RUE GEORGE-SAND
haut talent, puis auteur de symphonies et de concertos, enfin de Jocelyn et de la Vivandière, à rOpéra-Comique.
Dans les premières années du second Empire, plusieurs grandes propriétés situées dans le voisinage de la rue La Fontaine et de la rue des Perchamps furent morcelées, ce qui permit à des particuliers d'aménager l'avenue Boudon et l'avenue Heymès.
Par une délibération du 6 novembre 1852, le conseil municipal d'Auteuil, sur la demande de MM. Sipière et Boudon, autorisa Touverture, entre la rue La Fontaine et la rue Rémusat, de deux nouvelles voies qui ne furent d abord exécutées qu'incomplètement et formaient une équerre à laquelle on adonné le nom A* avenue Boudon ; la partie située entre la rue La Fontaine et la rue George-Sand existe encore aujourd'hui, sous le nom d'avenue Boudon ; c'est une voie privée de 9 mètres de largeur. La partie de l'avenue Boudon qui autrefois formait un coude et débouchait rue La Fontaine est actuellement incorporée dans la rue George-Sand.
L'avenue Heyroës était une ancienne sente, qui n'avait dans l'origine que 1 mètre de largeur et figure sans dénomination sur le plan cadastral de 1842. Elle a été élargie à 4 mètres, vers 1850, par la veuve du général Heymès, qui avait fait les campagnes du premier Empire, est cité dans l'histoire de Thiers, fut nommé maréchal de camp en 1831, était aide de camp du roi Louis-Philippe et a été enterré au cimetière d'Auteuil. La propriété Heymès était située vis-à-vis de l'avenue du même nom, à la rue de la Source. Elle consistait en un parc très ombreux, avec de vieux arbres et un pavillon qui ne comprenait qu'un rez-de-chaussée et un étage. C'était une de ces fraîches et mystérieuses habitations cachées derrière les haies vertes de ce qu'on appelait alors le quartier des Vignes, où l'on se perdait dans des sentes étroites et sinueuses, bordées de grands arbres, de prairies et de quelques vestiges de vignobles.
L'avenue Heymès, qui était alors fermée par des barrières en bois, et où deux riverains seulement avaient des droits de passage, débouchait par le haut dans la rue de la Source jusqu'à l'exécution de la rue Mozart. La propriété Heymès a été acquise à l'amiable par la Ville de Paris en 1882. (Voir le Bulletin municipal officiel du 22 novembre 1883.)
La rue George-Sand (précédemment avenue Boudon entre cette rue et la rue La Fontaine, avenue Heymès entre les rues La Fontaine et Mozart) a été classée par le décret du 31 décembre 1880, qui en a autorisé l'ouverture entre la rue Chardon-Lagache et le coude formé alors par les deux sections de l'avenue Boudon. Le décret du 5 novembre 1883 a prescrit l'élargissement de l'avenue Heymès (qui a coûté 93.0(K) francs), l'a incorporée à la rue George- Sand et a classé celte dernière rue entre les rues La Fontaine et Mozart. Enfin, le décret du 11 mars 1886 lui a donné son nom en mémoire d'Amantine-Lucie-Aurore Dupin, dame Dudevant, arrière-petîte-fille de Marie de Verrières, ci-dessus mentionnée comme ayant habité la rue d'Auteuil; elle est née en 1804, a vécu jusqu'en 1876 et s'est illustrée comme écrivain sous le pseudonyme de George Sand. Son père avait habité Auteuil pendant la Révolution.
Antérieurement à l'annexion, Auteuil était surtout une réunion de maisons de plaisance fréquentées pendant la belle saison par la population parisienne ; le principal revenu de ces propriétés consistait dans le produit de
2o8 HISTOIBE DU XVl' ARRONDISSEMENT
leur localiiin cuiiime maisons de campagne. Aussi, dès que fut posé le principe de l'acoexion d'Auteuil ii la Ville de Paris, 'divers propriétaires et négociants s'émurent-ils du dommage que pouvait leur causer la réalisation de cette mesure : pour les uns, c'était la menace de perdre les locations d'été; pour d'autres, c'était l'obligation de se déplacer ou de payer les droits d'octroi.
