‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 91 sur 218 · MORT DE LA DUCHESSE DE BERRY A LA MUETTE · texte numérisé non relu

MORT DE LA DUCHESSE DE BERRY A LA MUETTE

Mme la duchesse de Berry était à Meadon du lendemain de Piques 10 avril d'où elle s'étoit fait transporter à la Muette le 14 mai, couchée dans un carrosse entre deux draps. Elle ne s'y trouva point soulagée. Le mal eut son cours, les accidents et les douleurs augmentèrent avec des intervalles courts et légers et la fièvre le plus ordinairement marquée et souvent forte. Des irrégularités de crainte et d'espérance se soutinrent jusqu'au commencement de juillet. Cet état où les temps de soulagement passoient si promptement et où la souffrance étoit si durable donna des trêves à Tardeur [de] déclarer le mariage de Rion et engagea, outre la proximité du lieu, M. le duc d^Oriéans à rapprocher ses visites et même Mme la duchesse d'Orléans et Madame aussi, laquelle passoit Tété à Saint-Cloud. 1^ mois de juillet devint plus menaçant par la suite continuelle des accidents et des douleurs et par beaucoup de fièvre.Ces maux augmentèrent tellement le 14 juillet qu'on commença tout de bon à tout craindre.

lia nuit fut si orageuse qu'on envoya éveiller M. le doc d'Orléans au Palais-Royal. En même temps, Mme de Pons écrivit à Mme de Saint-Simon et la pressa d'aller s'établir à la Muette. On a vu qu'elle ne voyait Mme la duchesse de Bf rry que pour des cérémonies, et les soirs pour l'heure de sa cour, où elle ne soupoit presque jamais, et retenoit seulement les dames qui étoient choisies pour y souper, entre celles qui s'y trouvoient ou au jeu ou à voir jouer, ce qui étoit le temps de sa cour publique. Elle ne la suivoit guère que chez le roi, ce qui était rare, et quoiqu'elle eût un logement à la Muette et n'y alloit point: c'étoit excès de complaisance si elle y couchoit une nuit, quoique la princesse et sa maison n'y tussent occupées que d'elle, et que ce fût une fête et toutes sortes de soins quand elle faisoit tant que d'y aller une fois, et rarement deux pendant tout le séjour qu'on y faisoit. Elle se rendit à l'avis de Mme de Pons et s'y en alla sur-le-champ pour y demeurer.

Elle trouva le danger ^rand. 11 y eut une saignée fjite au bras, puis au pied, ce même jour 15 juillet, et on envoya chercher un cordelier son confesseur. Mme la duchesse de Berry reçut ses sacrements à portes ouvertes et parla aux assistants sur sa vie et sur son état, mais en reine de l'une et de l'autre. Après que ce spectacle fut fini et qu'elle se fat renfermée avec ses familiers, elle s'applaudit avec eux de la fermeté qu'elle avoit montrée, et leur demanda si elle n'avoit pas bien parlé, et si ce n'ctoit pas mourir avec grandeur et avec courage.

Ln peu après, elle ne retint que Mme de Mouchy, lui indiqua clef et cassette et lui dit de lui apporter son bagnier; il fut apporté et ouvert. Mme la duchesse de Berry lui en fit un présent après quantité d'antres ; car outre ce qu'elle avoit eu souvent, il n'y avoit guère de jours depuis

qu'elle étoit malade qu'elle n'en tirdt tout ce qu'elle poavoit, souvent de l'argent et des pierreries; le moins étoit des bijoux. Ce baguier valoit seul plus deSOO.OOO écus.La Mouchy, tout avide qa*elle étoit, ne laissa pas d'en être étourdie. Elle sortit et le montra à son mari. C'étoit le soir, M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans étoient partis. Le mari et la femme eurent peur d'être accusés de vol, tant leur réputation étoit bonne. Ils crurent donc en devoir dire quelque chose à ce qui leur étoit le moins opposé dans la maison, où ils étoient généralement haTs et méprisés.

