LE CHATEAU DE LA MUETTE
On a donné plusieurs étymologies sur ce nom de Muette. Certains auteurs prétendent que ce nom vient de meute de chasse, parce que c'était un endroit où Ton réunissait tous les chiens de chasse aue le roi avait à sa disposition quand il ▼oalait chasser dans le bois de Boulogne. Il existait, en effet, autrefois, dans les fon>ts destinées aax chasses royales, des bâtiments que la tradition dit avoir servi à cet usage et que Ton appelait des muettes. D'autres prétendent que Ton avait donné ce nom à cette résidence parce que c'est là que nos rois venaient abriter leurs amours, le nom de Muette signifiant, dans ce cas : lieu discret, endroit oii Ton n'est troublé par personne.
On a donné une explication plus récente et qui semble aussi vraisemblable que les deux premières : ce château n^était autrefois qu'une simple maison que les souverains avaient fait élever au milieu du bois de Boulogne pour y garder les mues des cerfs, c^est-à-dire les bois qu'ils perdent à l'automne,
et pour y mettre les faucons servant à la chasse lorsqu*ils étaient en mue. Or, on sait qa*en terme de fauconnerie on appelle ces sortes d'abris des muettes. De là le nom qui resta au petit château, d'abord simple rendez-vous de chasse, qui fut construit au XVII* siècle et qui devint une résidence royale au commencement du xviii« siècle par les soins de Philippe d'Orléans.
Nous n'avons pas la prétention d'imposer l'une ou l'autre de ces étymologies ; nous laissons à de plus autorisés que nous le soin de faire un choix entre ces différentes définitions.
Quoi qu'il en soit, le château qui nous occupe est situé sur le territoire de Passy, à l'entrée même du bois de Boulogne, sur l'emplacement d'un ancien rendez-vous de chasse.
I^ Muette fit partie du domaine de Marguerite de Valois (1), reine de Navarre. Toutes les chroniques de l'époque ont parlé de la galanterie de cette princesse. Il est inutile de la rappeler ici ; nous nous contenterons seulement de citer un passage de Tallemant des Beaux concernant Tonginalité de ses costumes, dont il dit :
« Elle faisait faire ses quarrures et ses corps de Juppé beaucoup plus larges qu'il ne falloit, et les manches à proportion.
« Pour se rendre plus belle de taille, elle faisoit mettre du fer blanc aux deux côtés de son corps pour élargir la quarrure. Il y avoit bien des portes oii elle ne pou voit passer. Elle avoit un moule un demi-pié plus haut que les autres et estoit coiffée de cheveux blonds, d'un blond de filasse blanchie sur l'herbe. Elle avoit été chauve de bonne heure. Pour cela elle avoit de grands valets de pié blonds que l'on tondait de temps en temps. »
Malgré toutes ses excentricités, elle ne dépassait jamais la mesure des convenances. Elle aimait s'entourer de savants et de lettrés, et rien ne lui était plus agréal)le à table que de les entendre discourir.
Lorsque le roi voulut dissoudre son mariage pour les beaux yeux de Mme do Beaufort, elle refusa toujours énergiquement, pensant que, si elle y consentait, ce serait porter atteinte à sa propre dignité et à l'honneur de la couronne ; mais elle avait assez, de tact et de sens politique pour se plier aux nécessités d'Etat. Sa tendresse pour le jeune Dauphin, fils de Henri IV et de Marie de Médecis, le démontra bien. « Ah ! qu'il est beau ! » s'écria-t-elle, en le voyant lorsque Souvré, son gouverneur, et Pluvinel, premier écuyer, le lui présentèrent pour la première fois. < Ah ! qu'il est bien fait ! que le Chiron est heureux qui élève cet Achille ! »
A la mort de Henri IV, elle fit au jeune roi donation en règle de tous ses biens ; c'est ainsi que le i.1 mars ^Giî). après la mort de cette princesse, le roi Louis .Mil se trouva possesseur du rendez-vous de chasse de la Muette.
(^telan fut investi par le roi Louis XIV de la dignité de capitaine de la garenne du bois de Boulogne, et ce fut lui qui fit faire des constructions
(1) Il existe eiirurc aiijoiinriiiii 11110 niléo du IniIs ili<! Bouht^iie <{iii porte le nom (l'Allée de la Heine Marjfuerile.
