‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 47 sur 218 · LA VIEILLE ÉGLISE D'AUTEUIL · texte numérisé non relu

LA VIEILLE ÉGLISE D'AUTEUIL

Aajoord'hai encore, dans quelques villages égirés de Bretagne, à la célébration des mariages chrétiens, les étrangers sont tout étonnés d*aperce- Toir, dans Téclat brillant des toilettes rustiques et dans Tappareil joyeux des noces les plus modestes, au milieu même du chœur de 1 église, un catafalque qui est là pour rappeler à tout le hameau là mémoire de ceux qui ont disparu ; de même ce matin, en écoutant la vieille cloche de Téglise de Notre-Dame d'Âutenil qui célébrait la consécration définitive du temple nouveau qui doit remplacer Tancien (1), ma pensée s'abandonnait au souvenir des sept ou huit siècles pendant lesquels l'antique clocher abrita nos aïeux.

Âuteuil, dont Fétymologie est due au collège des Druides (2) qui, suivant la tradition, s'étaient établis dans cette partie de la forêt de Rouvrav, fut érigé en paroisse, en 1492, oar Maurice de Sully (3), premier fondateur de la métropole de Notre-Dame de Paris.

Le chapitre de la collégiale de Saint-Germain- FAuxerrois exerçait sa juridiction ecclésiastique prest^e jusqu'à Saint-Cloud; ce fut donc lui qui constitua la nouvelle paroisse. Celle-ci était fort étendue puisqu'elle tenait sous sa domination spirituelle tout le nays compris entre la Seine au sud et à l'ouest, les limites de la forêt de Rouvray au nord et la paroisse de Chaillot (4) à l'est. C'est ainsi que l'abbaye de Longchamp, qui sera fondée un siècle plus tard, dépendra d 'Auteuil.

Le curé primitif était le chapitre de Saint* Germain-l'Auxerrois, qui désignait et déléguait pour remplir les fonctions curiales un vicaire perpétuel. Aussi, la collégiale exigeait-elle, en retour, comme marque de vassalité, une dlme de vin qui lui était payée par les habitants d'Auteuil.

Cet état de choses dura jusqu'en 1745 ; à cette date, sous l'épiscopat de Mgr de Vintimille, le chapitre de Saint-Germain-rAuxerrois fut réuni à celui de l'église métropolitaine. Dès lors la

(i)N'esl-ce pas le coh de répclor rinscripUon jiO^véc sur l'une des pierres du collège de Nnvarre :

Sixle^ domus^ donec flaclax formica marinas Ebibat el lotum lesludo perambulat orbem !

(Reste debout, ronison, tant que la fourrai n'aura peshu les flots de la mer, tant que la tortue n'aura pas Tait le tour du monde !)

(a) Altare. Aliariam^ AUoiiam, Aullheail, Tne autre êlymoloffie voudrait faire venir Auteuil d'Altuê loctt» (lieu liaut) mais je la crois contredite par notre position topojBrraphique. Elle ne détruirait même pas la première interprétation, Tidéc exprimée par Altu9 s'appliquani aussi bien à ce qui est sacre qu'à ce qui est élevé : AUua^ Allar, Les autels dans le principe étaient toujours sur les lieux élevés , on en verra l'application plus loin pour Auteuil même.

(3) Maurice de Sully, évoque de Paris, de 1160 à 1196. L'évéché de Paris resta sufTraKant de l'évêclic mctropolilain de Sons jiis(|u'au 22 octobre 1622, époque où Paris devint le siè^c d'un archevêché. Ce ne fut d'ailleurs qu'au viii* siècle que les évêchés métropolitains devinrent archevêchés.

(4) Nigoon, à celle époque*

nomination du curé d'Auteuil appartint à l'archevêque de Paris.

