LE PREMIER V0TA6E AÉRIEN
(^1 NOTUBRE 1183)
De tons les faits historiques se rattachant au chlteau de la Muette, il n'en est guère de plus intéressant au point de vue scientifique et qui ait produit une plus grande sensation à son époque, que celui du premier voyage tenté dans les airs an moyen d'un aérostat, dont l'invention toute récente était due aux frères Honlgolfier.
Les premiers ballons, auxquels on avait donné le nom féminisé des inventeurs, consistaient simplement eo une enveloppe de toile, doublée de papier (2), ayant la forme d'un globe presque
(3)'lj!s rrirua MuiiLgollIcr que importante à Aiiuona; rctnitivu souvent leur IlLiai excellents jinpiers ilecelti;
I il'urlis
d'Arlandes, gentilhomme lai^uedocien, montèrent intrépidement, poor la première fois dans une nacelle suspendue au-dessous d'un ballon captif et s'élevèrent i plusieurs reprises ï 100 mètres de hauteur. La réussite de cette tentative engagea d'Arlandes 4 essayer une épreuve beaucoup plus périlleuse, qui eut lieu le 31 novembre suivant, 1 Passy, dans le jardin du cbAlean de la Muette, en
Erésence du dauphin et du savant Franklin, alors abilant de Passy, et voici, d'après nne lettre qu'il adressa à son ami Fanjas de Saint-Fond, les détails, fort intéressants pour nous, de ce premier voyaee aérien.
L'aérostat (2), construit sous les yeux d'Etienne MoDtgolBer, chez son ami Réveillon, fabricant de pB[Hers peints du faubourg Saint-Antoine (3), fui
rO PilAlrc Ile Razier avait ouvert un cours de plivsi<iuc, ou Ltjcif, trÈs suivi, au Mnrais. vcrï I77fl, et Établi un inuaéï spécial à la tin de 1781, clan*) sa demeure de lu rue Sainte-Avoie.
(:)) Avait aim.TScent, de hauteur; 14 m. focent. npadté de 3o5 m. c. 6^7 decini.
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cnioiire einclc élall rue Saint-Maur. 3i, liAlel de Tilon du TMIet. Première vie- RiJvDlulioD, sun étsbliaeenirnl fut pillé
apporté le 49 octobre dans le jardin de la Muette. D^Arlandes choisit TeAplacemeot qai Ini parut le plus convenable, j mit immédiatement les ourriers, et le surlendemain tout était prêt. Etienne Montgolfier, n*ayant pas jugé pruaent de laisser partir seul le marquis d'Arlandes, lui avait proposé la veille de prendre Pilâtre de Rozier comme compa* gnon, ce qa*il avait accepté avec empressement.
Il est i heore 54 minutes; tout est prêt; le ballon s'élève majestueusement au milieu du si> lence anxieux du public et, quand il a dépassé les charmilles^ fait un demi-tour sur lui-même, poussé par un vent nord-ouest.
< rétais surpris, dit d*Arlandes, du silence et du peu de mouvement que notre départ avait occasionné sur les spectateurs ; je crus qu*étonnés et peut-être effrayés de ce nouveau spectacle, ils avaient besoin ii'étre rassurés. Je saluai du bras avec assez peu de succès ; mais, ayant tiré mon mouchoir, je Tagitai, et je m'aperçus alors d'un grand mouvement dans le jardin de la Muette. Il m*a semblé que tous les spectateurs qui étaient épars dans cette enceinte se réunissaient en une seule masse et que. par un mouvement involontaire, elle se portait, pour nous suivre, vers le mur, qu'elle semblait regarder comme le seul obrtacle qui pôt nous séparer. C'est dans ce moment que M. PiUtre me dit : Vous ne faites rien et nous ne montons guère. — Pardon, lui répondis-je. Je mis une botte de paille, je remuai un peu le fea, et je me retournai bien vite ; mais je ne pus retrouver la Muette. — Etonné, je jette un regard sur le cours de la rivière, je la suis de Tœil ; enfin j'aperçois (au loin) le confluent de rOise. Voilà donc Conflans ! Et, nommant les autres principaux coudes de la rivière par les noms des lieux les plus voisins, je dis : Poissy, Saint-Germain, Saint-Denis, Sèvres ! Donc je suis encore à Passer ou à Chaillot. — En efiet, je regardai par l'intérieur de la machine et j'aperçus sons mot la Visitation de Chaillot (emplacement du Trocadéro). — M. Pilâtre me dit dans ce moment : Voilà la ririère, et nous baissons. — Eh bien, mon cher ami, du feu ! — Et nous travaillâmes. Mais, au lieu de traverser la rivière, comme semblait l'indiquer notre direction, qui nous portait sur les Invalides, nous lonj^eàmes nie des Cygnes, rentrâmes sur le lit principal de la rivière, et nous la remontâmes jusqu'au-dessus de la barrière de la Conférence.»
Ils montent, puis tout à coup se sentent secoués, la direction du mouvement est alors de haut en bas, c'est un nouveau courant qui heureusement les éloigne de la Seine; les voici entre l'Ecole militaire et les Invalides, qu'ils avaient déjà dépassés d'environ 800 mètres, puis au-dessus du couvent des Missions étrangères ; de là, ils se dirigent vers les tours de Saiot-Sulpice. Un nouveau courant leur fait quitter cette direction pour les porter plus au sud, près du Luxembourg ; ils traversent l'ancien boulevard extérieur et. voyant enfin des terrains vides, s'écrient : « Pour le coup, pied à terre ! > Ils cessent leur feu et descendent à la Butte-aux-Cailles, près de la route
de Fontainebleau, entre le Moulin-des-Merveilles et le Moulin-Vieux.
Le voyaee avait, en tout, duré 47 minutes. Nos intrépiaes voyageurs s'étaient élevés à la hauteur de 9o0 mètres, avaient traversé tout Paris et étaient descendus à 8 kilomètres environ de leur point de départ.
Dans l'ardeur des dernières mamiîuvres, Pilâtre avait retiré sa redingote et l'avait mise dans la nacelle. La populace était accourue, s'en était avidement saisie et se l'était partagée. I^ |;arde survint peur éviter au ballon le sort de la redingote ; en dix i^inutes il fut mis en sûreté, et, une heure après, remisé chez Réveillon.
Mais Pilâtre de Rozier était toujours là, en chemise et en culotte cpurte ! D'Arlandes, craignant pour lui un refroidissement dangereux, le força à se retirer dans la première maison, escorté par le sergent de garde qui éloignait la foule. C'est alors qu'il rencontra Je duc de Chartres (i). Celui-ci, depuis la Muette, avait suivi la Montgolfière dans son carrosse. Le jour baissait ; il se faisait tard ; enfin des voitures arrivèrent ; mais Pilâtre, affublé d'une affreuse, redingote qu'on lui avait prêtée, se trouvait en trop piteux état pour rentrer à la Muette. D'Arlandes revint seul, désolé de quitter ainsi son brave compagnon (2). Ainsi finit cette journée mémorable, et la réussite de cette première expérience mit le sceau à la renommée des Montgollier.
Quant à ce pauvre Pilâtre de Rozier, on sait
Sue, moins de deux ans après, il voulut tenter e franchir la Manche en ballon. Le feu prit à son aérostat, et il périt à 5 kilomètres de Roulognesur-Mer, son point de départ, en face de la tour de Croy, près du village de Wimille, où il fut inhumé.
Lf^OPOLD Màr.