‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 42 sur 218 · IX. — Observations sur la situation et Tavenir · texte numérisé non relu

IX. — Observations sur la situation et Tavenir

du seizième arrondissement.

La population du XVI« arrondissement, qui était de 43.33:2 habitants en 1872, s'est élevée en 1901 à 117.087 âmes: elle a donc presque triplé pendant les trente dernières années, ce qui est d'autant plus remarquable que Taugmentation est principalement due à l'immigration d*une population fort aisée. Il y a tout lieu de croire qu'il ne s'agit pas ici d'une vogue passagère et que cette progression continuera ; car on a observé dans les grandes villes de l'Europe occidentale et de l'Europe centrale que la population jouissant de revenus d'une certaine importance, se porte de préférence vers les quartiers de Touest.

Cette tendance générale me paraît pouvoir être en partie attribuée à la prédominance, dans nos régions, des vents de l'ouest, qui apportent les émanations de la campagne sur les quartiers occidentaux et celles de la ville sur les parties situées dans la direction opposée. D'ailleurs, les vents du nord et de l'est étant beaucoup plus frais et moins fréquents que ceux qui viennent de l'Océan, c'est à l'est et surtout au nord des grandes villes qu'il est d'usage de cantonner les industries incommodes et insalubres qui ne peuvent être établies qu'après une autorisation administrative, et dont le voisinage est peu agréable, surtout pendant l'été.

Non seulement le XVI" arrondissement occupe l'extrémité occidentale de Paris rive droite, mais encore il se trouve dans une boucle de la Seine qui est voisine de très belles campagnes. On y a percé, à grands frais, des avenues larges et bien aérées ; le voisinage immédiat du bois de Boulogne y attirera toujours les amateurs de verdure et de promenade ; il est très salutaire pour les enfants. A ces avantages généraux, le quartier de Passy joint celui de reposer sur un sol perméable, par conséquent facile à assécher, et plus élevé que la presque totalité de celui de notre grande capitale. Les jardins d'Auteuil, c*est maintenant Paris et c'est en même temps la campagne ; on n'y a pas, comme aux environs, dans la banlieue, le brouhaha de la circulation et l'encombrement des promeneurs du dimanche. Aussi, beaucoup de personnes désertent, quand elles le peuvent, les anciennes constructions des rues étroites du centre de la Ville, pour venir s'installer dans les maisons neuves qui ont été récemment bâties en grand nombre sur le solduXVb' arrondissementetoûelles trouvent des ascenseurs, des monte-charges, l'eau froide et l'eau chaude à tous

les étages, des bow-windows, salles de baias et galeries, de vastes salons, le chauffage à Teau chaude, le téléphone, Féclairage électrique, des vérandas, une distribution intelligente des appartements et toutes les installations du confortable moderne.

Les spéculations auxquelles donne lieu, depuis près de quatre-vingts ans, la mise en valeur des terrains du XVI* arrondissement y ont beaucoup réduit rétendue des parcs et jardins. Il est regrettable et fâcheux, à ce point de vue, que le nombre des hautes maisons de rapport s'accroisse constamment; mais il serait bien impossible d'arrêter ce courant. On devra, du moins, s'attacher à ce que les façades soient moins uniformes et à ce qu'elles présentent de réiégance, une certaine originalité et des silhouettes artistiques. D'ailleurs, on conservera toujours l'avantage de la proximité du bois de Boulogne et, même dans les rues entièrement bâties, les vastes îlots qui les séparent ont généralement encore beaucoup d'arbres, ne fût-ce que ceux des larges et nombreuses avenues et d'un grand nombre d'établissements publics.

Enfin, Auteuil et Passy sont mis en relations avec la gare Saint-Lazare par des trains extrêmement fréquents ; l'extension et l'accélération des moyens de transport diminuent considérablement Tinconvénient résultant de ce que le XVP arrondissement est éloigné du centre de Paris ; l'adoption de la traction mécanique pour les tramways a déjà réduit très sensiblement la durée des trajets. Une amélioration encore plus importante a été récemment obtenue pour les quartiers desservis par les premières lignes du chemin de fer métropolitain, qui facilite beaucoup les relations, grâce à la vitesse et à la multiplicité des trains. Quand les lignes métropolitaines auront reçu tous les développements dont elles sont susceptibles, les négociants et les hommes d'affaires prendront de plus en plus Thabitude d'imiter leurs collègues de Londres, en établissant leur domicile de famille en bon air et dans une demi campagne, tout en conservant leurs bureaux dans la partie centrale de la ville. Le perfectionnement des moyens de transport (développement des voies ferrées, augmentation du nombre et de la rapidité des trains, abaissement des tarifs) abrège les distances et constitue un des principaux facteurs de la prospérité toujours croissante du XVI* arrondissement.