Pendant ce temps-là, les Génovéfains, concessionnaires par échange des droits des moines de l'abbaye du Bec, en Normandie, devenaient seigneurs séculiers du territoire d'Auteuil. Ils n'y possédaient, au point de vue religieux qu'un simple prieuré; mais ils étaient et ils restèrent jusqu'à la Révolution les maîtres du pays, y exerçant sans conteste les droits de haute, de moyenne et de basse justice. A ce titre, en i247, ils affranchirent les serfs, et cette manumission fut confirmée par saint Louis, sous la condition que les affranchis défendraient les droits et les biens de l'abbaye quand ils seraient menacés (1). C'est ainsi quils se chargèrent d'élever quelques-uns des enfants d'Auteuil; ainsi qu'ils prirent leur part des calamités publiques en donnant volontairement, en 1272, cent livres jiour les frais de la faem de Philippe le Hardi contre le comte de Foix (2).'

L'histoire de cette première période de la paroisse d'Auteuil est l'histoire de tout le moyen âge. Le curé est, pour ainsi dire, le mandataire de ses fidèles; c'est lui qui achète, vend, échange au nom de la communauté et l'on retrouve le nom du curé Simon, qui vivait vers i250, dans de nombreux actes, aujourd'hui déposés aux archives nationales.

Bientôt, ce sont les guerres continuelles, l'invasion des grandes compagnies et la Jacquerie ; Auteuil, par sa proximité de Paris, a le triste honneur d'attirer sur lui les premiers coups (3).

En i358, Charles le Mauvais, roi de Navarre, dans sa lutte contre le Dauphin (plus tard Charles V), incendie notre village et tue une partie de ses habitants (4).

(1) Les serfs d'Auteuil furent, ici, particulièrement heureux ; car, suivant un usa^e presque constant, les serfs devaient verser une certaine somme pour prix de leur liberlé (V. de Ménor>'al, H'tsloire de Pari», I, 275). L'historien de l'abbaye de Saint- Denis, Dom Félibien, gui n'est pos sùs-

ftecU dit (L i43) : • Jamais un seigneur ne donnait a liberlé à ces jt^ens-là ni ne leur faisait la moindre ^ràce sans la faire bien acheter ; et les exenit)lt>s de ceux qui l'ontfait par motif déchanté sont >ien rares. »

(2) En i3i3, il y eut « ayde >, payée par les Parisiens, pour la « Chevalerie ■ du llls atné de Philippe le Bel, celui qui, un an plus tard, fut le roi LouisX le Hutin. La paroisse de Saint-JacqueslaBoucherie donna, à cette occasion, 2.7^0 livres (c'est le maximum) ; puis venaient Sainl-dermainl'Auxerrois avec 2.!»! livres et Salnl-Euslache avec i.5uo. Une quinzaine de paroisses dépassèrent le chiffre de 100 livres : seize n'alteig^nirfiil

Cas cette somme. Aulouil, d'après ce critérium et ien que dans la banlieue, aurait donc été à celle époque une paroisse d'importance moyenne, marciiant à côté de Saint-Benoit, de SaintGermainle-Viel et de Saint-Josse ; dépassant les Saints- Innocents, qui n'arrivaient qu à H:i livre«.

(3) En i3/;6, lorsque Edouard HI d'Angleterre vint établir son quartier ^énérol à Poissy; les habitants des environs se réfugièrent à I*aris. Du haut des tours de Notre Dame, on distinguait pendant la nuit la pince des bour^^s et des châteaux aux tourbillons de flanmics qui svn élevaient : Saint-C'iond. Boiilo«{iie. Vauj^irard (V. (U» Ménorval, Histoire de Paris^ I, '36-a). — Auteuil fut. (les celle première attaque, incendié.

(4) Les relijîienses (le Longchamp furent, en cette année i358, tellement menacées et maltraitées qu'elles durent rentrer dans Paris, abandonnant leur couvent au pillage et a 1 incendie.

ueâTouii: dc

;*r ABRO>DI.-4EME?IT

Pm. *frâ le UMe de trrâ^f. ^aami b (■wn ht ni^MC, le captLuMe u^bÉ» ftokert hiMibs TÎU rmt^ et Mettre .Utnd à I» et 1 saf . < pMfct les iMi et ««fiM les ««Ir» >.