De l'on à l'autre la chose fut bientôt sue et vint à Mme de Saint-Simon. Elle connaissoit ce bajpier et en fut si étonnée, qu'elle crut en devoir informer M. le duc d'Orléans, à qui elle le manda sur-le-champ. L'état où étoit Mme la duchesse de Berry faisoit qu'on ne se couchoit guère à la Muette, ' où on se tenoit dans un salon. Mme de Mouchy voyant (jue l'affaire du baguier devenait publique et réussissait mal, s'approcha fort embarrassée de Mme de Saint-Simon, lui conta comment cela s'étoit passé, tira le ba|pier de sa poche et le loi montra. Mme de Saint-Simon appela les dames les plus proches d'où elle étoit pour le voir aussi, et devant elle (car elle ne les avoit appelées que dans ce dessein) elle dit à Mme de Mouchy que c'étoit là un beau présent, mais qu'il étoit si beau qu'elle lui conseillait d'en aller rendre compte au plus tôt à M. le duc d'Orléans, et [de] le lui porter. Ce conseil, et donné en présence de témoins, embarrassa étrangement Mme de Mouchy, elle répondit néanmoins qu'elle le feroit et alla retrouver son mari avec qui elle monta dans sa chambre.

Le lendemain matin, ils furent ensemble au Palais-Royal et demandèrent à parler à M. le duc d'Orléans, qui, averti par Mme de Saint- Simon, les fit aussitôt entrer et sortir le peu qui étoit dans son cabinet, car il étoit fort matin, Mme de Mouchv, son mari présent, fit son compliment comme elle put. M. le duc d'Orléans, pour toute réponse, lui demanda ou étoit le baguier. Elle le tu>a de sa poche et le lui présenta. M. le duc d'Orléans le prit, l'ouvrit, considéra bien si rien n'y manquoit, car il le connoissoit parfaitement, le referma, tira une clef de sa poche, l'enferma dans un tiroir de son bureau, puis les congédia par un signe de tète, sans dire un mot, ni eux non plus. Ils firent la révérence et se retirèrent également outrés et confus ; oncques depuis ils ne reparurent à la Muette.

Je ne sais si l'absence de la Mouchy fit quelque impression heureuse sur Mme la duchesse de Berry ; mais elle n'en parla jamais et, peu après, elle parut fort rentrée en elle-même et souhaita de recevoir encore une fois Notre-Seigneur. Elle le reçut, à ce qu'il parut, avec beaucoup de piété et tout différemment de la première fois. Ce fut l'abbé de Castries, son premier aumônier, nommé à l'archevêché de Tours, qui le fut après d'Albi, et enfin commandeur de l'ordre, qui le lui administra et qui le fut chercher à la paroisse de Passy et l'y reporta suivi de M. le duc d'Orléans et de M. le duc de Chartres. Cet abbé fit une exhortation courte, belle, touchante et tellement convenable qu'elle fut admirée de tout ce qui l'entendit.

Iulie, le 33 norembra 1734, dei blessorag qu'il ■Tait reçues i le bataille de Gaastalla. en combattanl brafemeal contre les Autnchiena. — Ss DomiaatJoa de chevalier de l'Ordre da Saint-Esprit Tenait de lui être enroyée en récompense de u belle conduite, et nul doute qu'il ne fat rapidement irriTé an commandement en cbef des armées, nul plus que loi n'en ayant été reconnu digne. — Le marquis de Pezé aTait obtenu beaucoup de U muniËcence royale pour l'église de Passy, qui, en reconnaissance, lui tii faire on ser- TÎce solennel le S jauTier ITS.*).

A la mort du marqois de Peié. ce Tut MU beau-frère, Henri-Camille, marquis de Béringhen, de Chlleeuneuf et d'UielIes comte du Plestis- Bertr*nd, etc., qui obtint le ^ouTernement de il Muette, de Madrid et du bob de Boulogne. On a dit : Heureux les peuple» qui tt'mU pat d'hùtoire! S'il en était ainsi desbommes, le marquis de fiéringhen serait un faToriEé ; aussi a-l-on quelque peine ï trouter sur lai des reoaeipements que l'on Toudrait plus Inléressants. Dans ses Hémoiret, d'Argenson le traite de sot et de dépensier, tandis qu'au bas d'un assez ioli portrait de lui, graTé en 1789 par Hoille d'après la Porte, on Ml cet Ters :

Zclâ sujcl, an nientulsaiil »'

lailles, car b principale particularité de ce domaine consistait et consisie encore en une canirdiére ntnée à l'eilrémité d'oa étang de iil hectares, s'élerant de plus de 3 mètres andessus da chllean et dans laquelle les canaMs fiauTigra, attirés par les priTés, s'abattaient alors en telle quantité que la chasse s'en faisait deux fois par jour, malin et soir, du i"' mars an 15 août. Notre troisième goureroenr iTait en entre un château k Irry- sur- Seine près Paris. qu'ilsTait orné des meilleurs tableaux de Lancret. Il mourut en 1710, après iToir régi la Muette peadaul treote-sii ans, et fut inhumé k Saint-Germain l'Aaierfois.

