‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 38 sur 218 · RUE TENIERS I · texte numérisé non relu

RUE TENIERS I

la Glacière, qui allait jusqu^à la rue Pajou. Cette ancienne rue de la Cure commençait à la rue de T Assomption ; mais, en 1877, la partie comprise entre cette dernière rue et la rue Mozart a été supprimée et son emplacement vendu à un propriétaire. Un décret du 2 mai 1881 a fixé les dimensions, avec moindre largeur de 6 mètres, de la partie qui est située entre la rue Mozart et la rue de TYvette et qui, actuellement, porte seule le nom (1) de rue de la Cure; les travaux autorisés par ce décret du 2 mai 1881 lurent terminés en 1885 et ont coûté 119.000 francs. Une autre partie de l'ancienne rue de la Cure, comprise entre la rue de la Cure actuelle et la rue Jasmin actu?!le, a été supprimée par décret du 8 novembre 1883, fixant une moindre largeur de 12 mètres pour la section de Tancienne rue de la Cure comprise entre la rue Rafietetla rue de l'Yvette. Enfin, le décret du 3 décembre 1885 a donné à cette dernière section le nom de rue Jasmin, en mémoire du poète languedocien Jaquon Jasmin (1798-1864), qui a ressuscité la langue des troubadours et est resté toujours fidèle, malgré ses grands succès poétiques, à son état de perruquier, à Agen.

Par délibération en date du 7 mai 1809, le conseil municipal d'Auteuil demanda que le chemin du Bac, conduisant à la Seine, presque en face de la rue d'Iéna (récemment ouverte et actuellement nommée rue de Musset), fût rendu praticable aux voitures et que le passeur fût obligé de tenir constamment son bateau, à l'usage des passagers, devant ce chemin du Bac. II figure au plan cadastral de 1823, sous le nom de rue du Bac (2). Le décret du 11 septembre 1869 donna à la rue du Bac, une des plus déclives de Paris, le nom de rue VanLoo, en Thonneur d'une famille de peintres hollandais qui se fixèrent en France et dont le plus célèbre est Charles-André, dit Carie Vanloo (1705- 1765) ; il fut chargé par le duc de Savoie de faire le portrait du prince de Carignan, qui devint son protecteur et lui paya son voyage et un long séjour en Italie. Il se fixa ensuite en France, où il obtint un fauteuil à l'Académie en 1731, le titre de premier peintre du roi et la direction de l'École de peinture. II a fait les portraits de Louis XV, de Marie Leczinska, de Mme de Prie ; on cite parmi ses tableaux : Diane et Endymion^ Saint Pierre délivré de prison^ Henri III recevant les chevaliers du Saint-Esprit y Henri III sur son lit de mort (collection du marquis de Biencourt), Charles IX (château de Chambord). Les Van-Loo ont donné trois générations de peintres.

La rue Téniers, qui va, comme la rue Van-Loo, de l'avenue de Versailles au quai d'Auteuil, n'a qu'une largeur de 1™,95 ; c'est une voie non classée, appartenant à la Ville de Paris ; elle s'est nommée d'abord sente, puis rue de 1 Égout, parce qu'elle prolonge un égout. Elle ne peut servir qu'aux piétons et on y descend par un escalier de l'avenue de Versailles. Elle a porté ensuite le nom de rue Callot et a reçu sa dénomination actuelle par décret du 11 septembre 1869, en mémoire de peintres célèbres : David Téniers, dit le vieux (1582-1649), qui a peint surtout des scènes villageoises, et son fils, David Téniers, dit le jeune (1610-1685), qui fut élève de Rubens, professeur de Don

(i) Il existe, en outre, rue Raffet, i3-i5, une ruelle de la Cure^ en prolongement de la rue Jasmin, qui était autrefois une partie de la rue de la Cure ; cotte ruelle n'a que i"»,5o de largeur et 3o mètres de longueur.

(a) Le conseil municipal d'Auteuil a voté, le 8 février iS^fi, un crédit de i.3oo francs pour la construction d'un mur de soutènement. Les alignements de la rue Van-Loo ont été fixés par le décret du 4 février i884» avec largeur de 8 mètres.

Juan d'Autriche, et a laissé un nombre énorme de tableaux, d'après lesquels on a fait beaucoup d'estampes. Téniers le jeune a porté jusqu'à la perfection le genre de son père : il peignait avec beaucoup de finesse et de vérité les mœurs rustiques, les scènes de cabaret et les kermesses flamandes. — Un unique et étroit trottoir a été établi à la rue Téniers en 1858.