^ B^e le«fa qae les Aillais, le* Iiii[mh et ka brigïAds nMafeûeal le psii. Les baktaais ibaaéoMèreBt b urre et wm (ammt «rwlle ^ bieatAt le coable la ailhe^ de sas jiètie». Aprâ In Twtoirts de da taoclni. U nltvc et In i^mhemtats mammemcrrtat ; mm les heigiBdi étùeat étiUk dans la l^rit fom jb m de- éUh de UM Lmô XI, et d (■ r^- cm de :

aifié ^ h dMtfTt MWit i

d à b BnTwMe ; il «

aMi rt fe iav d> b Dêdi

nlta pour Aiieail i son lerrîlmre.

Boait^m (I) fat d«tacb« de l'^gloi paroi») 1 le (â).

iiH<|a'i ta KérolDlioD. nn double usage sobsuta dans les relations des deux communes, comme poar affirmer l'aDdeiioe prédomioance de la pamiue-tnrrt. Toas les mardis de llqars. le curé d'Aoleuil. ancito (nëlropoIJUio. allait célébrer la messe à Boulogne ; il j tronTut vingt éms sur l'antel. De leur c'iié, nos Toisins venaietit eniendre i Aoieuil b messe de minuit, et on leur préparait sur la place nue feoillette de TÎn el cent boites de paille pour éclaira' leur retour.

Eo iSli, Pasxy fol, à son loor, séparé d'Aoteail.

Depois le mois de décembre 4666, il y arait du cAié de la Moctle une chapelle ; mais le décret

Les babitaols de I*assy.

montrés jakiox de leur ai pas nos marmorer celte intérionté. Ih Great si bien. Nme Chaha à leur IHt, qa'ils obtiutat à la fin lear érection eo paroissa détincle. Le chapitre de Saint-Gcnain-rABxemis et le rare d' AulFoil avaient résisté le pins loo{temps possible; ils dorent céder à la fin elle t8maitO>2, Mgr de Uariay de ChampTalloa, arcbeTèiiae de Paris, prutoofa la séparation.

Il arait fallu désinléresief Anlenil;la traasactioo fut passée deranl M* tirêsoire, aotaii« nijil, le i:H mai 167 J. Le corê d'Antenil conserrait, du reste, le droit eiclasif.qnll eiMtaJnsqa'l la RérololioD. de rclèbrer. chaque année, t P»ss\. l'office de l'Annonciation, fêle palrooale de la DOOTetle paroisse.

I la iiii'Iuirïe Ac Meni--uti'i ,.i« É Je DiMiloKne i>'np|H:lnîl Pivrr

La Tieilleègtiscd'Anleuil, le monument le plus ancien de tous les enriroQS da bois de Boulogne, s'élevait i l'c\tréniité de la rue do rilUge, près de la Seine, l'ne estampe ooos la montre, an milieu des tombes, pbntee, devant sa fa(*de, de quelques oo^ers qoe des enfants do p»yv sont en train de gauler. l)e nos joan, on t arriTail par nne place qne deni rangées de fani acacias om-

^^NEXES 23()

brageiicnt no peu. Dans l'axe dn porche, l« mo- Un portail du xi[' siècl« (4) anit éU cacbé

PORTE DENTME Ech«1[(d*llo:51.pMïlrc

nnnent da chancelier d'Agnesseao rappelait seul le cimeiière d'autrefois (1).

A droite de l'église et faisant pour ainsi dire eorpstTec etie te dressait Ispresbytèreeti gauche l'andenne mtirie (2).

Sur nu fond de rerdure se détachait le chxber roman, i couronne pyramidale, qui était l'oi^pieil de notre vieille ^liae (3).

Il) Ce uionument, dont le plan nvait «lé approuvii par le roi, ïpii donna le marbre (V. Du'

re»Us de Mme d'A|(<i>'»9oau (qiii mourut A Aiileiiil en ip& et uul demnndu A y Aire inhumée), etceux du chancelier, mort le g février 1751. rlemnndnnt lui auKsi A reposer donii noire clmElitre. La ojramide fut ërfK^ en 17^. En lynS, rcs tombes

ouverts. Les ossements, relrouvrs par les soliia du maire Bonolt. furent reml» dons un cercueil de bai» sous k monument que k Kourerncmenl consulaire lit rt'parer en l'an IX. l^s dciu Insrriplions de iia3y furent rêtablleH. On y ajouta celleci qui a bien le cachet de son époque : La nature