Gcoi'gi' Siind.
(Oillrctian de M. Éni. l'olin.)
La loi du lli juin l«.">d a porté les limites de l'aris jusqu'au pied de l'enceinte fortifiée ; elle a réuni à Boulogne les parties du territoire d'Auleuil qui se trouvaient au delà des lortifica lions. De toutes les communes annexées k la Ville de Paris, Auleuil était ta seule qui ne fut pas contiguë à l'ancien mur d'enceinte, dqjit elle était séparée par le territoire de l*assy.
La délibération du conseil municipal de Paris du (i février I8G3, qui a servi de base au décrel de classement du i;i mai de la même année, énumcre toutes les voies publiques d'Auleuil qui existaientàcelle époque, et le tableau A
RUES ÉTABLIES A AUTEUIL DEPUIS 180O JUSQU'a L* ANNEXION 209
indique les voies à mainteDir et dont le classement a été ainsi conflrmé. Ce tableau A renferme toutes les rues d'Auteuil qui ont été mentionnées cidessus et, en outre, trois chemins : la sente de la Fontaine, le chemin des Fontis et la sente du Four, dont il sera parlé ci-après, leur sol ayant été ultérieurement incorporé aux rues Dangeau, Railet, du Docteur-Blanche et de l'Yvetle.
Rues, boulevards et avenues classés à Auteuil pendant les quarante dernières années du XIX^ siècle.
Les parties bâties à Auteuil avant rannexion se trouvaient principalement entre la rue d* Auteuil et la rue de TAssomption, ou au Point-du-Jour. C'est surtout dans les quarante dernières années du xix" siècle que la construction des maisons a pris une grande extension dans toute retendue comprise entre l'enceinte fortifiée, la Seine et Passy. Ce mouvement a été favorisé par la réalisation de grandes opérations de voirie, dont la plus importante a été autorisée par le décret du 30 novembre 1862, à la suite duquel ont été percées les rues Chardon-Lagache, Mirabeau, Molitor, Michel-Ange et d'Erlanger. On a ainsi entamé, immédiatement après l'annexion de la commune d'Auteuil, un programme d'ensemble dont la réalisation par le service des ponts et chaussées, sous la direction du baron Haussmann et d'Alphand, a provoqué l'exécution à Auteuil de nouvelles rues, de20mètres de largeur,ayant ensemble une longueur de plus de \ kilomètres.
Le baron Emile d'Erlanger, né à Francfort-sur-le-Mein en 1832, banquier et consul de Grèce à Paris, avait acheté de l'État de vastes terrains provenant de la réunion à Paris d'une partie du bois de Boulogne. Il constitua une société pour mettre en valeur ces terrains, qui étaient alors déserts, en friche et sillonnés d'ornières, et pour y fonder un nouveau quartier, en y établissant diverses rues, ainsi qu'une exposition universelle et permanente. 11 offrait de céder gratuitement à la Ville 27.000 mètres carrés pour percer ou élargir les nouvelles voies, de les mettre à ses frais en état de viabilité et de céder les terrains nécessaires pour prolonger le passage des Clos jusqu'à la rue, alors projetée, qui porte actuellement le nom de Michel- Ange. Les projets présentés par le baron d'Erlanger furent modifiés par la Ville de Paris et, pour que ces modifications pussent être effectuées, il acheta, au prix de 974.600 francs, les propriétés Ozeuae, Renneville et Prince Pierre Bonaparte ; il dépensa, en outre, 711.000 francs pour divers travaux de viabilité et de nivellement en faveur desquels une subvention municipale de 600.000 francs était accordée.
