MICHELET CHEZ BÉRAN6ER A PASSY
Michelet a rendu deux fois visite à Béranser alors qu'il demeurait à Passy : une première tois le 28 juillet 1843, pour lui apporter lui-même le volume qui avait pour titre les Jésuites, et ou se trouvaient réunies les leçons qu'il avait faites avec Quinet au Collège de France ; la seconde fois, le "24 décembre de la même année, pour lui porter son volume de V Histoire de France sur Louis A7, et pour lui présenter son fils Charles et son gendre Alfred Dumesnil (1). Nous savons par le livre d'Eugène Noël sur Michelet et ses enfants qu'à sa première visite, il avait été un peu inquiet des dispositions de Béran^er à son ^ard, tant il le sentait différent de lui-même. Mais l'accueil avait été parfait, et Michelet, qui n'avait jamais vu BérangerjusQu'alors, fut ravi de sa conversation, et le trouva digne — ce sont ses propres paroles — de son imtnense popularité.
La seconde visite ne pouvait être que très agréable. Nous en trouvons la relation complote dans le livre dont je viens de parler. Elle est du gendre même de Michelet, Dumesnil, qui le soir, en rentrant, en consigna tous les détails, reproduits par Eugène Noël. Le livre est rare et peu lu aujourd'hui. Je ne puis donc mieux faire que de le citer. Je ne connais pas sur Béranger à Passy de pages plus vivantes ni plus dignes d'intérêt.
€ Le 25 décembre 1843, nous allons, M. Michelet, Charles et moi, à onze heures, en petite citadine, chez Béranger. Nous quittons la voiture Barrière-Bleue (2), à Passy. Béranger demeure rue Vineuse. Mon émotion est grande dans cette rue avant de savoir où est la maison, et, dans la maison, plus encore, avant d'entrer chez lui. l'ne vieille demoiselle, les cheveux pomponnés comme sous la Restauration, nous ouvre, et nous montons
(i) Béran^rcr avait 63 ans : Michelet, V"> ''ns.
l'-i) N<niA n'avons nas encore rêiis!»! à identifier celle barrière, dunl le nom ici rapporté ne fif^urc sur aucun plan et doit êlre une <le ces désifrnalions populaires dont les f^iMt^raplies ne font point toujours élat. (N. d. 1. H.)
/iyft iiisToinE DU XVI"
I'oiqu'A la manurde, cnodnits par une jeiue GUe. l'ane lenttra de l'eMalier, j'aperi;oîs ud petit jardin qae Bèranger caltive lai-mème, avec nae allée an fooi.
< lléranger était qDel(|ne part d'où il sort pour nous faire entrer. Cette introdaction rapide et vulgiire me mit de mite dans la vraie situation, turtout quand je lis. sans tarder, sa (ignrc p>' raltre brusquement derrière la porte. Nous entrlmea dans une petite chambre mansardée, oli était ton lit, tendue pariout en raies bleues et blanches et tapissée d une moquette : deux fauteuils longs, des livres entassés sur un petitsecrétaire en noyer, une table à écrire, quelques médaill» et Jenins.
— 11 TO)-a0e toujours.
Béranger fui reproche de mêler 1 tt p(H« peu trop de poésie, d'étrean peiiTagiw,Sirita le livre des Jétuiûs.
— Vous avez rendn ud grand mttm, A-ll H. Hichelet, autant qne pent le faire ■!■ aujourd'hui... de mon tenu, c'était kaHN| plus aisé desaiarlepablic: il j avait deataf^ on aiait tootle camp pour lequel oa éerital;ajonrd'hai on a loutte monde et l'on n'a pcrMM entièrement.
Béranger, Udeisos, cibùt l'euMple 4t Umarlioe, qui c dit éloqnemment ce qit Mh monde sent >.
— Eh bien, reprenait-il, I^martioea jmk gens 1 lui ; on a affaire à un pvblk tteetriqK.
M. Mi.-b«>lei lui offrit mu livre de Loui- VI et m* rre^vnta.lVrjn^rr. liiul^nr^lluniaDl son fru. lui dit : H («I birn jeune.
M. Mirhelet jjnula : iVesi un sjp*.
t'I i-iHume. 1 propos du i*u que Uêranti^r sooffljîi tivjjmirs, N. Miftirtri di«ti[ qu« le miiiul SIX heures, je fais fjire mi>n feu :
— Yh l-itv. '. moi qui n'jî pis Jediimestiqu>'. je le l'jiis mt<i-mrin^.