NK rArt IIUR PR^IH LEH ORAMIM UnHHES A LA TKHBK :

pellatlon de rue < aujourd'hui par u âTégliae. Le chen

■ iléiaf,.

tnmpê (l'EIynef Campi); sinHi, dons plusieurs villes, le Champ de repos ou mt>me simplement le Champ; ■Insl. ABouloKue-sur-ijeine, la place de l'èKlIse s'appelint. Il y u un siècle, ptscc du l'archnmp ou

(1) En 1877, l'ancien presbytËrc était devenu la innjw>n dri iianureu où étaient io^és K^alultemunt quelques indigents ; et la mairie, Ironsférve rue Boileau jusqucn iHBo. avait été trsnsfuriiiée en

Compiers. Mai», en iBoo. la plare i grande place d'un véritable vll-

cloche-

. Talr de ta grande plac

13) Lors de la démolition, en 1K77, li ' — s, le baptistère et la slat-* •■- '- -.lt dans la ta^de. Furent .

propriété Chardon- Lagache.

Hi Le clocher était un p.-u pi"

doute n celle époque it qui suivit l'an mille et <

Raoul Glaber

2^0 HISTOIBE DU XVl' ARRONDtSSEMEMT

porche d'abord pen élevA, ainsi qu'on pont En 1565, la grosse cloche ftait montée dans

l'esUmpe de 4675, puis par un nrï- le clocher. Elle portait cette inacripiion (4) :

table biliment qui le masqnait en enlevant ï la < L'as 4565.nonsiusmes faicte par lonales

façade tonte espèce de caractère. tants d'Anteail et fus nommée Marie, alors m

An iv° siècle, i droite de l'entrée, on constmi- {pilliers Pierre Attra; (9) et Estienne de '

sit nne cbapelle seigneuriale qui était, de nos hers. *

jours, dédiée i la Vierge. ]l y aTail là un beau Au xvit* siècle, l'église fut agrandie ; on plafa

litrail d« Beaniais qui représentait une Annon- dans le cbœarqaelques stalles eu bois sculpté d'un ciatùm, tandis qu't la clé de la voûte étaient

ilplées des armùries qu'entonr '

irlande gothique taillée i jour.

sculptées des armùries qu'entonrait une gracieuse ,,„ . ., , , , .

lirlande gothique taillée à jour. k-I'I^p".™,!!^,;?',',,* ",n;:;m,''Z!n*';il'vi" îf '

Je coupent un rriicilli. uiio vicrtie et villu de l'aris.Çtlluclucliu n été rlescendi

icce dnna le clocher Je léglise nouvelle

, -.- obre i8«',.

iDliquité pour revêtir une blanche robe d'û(;li- [i] El non Athar, comnie disent cerUilns diKU-

fcHt -. • On eM dit que le monde enlicr, d'un cl placée dnna le clocher do li-glise nouvelle le accord, evait secoué les haillons de son -' — ■■■'-— -i"'

joli trivail. Les GéDOTé^ios coiivrireiit les mon

de lableaai dool quelçines-nDs, qai nppelaientla rie de saint Je an -Baptiste, étaient dus aa pioceau de ces moines artistes ;pea à peu l'église se meubla et s'embellît; deuicbapelles furent construites, l'une dédiée ï saint Jean-ltaptiste et l'antre à sainte GeueTière. Cette dernière avait été fondée en <656 par Nicolas FitloD, bour|eoi9 de Paris, arec adjoactioa d'un chapelain attitré tenant école pour les garçons d'Auteuil et de Passv qui, chaque soir, après ta classe, allaient cbanler i l'église le salut de ta Sainte Vie^^e.

