‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 74 sur 218 · LOUIS XIII AU XVI" ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

LOUIS XIII AU XVI" ARRONDISSEMENT

Jeau Héroard, médecin ordinaire, rooseillei' et secrétaire de Henri IV, pais i^emier médecindo dauphin {l>onis XUI), a noté jour par jour tes moiodres faits et gestes de ce dernier et auguste clientidepnb le jour de sa naissance, 37 septembre 1601, jusqu'au mois de janvier 1638. Dans le

Louis Xlll en i6a3.

[Porlrsil par Sébasli

grand nombre dr menus détails relatés i son Journal, on en trouve d'assez intéressants. On y aiiprend entre antres choses — fait précieux pour l'histoire! — <\ae Dotre petit dauphin u'aimait pas l'ail, contrairement i son père, qui en abusait; qu'il était bien souvent fouetté et refonetté, même

Car le bon roi Henri ; c'était alors la correction à I mode, correction que le petit prince, fort volontaire et fortcolére, ne mentait que trop souvent. Ce qu'on j apprend surtout, c'est qu'u aimait i venir se promener et chasser dans notre région, et Toici, classées chronologiquement, le détail des diverses visites qn'il nous fit.

Lesamedi SSaoùtiSOi, le dauphin coucheï Saint-Cloud ; le lendemain il est ramené en litière i Paris. Le tlls de Sully, accompagné de soixante

chevaui, vient au-devant de lutïChaillot.HenrilV, qui était alors i Fontaineblean, avait envoyé 1 ordre à Sully de faire traverser Paris i son ttls pour satisfaire la curiosité des Parisiens.

Mercredi iO septembre 1608. — Le dauphin arrive i Qiaillot. dans la maison de Mme la comtesse de Cuichen (la belle Corisande. ancienne maltresse de son père, oCi la reine Marguerite vient le voir. U reste dans cette maison jusqu'au vendredi 1 "î. Le jeudi 1 1 , il était sorti par le parc, avait poussé jusqu'au couvent des Bonshommes, y était entré par la grande porte et, après avoir visite le cloître et ta bibiothéque, y avait entendu la messe. .\u moment de sortir, les Pèreslui avaient oOert deux plats de prunes et un de leur pain.

Mercredi i5 mars ifi09.— Le dauphin est mené an parc du château de Madrid, qui appartenuit alors & la reine Marguerite, [vemiére femme de son père. 11 y godte cbez le concierge, puis se rend i i'abhaye de Longchamp.

Vendredi 11 septembre 1609. — Le dauphin, d'après l'ordre du roi, est mené i Chaitlot pour y voir son frère le duc d'Anjou (1 ) et Mesdames ses sœurs, qui y étaient arrivées la veille. Il goAte avec eux. Henri IV et Marie de Uédùis viennent In rejoindre. Mais la petite fête de famille ne fut pas complète, le jeune duc d'Oriéans (4) ayant dû rester i Saint-Germain, retenu par un Dui de ventre.

Vendredi HO lumembre 1609. — Ledaupbinva courir un loup dans la garenne du chiieau de Madrid.

JfUfJt/Jjiiniûr/fiyO.— Le danphin va chasser dans le parc du château de Madrid et, moaté sur sa petite baquenée baie, «ourre deux lièiTes. La ploie et la grêle surviennent;!! ploppe pour pgmr la cbltean, mais y arrive tellement trempé qu'il lui faut changer dechemise. L'orage passé, il remonte ichevat et goûte, toujours à cheval, d'noe petite tarte de massepain et de marrons rAtis dont il avait garni ta pochette à son départ de Paris.

Samedi S4 amJfâfO.— Ledauphinestmeoé en carrosse à la manufacture de tapis de la savonnerie (3). La concierge lui dit tnalaoroitement qu'il n'est pas grand ponr son Ige et que son fils à elle est [dus grand que lai. Il sort tout en colère, murmurant longtemps de U remarqne de cette femme. De U, il se rend i Autenil au jardin de l'abbé de : Sainte-tieneviève, monte à cheval et ; court la poste, M. de Itissay faisant le postillon. Puis il y goûte.

Mardi 4 mai IfilO. — Va à cheval chasser dans le parc du chdleau de Madrid.

