IX. — Observations sur la situation et l'avenir
du seizième arrondissement.
La population du XV1« arrondissement, qui éVdii de 43.33:2 habitants en iHl% s'est élevée en 1901 à 117.087 âmes: elle a donc presque triplé pendant les trente dernières années, ce qui est d'autant plus remarquable que Taugmentation est principalement due à l'immigration d'une population fort aisée. Il y a tout lieu de croire qu'il ne s'agit pas ici d'une vogue passagère et que cette progression continuera ; car on a observé dans les grandes villes de l'Europe occidentale et de l'Europe centrale que la population jouissant de revenus d'une certaine importance, se porte de préférence vers les quartiers de l'ouest.
Cette tendance générale me paraît pouvoir être en partie attribuée à la prédominance, dans nos régions, des vents de l'ouest, qui apportent les émanations de la campagne sur les quartiers occidentaux et celles de la ville sur les parties situées dans la direction opposée. D'ailleurs, les vents du nord et de l'est étant beaucoup plus frais et moins fréquents que ceux qui viennent de l'Océan, c'est à l'est et surtout au nord des grandes villes qu'il est d'usage de cantonner les industries incommodes et insalubres qui ne peuvent ôtre établies qu'après une autorisation administrative, et dont le voisinage est peu agréable, surtout pendant l'été.
Non seulement le XVI'- arrondissement occupe l'extrémité occidentale de Paris rive droite, mais encore il se trouve dans une boucle de la Seine qui est voisine de très belles campagnes. On y a percé, à grands frais, des avenues larges et bien aérées; le voisinage immédiat du bois de Boulogne y attirera toujours les amateurs de verdure et de promenade ; il est très salutaire pour les enfants. A ces avantages généraux, le quartier de Passy joint celui de reposer sur un sol perméable, par conséquent facile à assécher, et plus élevé que la presque totalité de celui de nôtre grande capitale. Les jardins d'Auteuil, c'est maintenant Paris et c'est en même temps la campagne ; on n'y a pas, comme aux environs, dans la banlieue, le brouhaha de la circulation et l'encombrement des promeneurs du dimanche. Aussi, beaucoup de personnes désertent, quand elles le peuvent, les anciennes constructions des rues étroites du centre de la Ville, pour venir s'installer dans les maisons neuves qui ont été récemment bâties en grand nombre sur le solduXVl'arrondissementetoùelles trouvent des ascenseurs, des monte charges, l'eau froide et l'eau chaude à tous
\«t> ^;ji^^, iles bow-windows, salles de bains et galeries, de vastes salons, le :ot.jiuflwi^o à l'eau chaude, le téléphone, Téclairage électrique, des vérandas, :xa<» distribution intelligente des appartements et toutes les installations du •.vuforlable moderne.
Les spéculations auxquelles donne lieu, depuis près de quatre-vingts ans. la mise en valeur des terrains du XVI*' arrondissement y ont beaucoup réduit retendue des parcs et jardins. Il est regrettable et fâcheux, à ce point de vue. que le nombre des hautes maisons de rapport s'accroisse constamment : mais il serait bien impossible d'arrêter ce courant. On devra, du moins, s'attacher à ce que les façades soient moins uniformes et à ce qu'elles présentent de lélégance, une certaine originalité et des silhouettes artistiques. D'ailleurs, on conservera toujours Tavantage de la proximité du bois de Boulogne et, même dans les rues entièrement bâties, les vastes tlots qui les séparent (mt généralement encore beaucoup d'arbres, ne fût-ce que ceux des laides et nombreuses avenues et d'un grand nombre d'établissements publics.
Enfin, Auteuil et Passy sont mis en relations avec la gare Saint-Lazare par des trains extrêmement fréquents; rextension et Taccélération des moyens de transport diminuent considérablement l'inconvénient résultant de ce que le XVP arrondissement est éloigné du centre de Paris ; Tadoption de la traction mécanique pour les tramways a déjà réduit très sensiblement la durée des trajets. Une amélioration encore plus importante a été récemment obtenue pour les quartiers desservis par les premières lignes du chemin de fer métropolitain, qui facilite beaucoup les relations, grâce à la vitesse et à la multiplicité des trains. Ou^nd les lignes métropolitaines auront reçu tous les développements dont elles sont susceptibles, les négociants et les hommes d'affaires prendront de plus en plus l'habitude d'imiter leurs collègues de Londres, en établissant leur domicile de famille en bon air et dans une demi campagne, tout en conservant leurs bureaux dans la partie centrale de la ville. Le perfectionnement des moyens de transport développement des voies ferrt^s. augmentation du nombiv et de la rapidité des trains, abaissement des t;<rif> abrcge les distances et amstitue un des principaux facteurs de la pri»si>éritê toujours croissitnte du Wl' arrxHidiss^fment.