Parmi les lignes métropolitaines actuellement concédées, la seule qui intéresse le territoire du quartier d*Auteuil est celle qui partira de la porte Molitor, pour traverser la Seine à Taval du pont Mirabeau; mais elle est insuffisante pour bien desservir Auteuil, qu'elle ne fera communiquer qu'avec la rive gauche plus directement.

11 est indispensable qu'on facilite davantage les relations de Passy et d'Auteuil avec le centre de Paris en concédant une nouvelle ligne pour relier le quartier d'Auteuil au réseau métropolitain actuellement exploité dans le XVP arrondissement. La création de cette nouvelle ligne a été admise par une délibération du conseil municipal de Paris en date du 13 juillet 1901. Le tracé aurait son origine à la place du Trocadéro, en prolongement du tronçon qui s'y arrête actuellement ; il passerait sous l'avenue Henri-Marlin, depuis celte place jusqu'auprès de la Mairie, ensuite sous la rue de la Pompe et la rue Mozart et aboutirait à la porte de Saint-Cloud. Entre la rue Mozart et cette porte, deux tracés sont proposés : on pourrait suivre soit la rue La Fontaine et la rue Michel-Ange, soit la rue Pierre-Guérin, la rue Boileau et l'avenue de Versailles. Ce dernier tracé, empruntant des rues plus étroites.

OBSERVATIONS SUR LA SITUATION ET l' AVENIR DU XVI* ARRONDISSEMENT

serait, sans doute, d'une réalisation moins aisée et plus coûteuse (expropriatioDs, déplacements d'égoûts, etc.). Quoi qu'il en soit, cette ligne augmenterait le nombre des stations métropolitaines, non seulement à Âuteuil, mai3 encore à Passy, etelle aurait une clientèle nombreuse» La population de ce quartier augmente, en eflet, chaque année et a beaucoup de relations avec le centre de Paris ; Taffluence est énorme aux courses d*Auteuil, surtout pendant le printemps et Tété.

On voit déjà Télectricité briller à Paris dans divers quartiers, même excentriques, tandis qu*elle n'éclaire pas encore les grandes avenues de Passy. Il serait assurément désirable que l'éclairage électrique fût prochainement installé, non seulement dans le jardin des Tuileries, les Champs- Elysées et l'avenue de la Grande-Armée, mais encore sur les pelouses du Ranelagh, ainsi que sur toutes les grandes voies du XV!*" arrondissement et du bois de Boulogne. Si ce bois était éclairé, au moins en partie, la sécurité y serait mieux assurée et l'on pourrait plus aisément y donner de belles fêtes; la clientèle devenant plus nombreuse, la Ville verrait s'augmenter les redevances provenant des loyers des concessions qui lui donnent déjà de très belles recettes. Les propriétés privées augmentant de valeur^ les revenus provenant des impositions en recevraient une certaine impulsion pour la Ville et pour l'État. Il conviendrait, en outre, d'augmenter au bois de Boulogne le nombre, trop restreint, des abris pour protéger les personnes en cas de pluie, et d'allouer des crédits annuels plus élevés de manière à permettre un entretien plus soigné des avenues et des pelouses, ainsi qu'un curage plus fréquent des lacs et des petites rivières. L'embellissement du bois de Boulogne n'intéresse pas seulement les habitants du XVI'^ arrondissement, puisque le chemin de fer de ceinture et les autres moyens de transport y amènent de nombreux promeneurs qui y viennent le dimanche de tous les quartiers de Paris, pendant la belle saison.

Il est à désirer que les parcs qui ornent encore aujourd'hui le XVP arrondissement, notamment celui de la Muette, ne soient pas vendus à des sociétés qui y feraient construire des maisons de rapport. Si cette éventualité devait malheureusement se réaliser pour la Muette, il faudrait au moins que le projet de lotissement fût établi de manière à réserver de larges espaces où l'on conserverait les vieux arbres du parc. Cela serait même Tîntérêt bien entendu de la spéculation, parce que ce serait de nature à attirer des locataires en état de payer des loyers élevés. Il conviendrait, en outre, d'imposer aux acquéreurs, par les contrats de vente, des servitudes analogues, pour les façades, à celles qui régissent l'avenue Henri-Martin, le boulevard Suchet et d'autres voies du XVI^ arrondissement. Il importe, en effet, de ne pas dénaturer l'aspect du Ranelagh et de l'entrée du bois de Boulogne.