A la suite des traités passés les 7 février et 22 mai 1862 entre la Ville de Paris et M. d'Erlanger, le décret précité du 30 novembre de la même année autorisa l'ouverture des quatre voies suivantes :
Rue A, parlant de l'avenue de Versailles au point où la rue Rémusat (alors
HUË MICHËt-ANGË 211
rue Molière) vient y aboutir, longeant la nouvelle maison de retraite de Sainte- Périne, puis coupant la rue Boileau à la hauteur de l'ancienne Mairie d'Auteuil, et rejoignant le boulevard Murât, après avoir passé sous le chemin de fer d'Auteuil ; cette rue A, qui s'est d'abord nommée nouvelle route d'Auteuil, puis boulevard d'Auteuil, porte actuellement le nom de rue Mirabeau entre l'avenue de Versailles et la rue Chardon-Lagache, le nom de rue Molitor entre la rue Chardon-Lagache et le boulevard Murât;
Rue B, prolongeant l'ancienne rue de la Municipalité jusqu à la place d'Auteuil et formant actuellement une partie de la rue Chardon-Lagache;
Rue C, reliant le centre d'Auteuil à la porte de Saint-Cloud et actuellement nommée rue Michel-Ange ;
Rue D, correspondant à la partie de la rue d'Erlanger qui se trouve comprise entre la rue d'Auteuil et le boulevard Exelmans.
On n'exécuta d'abord que les travaux des rues C et D; ces travaux (1), qui furent terminés en 1863, donnèrent lieu à une dépense de 780.824 francs.
Le décret du 2 mars 1864 a donné à la rue C le nom de Michel-Ange, en mémoire de Michel-Ange Buonarotti (1475-1564), qui annonça dès l'enfance des dispositions extraordinaires pour les arts, fut d'abord protégé par Laurent de Médicis, qui le traita comme son fils, se fixa ensuite à Rome sous les papes Jules II et Léon X et jouit également de la faveur des papes Paul III et Jules III. On lui doit la statue de Moïse dans le mausolée de Jules II, le tableau du Jugement dernier dans la chapelle Sixtine et beaucoup d'autres œuvres grandioses, parmi lesquelles les statues de plusieurs Médicis, notamment // Pensieroso (le Penseur), et les Deux Gladialeurs du Louvre. Il s est imposé à l'admiration du monde comme sculpteur, comme peintre et comme architecte ; ce n'est qu'à l'âge de soixante-douze ans qu'il commença la construction de Saint-Pierre de Rome et il consacra dix-sept ans à ce travail. — La rue Michel-Ange a été plantée en 1877.
On remarque aux n*»' 25 et 27 de la rue Michel-Ange deux hôtels primitivement semblables, de style renaissance, construits en 1880 par M. Eugène Le Maire et tous deux précédés d'un perron à balustrades. Celui du 25 appartient à M. et Mme Emile Potin, et celui ^u 27, agrandi, à M. le docteur Salathé.
La partie de la rue d'Erlanger comiprise entre la rue d'Auteuil et le boulevard Exelmans a été terminée en 1863. Le décret du 19 août 1864 porte : « La voie nouvelle ouverte parallèlement à la rue Michel-Ange sur les terrains de M. d'Erlanger conservera le nom de ce propriétaire, nom sous lequel elle est déjà connue. >>
La maison de Ponson du Terrail (2), rue d'Erlanger n** 11, avait été endommagée par le bombardement de 1871.
L'arrêté du 4 novembre 1869 autorisa M. d'Erlanger à ouvrir la partie de la rue portant son nom, qui s'étend du boulevard Exelmans au boulevard Murât ; il fit promptement exécuter ce percement.
Le même arrêté autorisa M. d'Erlanger à faire ouvrir, sur des terrains dont il était propriétaire, la rue de Varize, divisée en deux branches, et la rue de Civry. Elles furent ainsi dénommées, par décret du 10 février 1875, en l'hon-
(1) Ces travaux ont élô dirigés par rlrigénieilr en chef de La Galisserie, Tingénieur îîernard et le conducteur des ponts et chaussées Duperron.
(•2) Voir aux annexes (p. 385) l'article de M» Ei Polirt sur les ruines de 1870-18714
neur de deux villages situés près deja ville de Châteaudun, illustrée par la défense héroïque du 18 octobre 1870. Les travaux (1 1 faits en exécution dudit arrêté du i novembre IHGl), ainsi que pour l'achèvement de la rue Chanez, ont coûté 153.500 francs.
