‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 73 sur 218 · LA MARUFACTURE 01 TAPIS DE LA SAVONNERIE · texte numérisé non relu

LA MARUFACTURE 01 TAPIS DE LA SAVONNERIE

C'est sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la Manutention militaire, quai Debilly, que fut éUblieaucomuteneemeatdaivii' siècle, vers 1607, la célèbre manufacture de tapis appelée la Savon- Derie. Ce nom lui venait d'une fabrique de savon

personnel de la Savonnerie, qui fabriquait des tapis à l'imitation de mux de Perse et de Turquie, durent bénéficier de cette prérogative.

La Saronnerie était le but d'une des promenades favorites de Louis Xlfl enfant; on l'y conduisait soit en carrosse, soit en bateau.

Pierre Dupont fut le premier directeur de la manufacture de la Savonnerie. En1663,lerameui Colbert, le Mécène de son siècle, l'ami de tous les arts, organisa cette fabrique d'une façon toute particulière ; par la suite, elle fut négligée, mais, sur la fin de 1713. de PardaiUan, dnc d Anlin, en fit réparer les bâtiments et lui rendit tonte sa splendeur et toute son activité.

Pierre Dupont a écrit dans son livre de la SlromaUmrgie ou de l'Ejxeilfnce de la manufacture dei lanis diU de Turi/uie (1632) un récit complet de la fondation de cet éttbIissemenL

Nous De pouvons mieux faire que de laisser k celui-U même qui provoqua celle fondation le soin d'exposer, dans un langage pittoresque et animé, l'ori^oe et les premiers développements de la Savonnerie.

< S'étant adonné à rillumioure, feu madame de Chasieaunenf (que Dieu absolve), comme elle estolt dame très vertueuse et adonnée du tout à

la piété et dévotion, prit le dit Dupont t son service pour loy faire quelques paires d'heures dll-

fur aussi à la dite itmt, quelque temps tpris (comme ï la plus coneuse de Paris). qnelôuM escbaotilloDs de toutes sortes d'ouvrages de Turquie faicta d'or, d'ai^ent, de so;e et laine, lesquels comme chose non encore vené, elle présenta i la Royne mère qui les fît roir tout à l'heure an feu Ro; : lequel peu de jours après, allant voir les peinturea de sa gallerie et de sa sale des antiques que feu M. Bunel son peiolre faisait alors, et

1 XVl' ARHOMIISSEMENT

des logis de dessous sa gallerie avec un attelier 1 cosii pour ledit Dupont : pour estre comme une pépinière d'ouTrien de la dite manufacture, ce fut en l'an 1604. Auquel lien il a loajoars fait u demeure depuis le temps et y a initruit Dlusieon apprentils, suivant le commandement qu'il eu avoît reteu de Sa Majesté ainsi qn'il fait eacore i présent.

< Or le feu Ro; venant un jour voir ud em-

Dc Pardaillan, duc U'Antin.

(D'apr«!i iiiic repraductluii photographique [aile par l'auteur

entrant en la maison du dit Bunel. vit un tonds de chaise faict d'ouvrage de Turquie, que le dit Dupont y avoit laissé et se resouvenant de ce que feu HadamedeChasteauoeur en avait rapporté à la Royne commanda ii feu M. de Fourcy, intendant de ses bastimens et manufactures, de faire venir ledit Dupont en aa préseoce, ce qu'il St le lendemain en la gallerie haute.

< Venu donc ledit Dupont, il présenta 1 Sa Majesté un quarreau faict de soye et or, avec une chaire faicte de laine dudit ouvrage de Turquie <fue Sa Majesté eut très agréable et commanda sur 1 heure au dit sieur de Fourcy de faire bastir uo

meublement qui se laisoit alors pour son service qui e^loit d'or et de soye et qui est aujourd'hui dans l'hostei du Luxembourg, promisl, en la présence de beaucoup de Seigneurs, d'eslablir la dif maiiufaciure par toute la France, ainsi qu'il avut faict celle des tapisseries de Flandres, de l'or m Milau, des estones de draps d'or et de aoye «' d'autres, affin (comme il diaoit) d'emçeaeher 1* transport de l'or et de l'ar|;ent qui se fait hors da pays par le tratfic continuel des dites estolTes et par ainsi enrichir la pairie et faire travailler iK" intinité de fainéaDS et de fagabonds.