Parmi les lignes metroiK>litaine> actuellement concédées, la seule qui intf-re-se le territoire du quartier d Auteuil est ortie qui partira de la parle Molitor. p«»ur traverser la Seine à lavai du pont Mirabeau: mais elle est iri-«ifri-r<nte pour bi»*n de>>en ir Auteuil, qu'elle se fera communiquer qu'avec i^ riv»r iT'iU'^he plus directemen:.
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t^ri.-i t-t V>^s*■..•^^ > ifn>?c zr*:*.. f«pnctUiM des rues plus étroites.
OBSERVATIONS SUR LA SITUATION ET L AVENIR DU XVr ARRONDISSEMENT 227
serait, sans doute, d'une réalisation moins aisée et plus coûteuse (expropriatioQS, déplacements d'égoûts, etc.). Quoi qu'il en soit, cette ligne augmenterait le nombre des stations métropolitaines, non seulement à Auteuil, mais encore à Passy, etelle aurait une clientèle nombreuse. La population de ce quartier augmente, en effet, chaque année et a beaucoup de relations avec le centre de Paris ; l'affluence est énorme aux courses d'Auteuil, surtout pendant le printemps et Tété.
On voit déjà Télectricité briller à Paris dans divers quartiers, même excentriques, tandis qu'elle n'éclaire pas encore les grandes avenues de Passy. Il serait assurément désirable que l'éclairage électrique fût prochainement installé, non seulement dans le jardin des Tuileries, les Champs- Elysées et l'avenue de la Grande-Armée, mais encore sur les pelouses du Ranelagh, ainsi que sur toutes les grandes voies du XVI" arrondissement et du i)ois de Boulogne. Si ce bois était éclairé, au moins en partie, la sécurité y serait mieux assurée et Ton pourrait plus aisément y donner de belles fêtes; la clientèle devenant plus nombreuse, la Ville verrait s'augmenter les redevances provenant des loyers des concessions qui lui donnent déjà de très belles recettes. Les propriétés privées augmentant de valeur, les revenus provenant des impositions en recevraient une certaine impulsion pour la Ville et pour l'État. Il conviendrait, en outre, d'augmenter au bois de Boulogne le nombre, trop restreint, des abris pour protéger les personnes en cas de pluie, et d'allouer des crédits annuels plus élevés de manière à permettre un entretien plus soigné des avenues et des pelouses, ainsi qu'un curage plus fréquent des lacs et des petites rivières. L'embellissement du bois de Boulogne n'intéresse pas seulement les habitants du XVI® arrondissement, puisque le chemin de fer de ceinture et les autres moyens de transport y amènent de nombreux promeneurs qui y viennent le dimanche de tous les quartiers de Paris, pendant la belle saison.
Il est à désirer que les parcs qui ornent encore aujourd'hui le XVI*' arrondissement, notamment celui de la Muette, ne soient pas vendus à des sociétés qui y feraient construire des maisons de rapport. Si cette éventualité devait malheureusement se réaliser pour la Muette, il faudrait au moins que le projet de lotissement fût établi de manière à réserver de larges espaces où l'on conserverait les vieux arbres du parc. Cela serait même l'intérêt bien entendu de la spéculation, pan^e que ce serait de nature à attirer des locataires en état de payer des loyers élevés. Il (conviendrait, en outre, d'imposer aux acquéreurs, par les contrats de vente, des servitudes analogues, pour les façades, à celles qui régissent l'avenue Henri-Martin, le boulevard Suchet et d'autres voies du XW' arrondissement. Il importe, en efïet, de ne pas dénaturer l'aspect du Ranelagh et de l'entrée du bois de Boulogne.