Au n*" i.*) de la rue de Varize, se trouve Tasile Schilizzi, tenu par les petites sœurs des pauvres ; il a été fondé par MM. Paul Stefanowich et Jean Schilizzi, au nom de leur frère, M. Demetri Schilizzi, banquier à Paris. Le terrain a été acheté en janvier 1896 et la construction commencée en février de la même année, sous la direction de Tarchitecte Vaudremer ; elle a été terminée le 'H mars 1897 ; les donateurs ont fourni tout le mobilier. S. E. le cardinal Richard, archevêque de Paris, a béni, le 3 juillet 1897, cet établissement, qui contient ^0 vieillards : li5 hommes et 1^5 femmes. Il est uniquement entretenu par les quêtes que font chaque jour les petites sœurs des pauvres.
Un traité fut passé, le 13 août 1867, entre la Ville de Paris et M. Perrichont, qui fut conseiller municipal d*Auteuil de 1886 à 1896, pour l'exécution des travaux d'achèvement de la rue Molitor, de la rue Mirabeau et de la partie de la rue Chardon-Lagache située entre la place d'Auteuil et la rue Jouvenet.
Les travaux de la rue Molitor furent terminés, en 1869, entre les rues Chardon-Lagache et Michel-Ange, ainsi qu'entre la rue d'Erlanger et le boulevard Murât.
L'Institution Notre-Dame-d'Auteuil, établie vers le milieu du xix* siècle pour l'éducation des jeunes gens et dirigée, avant 1860, par les abbés Lévêque et Poiloux, avait un vaste parc, ombragé de beaux arbres, qui s'étendait encore, en 1867, de la rue d'Auteuil à la rue Jouvenet, le long des propriétés bordant la rue Boileau, au sud est. Ce parc occupait l'emplacement de l'ancien château de M. Ternaux (â), qui fut d'abord transformé en une grande teinturerie, rattachée à l'industrie des châles Ternaux (cachemires français). M. Laivessière, l'un des derniers propriétaires, morcela le parc ; les lots aboutissant sur la rue Boileau furent promptement vendus et bâtis. En 185â, M. Laveissière fils vendit la propriété à M. Lévêque, préfet des études de l'Institution Poiloux, de Vaugîrard, qui y fonda l'Institution Notre-Damed'Auteuil, contenant alors près de 6 hectares. L'abbé Lévêque mourut en 1864 et, après lui, la prospérité de l'Institution déclina : la distribution des prix de 1870 fut la dernière. En 1868, ce beau parc ne contenait plus que A hectares, parce qu'il avait été coupé pour l'ouverture de la rue Molitor et séparé
(i) Ces travaux ont tHi^ dirigés par Tingénicur Rousseau cl {Kir le conducteur des ponts cl chaussées Loiiiprcz.
(2) Celle prupriélé Ternaux tMail, au xvii" siècle, aliénante au jardin de la maison seigneuriale des abbés de Sainte-Cicneviève; elle avait son entrée rue du Buis, près de la place de l'Kglise, cl renfermait deux maiscms conliguës. Elle appartint, de il^5à iG5tj, k Slichel de VerllKUinm, marquis de ManoMivre, conseiller d'Klat, et à sa femme, fille d'Etienne d'Aligre, surintendant des finances, puis chancelier de France. Elle fut possédée, de 1609 à iri77, par Edouard Gayot, et achetée le '29 avril 1677 par Louis Prévôt de Maze, gentilhomme de la maison du Roi, qui fit reccmslruire le château et le céda à la marquise de Rénel.qiii mourut en 1719. Son fils, l'abbé de Rénel, hérita de celle propriété; M. Parent de Rosan croit qu'elle fut habitée par d'Aguesseau. Ouatre ans après la mort de d'Aguesseau, en i75.\ elle fui acquise moyennant 20.0(k> livres par la veuve du chevalier de Marign> : elle la revemlil en 177^ à HenoisI Decon, ancien substitut du procureur général au grand conseil, qui s'en délit en 1777, moyennant 20.U00 livres, en faveur d'IIéberl, trésorier de l'argenterie du Roi, et de Bai lieux, marchand de musique.