Carie Van-Loo, (CoUecUon de M. Ém. PotlD )

Le quai d'AuUuil ne consistait originairement qu'en une servitude de passage, au long de la Seine, pour le halage des bateaux. Un décret spécial du !â2 juillet 1H63 a classé l'élablissement du quai d'Auteuil entre le pont de Grenelle et les fortifications d'aval, sous la réserve que les expropriations seraient terminées dans un délai de trois ans ; mais cette condition n'a pas été remplie. Le Conseil d'État ayant décidé, par arrêt du 1" août 1890, qu'il résultait de l'inobservation de ce délai que le classement de 1863 n'était plus

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valable, divers propriétaires, entre les rues Wilhem et Van-Loo, réunirent à leurs immeubles le sol de Tancien chemin longeant la Seine, et le service de la navigation dut construire, sur le domaine public fluvial, un nouveau chemin de halage. En 1895, la situation a été améliorée à la suite de contrats passés entre Tadministration et MM. Brionne et Magniez, propriétaires riverains. Un décret du 3 juin 1899 a classé, ou plutôt reclassé, sous le nom de quai d'Anteuil, la voie publique comprise entre les boulevards Exelmans et Murât, et déclaré d'utilité publique les travaux d'élargissement de cette voie, travaux estimés à 210.000 francs. L'éclairage a été installé, sur ce quai, en juin 1900.

L'avenue de Versailles a été mise en communication avec le quai d'Anteuil au moyen d'une voie de 12 mètres de largeur, ouverte aux abords du pont de Grenelle : ces travaux, autorisés par arrêté du 21 octobre 1897, ont coûté 12.000 francs. Une rampe d'accès au quai d' Au teuil, autorisée par arrêté du 18 juillet 1899, a été établie en aval du pont Mirabeau.

Enfin, on a construit récemment une rampe d'accès pour les voitures du quai aux abords du pont-viaducd'Auteuil.Du cùté amont de ce viaduc, on descend encore par un escalier au quai, près de la rue Van-Loo.

Sous le gouvernement de Juillet, plusieurs chemins qui existaient à Au teuil* dès le XVIII'' siècle et traversaient des champs cultivés ou des vignes, furent bordés de constructions et devinrent peu à peu de véritables rues.

La rue Félicien-David a été nommée successivement chemin et rue des Pâtures, chemin et rue de la Prairie, ensuite rue Cuissard, puis rue Hérold. Cet ancien chemin, qui n*était d'abord destiné qu'à la circulation des piétons, avait, en 1817, une largeur de neuf pieds (2'",92) et était bordé, de chaque côté, par une belle plantation de peupliers ; il traversait d'anciennes prairies communales d'Auteuil, qui ont été vendues successivement à divers particuliers, et il figure au cadastre de 1823 sous le nom de rue des Pâtures (1). La municipalité d'Auteuil ayant demandé que la largeur légale de ce chemin fût augmentée, M. de Rambuteau, préfet de la Seine, déclara, le 10 février 1834, que la commune n'avait droit qu'à une largeur de 2"',92 et qu'elle ne pourrait porter cette largeur à 6 mètres qu'en achetant aux propriétaires riverains les terrains nécessaires. Le tableau de classement des chemins vicinaux de la commune d'Auteuil, approuvé le 2 août 1837, comprend, sous le n*» 3, un chemin dit « des Pâtures ou de la Prairie », avec une largeur légale de 6 mètres. Les alignements de cette voie publique ont été fixés par un arrêté du 13 février 1838, qui est encore aujourd'hui en vigueur, avec une moindre largeur de 8 mètres. Comme cette rue de la Prairie était fréquemment inondée, au point de devenir impraticable pour les voitures, on y fit exécuter des remblais en 1848, pour occuper les ouvriers sans travail ; la voie fut exhaussée et améliorée de 1849 à 1852, moyennant une dépense de 27.121 francs.

Un arrêté du 6 avril 1857 donna à la rue de la Prairie, sur la demande de la municipalité d'Auteuil, le nom de rue Cuissard ; cette demande était fondée sur ce que M. Cuissard, ancien militaire décoré, membre du conseil municipal et propriétaire des terrains bordant les deux côtés de la rue, sur plus de la moitié de sa longueur, s'était mis volontairement à Talignement, sans demander aucune indemnité à la commune, et avait ainsi porté de 2°',92 à

(i) Le nom de rue des Pâtures est acluellemont donné à une rue faisant communiquer )a rue Félicien-David avec l'avenue de Versailles.