* Mais la mort Inneste de ce yrand IIIoiian{ae

ayant donné fin i ses braTes et généreux desscâns airesla par [tej nesme moveo ledit Dupont enses entreprises. TaQlefois, sçachani que les Rojs ne meurent point, il s'adressa au Roy i présent régnant en l'année 1t>96 venant veoir les ouvraeea (jni se faisoient pour Sa Majesté, et luy lit entendre quelle avoit esté la dèlibèralion du fea Roy pour l'establissement de ladite manufacture luy en proposant les moyens faciles par la mètode d'enseigner audit ait les enfaas qui demeuraient dans les hospiiaai et les tilles pareillement en plusieurs antres oarrages, ce que ledit Dupont prometloit et promet encore faire.

< Auquel Sa Majesté commanda d'en adresser la Requeste à son Conseil,' affin d'v estre mesmement ponrven. Ce ifu'ayant délibère faire ledit Dupont et jugeant qu'il ne pourroit exécuter luy seul une charge si onéreuse n'ayant encore aucun de ses enfants en aage compétent pour luy ayder : s'assodai an qui aToît esté son apprenly nommé Loordel arec lequel et conjoinctement il présenta la dite Requesle au Conseil.

c Et pour parvenir i cest eiïect, ledit Dupont et Lourdet allèrent trouver M. de Foorcy qui avoit la charge de feu son père, lequel les présenta à H. Auberg, conseiller d'Estat. avec la dite requeste pour en faire son rapport au dit Conseil. Ce qu'il fit et a fait depuis avec tant de probité et d'équité et avec tant de circonspection au bien public de la patrie qu'il s'est montré un rempart tellement inexpugnable contre les orages de l'envie et de la mesdisance de quelques-uns qu'il en a obtenu les articles et arresls survenus par sa seule diligence ainsi qu'ils se peuvent icy voir avec la suite d'une infinité de traverses qu'ils ont rencontrez en quelques endroits. >

Pierre Dupont et Simon Lourdet sont, en effet, les premiers fondateurs de la Savonnerie; mais bénéllciant de l'antériorité du brevet, Dupont doit en être considéré comme le premier directeur.

La Savonnerie était une de ces manufactures que le roi Menri IV avait fondées pour affranchir le royaume de l'indoslrie étrangère qui tendait à l'envabir. Hais la mort du bon roi la fit abandonner.

Marie de Hédicis, pour utiliser le local qui avait été loué i un sieur Isaac-Martin Haunoir, y établit uQ hApital d'orphelins et enfants abandonnés, comme en témoignait publiquement une plaque de marbre placée sur la porte de la chapelle et portant l'inscription suivante :

La très ADi-.usTE HAttiE de Médigs

K ESTABLI CE UEli DE CHARITË l>l>i;i

Alimentez, eutretedus eti Les enfants tirez des hôfitaux

E Dieu l

CEl6t5

Le brevet de fondation de l'établissement stipule eo effet que les enfants y seront instruits en la crainte de Dieu et i faire plusieurs ouvrages de toile et autres.

Sons la direction habile de Simon l.ourdel, les

CBS sy5

ouvriers de la Savonnerie ne lardèrent pas i acquérir une grande habileté i lenra ouvrages. Eo 16.S9, Lourdet reçut la commande de deux tapis pour la Reine et en 1665 un tapis pour la galerie d'Apllon. Trois ans après, Philippe Lourdet, qui avait succédé k aonpére, faisait commencer l'exécution du célèbre tapis de la grande galerie dn Louvre. Ce tapis, qui ne fut achevé que vers la fin du règne de Louis AlV, se composait de 93 pièces variées, comprenant : médaillons, armoiries, trophées, paysages, (leurs, de 7 aunes et demie de longueur sur 4 à 5 de largeur chacune et formant dans l'ensemble une vaste composition générale. Philippe Lourdet mourut en 16T1. Sa veuve.

Armes du duc U'Antiii.

IDessin de H. Mar.)