RUE NOLITOR 2,3
des maisons hospitalières voisines (Institution de Sainte-Périne et maison dB
retraite Chardon-Lagache) par le prolongement de la rue de la Municipalilé, actuellement nommée rue Chardon-Lagache.
2l4 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT
En 1872, la Ville de Paris acheta le reste de ce parc, soit 32.339 mètres carrés, au prix de 833.000 francs et paya en plus les charges, pour y établir récole Jean-Baptiste-Say (1) et l'école normale d'instituteurs. Des indications ont été données pages 172 et 187 au sujet de ces deux établissements : l'école normale a son entrée rue Molitor, n"" 10.
Au n° 1 bis de la rue Molitor se trouve Thôtel Delfaut, construit par M. l'architecte Hector Guimard; la partie saillante en est terminée par un pignon garni de deux petites fenêtres jumelles cintrées, surmontant un arc surbaissé, qui encadre un bas-reliefjen faïence vernissée, dont le sujet principal est un coq gaulois ; au-dessous du bas relief , la fenêtre rectangulaire du premier étage s'ouvre sur un balcon en fer d'un dessin original.
La dénomination de la rue Molitor lui a été donnée par le décret du 2 mars 1867, en mémoire de Gabriel -Jean- Joseph comte Molitor (1770-1849), général de brigade en 1799, gouverneur de Dalmatie en 1806 et de Poméranie en 1808, maréchal de France après la campagne d'Espagne en 1823, gouverneur général des Invalides en 1847 et grand chancelier de la Légion d'honneur en 1848.
La villa Molitor a été ouverte en 1873, par M. Paul Verhoeven, sur des terrains dont il était propriétaire, entre les n** 7 et 9, et aboutit au croisement des rues Chardon-Lagache et Jouvenet.
Le pavage en pierre a été converti en pavage en bois, rue Molitor, entre les rues Boileau et Chardon-Lagache en mars 1900. Puis le pavage en bois a été poursuivi jusqu'à la rue Michel-Ange, là où s'infléchit le tracé du tramway électrique à plots qui sort par la porte de Saint-Cloud, pour passer devant le cimetière de Billancourt et aboutir au pont de Billancourt. Des candélabres à incandescence ont été installés dans cette rue au mois de mai de la même année. En 1901, on a percé une porte dans les fortications, en prolongement de la rue Molitor, pour la faire communiquer avec Boulogne et permettre l'établissement du tramway de Boulogne à Montreuil, dont le tracé primitif a été détourné dans la rue Michel-Ange. La création d'un nouveau bureau d'octroi à la porte Molitor a été autorisée le 28 novembre 1901.
La rue Mirabeau, séparant l'institution de Sainte-Périne de la maison de retraite Chardon-Lagache, a été terminée en 1869 dans toute sa longueur. Elle a été ainsi nommée, par décret du 2 mars 1867, en mémoire d'Henri- Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau (1749-1791), orateur et homme politique, qui a exercé une influence prédominante sur les résolutions des États généraux de 1789, où il représentait le Tiers-État de la ville d'Aix.
On a commencé en 1894 et terminé en 1897 le ponl Mirabeau (2), qui relie à Auteuil la grande artère qui fait communiquer le quai de Javel avec les entrepôts de Bercy et traverse les XV, XIV'^ et XIIP arrondissements de Paris, sous les noms de rues de la Convention, d'Alésia et de Tolbiac.