8 mètres la largeur de la voie publique. — Unégouta été construit, en 1859, sous la rue Cuissard ; ce travail a coûté 20.426 francs.

Le chemin vicinal des Pâtures ou de la Prairie, qui avait son origine à la rue de Boulainvilliers, avait 600 mètres de longueur, tandis que la rue Félicien-David, qui commence à la rue Gros, n'en a que 450 : cela tient à ce que la partie comprise entre la rue Gros (alors rue de la Fontaine) et la rue de Boulainvilliers a été supprimée en 1861, époque à laquelle la Ville de Paris a établi sur cet emplacement, qui est riverain de la rue de Boulainvilliers, un dépôt de pavés et des magasins ; en vue de cette installation, elle avait acheté 8 ares et 63 centiares de terrains, pour 316.000 francs, à MM. Moity et Massot, par acte notarié du 3 juillet 1861.

Le décret du 24 août 1864 a remplacé le nom de rue Guissard par celui de rue Hérold, en mémoire du célèbre compositeur Louis-Joseph-Ferdinand Hérold (1791-1833), élève de Méhul, qui a donné Zampa, en 1831, et le Préaux-Clercs^ en 1832. Son nom a été attribué, par décret du 21 février 1881, à la rue d'Argout (précédemment rue des Vieux-Augustins), parce qu'il est né dans la maison portant le n^ 10 de cette rue. Comme il est de principe que *deux rues de Paris ne doivent pas porter le même nom, ce décret de 1881 a remplacé, à Auteuil, le nom d'Hérold par celui du compositeur Félicien César David (1810-1876), qui alla avec les saint-simoniens en Orient. On lui offrit, au Caire, la place de professeur des beautés du harem, mais sous la condition qu'il se servirait des eunuques comme intermédiaires, c'est-à-dire que le professeur devait enseigner la musique aux eunuques, qui se chargeraient de transmettre ses sages et utiles conseils aux épouses du vice-roi. Félicien David refusa de donner ainsi des leçons par procuration ; à son retour à Paris, il écrivit la Symphonie du Déseri, qui eut un grand succès et le mit hors de pair ; on lui doit, entre autres œuvres, les opéras de Chrislophe-Colomb et de la Perle du Brésil, ainsi que Topéra-comique Lalla-Rouck.

Des becs à incandescence ont été installés, à la rue Félicien-David, en juillet 1900.

La rue François-Gérard se nommait précédemment rue des Planchettes ; elle a remplacé un chemin dont le tracé figure sur le plan de Roussel. Des trottoirs y ont été construits, en 1858 et 1859. L'arrêté du 27 septembre 1837 avait fixé la largeur légale de cette rue à 8 mètres; mais le décret du 27 janvier 1876 a établi les alignements avec une moindre largeur de 12 mètres pour la partie comprise entre la rue d'Auteuil (aujourd'hui rue de Hémusat) et la rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache). Par délibération du 17 décembre 1852, le conseil municipal d'Auteuil a demandé à l'unanimité que le nom de rue des Planchettes fût remplacé par celui de rue François-Gérard, comme témoignage de gratitude publique pour la mémoire du peintre d'histoire (1) qui avait résidé pendant plus de vingtcinq ans à Auteuil ; cette nouvelle dénomination a été prescrite par le décret du 2 juin 1853. Le baron François-Pascal-Simon Gérard (1771-1837) fut élève de David, au milieu d'émulés tels que Girodet et Gros ; il a fait les portraits des célébrités du commencement du xix'^ siècle : le général Hoche, le maréchal Soult, Mme Récamier, Louis XVIII, le général Foy, Canova, Ducis,

(i) Voir, pour le séjour du baron François Géranl à Auteuil, rarliclc déjà cité de M. L. Mar sur François Gérard, qui est reproduit aux annexes (p. 44^).

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Mme de Staël, Mlle Mars, Talma ; aussi avait-il été surnommé le peintre des rois et le roi des peintres. On lui doit beaucoup de tableaux, notamment BélisairCj Psyché, la Bataille d'Aiislerlitz, VEnlrée d'Henri IV à Paris, Sa maison de plaisance, à Auteuil, était située sur remplacement de Thôtel seigneurial des Abbés de Sainte-Geneviève.