Pais, ce fut ta création d'une maîtrise dirigée

lEB 2^1

■ consacré Tingt lignes de latin à la mémoire dn

docteur de la Faculté de Montpellier, an mèdecia ordinaire do régent, etc., etc. Il lui aurait suffi de dire que Gendron était l'ami des pauvres, qu'il tes soignait eraluitement et que, sonrent même, il les aidait de sa bourse ; c'est Hl une tradition généreuse qui s'est conservée, presque sans interruption, chez quelques-uns des médecins d'Auteuil. Dans ce siècle, on bas-relief en marbre blanc fut mis i l'entrée de la nef pour rappeler la perle

{rèmaiurée et irréparable de Mme Rousseaaemaoi, bienfaitrice des pauvres. Ce monument, le seul qui ait été replacé dans ta nouTell* église.

par un prêtre auxiliaire qui touchait 300 livres

Gr an ; c'était la générosité on peu forcée i loclle on avait taxé Uaude Chahu et sa femme, Christine de Heurtes, les deux fondateurs de la paroisse de Passy.

Auleuil comptait alors environ cinq cents ' Hais les siècles marchent et la mort fait se Tre. Les murs et le sol de l'église en témoignent. Dans le chœur, voici la tombe du comte de Sa' serai, maître de camp de cavalerie, ci-devant gi dien des gendarmes, écossais, etc., décède le 3U août 166t ; dans ta nef, c'est la pierre d'Antoine-Nicolas de Nicolai, premier président de la Chambre des comptes de Paris, mort 6 Auleuil le 13 juin 1731 ; cette longue épitaphe est celle de Claude Dtshais-Gendron, l'acquéreur de la maison de Itoileau, l'hdle de Voltaire quand celui-ci vieadra en pèlerinage ï la demeure du grand critique. Lebeau, secrétaire de l'Académie des inscriptions.

est relégué, loin des regards et de ta lumière, dans une dépendance de la crypte, en face d'une œuvre admirable du grand Carpeaux, la Mater Datorosa (1).

Le IBnovembre 1793, lecuré, M.LeVachalde, fut insulté et outragé en conduisant on enterrement. Le lendemain, l'église fut profanée et pillée ; les tableaux, les ornements, les statues et les livres, qui composaient la bibliolhèque des OéDOvéfains, furent Lrùlés sur la place même. De 17^3 1 17U5, le temple catholique devint un club, puis

rliitccliire du monument de Mme RoualUi n'a pas permis île pincer ce Ikniu is JÏ'IElisn nouvelle ellu-nitme, il im

tl'Aiileiill, qui e'iDtOTea.-<c avec tant de

HISTOIRE DU XVl® ARRONDISSEMENT

ube fabrique de salpêtre et enfin un grenier à fourrage.

Quant aux travaux entrepris depuis le commencement de ce siècle, ils n*ont eu qu*un caractère d*utilité pratique et ils ont été tellement éphémères qu*il est inutile d*en parler.

fje i"' juillet 4877, la première pierre de la nouvelle église était posée (1).

On trouva dans les fouilles, jusque sous les fondations de Tancien clocher, des squelettes superposés qui prouvaient qu'avant le xi" siècle il y avait eu déjà un cimetière et par conséquent une chapelle en cet endroit.

Notre illustre confrère, M. Vaudremer, qui a construit la nouvelle église, me disait ce matin qu'il avait songé à conserver hors œuvre notre vieux clocher. Des différences de niveau et le mauvais état des constructions Tobligèrent à renoncer à ce projet ; mais il voulut, du moins, en garder comme un souvenir, et c'est ainsi que la nouvelle flèche, dans quelques-uns des détails de sa partie inférieure, rappelle notre vieille tour d'autrefois.

Au XVII* siècle, le voisin le plus rapproché de l'église, c'est Molière. Son passage à Auteuil est resté légendaire parmi nous.

Quand il mourut, le 17 février 4673, à dix heures du soir, le curé de Saint- Eustache, sa paroisse de Paris, refusa à ses restes mortels la sépulture ecclésiastique. Le 20 février, la veuve du grand comique adressait une requête inutile à l'archevêque de Paris. C'est alors qu'accompagnée du curé d'Auteuil, M. Loyseau, qui comptait peut-être sur son titre d'aumênier du roi, elle courut à Versailles se jeter aux pieds de Louis XIV. Malheureusement, le bon curé saisit l'occasion pour se justiâer lui-même du soupçon de jansénisme. Le roi le 6t taire, puis il congédia brusquement les deux solliciteurs ; il écrivit toutefois à l'archevêqae, Mgr deUarlay de Champvallon, pour le prier de trouver un moyen terme. On se décida à accorder aux restes de Molière un pea de terre, mais le corps ne put passer par l'église. Le 24 février, au soir, le cercueil, accompagné de deux ecclésiastiques, fut porto au cimetière Saint- Joseph, rue Montmartre, où deux cents personnes le suivirent, chacun tenant à la main un flambeau. 11 n'y eut aucun chant.