Jeanne Haffrey, lui succéda avec le titre de « Tapissier et directeur de la Manufacture de ta Savonnerie >. Louis Dupont, qui avait bérilè des privilèges de son père, s'installa i la Savonnerie et travailla dans des ateliers distincts de ceui de la veuve Lourdet. A la mort de la veuve Lourdet, survenue en iH'i, un nommé Sauvain dirigea pendant un an son atelier ; puis Louis Dupont réunit sous sa main tous les services et resta 1 nnique directeur. En ilH. Jacjnes de Nourville succéda i Dupont. Sous cette direction, la Savonnerie reçut de nombreuses commandes et produisit comme ijcuvres principales no tapis pour la chambre du roi (1734), an tapis pour la salle du trAuei Versailles (1726), un tapis pour le salon de la Muette (1733), etc.

En 1743, Duvivier succéda comme entrepreneur è de Nourville. La manufacture exécuta à cette époque des lapis pour Trianon et C.hoisy, dont Gravelot, Chevillar et Terrier avaient fotiroi let modèles, pour la marquise de Pompadour un meuble fort important composé de 3 canapés de 14piedsde long. Sfauteuils et 1 écran d'après let dessins de Chevillar.

Il fut (|uestion k un moment de transporter la Savonnerie près des Gobelins ; mais le directeur des bâtiments du roi objecta d'une manière asget plausible que, changer pour changer, il vaudrait mieux établir tes Gobelins près de la Savonnerie, car. disait-il, si les Gobelins étaient situés dans an quartier moins perdu, ils seraient visités par

les gens qualifiés et opulents qui sont sans cMse sur la route de Paris à Versailles.

La Savonnerie resta doue i. Cbaillot comme aupararant. Il paraît, cependant, certain quo, dès 1738, elle arait cessé de s'administrer eile-mème. KUe n'eut plus de directeur propre, et le directeur des Gobelius en recul la direction.

En résumé, la Savonnerie, depuis jusqu'à la RéroIntioD, a tenu dans l'indi

HISTOIRE DU XVl' AHRONDtâSEMENT

culés de 1S04 A iSU. Le tapis du gnoA cabiHt

de l'empereur, allégorie des cohortes de la L^ofl d'honneur, dont quelques fragments décorent injourd'hui le paUit de la grande cbancellene. I« tapis de lacbambre de l'impératrice iSaint-Cload, le lapis de la salle dite des Enfants de France, aux Tuileries, qni tut achevé sous ta RestauratiiHi, le tapis de la chapelle des Tuileries, fureit an nombre de ces ouvrages.

Atelier de le Savonnerie à la Manuraclure des Gobclins. (Reproduction pholographiqiiL- de l'aulour.)

nationale une place très honorable, mais de second ordre an point de vue de l'importance de la produRlion. Grâce aui documents des Archives nationales, on a pu faire le compte frénéral da cette production, de 1743 à 17ti6; il s'élève A 1.061.274 livres.

Le Consulat ramena un peu d'activilé dans la manufacture, et l'Empire lui rendit toute sa prospérité du xvii< siècle par des commandes multiples et par l'oetraî d'un budget régulier et considérable. Percier, Ventame et Lagrenèe fournirent les modèles des grands ouvrages qui y furent ené-

Le IS février 1836, la manufacture royale d« la Savonnerie quittait les vieux bâtiments de Chail' lot, ou elle avait été établie. Elle avait été rénnie par ordonnance du roi en date du 4 mai 18^ ft la manufacture des Gobelins, ou elle devint un simple atelier spécial sous une direction unique. A partir de ce moment, l'histoire de la Savonnerie se confond avec celle des Gobelins et n'a plus d'intérêt ponr nous, puisque cette manufacture est transférée dans nn autre quartier, le XUl* arrondissemeal, dont nous n'avons pas i nous occuper. Nous ne devons point pour cela mépriser la Savon-

nerie, qai complète si henrensemeat la mantiracture Dationale de (apissertes et i]ui a produit tant de lermeiUes. Sa dieptritioD. si jamais elle avait lieu, serait oa désastre artistique pour uotre pajrs. La graTorequi précède reproduit l'atelier de la SaTannerie (1889) k la manufacture des Gobelins, dont il formt une division spédale.

C'^FuNiiiDDErÊcLisEDEFtHiitEn deFëiji.

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