Samson, sociétaire de la Comédie-Française, a demeuré au n** 2 de la rue François-Gérard; il eut le prix de comédie en 181!2 et compta, parmi ses élèves, Mlle Rachel et les deux Brohan.

La rue de V Assomption, précédemment chemin et rue des Tombereaux, sépare le territoire d*Auteui1 de celui de Passy(i). Le nom du chemin des Tombereaux provient de ce qu'il servait de passage aux charrettes que l'on déchargeait aux fortes terres d'Auteuil. Il figure sur le plan de Roussel, auquel il est bien antérieur, puisqu'il a servi de limite à la paroisse de Passy, dès sa fondation, en 1672. Avant le xix" siècle, il était renfermé entre deux murs, celui du parc de Boulainvilliers et celui des jardins du château de la Tuilerie, et, comme il était étroit, il se trouvait complètement ombragé par les branches des arbres de ces deux vastes propriétés. Il fut porté en tableau de classement des chemins vicinaux d'Auteuil, approuvé le 2 août 1837 comme chemin vicinal n" 1, de 850 mètres de longueur et 7 mètres de largeur légale, entre la demi-lune de Boulainvilliers et les murs du bois de Boulogne. Par délibération du 15 février 1854, le conseil municipal d'Auteuil a approuvé une offre des propriétaires riverains, consistant à fournir une souscription de 2.780 francs et à céder gratuitement les terrains nécessaires, sous la condition que la largeur serait fixée à 10 mètres ; l'arrêté du 6 juillet 1855 a effectivement porté la largeur légale de 7 à 10 mètres. Des travaux, adjugés en 1855 et terminés en 1857, rendirent la rue immédiatement praticable sur une largeur de 8 mètres, étant entendu qu'elle serait portée à 10 mètres par voie d'alignement, au fur et à mesure de l'érection de constructions par les riverains. Ces travaux ont coûté 9.600 francs ; une subvention départementale de 4.000 francs était venue s'ajouter aux fonds de concours donnés par les propriétaires riverains et le surplus de la dépense a été partagé également entre la commune d'Auteuil et celle de Passy.

Il a été dit ci dessus, dans l'historique de la rue La Fontaine et du château de la Tuilerie, que ce dernier a été acheté, en 1855, par la communauté religieuse de l'Assomption. Cette belle propriété se trouve sur le côté gauche de la rue et, par conséquent, sur le territoire d'Auteuil ; elle renferme un très grand parc et sa superficie s'élève à 49.079 mètres carrés. C'est vers 1846 que Mlle Eugénie Meilleret de Brou a créé, avec Monseigneur Affre, archevêque de Paris, l'abbé Combalot et le Père d'Alzon, la congrégation des Augustines de l'Assomption, dont le nom a été donné, vers 1856, à la rue qui nous occupe. Cet ordre, dont la maison mère est au couvent d'Auteuil, a de nombreux établissements dans le monde entier ; la reine Mercedes, première femme du roi d'Espagne Alphonse XII, était une ancienne élève du couvent d'Auteuil.

Le monastère des dames de l'Assomption a été construit en 1856 et 1857, sous la direction de M. Tarchitecte Verdier. Le domaine de ce couvent a été mis en vente, à la requête du fisc, en 1901, pour refus par la congrégation

(i)Voir les indications données ci-dessus, dans l'historique de la rue La Fontaine, au sujet du château de la Tuilerie, page i8i.

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d*acquitter les droits d'accroissement. A la suite d'une première adjudication, il avait été adjugé pour i.060.000 francs à M** Charveau, avoué; mais une surenchère s'étant produite dans les délais légaux, le domaine a été remis en vente sur une mise à prix de 1.213.314 francs adjugé définitivement à M* Charveau pour 1. 400.000 francs; la congrégation continue à occuper rimmeuble.

Au 38 de la rue de TAssomption se trouve l'entrée des élèves du lycée Molière, lycée de jeunes filles, qui n'admet que des externes et des demipensionnaires. Ce lycée, qui a son entrée principale rue du Ranelagh, n"^ 71, a été créé par décret du 6 août 1888 et inauguré le 8 octobre de la même année. Il est administré par l'État et s'étend sur une superficie de plus de 9.000 mètres carrés. Cet établissement renferme une classe enfantine pour les jeunes filles de six à sept ans, une classe élémentaire^ trois classes préparatoires pour les jeunes filles de sept à douze ans et cinq classes d'enseignement secondaire. Le diplôme de fin d'études secondaires délivré par ce lycée permet aux jeunes filles qui en sont munies, soit de se présenter aux concours d'admission aux écoles normales de Sèvres et de Fontenay-aux-Roses, soit de se mettre en instance pour obtenir un emploi d'institutrice primaire ou de maîtresse répétitrice dans les lycées et collèges de jeunes filles.