(i) Il vient (le paraître une peiile notice fort inlércssanlt; sur lu nouvelle éj^lise d'Aulcull, sur la marche des travaux, leur prix, les particularil«*s de la coiislruclion, etc. Bien que cflUî brochure ne porte pas de nom d'auleur, on peut, je crois, l'allribuer à notre distingué conrrcrc, M. Barthélémy Rnynaud. C'est ainsi que; celle solennité du ào octobre 189a aura inspiré deux études difTérenles sur l'église d'Auteuil. La Consécration d'une église est une cérémonie mystique, fort rare de nos jours, qui rappelle les fêles aui avaient lieu aux premiers temps de l'Eglise, ans les catacombes de la Rome ancienne, où l'on cons «crail pour le sacrillce de la messe les tombeaux des Martyrs. — A j)ropos de la nouvelle église d'Auteuil, je signiilerai une modification que l'on y a fait subir pour la première fois, jr croi'*, aux ormes de In ville de Paris, en remplfi«;ant les fleurs de lys par des èloilrs.

Le jour même, un attroupement, animé d'intentions hoitiles, s'était formé sous les fenêtres de Molière et, pour le dissiper, il fallut jeter à la foule des pièces de monnaie.

Boileau, dans son épitre à Racine, a rendu immortelle l'intervention du curé d'Auteuil :

Avant qu'un peu de terre obtenue par orière Pour jamais sous la tombe eAl enfermé Molière...

Le curé Loyseau, tout janséniste qu'il pouvait être, n'en était pas moins adoré de la population et lorsque, en 4698, la Champmesié, qui était venue prendre l'air à Auteuil, dans la maison d'un maître à danser, s'y trouva subitement et gravement malade, ce fut encore lui, bien vieux, qui l'assista à ses derniers moments. Longtemps, elle avait refusé sa visite; enfin, elle renonça à la comédie et se montra très repentante de sa vie passée. Tous ces détails, Boileau les tenait du curé d'Auteuil et il les transmettait k Racine qui, tout entier alors aux doctrines de Port-Royal, ne s'en montrait pas autrement touché, ni aOecté.

Un autre voisin de l'église, le chancelier d'Aguesseau, se signalait à peu près à la même époque par son attitude dans la lutte religieuse qui menaçait de diviser la France. En 1713, ce fut d'Auteuil qu'il partit pour aller s'opposer, à Versailles, à l'enregistrement de la bulle UnigenUus. Mme d'Agueàseau lui avait dit: Mon ami, allez: oubliez devant le roi femme et enfants; perdez tout, hors l'honneur. » Et comme, en arrivant à la cour, le nonce Quiriui lui disait: € C'est ainsi qu'on forge des armes contre Rome. — Non, Monsieur, répondait d'Aguesseau ; ce ne sont pas des armes, mais des boucliers. »

C'était l'époque aussi où le P. Bourdaloue venait souvent à Auteuil, chez Boileau, avec lequel, malgré une vieille amitié, il était souvent en désaccord (l).

Dans la seconde moitié du siècle dernier, l'église d'Auteuil se ressentit de Tinfluence irréligieuse des temps. Sans parler de Louis XV, qui, enfant, avait assisté plusieurs fuis aux oflBces de la paroisse et qui, presque vieillard, y était revenu passer une partie de l'été de 1 764 , un souvenir plus profane encore se rattache aux mors de la vieille église : le poète Colardeau, hôte habituel des demoiselles de Verrières, a raconté quelles étaient ses distractions quand il les accompagnait à l'office:

Je sais très à proj^os porter une bougie. Présenter une main ou bien donner un bras; J'accompagne à la messe et j'y rime tout bas Du i^aint du jour le roman ou la vie.

