVcrsailU» !<■ 21 Août 1755.

(Collurtlon du M. Éin. Poliii.)

(i; Voir aui annexes (|i. 461J' la nnlifo sur d'Aguesscau, par M. ilo Kwg''^ ilc lagnao.

Annp LofÈvre d'Orincsson, fpoUBc du rlianct'lier d'Aifuc-^scati, csl mirli." 11 AuIcl (•r décembre 1735, à r>lgi> de [17 ans.

inhumé, suivant son désir, auprès de sa femme, dans l'église mèmed'Auteuil. Le monument de 1753 consistait en une pyramide à base de marbre, couron* née par un globe d'or, surmonté d'une croix. La sépulture de d'Aguesseau fut violée en 1793 ; mais les ossements furent recueillis par M. Benoit, maire d'Auteuil, et le tombeau fut restauré le 30 frimaire an IX. Après Tachèvement des travaux de réfection de la pyramide, qui avait été renversée en 1793, une cérémonie publique eut lieu en présence du maire d'Auteuil et du petit-fi!s du chancelier d'Agucsseau. Dans son discours, le maire déclara que cette place prendrait désormais le nom de place d'Aguesseau. La pyramide, qui avait été entourée d'une grille aux frais de la commune, en mai 1848, est actuellement remplacée par une colonne surmontée d'une croix et dédiée au Christ sauveur. L'affichage est interdit mémo en temps d'éleclions, sur le monument d'Aguesseau.

La mairie d'Auteuil fut établie originairement sur cette place; une délibération du conseil municipal d'Auteuil, en date du 17 thermidor an XII, approuva un projet de reconstruction de la maison commune à la place d'Aguesseau. Celte mairie fut transférée, en 18ii, h la rue Roileau.

L'ancienne église d'Auteuil (1), dont le portail et la tour octogonale étaient du xi\^ siècle, fut profmée le 16 novembre 1793, transformée en club, puis en grange et ensuite en fabrique de salpêtre. Klle fut rendue au culte en mai 1795. Comme cette église, dont la première pierre fut posée par le roi Philippe-b-Long, en 1319, était devenue absolument insuffisante pour les besoins de la population toujours croissante d'Auteuil, et que, d'ailleurs, elle menaçait ruine, M. l'abbé Lamazou (4), curé d'Auteuil, entreprit de la remplacer par un nouvel édifice. La reconstruction put être réalisée grûce à une transaction passée entre le conseil municipal de la commune et le curé de la paroisse. La première pierre delà nouvelle église fut posée le 1*"'' juillet 1877 ; les travaux, entrepris immédiatement, sous Ja direction de M. l'architecte Vaudremer, furent terminés le 40 octobre 1804, jour où Mgr Richard, cardinal-archevêque de Paris, consacMa la nouvelle église.

L'église Notre Dame d'Auteuil alTecte la forme dune croix latine; au tru meau de la pjrtc d'entrée, la Vierge^ statue en pierre (Maniglier, 1884); au tympan de cette porte, un bas-relief en pierre (Maniglier, 1880), représente le Christ entouré des symboles des quatre évangélistes. Au dessus du portail se dresse le clocher, dont la forme rappelle le dessin de la tiare pontificale. La nef et le chœur sont entourés d'un bas-cùté, avec chapelles aux transepts et à l'abside ; le transept est à la hauteur du chœur. Cet édifice appartient au style roman byzantin ; il unit l'élégance à la simplicité et imite les anciennes basiliques chrétiennes. Quoique les dimensions en soient peu considérables, il présente les caractères d'un monument religieux complet, avec chapelle des catéchismes, crypte» sacristie et dépendances (3).

L*ancienne Grande-Rue était étroite et sinueuse auprès de la place d*Au-

(i) Voir aux annexes (p. 237) rariicle de M. Antoine (jiiillois sur la vieille égline d'Auteuil; à la page 211 du I" volume du Bulletin^ une communication de M. Tabbé Oepontaillier, et, à la page i92 du III* volume du Bulletin, les notes de M. Tabbé Beurlier sur la paroisse d'Auteuil.

(2) M. l'abbé Lamazou fut nommé évéque de Limoges avant l'achèvement de l'église d'Auteuil ; il mourut en i883, évéque d'Amiens.

(3) La longueur de la nouvelle église d'Auteuil est de 04 mètres du porche à Tabside ; la largeur du transept est de 24 mètres.