La rue Le Marois est une partie de l'ancien chemin du vieux pont de Sèvres, converti ensuite en route départementale. Le décret du 24 août 1865 a donné à cette rue son nom en l'honneur de Jean-Léonor-François, comte Le Marois (1776-1836), qui fut élève de l'école de Mars en 1794, se distingua comme aide de camp du général Bonaparte à Lodi et à Roveredo et fut chaîné de porter au Directoire les drapeaux conquis sur les Autrichiens à Arcole. Colonel à Marengo, général de brigade en 1802, il fut nommé général de division après la bataille d'Austerlitz ; il fit la compagne de Russie et défendit glorieusement Magdebourg.

La rue Le Marois a été munie, en 1899, de trottoirs réglementaires.

La rue Claude-Lorrain, précédemment allée du Cimetière, puis rue et avenue des Clos, figure au cadastre de 1823, pour la partie comprise entre la rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache) et la rue Boileau partie dont la largeur légale a été fixée à 8 mètres par l'arrêté du 27 septembre 1837. Le conseil municipal d'Auteuil avait autorisé, le 27 octobre 1834, l'achat à M. Bernard de 4 ares et lly centiares pour élargissement de la rue conduisant au cimetière. Le prolongement de la rue Claude-Lorrain, entre la rue Boileau et la rue Michel-Ange, a été autorisé par arrêté du 4 novembre 1869, et le classement de cette section, avec largeur légale de 12 mètres, a été prononcé par décret du 14 juillet 1877. Cette voie (1) a reçu sa dénomination actuelle par décret du 24 août 1864, en mémoire de Claude Gelée, surnommé le Lorrain (1600-1678), qui excella surtout dans les paysages et fit admirer la beauté de son coloris et la richesse de son style ; il passa la plus grande partie de sa vie à Rome, où il dirigea pendant plus de vingt ans une école d'où sont sortis des peintres distingués.

Le cimetière d'Auteuil, qui a été ouvert en 1800, fut agrandi en 1807, grâce à la générosité du sénateur Le Couteulx de Canteleu ; de nouveaux agran-

(i) La cité ouvrièro de la rue Claude-Lorrain a été visiléc, en 1898, par M. Carnol, président de la République.

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dissements ont été réalisés entre 1 843 et 1847. Il s*étend à peu près parallèlement à la rue Michel-Ange et occupe Tangle compris entrecelte rue et la rue Claude- Lorrain; il a été ravagé par le bombardement de 1871. L'ordonnance royale du 10 mai 1845 a autorisé pour ce cimetière un agrandissement qui a été réalisé en 1846, moyennant une dépense de 16.000 francs. Depuis longtemps ce cimetière ne s*ouvre plus que pour les propriétaires de concessions perpétuelles.

Je me bornerai à signaler, parmi les tombes du cimetière d'Auteuil, celles de la comtesse Amélie de Boufflers^ de Mme Helvétius, de la famille de Cabanis, de Rumford, de Tarchéologue Barthélémy, auteur du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, du peintre Hubert Robert, de Tabbé LacroUe, curé d'Auteuil, victime de son dévouement pendant l'épidémie cholérique de 1832, du manufacturier Ternaux-Rousseau, du géomètre Legendre (1834) (1), du chef d'orchestre Musard, qui a été en 18-18 maire d'Auteuil (1859), de Gavarni (1866), de Villemessant, fondateur du Figaro (1879), de Paul Dalloz, directeur du Moniieur universel (1887), du peintre Adolphe Yvon et du compositeur Gounod (1893) et de son beau frère Zimmermann. On lit, sur les dalles tumulaires, d'autres noms illustres : Palikao, Goupil, Alphand, Benoit, maire, et Legonidec, curé d'Auteuil, Tarbé des Sablons, etc.