Lundi 11 mai m 10. — Sans rancune dupropoi de la concierge, il retourne ila Savonnerie.

Trois jours après. le limai, son père est assassiné, et le mli roi (4).

Jeudi 10 juin IGIO. — Le te:nps étant très

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chaud, Louis, XIU s^embarque le soir et va jusqu'à la Savonnerie. A 9 heures, il est également ramené par eau.

Mardi 22 juin iôiO, — Louis XIU se rend en carrosse à la SaTonnerie et s*y fait peser. Poids de Sa Majesté : 53 livres.

Jeudi i$ juillet iSiO* — Mené en carrosse au chftteau de Madrid, il y chasse le liè?re et Toisean.

Dimanche i5 août i6i0, fête de V Assomption. — Louis Xlll est mené en bateau jusqu*à Chailiot, et ramené au Louvre dans son petit carrosse découvert, traîné par six bidets.

Samedi iS et mercredi 22 septembre iôiO. — Uest mené en bateau couvert jusqu'au couvent des Bonshommes.

Mercredi i5 décembre iôiO. — Louis XIÏI est conduit en carrosse au bois de Boulogne pour chasser le loup. 11 en prend deux. Ramené à cheval, et tout joyeux de sa capture, il se met à jaser avec toutes les personnes qu'il rencontre, leur demande qui elles sont, où elles vont, etc., comme faisait son père.

Jeudi 23 décembre i6i0. — Chasse deux loups au bois du château de Madrid et vole une corneille.

Jeudi i*^ mai i6i4. — Va entendre les vêpres au couvent des Bonshommes, puis se rend à Auteuil, au jardin de M.Brouay;ilypèche dans son petit vivier et déniche des merles.

Mercredi 28 mai i6I4. — Va entendre la messe au couvent des Bonshommes, et de là se rend à Saint-Cloud; revient par le bois de Boulogne, où il chasse à Tarquebuse, tue quelques oiseaux, entre antre un loriot et une orfraie.

21 octobre i6i4. — Louis XIU est déclaré majeur.

Vendredi i9 décembre 161 i. — Louis XIU se rend à Auteuil pour visiter une maison qu'il désire acheter; il y joue longtemps, puis va se promener au parc du château de Madnd.

Mardi 21 avril 10 il. — A une heure et demie, Louis XIU monte en carrosse et se rend au couvent des Bonshommes, où il fait conduire de petites pièces de canon pour tirer aux corneilles. Cette nouvelle sorte de chasse lui réussit un peu ; il en tue une.

Samedi 15 juillet 1611, — Après avoir donné audience aux ambassadeurs de Venise et de Savoie, Louis XIU se rend au couvent des Bonshommes où il goûte, boit du vin clairet (1) et de Teau dans son chapeau, et fait boire ainsi M. de Guise et autres.

Mardi 25 juillet 1611. — Louis XIU se dirige vers le couvent des Bonshommes et, pour la première fois depuis qu'il est roi, se baigne à la rivière, ce qui lui réussit assez mal, car il en revient enroué.

Jeudi 18 janvier 1618, — Louis XIU sort de Paris par la Porte-Neuve (2), va à pied jusqu'à Chailiot, faisant mener son petit canon par ses

(1) Ce vin clairot devait probohlomonl provi'iiir des coteaux de la rue Vineuse, apportenant alors aux Bonshommes*

(a) Porte flnnciuéc d'une haute tour, qui séparait le Louvre des Tuileries A la hauteur du guichet du Carrousel.

petits gardes suisses. U se rend chez M. de Castille, qui lui lait faire une collation et lui donne des petits canons de fer, fabriqués en Suisse. Le lendemain, il va visiter entièrement le château de Madrid, pour y faire choix d'un logement où il vient s'installer le mardi suivant. De là, le jeudi !25 janvier, il va se promener dans le bois jusqu'au pavillon de la Muette, tenant on émérillon sur le poing ; le lundi S9, reçoit les Notables qu'il avait fait venir de Bouen, où ils étaient assemblés, et leur donne brusquement leur congé, sans que l'édit qui devait répondre à leurs cahiers eût été rendu. Le mercredi 34, il va visiter la Volerie (i) de Lonffchamp