Htil.lSE NOTRE-DAME D AUTEUIL

teuil; mais, lors de la reconstruction de l'église, on en a amélioré les abords et on a remplacé la courbe de l'ancienne Orande-Rue par deux voies larges et rectilignes : la première constitue l'extrémité de la me Théophile (iautier;

Si

la seconde forme la partie de la rue Rémusal comprise entre la rue Théophile-Gautier et la rue François (iérard. Cette rue Rémusat, qui remplace une partie de l'ancienne Grande-Rue (partie dénommée rue Molière depuis l'an IX jusqu'en 1808), a reçu son nom actuel par décret du 10 no-

178 HISTOIRE I>\J XVT* ARRONDISSEMKNT

vembre 1877, en mémoire de Charles-François-Marie, comte de Rémusat (1797-1875), homme politique et littérateur, fils d'un chambellan de Napoléon l'S qui fut préfet de la Haute-Garonne, et de Jeanne de Vergennes^ amie intime de Timpératrice Joséphine. M. de Rémusat, parent de La Fayette et de Casimir Périer, représenta presque constamment, depuis octobre 1830, le département de la Haute Garonne ; il fut ministre de Tlntérieur le l'^'mars 18i0, ministre des Affaires étrangères le â août 1871 et membre de rinstitut. Il a publié de nombreux ouvrages. A la suite d'un traité passé avec M. Barraud, propriétaire riverain, un arrêté du 9 mars 1878 autorisa la rectification et l'élargissement à 20 mètres de la rue Rémusat ; cette opération de voirie a coûté 43.500 francs.

L'ancien senlier des Arches a porté ensuite le nom de rue Sainie-Geneviève, parce qu'il conduisait à la maison seigneuriale de l'abbaye de ce nom. Dans sa séance du 29 pluviôse an II, le conseil de la commune d'Auteuil décida que celte voie serait appelée rue de la Montagne. Quelques années plus tard, on lui donna le nom de rue de Seine (1), à raison de sa proximité du fleuve. Cette voie publique^ dont le tracé figure sur le plan de Roussel, pnblié.en 1730, et qui forme aujourd'hui la rue Wilhem, partait de la place de l'église d'Auteuil, laissait sur sa gauche cette église et, sur sa droite, la vaste propriété des Génovéfains (dont la plus grande partie est occupée aujourd'hui par l'institution de Sainte-Périne), rencontrait la route de Versailles à environ 270 mètres à l'aval de la Grande-Rue et se prolongeait jusqu'au chemin de halage longeant la rive droite de la Seine. La dénomination actuelle de cette rue lui a été donnée par le décret du 24 août 1864, en mémoire de Guillaume- Louis Bocquillon, dit Wilhem (1781-1842), fondateur des écoles populaires de chant en France, qui fut chargé, en 1819, de créer l'enseignement de la musique et du chant dans les écoles mutuelles de la Ville de Paris et organisa, en 1833, les réunions périodiques des élèves de toutes les écoles, instruits séparément, en un seul chœur, qu'il désigna sous le nom dorphéon, et où ils chantaient sans aucun accompagnement instrumental. La méthode d'enseignement de Wilhem ne tarda pas à se populariser en France et à l'étranger.

Un décret du 27 janvier 1876 déclara d'utilité publique l'élargissement à 12 mètres de la partie de la rue Wilhem (2) qui se trouve comprise entre les rues Mirabeau et Chardon- Lagache : ce travail a coûté 28.900 francs. Jusqu'à ces dernières années, la rue Wilhem suivait, entre l'avenue de Versailles et la rue Mirabeau, un tracé sinueux qui est occupé actuellement par la rue Narcisse-Diaz ; un décret du 22 décembre 1890 a déclassé cet ancien tracé et l'a remplacé par un tronçon en ligne droite, prolongeant la partie de la rue Wilhem comprise entre la Seine et l'avenue de Versailles; la Ville de Paris arriva, en 1892, à terminer les acquisitions de terrains nécessaires pour réaliser cette opération de voirie ; les terrassements et la mise en état de viabilité de cette section donnèrent lieu à une dépense de 70.650 francs. Enfin, par suite d'arrangements avec les propriétaires riverains, la partie de la rue Wilhem comprise entre le chemin de halage et l'avenue de Versailles a pu être établie à son niveau définitif et mise en état

(1) En i838, il fallut dépenser 838 francs pour mettre en état de viabUité la rue de Seine.

(•2) La largeur de la rue Wilhem avait été fixée à 6 mètres par l'arrêté du i3 février i838.

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