La rue Gudin se nommait autrefois rue de la Demi-Lune, parce qu'elle aboutissait à une demi-lune où débouchait également la rue de Billancourt; elle faisait partie de la route départementale n"" 1. Sa dénomination actuelle lui a été donnée par décret du 27 février 1867, en mémoire de Charles-Etienne- César, comte Gudin (1768-1812), condisciple de Napoléon I*"* à l'école militaire de Brienne, sous-lieutenant au régiment d'Artois en 1784, chef de bataillon en 1793, chef d'état-major de Gouvion-Saint-Cyr, général de brigade en 1799, tué au début de la campagne de Russie.

C'est en 1899 qu'on a établi les trottoirs réglementaires entre le n** 12 de la rue Gudin et l'avenue de Versailles.

L'ordonnance royale pour l'établissement de l'enceinte fortifiée de Paris fut signée le 10 septembre 1840; le 8 novembre de la même année, le Conseil municipal d'Auteuil présenta diverses objections contre ce projet, dont la réalisation devait rendre plus difficiles les communications avec le bois de Boulogne. La loi du 3 avril 1841 ouvrit pour cette opération un crédit de 140 millions, dont 35 à dépenser en 1841 et 20 en 1842. Les fortifications furent établies, vers le Point-du-Jour, sur des vignes ou des champs cultivés et, pour le surplus du territoire d'Auteuil, sur des terrains boisés. La remise conditionnelle de la rue Militaire, longeant intérieurement les fortifications, a été autorisée par la décision ministérielle du 28 juillet 1859; cette rue Militaire a été classée comme voie publique, avec moindre largeur de 14 mètres, par le décret du 9 septembre 1861. Celui du 2 mars 1864 a donné le nom de boulevard Murai à une partie de la rue Militaire jusqu'à la porte d'Auteuil et le nom de boulevard Sachet au surplus delà route Militaire, depuis la porte d'Auteuil jusqu'à la porte de Passy. Joachim Murât (1771-1815), beau-frère de Napoléon I*', dont il fut l'aide de camp en Italie et en Egypte, commanda la cavalerie de 1805 à 1808 et fut proclamé roi de Naples le 1«' août 1808. Sa biographie est assez connue pour qu'il paraisse inutile de la résumer ici.

(i) Voir les communications de M. Léo Glaretie à la page 8 du I" volume et la note sur la tombe du mathématicien Legendre, page 88 du II* volume du Bulletin,

Le décret du 23 septembre 1880 a autorisé le prolongement du boulevard Murât au delà de l'avenue de Versailles.

C'est par la porte du bord de Teau et sur une indication donnée par M. Ducatel, piqueur des ponts et chaussées/que Tarmée entra dans Paris, le 21 mai 1871 .

Le passage Murai, qui va de la rue de Billancourt au boulevard Murât, est une voie privée, qui a été ouverte en 1881.

Les constructions furent interrompues à la suite des événements d'^ 1848; mais elles prirent un grand essor à Auteuil, à la suite de la loi du 8 juillet 1852, qui a cédé à la ville de Paris le bois de Boulogne (1), et en a permis la transformation, et du décret du 18 août de la même année, qui a autorisé la création du chemin de fer de Paris à Auteuil, inauguré en septembre 1853.

La Compagnie concessionnaire de cette ligne (Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, remplacée ensuite par la Compagnie des chemins de fer de TOuest) acheta pour 400.000 francs Tancienne propriété de Montmorency- Boufflers, par actes notariés (étude Fould) de novembre et décembre 1852. Sur ces terrains, dont la superficie était de 13 hectares 67 ares et 47 centiares, la Compagnie du chemin de fer a établi la gare d'Auteuil et ses abords, la villa Montmorency, le boulevard de Montmorency et les trois rues du Débarcadère, des Arts et Montmorency ; ces divers travaux, commencés en 1853, furent terminés en 1856. La Compagnie avait proposé à la commune d'Auteuil de recevoir au nombre de ses voies publiques la rue du Débarcadère (aujourd'hui rue Poussin), la rue des Arts (aujourd'hui rue Géricault) et la rue Montmorency (aujourd'hui rue Donizetti); mais l'accord n'ayant pas pu s'établir à ce sujet entre la Compagnie et la commune, ces trois rues n'ont été rangées parmi les voies publiques de Paris que par le décret du 23 mai 1863, approuvant le tableau des voies publiques du quartier d'Auteuil, comme suite à la délibération prise le 6 février de la même année et après l'annexion, par le conseil municipal de Paris.