Mardi 23 Juin 1620, — U se rend à pied des Tuileries à 1 lie qui se trouve vis-à-visdu couvent des Bonshommes, et y tue à l'arquebuse une grande quantité de gibier. Mis en goût, il y revient deux jours après, passe à Grenelle, revient pourpasser l'eau, fait dételer d'un chariot un cheval aveugle, l'attache à son petit bateau qu'il faisait toujours porter dans une charrette, se met dedans, le fait tirer par le cheval en amont de la rivière; mais cet animal, se sentant battu aux jambes, se met à courir et à s'écarter, si bien que le bateau se fût renversé, si le sieur de Kéaux, lieutenant des gardes du corps, ne se fût empressé de couper la cordfi

Dimanche 28 juin 1620, — Va tirer de l'arquebuse dans l'Ile Maquerelle (ancienne lie des Cygnes).

Mardi 30 juin 1620, — Retourne à l'Ile Maquerelle et s y baigne (cette fois,sans s'enrouer).

Lundi 31 mai l827, — Va souper à Auteuil.

Mercredi 16 juin 1627,— Retourne à Auteuil, où il dine chez M. Coquet, commissaire général de sa maison.

— Ici s'arrête, pour nos recherches locales, le journal d'Héroard. Ce fidèle serviteur du roi tomba malade au camp devant la Rochelle, et y mourut le 8 février 1G28, âgé de soixante-dix-huit ans. De tout ceci, il ressort que le jeune Louis XUI avait une passion réelle pour la chasse et qu'à cette époque, les loups, les orfraies, les lièvres, les corneilles, les loriots étaient en assez grand nombre au boisdeBoulogne,cequi explique la prédilection du jeune prince pour cette promenade. Loups et orfraies ont, par bonheur, complètement disparu du bois. On aurait peut-être quelque peine à y rencontrer de vrais lièvres; mais les fameux coniU, c'est-à-dire les lapins, qui osaient s'aventurer alors, et pour leur malheur Jusqu'à Chailiot, y sont encore en assez grand nombre. Le gibier, comme on l'a vu, ne manquait pas non plus dans l'ancienne Ile des Cygnes, ainsi que dans celle qui se trouvait vis-à-vis du couvent des Bonshommes. On a ddt remarquer que, dans le récit des pérégrinations du jeune roi, il n'est nullement parlé de Passy ; c'est qu'alors ce village n'était qu'à l'état embryonnaire, tandis que ses voisins, Âoteuil et Chailiot, avaient déjà une certaine importance.

(1) Lieu où on mettait les oiseaux do proie dressés pour l'espèce de chasse qu'on appelait alors lii Volerie.. Le dur de Luynes. favori (le Louis Xlll, exct^llail à dresser ces oiseaux.

TermÎDOiis pal* quelques notes complémentaires snr Lonis XIII, qoi nous le feront peut-être encore mieux connaître que les faits au jour le jour racontés un peu sèchement par Héroard. Disons d*abord que la confiance dans Fastrologie judiciaire était tellement grande au moment ae sa naissance, qu*ii dut, dit-on, son sumon de Juste au hasard qui Favait fait naître sous le signe de la Balance — 5e non è vero, è bene trovato, — Quant à nous, nous attribuons plutôt Forigine de ce surnom à sa grande déyotion. Louis XIII était fort adroit de ses mains. € On ne saurait, dit Tallemant des Réaux, compter tous tes beaux métiers qu*U apprit, outre tous ceux qui concernent la chasse ; car il tauait faire des canonsdecuir^des lacets,des/ilets,des arquebuses, de la monnaie. — Il était bon confiturier, bon jardinier; il fit venir des pois verts de primeur, qu'il envoya vendre au marché. Il rasait bien et, un jour, il coupa la barbe à tous ses officiers. Il cofiiposait en musique et peignait un peu. Son dernier iiétier fut de faire des châssis avec son favori, le duc de Luynes.i^ A noter aussi son goût pour les échecs, {;oût tellement prononcé qu il s'était fait, ou fait faire un échiquier spécial qui loi permettait d'y jouer,même en carrosse, sans redouter les mouvements du Yéhicule. Enfin,comme dit une de ses épitaphes de fantaisie :

Il eut cent verlii» de valets, Et pa!4 une de maître.

Léopold Mar.

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