On devra étendre le plus possible l'établissement des pavages en bois et en asphalte. Le carrefour de Passy, situé à l'intersection des rues de Passy, Franklin, Vineuse, Raynouard et du boulevard Delessert, est trop étroit; cet inconvénient s'est encore aggravé depuis que les tramways à air comprimé empruntent la rue Franklin et stationnent à la rencontre de cette rue avec Je carrefour; il serait urgent de l'élargir, et cette opération serait actuellement assez facile, puisque les maisons à rescinder n'ont qu'un seul étage.

Le lycée Janson-de-Sailly, où le nombre des élèves a atteint le chiffre de 1.853 en 1901, ne peut pas en recevoir un plus grand nombre; pour être en

mesure de satisfaire aux nouvelles demandes d'admission, il serait utile d'établir à Auteuil un établissement d'enseignement secondaire organisé suivant les idées modernes. Danslecas où Tlnstitution de Sainte-Périne serait désaf fectée, une partie de remplacement de cette Institution pourrait être consacrée à cette fondation. 11 serait, d'ailleurs, utile d'assurer, dans de bonnes conditions, le transport des élèves entre le domicile de leur famille et le lycée.

Les travaux de la ligne de Courcelles aux Invalides et de son souterrain étant entièrement terminés, on reprendra prochainement les constructions au-dessus de ce souterrain, notamment auprès de la rue Gustave-Nadaud et du carrefour formé par la rencontre des rues de Passy, de la Pompe, Boulainvilliers, Mozart et de la chaussée delà Muette. Ce travail sera facilité par le percement de la rue que la Compagnie des chemins de fer de l*Ouest a ouverte entre la chaussée de la Muette et la rue Gustave- Nadaud.

Le prolongement de la rue Mozart, qui devait être dénommé « avenue de la Muette », est projeté depuis le second Empire ; pour le faciliter, on a ménagé des amorces à la place Possoz ; le point où il devait aboutir, sur la place du Trocadéro, est marqué par des arcades accolées au mur de soutènement du cimetière de Passy ; mais ce prolongement n'a pas encore été exécuté. Si l'opération de voirie qui consisterait à le réaliser jusqu'à la place du Trocadéro parait trop coûteuse, on pourrait, du moins, prolonger la rue Mozart depuis la chaussée de la Muette jusqu'à la place Possoz, ce qui donnerait un débouché par la rue Cortambert et ferait disparaître le rétrécissement fâcheux que présente la rue delà Pompe pi es de sa jonction avec la rue de Passy ; malheureusement, ce travail entraînerait la démolition de la maison remarquable, dans laquelle le cabinet de physique du roi avait été établi au xviii*' siècle.

C'est à la station de l'avenue Henri-Martin que se trouve la bifurcation de l'ancienne ligne (desservant Auteuil, le Point-du-Jour et la ceinture rive gauche) et de la ligne de Courcelles aux Invalides, qui a été inaugurée en 1900 ; elle établit une communication directe entre Passy et le Champ de Mars et permet, grâce au nouveau chemin de fer reliant la station des Invalides à celle de Viroflay, d'aller directement de l'avenue Henri-Martin à Versailles et sur les lignes du réseau de l'Ouest, sans avoir à faire, comme aujourd'hui, un détour par la gare Saint-Lazare. La station de l'avenue Henri-Martin ne pourra pas être concurrencée, dans notre région, pour le transport des voyageurs allant, par les véhicules des grands réseaux, de la rive droite au quai d'Orsay, attendu que des considérations d'esthétique, ainsi que l'énormité des dépenses qu'il faudrait faire, s'opposent à ce que la construction d'un pont de chemin de fer, pour le passage du matériel des grandes Compagnies, soit autorisé au-dessus de la Seine, entre la halle aux vins et le pont d'iéna. Mais la station de l'avenue Henri-Martin ne prendra toute l'Importance qu'on peut en attendre que si on réalise, ce qui est probable, la jonction des gares desservant à Paris les grands réseaux, notamment celle de la gare des Invalides (réseau de l'Ouest) avec la gare du quai d'Orsay (réseau d'Orléans).

Le déclassement des fronts ouest et nord de l'enceinte fortifiée de PariAf entraînant la suppression de cette enceinte entre la Seine et la porte de

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