‹ Histoire du XVIe arrondissement de Paris (volume 3)Chapitre 99 sur 218 · JEAN -JACQUES ROUSSEAU A PASSY ET AU BOIS DE BOULOGNE · texte numérisé non relu

JEAN -JACQUES ROUSSEAU A PASSY ET AU BOIS DE BOULOGNE

Des relations existèrent entre J.-J. Rousseau et la famille Etienne Delessert, dont les descendants habitent encore à Passy.

Jean*Jacques, lorsau'il venait à Passy, descendait chez ses amis, dans un pavillon qui existe encore aujourd'hui. Ce n'était pas seulement l'amitié qui l'attirait sur les bords ae la Seine ; ce n'était pas toujours non plus la botanique, bien qu'il ne put trouver qu à Autenil la Cameline amplexicaule (Myagrum sativum de Linné) ; c'étaient aussi et surtout les préoccupations de sa santé qui l'amenèrent dans notre cher quartier.

Dans l'été de 1750, Rousseau fut envoyé par son médecin aux eaux de Passy. € Le matin, ditil dans ses Confessions, en me promenant et en prenant les eaux, je fis quelques manières de vers, à la hftte, et j'y adaptai des chants qui me vinrent. Je barbouillai le tout dans une espèce de salon voûté qui était au haut du jardin. Les trois morceaux que j'avais esquisse étaient le premier monologue : J'ai perdu mon serviteur ; l'air du Devin : V amour croit s'il sHnquiète et le dernier duo : A jamais. Colin, je Vengage. »

Longtemps après, au cours d'une de ses promenades d berborisntion dans le bois do Bou-

logne (1 ), Jean-Jacques fut le héros d'une ateih ture charmante que je ne résiste pas au désir de raconter d'après lui, bien que ses Confessions soient dans toutes les mains.

< Un dimanche, dit-il, nous étions allés, bm femme et moi, dîner à la porte Maillot. Après le dîner, nous traversâmes le bois de Boulogne jusqu'à la Muette. Là, nous nous assîmes sur l'herbe, à l'ombre, en attendant que le soleil fût baissé pour nous en retourner ensuite tout doueement par Passy. Une vingtaine de petites fiUes, conduites par une manière de religieuse, vinrent les unes s'asseoir, les autres folâtrer autour de nous. Durant leurs jeux, vint à passer un oublieur avec son tambour et son tourniquet, qui cherchait pra< tique. » Jean-Jacques déâda <|ue chacune des fillettes tirerait à son tour, ce qui répandit dans h jeune troupe « une joie qui, seule, eût plus que payé sa bourse, quand il ne l'aurait tonte em< ployée qu'à cela ».

Bien plus, il Toulut corriger les cruautés du sort et il dit « en secret, à 1 oublieur, d'user de son adresse ordinaire, en sens contraire, en faisant tomber autant de bons lots qu'il pourrait. Au moyen de cette prévoyance, ily eut près d'une centaine d'oubliés distribuées, quoique les jeunes filles ne tirassent chacune qu'une seule fois, car, là-dessus, je fus inexorable, ne voulant ni favoriser des abus, ni marquer des préférences, qui produiraient les mécontentements ». Ne vous semblet-il pas. Messieurs, (pe tout Jean-Jaoquesest là, avec sa bonté et sa générosité instinctives et aussi avec son amour de la déclamation jusque dans les plus petites choses?

La religieuse fut invitée à tirer à son tour, puis l'on se sépara très contents les uns et les autres et € cet après-midi fut, dit Jean-Jacoues, un de ceux de ma vie dont je me rappelle le souvenir avec le plus de satisfaction. La tète, au reste, ne fut pas ruineuse... Je suis revenu plusieurs autres fois à la même place, à la même heure, espérant y rencontrer encore la petite troupe, mais cela n'est pas arrivé. »

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