La partie de la rue Chardon-Lagache qui s'étend de la rue Claude-Lorrain à la rue Jouvenet, remplace l'ancienne rue de la Municipalité, qui date du xvm® siècle et figure au cadastre de 1823, mais était beaucoup moins large; la
(i) Voir «1UX annexes (p. 462) larticle dt^jà cité de M. Emile Potin sur l'école J.-B.-Say, (ti) Voir aux annexes (p. 365) ma note sur la Seine entre le pont d'Iéna et le Point-du-Jour;
voir 'également aux annexes (p. 49») l'article de M. L. Mar intitulé : Auteuil il y a deux
cents ans, et, p. 491 également, un article sur le pont Mirabeau,
RUE CHARDON-LAGACIIE 21 5
rue Chardon -Lagache, en eflfet, a une largeur de 20 mètres, tandis que rarrétô préfectoral du 27 septembre 1837 avait fixé une largeur de 8 mètres pour la ruç de la Municipalité qui, jusqu'à Tannexion, se terminait en impasse, sans atteindre Tavenue de Versailles.
Dès que Tadministration de l'assistance publique eut loué à la Ville de Paris les vastes terrains sur lesquels est établie Tinstitution de Sainte-Périne, -elle proposa d'ouvrir un lai^e boulevard entre l'extrémité de la rue de la Municipalité et la place de l'Ëglise d'Auteuil et de donner à ce boulevard une largeur de ^ mètres ; par délibération du il septembre 1858, le conseil municipal d'Auteuil refusa de concourir à la dépense. Mais ce projet fut repris aussitôt après l'annexion, et le décret précité du 30 novembre 1862 prescrivit le percement d'une rue B, prolongeant la rue de la Municipalité, entre la rue Jouvenet et la place d'Auteuil ; toutefois ce prolongement, auquel l'arrêté du 26 février avait donné également le nom de rue de la Municipalité, ne fut réalisé qu'en 1869 ; ce travail, qui a été exécuté par M. Perrichont, a coûté 160.000 francs.
L'arrêté préfectoral du l'*" août 1879 a donné à la rue de la Municipalité le nom de rue du Point-du-Jour. L'utilité publique du percement de cette rue a été déclarée par le décret du 5 février 1889 pour la partie comprise entre la rue Jouvenet et le boulevard Exelmans, par le décret du 9 avril de la même année pour celle qui s'étend du boulevard Exelmans à l'avenue de Versailles. Le prolongement de la rue Cbardon-Lagache jusqu'à l'avenue de Versailles, aux abords du chemin de fer, a été exécuté en 1892, moyennant une dépense de 11.000 francs.
La partie de la rue Chardon-Lagache comprise entre le boulevard Exelmans et la rue de Musset a été élargie et améliorée en 1896; cette opération a coûté 10.000 francs.
Des candélabres et becs à incandescence ont été installés à la rue Chardon-Lagache, en novembre 1899, entre la rue Jouvenet et le boulevard Exelmans, en juin 1900 entre les rues Jouvenet et d'Auteuil. C'est de 1900 que datent la mise en état de viabilité des terrains cédés à la voie publique par les héritiers Deschandeliers (n"' 81-83, à l'angle du boulevard Exelmans), et le convertissement en bois du pavage en pierre devant l'École Jean-Baptiste- Say, concurremment avec le passage du tramway Boulogne-Montreuil.
Le nom de rue du Point-du-Jour, attribué en 1879 à cette belle voie, pouvait créer une confusion avec la rue du m(^me nom, existant à Billancourt: aussi le décret du 8 janvier 1895 et l'arrêté préfectoral du 10 mars 1896 ont-ils donné à la rue qui nous occupe sa dénomination actuelle, en mémoire du philanthrope Chardon-Lagache (1806-1879), dont le père (1) avait exercé la médecine pendant plus de cinquante ans à Auteuil, où il était surnommé le médecin des pauvres. Il avait fait une grande fortune dans le commerce, s'occupait sans relâche d'œuvres philanthropiques et était membre du conseil général de l'assistance publique. 11 passait la plus grande partie de l'année dans sa propriété, rue d'Auteuil, 16 (2), autrefois rue Molière, 26; son parc, qui aboutissait à la rue d'Auteuil, s'étendait jusqu'aux rues Théophile-Gautier et
(i) Voir aux annexes (p. 495) l'article de M. E. Potin sur Chardon-Lagache. Les archives de la Société historique possèdent une Vie de cet homme de bien. (2) Ce n' i6 est aujourd'hui le pensionnat de MUcs Douré^
George-Saûd ; après la mort du fils de Chardon-Lagache, survenue en 1893, cette propriété, qui a été morcelée par des opérations de voirie, avait été achetée par le marquis de Casa-Riéra, qui avait reçu, dans son hùtel de la rue de Berri, 29, la reine Isabelle, au moment où elle quitta TEspagne. C^est M. de Casa-Riéra qui a cédé ces terrains pour la viabilité des rues Mignet et Leçon te-de- Lille; c'est dans son parc que furent trouvées des pierres de Tancienne église, réédifiées avec goût par M. Guimard dans la cour du presbytère.