Ces vers, faits à rêglise, existent encore et se

(i) Auteuil parait avoir été un centre janséniste : Boileau, Hacine, Loyseau, d'Aguesseau. les Génovofains. Mais il râcbèle son jansénisme par labri quil a offert à loulrs nos gloires lilléraires. Puisuue nous parlons d'églises, qu'il me soit permis de rappeler qu'à l'entrée delà crvpte de Sainl- Sernin, iie Toulouse, où reposent de nombreux marlyrs, on peut lyre :

Snllnst in loto orbe, sanriior hic locus.

En cbangeant un seul mot on aurait la devise d'Auteuil ;

y allas in lolo orbe lillernrior hic locux.

troaveot anjourd*hoi dans la collection d*an lettré délicat (i); ils sont impossibles à reproduire à cause de leur impiété et de leur crudité.

Il y avait encore autour de Téglise et tout près les maisons de Legendre, de Destutt de Tracy et, de nos jours, celle du peintre François Gérard. Thomas et Ducis demeurèrent dans Tancien presbytère, qui touchait à Téglise et <}ui, vendu en 1793 comme bien national, fut habité depuis par le colonel Cou telle qui, le premier, en 1794, s*éleva dans un aérostat militaire aux plaines de Fleurus.

La nouvelle maison curiale, rétablie en 1876, fut construite sur l'emplacement ancien des parcs de MM. de Praslin, Destutt de Tracy et Legendre.

Qnant à Tantiqne château sei^eurial (2), il servait aux abbés de Sainte-Geneviève de maison de plaisance et recevait tous les mercredis la visite des novices qni y venaient en promenade.

Les vignes d*Auteuil, qui avaient alors une réputation eurofiéenne, appartenaient pour moitié à la paroisse et pour moitié aux Génovéfains.

Le vin de la paroisse était attribué aux chanoines de Notre-Dame de Paris, qni en gratifiaient leur église afin au*il fût fait, le jour de leur anniversaire, après leur mort, un repas à quatre services. Celui des Génovéfains était vendu à des évèques, et, parfois, transporté jusqu'en Danemark.

La fête paroissiale, qui avait lieu le 15 août et les dimanches suivants, se tenait sur la place de réglise et k rentrée du bois de Boulogne. C'est dans cette dernière partie seulement <|u*on dansait puisqa'autour de l'église s'élevait le cimetière.

J'en aurai fini avec ces usages particuliers quand j'aurai dit que quelques habitants étaient tenus de fournir chaque année une certaine quantité de

{vaille pour mettre sons les pieds des femmes, à 'église, à la messe de minuit (1).

Quelques coutumes bizarres ont longtemps subsisté dans l'ancienne paroisse d'Autenil. L'est là que fut conservé le plus longtemps l'usage de prendre, sous forme de droit, le chaperon du marié et le voile de l'épouse.

Tous les ans, le premier vendredi de mai, on faisait sur le territoire de la commune une procession pour les biens de la terre, qu'il ne faut pas confondre avec la procession des Rogations et qui s'appelait procession des petites bêtes, parce çiu'cile avait pour but d'obtenir la destruction des insectes nuisibles à la culture. On se rendait ainsi jusqu'à la chapelle Sainte-Madeleine, qui remontait au xiii* siècle (3), etjusqu'à lacroixde fer, qui se dressait à mi-cdte, à' peu près au croisement actuel des rues Mozart et Hibéra; cette dernière voie s'appelait, il y a encore trente ans, rue de la Croix, et c'est là, d*après une tradition ancienne, que les Druides avaient placé leurs pierres consacrées (4).

fi) M. Gaston Maugras.

(a) II s'élevait là où est aujourd'hui la maison de retraite Chardon -Laffache.

(3) Le nécruloge de l'abbaye de Sainte-Geneviève, au second jour des Ides de Décembre, dit: « Obiit Amelina fnmUiaris noslra^ qute dédit nobis oclo libroH de qutbus consirucla est Capella Altotio. 9

Huit livres! moins de 200 francs. La chapelle devait être bien petite !

