OBSERVATIONS SUR LA SITUATION ET L*AVENIR DU XVI* ARRONDISSEMENT
Pantin, a été admis en principe par la loi du 17 février 1898 (1). Mais une opération aussi importante soulevait de grosses difficultés financières : la Ville de Paris aurait à dépenser une cinquantaine de millions pour Texécution des travaux de voirie sur cette vaste zone ; Tadministration des Domaines, qui offrait de céder à la Ville les terrains dépendant des fortifications, entre le Point-du-Jour et Pantin, estimait à 130 millions la valeur de ces terrains. La municipalité de Paris estimait cette évaluation beaucoup trop élevée. On peut, d'ailleurs, observer que le prix des terrains serait avili si on voulait les vendre tous en même temps aux spéculateurs disposés à y élever des constructions.
A la suite de longues négociations entre le ministre des Finances et la Ville de Paris, il a été reconnu d*un commun accord que la vente de l'intégralité des fronts ouest et nord de Paris, entre la Seine et Pantin, n'était pas opportune ; que la masse totale des terrains qui deviendraient ainsi disponibles, jointe à celle des zones de servitude militaire, serait trop considérable pour ne pas influer désavantageusement sur les prix ; qu'en outre, beaucoup de terrains situés dans des quartiers peu peuplés encore, n'ont aujourd'hui qu'une valeur insignifiante auprès de celle qu'ils sont appelés à prendre plus tard ; enfin qu'il convenait de limiter, quant à présent, Topération à la seule fraction susceptible de prendre immédiatement une grande plus-value, c'est-à-dire à celle qui longe le bois de Boulogne, entre la porte d'Auteuil et la porte Maillot, et qui borde le XVP arrondissement.
Il a paru préférable de ne projeter actuellement le remplacement de l'enceinte fortifiée par de nouveaux quartiers qu'entre la porte d'Auteuil et la porte Maillot, parce que c'est la section sur laquelle la vente des terrains sera le plus avantageuse et parce que les difficultés soulevées par un déplacement de l'octroi ne se présenteront point pour la partie qui longe le bois de Boulogne, puisque ce bois se trouve déjà compris à Tintérieur des barrières.
La Société des Amis des monuments parisiens, présidée par M. Normand, a émis le vœu que, lors de la création d'un Paris nouveau sur l'emplacement des remparts détruits, les pouvoirs publics veuillent bien témoigner de leur sollicitude pour la beauté de Paris. « 11 importe, disait cette Société, qu'une ceinture de villas, et non de bâtisses de commerce ou de spéculation, borde les rues nouvelles et le bois de Boulogne ; qu'un fragment de l'enceinte soit conservé comme souvenir de Paris qui s'en va et comme élément pittoresque ; que suivant les vœux du congrès de l'art public, les rues soient coupées de jardins, de bancs artistiques, de refuges ayant un caractère décoratif ; enfin, que les intérêts de la spéculation ne soient pas seuls consultés et que les nouveaux quartiers à naître soient, pour Paris, une parure nouvelle. »
Satisfaction est donnée à ce vœu par le projet que M. Bouvard, directeur technique des services d'architecture, des promenades et des plantations, a dressé, avec l'assentiment de la commission du vieux Paris, pour l'établissement de nouveaux quartiers de luxe, sur l'emplacement des fortifications à démolir, entre la porte d'Auteuil et la porte Maillot. Cet éminent architecte s'est attaché à créer de larges avenues, des parcs et squares tout remplis d'arbres et de verdure, des voies spacieuses souvent obliques pour
(i) Voir les indications données à ce sujet page ii3.
23o HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT
éviter runiformilé et la banale symétrie. De belles perspectives seraient ménagées sur le bois de Boulogne, notamment en conservant toute la largeur (ie la porte Dauphine, de celle de Passy et de celle qui donne le point de vue de la porte de la Muette ; enfin, on n'admettrait que des façades élégantes et variées, les acquéreurs des terrains devant être soumis à des servitudes qui sont définies de la manière suivante dans la convention signée, le 14 février 190^, par M. Caillaux, ministre des Finances, et par M. de Selves, préfet de là Seinç :
a) Il ne pourra être établi aucune construction sur les zones teintées en rouge clair au plan annexé ; elles seront plantées et maintenues en parterres d*agrénient. - 6) Ces terrains seront clos en façades par des grilles en fer d'un modèle et hauteur déterminés par l'administration municipale, sur socles en pierres de taille. La même grille devra être établie tant sur Taligncment de la voie publique que sur les lignes séparativoR des propriétés dans la largeur de la zone cultivée en jardin. Ces grilles ne pourront être obstruées par aucun volet ou persienne ; elles devront être constamment entretenues en bon état de propreté. Les acquéreurs des terrains seront tenus d'établir lesdites grilles de clôture sur la voie publique dans un délai maximum d'un an, à l'exception du premier acquéreur de l'ensemble desdits terrains, tant qu'il ne les aura pas utilisés.
c) Il ne pourra être élevé en façade sur la zone non œdificandi que des maisons d'habitation bourgeoise ; en conséquence, aucun genre de commerce ou d'industrie ne pourra y être exercé à moins d'autorisation spéciale de la Ville de Paris.
d) Les façades principales des constructions seront établies parallèlement à la voie publique ; les parties latérales des bâtiments qui ne se relieraient pas entre eux devront recevoir une décoration analogue à celle de l'ensemble, mais sans obligation d'ouvertures, chaque propriétaire devant faire son aflTaire personnelle des dispositions à prendre avec ses voisins pour que la présente condition reçoive son exécution. Aucune des faces de CCS constructions ne pourra présenter de mur nu, dit pignon séparatif, ni recevoir d'enseignes, réclames ou afflches. Pour garantir l'exécution des clauses qui précèdent, les propriétaires des terrains seront tenus (i) de soumettre à l'approbation de l'administration municipale, avant tout commencement d'exécution, les plans des constructions projetées.
Ces servitudes remplaceraient, pour les boulevards Lannes et Suchet, celles qui leur sont actuellement imposées ; la largeur de ces boulevards serait portée à 20 mètres. Un pont serait construit en prolongement de la rue Ràfïet.
La Ville de Paris deviendrait propriétaire de toutes les voies publiques à créer (dont la superficie est évaluée à environ 190.000 mètres carrés), ainsi que du sol des boulevards Lannes et Suchet. Le montant des dépense^ de démolition, de nivellement et viabilité pour travaux à faire par la Ville, lui serait avancé par TÉtat jusqu'à concurrence de 8 millions ; ces avances, qui seraient remboursées ultérieurement, produiraient un intérêt de 3,25 p. 100, qui ne commencerait à courir que deux ans après la ratification de la convention. La Ville devrait achever les travaux dans un délai de dix-huit mois à dater de cette ratification.
Un projet de loi approuvant la convention passée entre l'État et la Ville de Paris, le 14 février 1902, a été déposé le 17 du même mois à la Chambre des députés par les ministres des Finances, de la Guerre et de l'Intérieur.
(i) La Société des Amis des monuments parisiens 'avait demandé qu'une servitude de hauteur (correspondant à trois étages au plus) fût imposée par la ville pour les maisons du nouveau quartier, afin qu'on ne pût pas y remplacer des hôtels élégants par de hautes maisons de rapport. Cette restriction n*a pas été admise.
REPRODUISANT DIVERS ARTICLES INSÉRÉS DANS LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE D'AUTEUIL ET DE PASSY