La maison de retraite Chardon-Lagache, dont la grille se profile en pan coupé sur la place d'Auteuil, occupe tout Tîlot compris entre les rues Chardon-Lagache, Wilhem et Mirabeau. Elle a été créée, entre 1863 et 1865, par Chardon-Lagache, de concert avec sa femme et son fils, pour abriter des vieil lards des deux sexes, ayant au moins 60 ans, qui, en dépit d'un long travail, n'ont pas pu réunir des ressources suffisantes pour vivre chez eux ; cette maison est aujourd'hui complètement administrée par l'Assistance publique.
L'Institution de Sainte-Périne occupe, avec la maison de retraite Chardon-Lagache, une grande partie du parc de l'ancienne propriété seigneuriale qui servait de maison de plaisance (1) aux abbés de Sainte-Geneviève. L'abbaye de Sainte-Périne, à laquelle cette Institution doit son nom, était d'abord à Compiègne ; elle fut transférée, sous Louis XIV, à la Villette. En 1746, cette abbaye, à laquelle s'était réunie la communauté des religieuses chanoinesses de l'ordre de Saint-Augustin (établie en 1638 à Nanterre), fut installée sur le côté droit de la rue de Chaillot; elle portait aussi le nom de Notre-Damede-la-Paix. La maison de Sainte-Périne fut fermée sous la Révolution ; M. Duchayla y fonda, en 1806, avec la devise : Otium cum dignitale^ un asile pour la vieillesse, qui avait pour présidente d'honneur l'impératrice Joséphine, et où les personnes des deux sexes, âgées ou infirmes, étaient admises moyennant une pension annuelle ou te versement d'un capital une fois payé. Un décret du i" avril 1808 autorisa cet établissement, dont l'ordonnance royale du 8 février 1815 confia la direction à l'administration des hospices. L'ouverture de l'avenue Marceau entraîna l'expropriation des terrains occupés par cet asile : c'est alors que l'administration de l'Assistance publique installa cet établissement sur le vaste domaine d'Auteuil, qui fut agrandi, le 30 janvier 1850, par Tacquisition de terrains situés entre la rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache) et l'avenue de Versailles. Le millésime de 1860 est inscrit sur la façade du bâtiment principal. Les pensionnaires de l'Institution de Sainte-Périne paient 1.400 fr.par an.
Mlle Scriwaneck, qui a eu autrefois de grands succès au théâtre du Palais-Royal, habite actuellement l'asile de Sainte-Périne, dont les pensionnaires ayant conservé des relations dans le monde des théâtres organisent, chaque année, cinq ou six fêtes intimes, avec le concours de leurs jeunes camarades, les artistes en activité de service.
L'Institution de Sainte-Périne a été ravagée (2), lors du siège de Paris, par les obus des armées allemandes.
(i) Voir aux annexes (p. 287^ l'article de M. Antoine Guillois sur Tanciennc église d'Auteuil.
Les noms des différents propriétaires du domaine que les abbés de Sainte-Geneviève possédaient à Auteuil ont été indiqués ci-dessus dans l'histoire de la rue d'Auteuil.
(2) Voir h la page 280 du UV volume du Bulletin l'article de M. le docteur Raymond sur le bombardement de Saint-Périne.