Au commencement du xviii* siècle, on voyait à l'extrémité de la Grande- Rue, tirant vers le bois de Boulogne, l'Ostel du Parc, qui était occupé en 1728 par l'abbé Rouillé ; ce domaine a ensuite appartenu aux familles de Boufflers et de Montmorency ; il occupait l'espace compris entre le bois de Boulogne, la Grande-Rue d'Auteuil, le chemin de la Fontaine et le chemin des Vignes. Il a été habité longtemps par la marquise de Boufflers, dont le salon était fort célèbre; elle est morte en 1787. Le 22 pluviôse an Ylll, le domaine fut vendu parla citoyenne veuve Boufflers pour la somme de 65.185 francs; il appartint sous la Restauration à la duchesse de Montmorency (2).

La villa Montmorency, qui occupe une grande partie de l'ancien parc des Boufflers et renferme des maisons avec jardins, appartenant à divers propriétaires, est comprise entre le boulevard Montmorency, la rue Poussin et la rue Pierre-Guérin, avec entrée sur chacune de ces trois voies. Elle avait pour concierge en 1867 la fille du fameux ciseleur Gouthière. Elle renferme cinq voies privées, qui y ont été construites en 1854 par la Compagnie du chemin

(i) Voir, à la page 69 du premier volume du Bulletin, les documents communiqués par M. Emile Saint-Lanne.

(2) Voir (p. 4^) larliclc do M. Antoine Guillois intitulé : leg Boufflers à Auleuil; il est reproduit aux annexes ainsi que le texte d'une lettre de la comtesse de Boufflers au poète Roucher, et une note sur la vente de la propriété de Bourflers.

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de fer et qui portent les noms d'avenue de Monlmorency, avenue des Sycomoresy avenue des Peupliers, avenue des Tilleuls (1) et avenue de Boufflers. Ce dernier nom rappelle le souvenir du chevalier Stanislas-Jean de Boufflers (1738-1815), fils de la célèbre marquise, qui fut d'abord abbé, puis chevalier de Malte, se fit nommer gouverneur du Sénégal en 1785, membre de T Académie française en 1788 et est surtout connu par ses poésies légères.

L'hôtel des frères Jules et Edmond de Concourt, surnommé par eux le grenier d'Auleuil, était entre l'avenue des Sycomores et le boulevard de Montmorency, où il avait entrée au n** 67. Edmond de Concourt est mort le 16 juillet 1896. Le prix de vente de cet hôtel, qui a été aliéné, en août 1901, doit être versé à l'Académie de Concourt, qui fonctionnera dès que le décret de reconnaissance d'utilité publique, dont le projet est soumis à l'examen du Conseil d'Etat, aura été promulgué et aura accordé la personnalité civile à cette académie.

Le boulevard de Monlmorency (2) doit son nom à la maréchale de Luxembourg-Montmorency, auparavant, marquise de Boufflers (1707-1787), mentionnée ci-dessus comme ayant été longtemps propriétaire du domaine. Les conditions d'exécution, avec largeur de 12 mètres et plantations d'arbres, ont été fixées par la décision du ministre des Travaux publics du 18 mars 1853, approuvant rétablissement de plusieurs voies latérales au chemin de fer d'An* teuil. La construction de ce boulevard a été faite sous la direction d'Eugène Flachat, ingénieur en chef de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint- Cermain et sous la surveillance du service des promenades, à la tête duquel était Alphand.

Le décret du 24 août 1864 a donné à la rue des Arts le nom de rue Géricaull, en mémoire du peintre Jean-Louis-André-Théodore Géricault (1794- 1824), qui exposa en 1812 son Chasseur de la garde impériale en 1814 son Cuirassier blessé et en 1819 le Radeau de la Méduse. Il est mort prématurément d'une chute de cheval.

Le même décret à donné le nom de rue Poussin à la rue du Débarcadère (précédemment rue Neuve), également ouverte par la Compagnie du chemin de fer en 1853 et ayant 15 mètres de largeur. Nicolas Poussin (1594-1665) s'est distingué surtout dans le paysage historique ; il commença à Rome, en 1628, une suite de chefs-d'œuvre qui lui donnèrent une grande réputation ; il fut appelé à Paris vers 1640 par le cardinal de Richelieu et reçut, avec une pension de 3.000 francs, et un logement dans un pavillon, situé au milieu du jardin des Tuileries, le titre de premier peintre du roi avec la direction de tous les ouvrages de peinture et d'ornement des maisons royales. Il fut chargé de la décoration de la grande galerie du Louvre. 11 retourna en septembre 1642 à Rome, où il mourut; il y fut enterré dans l'église Sainte-Marie in Lucina,

La rue Poussin avait été détruite jusqu'au marché par le bombardement de 1871 (3).