BrrJiiV*^ '''■us dit iju'ii liou» rer^Mil dans sa fhamNv. i^u'il liait ou loavun h^od'jioirun chi-; !ui ; .;i:M *,*i;l J'w mie Jmie Jpv de *o;\ll;!*-^UJllre i:is, ^ae lui ™ avait hiMintetiv':* ; ^o'tl eu:t sias ■nnmut*. bifiiquii efil ete Irw fraveme:;! îraliJe. ?rtiJjf,! in>is m 'is. l'eie t p.^^ir J-u.
De là, une olaitanterie lur Coani, ai^l lit un jourqn'il a basé sa }ibilosophi« isr rin. Puis, il en Tint à Lauu XL II crilii
Garante, qu'ila entendu lui-même attMbtrtrèipH d'importance 1 ion li\re.
Il est familier avec Commiars et tn* ai Mrant de l'histoire de FraDce.
— ' Quentin Durward fat tepiemief rwn'i Walter Scott qui me fît soupçonner la mvt hisluriqne. Mais combien il savait peu!
Il ne lui pardoone pas d'avoir fait Tenir LmùII de Plessis-les-Tonrs à PéroDoe. < Cett fan cm 'il arait été à Péronn«, ajoutait jndidwiw* Béranger, qu'il s'enferma à Plenis-les-Toin. U vieo^i renanl ne s'est mis aatarrier qn'afnsinii perdu sa queue. *
Puis, on parla d'histoire en géoénl. Btnqtf. critiqua viTemenI Anenstin Thierry d'aTwr tmifamé en opprimé] les Saxons, qm éDint de Normands et des opfvessenrs.
— C'estlaiu, c'est faux, c'est bni ! répcu t il. et je l'ai dit 1 Thierrj, quaad il rorriptil W épreuves. Suivre ainsi lës innaenees de ransd^î la fusion des générations, c'est comae s n homme, du pont de b Concorde, s'amnsaii i diilinguer les eaux d« la Marne des eaoi ir b
l>e niénie pour ses Communes, je lui aï i£t qv nous ne picvedions pas de l.i. et que cfUitm fn'and bien, car nous n'aurions pas notre cntniisitioo... Ces recherches sont comme ceUei i^i vieilles armnrci, quand on a la pondre i o-
Iji parlant de notre maavats (oaveriMaeiL 1 n>it. dit-il, avM peioe.la désoifanisatioB deTiimiaiilritidn... «Mais a|ms tool. notu sovaetai peuple qui ponvoM liTrr sans loi. Cest laPrtndrn<:e qui oiyai conveme. NoossomoMsdeipai'' svifDeurs qoi faisons administrer no* abim Jf îles iot^Jints. et lej chassoni qnaod ib Hf^ senl. Lj YriannA le pars de l'iatpintiaa. >.
Bensfer i (le trfs inâbie an boa anoâl V Ici 1 fait l'aatre jonr M. Nkbelel pê» (il ii^ du p-re de l'htslorien). et proœi de Rvtsir viir M. Mi.'telet. • Poom, dit-il. qne je sms lu
bM:re
ks veu. le irvMt et W haut da m lidci- XT-taeb. n est trrs bm cMsene. pi- .'«ajeuT. il trogvf qnt M. MkbriH t'ei <>
ANNEXES
4uy
cet iotérieor est triste. Cependant tout relatil, et il est bien mieiu sur cette mone dans Paris.
, en sortant, à M. Micheiet : « Cest bien de Noël (c*est Eugène Noél), ce «pi me Test le parfait bon sens. Mais il dit soa- OU allons-nous ! » An miliea de la con- I, il dit à Charles et à moi avec bonlio-
leanes gens, approchez donc du feu ! ne pas trop sur le feu de la jeunesse! »
rrète le récit même de la visite que j*ai *essant de vous faire connaître. La suite )rte aux paroles échangées sur le poète ) visiteurs, qui rentrèrent à pied par la la Concorde.
voit que Micheiet avait pour Béran^er e admiration ; mais le causeur lui paraisse supérieur au poète. Ajoutons aue le ette visite, Alfred Dumesnil fit relire à i-père trois chansons de Béranger : les
âges historiques, le Juif-Errant et la rousse,
r faire des choses si exquises, il faut des s dit M. Micheiet.
DISCOURS PRONONCÉS LE â7 OCTOBRE 1901 A