Si BérJDghen eut peu d'histoire, son successeur

Hais quelle valeur ont les quatrains flatteurs mis au bas des portraits des grands ? L'image le représente assez bel homme, d'une corpulence moyenne; mais l'expression du visage, des pins ortfinaires, semble un peu coujirmer la première partie dujngemenlded'Argenson. Faute de mieui, rattrapons-nous donc par quelques détails de famille. Depuis Louis Xlll, le titre de premier écuyer du roi s'était transmis ch» les de Bénnghea, et notre nouveau goureraeur le possédait depuis I* Gn de 1733, apnée de la mari de son père et de son frère alaé. Le i février 1731, il avait été promu chevalier de l'Ordre du Saint- ICspril. Au mois de mars 1743, c'esl-ii-dire neuf ans après sou installation à la Muette, il se décida enlin k prendre femme, en la personne d'Angélique Sophie d'Hiuiefort, veuve de H. de Lauziéres, baron de Thémines et de Cardaillac. Mariage de raison probablement. K.-C. de Bérioghen eut un frère, tvèque du Puy, et deux sirurs successivement abbesses de Faremoutiers, au diocèse de Meaui. Son bAtel i Paris était situé rue Saint Nicaise. à la placeduCarrou!iel.Sonpère,qui avait été membre dnconseilde R^ence.directeur des Ponts el Chaussées et membre honoraire de l'Académie des inscriptions, grand amateur d'estampes et d'ifuvres d'art, en avait fait on Tèritable musée ; mais, i u mort, ces collections avaient éièdispersées(l). Le chlteau d'Armainviltiers, près de Tournan (SeiDe-et-Mame), fut aussi la propriété dn père et du fils (3), sans doute grands amateurs de vo-

ArmeH <lu Murtjuiri Armeii du Maréchal

en eut peut-être trop. Ce Inl le fameai prince de Soubi se (Charles de Hoban-Koban etdeVentadoor). Né le 16 juillet 1715. la protection del.ouis XV, dont il était l'ami de rirur, et surtout celle de Mme de Pompadour, k laquelle il se permettait d'offrir des bagues enrichies de diamints, l'avaient fuit, pins que son mérite qui cependant était loin d'être nul, arriver aux plus hauts emplois. Duc et pair, aTec le titre d'Altes ■ ■ ■ - l--.-•-

dcpuis 1751 , il,ful fait maréchal de France le 19 octobre 1758, puis ministre de la guerre. Ses qualités militaires laissaient cependant k désirer; mauvais tacticien, le soldat u'aTailpas conliance en Ini, surtout depuis ses mésaventures au début de la guerre de Sept Ans. Le 13 octobre 1T57, il était entré à (;olba avec 8.000 bommes : le général prussien Scidliti, I la téie de 1.500 hommes seulement.le surprend au moment eb il allait se mettre k une table splendidement servie, dans le château princier ; Sonbise s'enfuit à la hâte, laissant les Prussiens manger son souper. Le 5 novembre snÎTant, il essuyait l'ignominieuse défaite de Hosbach, son armée prenait lâchement la fuite, laissant 7.000 prisonniers entre les mains de Frédéric II, qui, de plus, trouva dans les bagages de Soubisc des Talels de cham-

IdsnjuiH liu BiiriiiKhen iv

siiitïuii iliic de HTnllii'évrf. H est aclueffëmcnt ta propriùlù du bnran Bdinunrl <lv Rulhschiltl, qti< J'a

lilk Oïfc le priiicK du "condé, ce ^ul yè\^ti l In rniiiiite Mj'ole.