La partie de la rue Donizelli, comprise entre la rue La Fontaine et la rue Poussin, a été ouverte en 1853 parla Compagnie du chemin de fer et à reçu

(i| La veuve du peintre Alphonse de Neuville s'est éteinte le 9 février i(joi,au n® iode l'avenue des Tilleuls.

(a) Voir aux annexes (p. 490) le procès- verbal d'adjudication du 2G juillet li^, imposant des règlements spéciaux pour le boulevard de Montmorency.

(3) Voir aux annexes (p. 385) l'article déjà cité sur les ruines de 1870-1871.

alors le nom de rue de Montmorency ; mais comme ce nom appartient à une rue du III" arrondissement de Paris, le décret du 24 août 1864 Ta dénommée rue Donizetti, en mémoire du compositeur de Bergame, Gaëtano Donizetti (1798 1848), qui fut professeur de contrepoint au conservatoire de Naples et maître de chapelle à la cour de Vienne; il a composé plus de soixante opéras, parmi lesquels on distingue Anna Bolena, YElisir d'Amor, Lucia de Lammermoor, ainsi que Topera comique si populaire « la Fille du Régiment ». En 1872, la rue Donizetti a été prolongée jusqu'à la rue d'Auteuil ; elle a englobé la rue du Tour -de -la -Fontaine, dont Télargissement à coûté 5.019 francs.

La rue Chanez occupe, avec la rue de Civry, à peu près l'emplacement d'un ancien chemin qui était voisin de la lisière du bois de Boulogne et qui allait, au sud de la commune de Boulogne, se raccorder avec la route de la Reine. Cet ancien chemin a été remplacé, un peu avant l'annexion, par une voie non classée et dénommée avenue de l'Aima, dont l'établissement près de la gare d'Auteuil avait été imposé par le domaine de l'État aux acquéreurs de terrains provenant du bois de Boulogne. La mise en état de viabilité de cette avenue a été terminée en 1869 ; le décret du 10 août 1868, l'avait dénommée rue Chanez, en mémoire du baron Jean-Baptiste- Victor Chanez, général de brigade (1746-i82:>).

La maison de Casimir Périer, qui se trouvait au n° 7 de la rue Chanez, au milieu d'un superbe jardin, a été détruite avec tout son mobilier par le bombardement de 1871.

La rue des Pâtures^ qui va de l'avenue de Versailles à la rue Félicien-David, fut ouverte en vertu d'un arrêté préfectoral du 13 février 1854, qui a fixé les alignements de cette rue.

Le, chemin de la Caliote n'était d'abord qu'un passage de 7 mètres de largeur et 18 mètres de longueur, qui faisait communiquer l'avenue de Versailles avec le chemin de halage. Son nom était parfaitement justifié, puisque les galiotes qui assuraient alors le transport par eau y avaient un débarcadère pour desservir Auteuil. La circulation sur ce chemin prit de l'importance à cause des chantiers de bois, charbons et autres matériaux qui s'établirent peu à peu entre le fleuve et l'avenue de Versailles. Sur la proposition présentée le 14 août 1855 par le conseil municipal d'Auteuil, un arrêté du sous-préfet de Saint-Denis, en date du 23 février 1856, fixa les alignements de la rue de la Galiote, avec moindre largeur de 12 mètres. Une délibération municipale du 13 novembre 1858 alloua une somme de 3.150 francs pour le pavage de cette rue. Lors de la construction du pont Mirabeau (1) en 1897, la Ville de Paris vendit à M. Briens le sol de l'ancienne rue de la (ialiote, qui fut remplacée, en vertu du décret du 21 avril 1897, par une rue parallèle de 30 mètres de largeur et 40 mètres de longueur, située en prolongement du pont, c'està-dire un peu à l'amont de l'ancienne rue de la Galiote. Conformément à la demande de Mlle Madeleine Godard et au vœu précédemment émis par la Société historique d'Auteuil et de Passy, le décret du 29 juin 1897 a donné à cette nouvelle voie le nom de rue Benjamin-Godard^ en mémoire du compositeur Paul-Louis-Benjamin Godard (1849-1895), d'abord violouiste du plus

(i) Voir ma note sur la Seine» onire le pont d'Ic^na ol le viaduc dAulcuil; elle est reproduite aux annexes, page 366.

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