Il y avait aussi dans la rue des Garennes (aujourd'hui rue Boileau) une ruelle des Processions, dont le nom semble indiquer que le cortège sacré passait par là.

(4) M. de Ménorval. notre savant confrère, dans le lome I de son Histoire de Paris, p. 16, conslate qu'à l'époque gauloise nos ancêtres pla<;aienl fréquemment auprès des collèges druidiques des pâturantes pour les chevaux. Il cilo. comme exemple, les prairies de Vaugirard. de Grenelle et de Vauvert (depuis, le Pré-aux-Clercs). Or, nous trouvons dans les anciennes cartes d'Autcuil que le bas de la rue Ribéra, vers le 70 actuel de la rue La Fontaine, est toujours indiqué comme lieu dit : le pré aux chevaux, ce qui tendrait à prouver qu'Autcuil était bien habite par les Gaulois cent ans environ avant notre ère et que le collè«fe dus Druides qui avait fait de la fort't de Rouvray un sanctuaire et un lieu de pèlerinage (V. Ménorval. I, p. 16 et note) devait avoir à Auteuil des pierres consacrées.

L'histoire n*a enregistré ^ue quelques-uns des noms des prêtres qui ont dirigé la paroisse d'Autenil avant la Révolution. En dehors des curés Simon, Loyseau et Le Vachalde dont j'ai parlé, je n*ai retrouvé, parmi les inscriptions 'de Tancien cimetière, que ces noms :

Pierre Carbonnier, curé mort en 1725 ;

Jacques Piqu;:t, curé, mort en 176i;

Jacques Férey, vicaire, mort en 1736 ;

Julien Cabart de Danneville, vicaire, mort en 1775.

Après 1789, pendant quelque temps, la paroisse d'Autenil eut à sa tète, comme curé constitutionnel, l'abbé Lefèvre-Laroche, le commensal de Mme Helvéttus. L'abbé Laroche, connu sous ce seul nom dans tous les mémoires du xviii* siècle, se faisait appeler, lorsc^n'il était notre pasteur, l'abbé Lefebvre. 11 rendit, pendant la Révolution, do grands services. Ce fut lui qui, le 13 juillet 1789, présida à la distribution des poudres saisies an port Saint-Nicolas et qui, les 5 et 6 octobre, courut le risque d'être massacré en voulant empêcher la populace de brûler les papiers de l'Hôtel de Ville de Paris. En 1791, puis en 1799, il fit partie de l'administration du département de Paris; appelé, après le 18 brumaire, au corps législatif, il en sortit en 1803. C'est lui qui, en 1800, rendit les derniers devoirs à Mme Helvétius.

Parmi ses successeurs, je trouve M. Lacrole, qui enterra Cabanis (2),etqui mourut après trente ans d'exercice, victime de son dévouement à ses paroissiens pendant la cruelle épidémie de 1832 ; et M. l'abbé Legonidec (18451858), dont les travaux sont restés chers à tous ceux qui se sont occupés des lettres bretonnes.

Enfin, je ne saurais non plus oublier aujourd'hui le souvenir de MgrLamazou qui, de 1874 à 1881; a dirigé la paroisse et qui peut être regardé comme le véritable fondateur du nouveau temple.

(1) V. un manuscrit du xiii* siècle, sur Auteuil, h la bibliothèque Sainte-Geneviève. .

(2) Cabanis était mort en Seine-et-Oise ; il fut ramené à Auteuil, où il y eut une pi"emière cérémonie avant celle du Panthéon.

L'Eglise catholique a la pieuse cootame d'unir toas les jours le culte des morts à la prière des Tirants ; j'ai pensé qu'en lui empruntant cet usage, il pouvait être intéressant. Messieurs, d'évoquer devant vous, pendant ({uelques instants, le souvenir de cette vieille église qui, à son jour, a vu s'incliner sous ses voûtes des orateurs illustres comme Bourdaloue, des magistrats courageux comme d'Aguesseau et des poètes immortels comme Boileau, Racine et Molière.

Auteuil, le 20 octobre 189:2.

Antoine Guillois.

Page 1