LES ABBÉS DE SAINTE-GENEVIÈVE
SEIGNEURS d'AUTEUIL
En donnant, dans le numéro du 30 juin 4893, des listes chronologiques de dignitaires civils et ecclésiastiques d'Auteuil, Passy et Chaillot, nous n'avions pas cru devoir parler des seigneurs d'Auteuil, qui depuis 4462 ne furent autres que les abbés de Samte-Geneviève, pensant que la liste complète et chronologique de ces abbés devait être facile à trouver pour qui désirerait la connaître.
(^pendant, Jacques du Breul, dans son livre du Théâtre des antiquités de Paris, tout en s'étendant longuement sur l'histoire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, ne donne pas, comme on disait alors, le Catalogue de ses abbés. L'abbé Lebœuf, dans son Histoire de la ville et du diocèse de Paris^ se contente d'indiquer, comme sources à explorer, quelques manuscrits de la bibliothèque Sainte Geneviève et la Gallia christiana. Nous avons donc pensé qu'il serait intéressant, sinon très utile, d'établir, d'une façon simple et claire, cette liste des 63 seigneurs d'Auteuu , et pour cela nous avons compulsé les ouvraees mentionnés par l'abbé Lebœuf et surtout la Gallia christiana, plus la France pontificale de Fisquet, qui rectifie et complète la Gallia christiana.
Voici le résumé de nos recherches, précédé de craelques détails sur la seigneurie et les seigneurs a'Auteuil.
En vertu d*un échange qui fut fait, en 4440, entre les chanoines sécuuers de Sainte-Geneviève et les religieux de l'abbaye du Bec-Hellouin, près de Rouen, ces derniers cédèrent aux Génovéfains tout ce qu'ils possédaient à Auteuil et à Paris, et reçurent d'eux, en échange, des domaines près de Vernon, entre autres le bourg de GamiUy. Quand les chanoines réguliers de l'ordre de Saint- Augustin, s'établirent à Sainte-Geneviève en 4 448, un des chanoines séculiers, Simon de Saint-Denis, jouisisait en prébende de la terre d'Auteuil ; en 4462, sur le point de mourir, il en fit don aux chanoines réguliers, leur cédant tous ses biens et particulièrement un grand pré situé à Auteuil, sur le versant de la ci)te qui descend à la Seine*
C'est là que fut installée l'habitation seigneuriale. Le territoire de la seigneurie d'Auteuil s accrut en peu de temps ; il comprenait au commencement du xviu^ siècle, en dehors de son enclos, du côté de Saint-Cloud, 22 arpents de vigne pour la fa<:on desquels les habitants d'Auteuil devaient des corvées. L'abbave possédait alors des hommes de corps, des serfs attachés à son domaine, qui se rachetèrent et furent mis en liberté sous le règne de Saint-Louis, en 4247.
Depuis 4468, l'abbaye de Sainte-Geneviève eut la singulière prérogative de ne relever que du saint-Siège; mais l'abbé était tenu néanmoins, lors de sa nomination, de prêter serment au roi, pour le temporel. En 4227, il fut autorisé par le pape, lui et ses successeurs, à porter les habits pontificaux, la mitre, la crosse et le grand anneau pastoral ; il avait le droit de lancer des monitoires comme les évéqnes ; et dans les processions de la châsse de Sainte-Geneviève, pour obtenir beau temps ou pluie, ou la fin de quelque calamité, il avait la droite sur l'évèque de Paris et sur son chapitre et bénissait le peuple comme le prélat. Il était également autorisé par le saint-siège à connaître et juger toutes les causes, tant ecclésiastiques que civiles, et constituait alors un ecclésiastique pour son vice-gérant. Les actes, citations, enquêtes, procès, sentences, étaient rédigés par un greffier également nommé par l'abbé, et, s'il y avait contestation, on pouvait en appeler trois fois devant des juges ecclésiastiques choisis par ledit abbé (4). Faute d'entente, 1 affaire allait, eu dernier ressort, en cour de Rome.
Sur ses terres et seigneuries, qui devinrent considérables, l'abbé avait droit de censive et de haute, moyenne et basse justice. Une des peines
Principales qu'il pouvait proponcer était celle de Echelle, On attachait le condamné sur une échelle, de manière à faire passer ses pieds et ses mains dans un ais percé de trous. Il y avait aussi ï Enfouissement : le coupable restait exposé, la moitié du corps en terre, pendant un temps déterminé. Nous voyons même dans un manuscrit, conservé à la bibliothèaue Sainte-Geneviève, qu'en 4295 Guérin des Andelys fit enterrer vive la larronnesse Marie de Romainville sous les fourches patibulaires d'Auteuil (2) et qu'en 4302, Jean de Hoissi fit subir la même peine à Amelotte de Christeuil pour avoir volé une cotte et quelques bijoux. Ces peines barbares.infligées surtout au moyen Age, le furent encore quelquefois à Tépoque de la Renaissance ; mais, depuis lors , les abbés de Sainte- Geneviève n'usèrent de leur pouvoir qu'avec la plus grande modération (3).
La maison seigneuriale d'Auteuil, séjour privilégié des abbés de Sainte-Geneviève, était située près du côté méridional de l'ancienne église, sur
(i) Les Ronshommes de Pnssy devaient foîrc jii^er leiirM c«iises par la Chambre apostolique de Sainte-Geneviève.
(a) Les fourches patibuloires d'Auteuil étaient situées sur la route de Versailles, probablement uu rond-point de la barrière actuelle.
(3) Il y avait d'autres coutumes et redevances assez bizarres que noire collègue, M. Antoine Guillois , a nientiounées dans son intéressant arMcle, qui précède, sur la vieille église d'Auteuil.
l'empItMineDl acta«I de h rne Wilhem et de l'éublissement Cburdoo-La^ache. Elle fnt agrandie succeasiTemeot par Philippe Cousin i la fin du XV* siècle, par Guillaume Le Duc au commencement du ivi°, et au ivi[* par le cardinal de La Roehefoncauld. Les terrains qui, à l'est, allaient h peu près jusqu'à la Seine, s'étendirent, i l'onest, jnsqu't la rae Boileiu. Lors de la suppression des maisons religieuses sous la RéTolution, les propriétés des GénoTéfains h kateoil, déclarées biens nationaux, furent vendues 37.000 litres. La maison seigneuriale appartint.