On devra étendre le plus possible l'établissement des pavages en bois et en asphalte. Le carrefour de Passy, situé à l'intersection des rues de Passy, Franklin, Vineuse, Raynouard et du boulevard Delessert, est trop étroit; cet inconvénient s'est encore aggravé depuis que les tramways à air comprimé empruntent la rue Franklin et stationnent à la rencontre de cette rue avec le carrefour ; il serait urgent de l'élargir, et cette opération serait actuellement assez facile, puisque les maisons à rescinder n'ont qu'un seul étage.
Le lycée Janson-de-Sailly, où le nombre des élèves a atteint le chiiVre de l.H;>3 en 1901, ne peut pas en recevoir un plus grand nombre; pour être en
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mesure de satisfaire aux nouvelles demandes d'admission, il serait utile d'établir à Auteuil un établissement d'enseignement secondaire organisé suivant les idées modernes. Danslecas où Tlnstitution de Sainte-Périne serait désaf fectée, une partie de remplacement de cette Institution pourrait être consacrée à cette fondation. 11 serait, d'ailleurs, utile d'assurer, dans de bonnes conditions, le transport des élèves entre le domicile de leur famille et le lycée.
Les travaux de la ligne de Courcelles aux Invalides et de son souterrain étant entièrement terminés, on reprendra prochainement les constructions auHlessus de ce souterrain, notamment auprès de la rue Gustave-Nadaod et du carrefour formé par la rencontre des rues de Passy, de la Pompe, Boulainvilliers, Mozart et de la chaussée delà Muette. Ce travail sera facilité par le percement de la rue que la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest a ouverte entre la chaussée de la Muette et la rue Gustave- Nadaud.
Le prolongement de la rue Mozart, qui devait être dénommé « avenue de la Muette », est projeté depuis le second Empire ; pour le faciliter, on a ménagé des amorces à la place Possoz ; le point où il devait aboutir, sur la place du Trocadéro, est marqué par des arcades accolées au mur de soutènement du cimetière de Passy ; mais ce prolongement n'a pas encore été exécuté. Si l'opération de voirie qui consisterait à le réaliser jusqu'à la place du Trocadéro paraît trop coûteuse, on pourrait, du moins, prolonger la rue Mozart depuis la chaussée de la Muette jusqu'à la place Possoz, ce qui donnerait un débouché par la rue Cortarabert et ferait disparaître le rétrécissement fâcheux que présente la rue delà Pompe près de sa jonction avec la rue de Passy ; malheureusement, ce travail entraînerait la démolition de la maison remarquable, dans laquelle le cabinet de physique du roi avait été établi au xvui^ siècle.
C'est à la station de l'avenue Henri-Martin que se trouve la bifurcation de Tancienue ligne (desservant Auteuil, le Point-du-Jour et la ceinture rive gauche; et de la ligne de Courcelles aux Invalides, qui a été inaugurée en lîKK) ; elle établit une communication directe entre Passy et le Champ de Mars et permet, grâce au nouveau chemin de fer reliant la station des Invalides à celle de Viroflay, d'aller directement de l'avenue Henri-Martin à Versailles et sur les lignes du réseau de l'Ouest, sans avoir à faire, comme aujourd'hui, un détour par la gare Saint-Lazare. La station de l'avenue Henri-Martin ne pourra pas être concurrencée, dans notre région, pour le transport des voyageurs allant, par les véhicules des grands réseaux, de la rive droite au quai d'Orsay, attendu que des considérations d'esthétique, ainsi que l'énormité des dépenses qu'il faudrait faire, s'opposent à ce que la construction d'un pont de chemin de fer, pour le passage du matériel des grandes (Compagnies, soit autorisé au-dessus de la Seine, entre la halle aux vins et le pont d'Iéna. Mais la station de l'avenue Henri-Martin ne prendra toute l'importance qu'on peut en attendre que si on réalise, ce qui est probable, la jonction des gares desservant à Paris les grands réseaux, notamment celle de la gare des Invalides (réseau de l'Ouest) avec la gare du quai d'Orsay (^réseau d'Orléans).
Le déclassement des fronts ouest et nord de l'enceinte fortifiée de Paris, entraînant la suppression de cette enceinte entre la Seine et la porte de