bre, des cais'miors, des acteurs, des perruquiers, des marchands de modes,des sioges,etdes perroquetSydes parasols, des nécessaires de toilette, des manchettes brodée et jusqu^à des caisses d'eau de lavande et autres parfums. Une caricature d'alors le réprésente une lanterne à la main, baissé vers la terre, comme s'il cherchait un objet perdu. Au bas, ces vers :

« Soiibise (lit, la lanterne ù la main :

« J'ai beau chercher; où diable est mon armée 1

« Elle était là pourtant hier matin ! »

Cependant, Tannée suivante, mis à la tète d'une nouvelle armée, il obtint quelques succès à Sondersbausen, à la bataille de Lutzelberg, qui lui valut son bâton de maréchal, et dans le landgraviat de Hesse. En 4762, il vainquit encore à Johannisberg, mais grâce surtout aux conseils du maréchal d'EsIrées. de fut quelques années après la guerre de Sept Ans, en 1770, qu'il fut nommé gouverneur de la Muette, de Madrid et du bois de Boulogne. Le 30 décembre 1734, il avait épousé la fille du grand chambellan de France, Anne* Marie-Louise de Bouillon, qui n'avait guère que douze ans et mourut à Paris le i9 septembre 1739. Le U décembre 1745, il s'était remarié au château de Saverne avec Anne-Victoire-Marie- Christine de Hesse-Rheinfels, fille du prince héréditaire de Hesse-Rheinfels. Je crois que c'est entre ces deux dates de mariage qu'il faut placer le duel bizarre qui eut lieu au bois de Boulogne pour ce grand veau de Soubise (1) entre la marquise de Nesles et la comtesse de Polignac et dans lequel cette dernière enleva un petit bout de l'oreille de son adversaire. Soubise passait pour être un des plus riches seigneurs de la noblesse française. En 1753, il avait donné eu dot à sa fille 5 millions, rien qu'en biens fonds, sans com|)ter ses nombreux bijoux. On connaît ses générosités pour la Guimard, première danseuse de l'Opéra, qu'ilgratifia pendant longtemps de 7!2. 000 livres de rentes. Son hôtel de Paris, rue de Paradis au Marais (actuellement palais des Archives), était un des plus somptueux de la capitale ; son grandpère, vers 170d, avait consacré des sommes immenses à son embellissement, fait aménager la cour et construire le grand portique qui subsistent encore. Les appartements répondaient à la beauté du dehors, garnis qu'ils étaient de nombreuses statues et de peintures de Lemoine, Restout, Hyacinthe Rigaud, Parrocel, Boucher, Carie Vanloo, etc. Vers 1773, Soubise s'était aussi rendu acquéreur du château de Saint- Ouen, près Paris.

11 serait injuste, en terminant cet article, de ne pas reconnaître les qualités de Soubise qui coutre-balançaient ses défauts : il était affable, obligeant, aénéreux et inaccessible à la cupidité. A la mort de Louis XV, il fut le seul courtisan qui accompagna le corps de son protecteur à Saint- Denis ; aussi, touché ae cette marque de reconnaissance, Louis XVI lui conserva- l*il sa place au conseil et tous ses gouvernements. Le prince de

(i) C'est à propos de ce duel que; la duchesse palatine d'Orléans, dans ses Mémoires, lui applique ce joli surnom.

Soubise mourut à Paris, le 4 juillet 1787, en sa petite maison de la rue de l'Arcade, n® 22, et dut être inhumé dans la chapelle des reliffieux de la Merci, rue des Archives, au coin de la rue de Braque, où était la sépulture des membres de sa famille. U avait eu le gouvernement de la Muette pendant dix-sept ans et ne fut pas remplacé ; la famille royale ne venait plus au château, ou fort rarement, et la fonction de gouverneur n'était plus qu'une sinécure dispendieuse qu'on jugea utile de supprimer. Les temps devenaient mauvais, les économies s'impos;iient, et, par un édit daté de 1788, Louis XVI ordonna la démolition ou la vente des châteaux de la Muette et de Madrid. On sait ce qu'il advint de ce dernier sous la Révolution : il fut, hélas ! entièrement rasé. Quant à la Muette, plus heureuse, elle ne le fut qu'en partie et a pu conserver jusqu'à nous son corps de bâtiment principal, remis intelligemment en état, dans ces dernières années, par son possesseur actuel, M. de Franqueville.

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