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HISTOIRE DU XVr AHRONDISSEMKNT
Dans cette extrémité où les médecins ne savent plus oue faire et oii on a recours atout, on parla de Telixir d*un nommé Garus, qui faisoit alors beaucoup de bruit et dont le roi a depuis acheté le secret. Garus fut donc mandé et arrifa bientôt après. Il trouva Mme la duchesse de Berry si mal
3u*il ne voulut répondre de rien. 1^ remède fut onné et réussit au delà de toute espérance. Il ne s^agissoit plus que de continuer. Sur toutes choses, Garus avoit demandé que rien, sans exception, ne fiU donné à Mme la duchesse de Berry que par lui, et cela même avoit été expressément commandé par M. |le duc] et par Mme la duchesse d'Orléans. M'"'' la duchesse de lierry continua d*ètre de plus en plus soulagée et si revenue à elle-même que Chirac craignit d'en avoir l'atfiont. Il prit son temps que (îarus dormoit sur un sofa, et, avec son impétuosité, présenta un purgatif à Mme la duchesse de Berry, qu'il lui fit avaler sans en dire mot à personne et sans que deux gardesmalades qu'on avoit prises pour la servir, et qui seules étoient présentes, osassent broncher devant lui. L'audace fut aussi complète que la scélératesse, car M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans étoient dans le salon de la Muette. De ce moment à celui de retomber pis que l'état d'où l'élixir l'avoit tirée, il n'y eut presque pas d'intervalle. Garus fut réveillé et appelé. Voyant ce désordre, il s'écria qu'on avoit donné un purgatif qui, quel qu'il fût, étoit un poison dans l'état de la princesse. Il voulut s'en aller, on le retint, on le mena à M. |le duc] et à Mme la duchesse d'Orléans. Grand vacarme devant eux, cris de Garas, impudence de («hirac et hardiesse sans égale à soutenir ce qu'il avoit fait. Il ne pouvoit le nier parce que les deux gardes avnient été interrogées et l'a voient dit. Mme la duchesse de Berry. pendant ce débat, tendoit à sa tin sans que Chirac ni Garus eussent de ressource. 1-Jle dura cependant le reste de la journée et ne mourut que sur le minuit. Chirac voyant avancer l'agonie, traversa la chambre, et faisant une rt'vérence d'insulte au pied du lit qui était ouvert, lui souhaita un bon voyage en termes équivalents, et de ce pas s'en alla à Paris. La merveille est qu'il n'en fut pas autre chose et <|u'il demeura auprès de M. le duc d'Orléans comme auparavant.
Mme de Saint-Simon voyant que la tin s'approchoit et qu'il n'y avoit personne à la Muette avec qui M. le duc d'Orléans fiU bien libre, me manda u'elle me conseilloit d'y venir pour être auprès e lui en ces tristes moments. 11 me parut, en effet, que miin arrivée lui tit plaisir et que je ne lui fus pas inutile au soulagement de s'épancher en liberté avec moi. Le reste du jour se passa ainsi et à entrer des moments dans la chambre. Le soir, je fus presque toujours seul aupn's de lui.
tntin sur le minuit du "H juillet, Mme la duchesse de \U^ïry mourut, deux jours aprèi le forfait de Chirac' M. le duc d'Orléans fut le seul touché. Quelques perdants s'affligèrent : mais qui, d'entre eux, eut de quoi subsister, ne parut pas même regretter sa perle. Mme la duchesse d'Orléans sentit sa délivrance, mais avec toutes les mesures delà bienséance. Madame ne s'en contraignit que médiocremeot.
Sur les cinq heures da matin, c'est-à-dire di^ heures après cette mort, La Vrillière arriva ï k Muette, où il mit le scellé en présence deMnede Saint-Simon. Le corps de Mme It ducbetse et Berry fut déposé ensuite dans la chapelle de h Muette, sans être gardé, où les messes basso furent continuelles tous les matins.
Je m'établis à Passy chez M. et Mme de Ijva pour être plus près de la Maette, sans y être t«h jours, d*où j'allais presque tons les jours m .M. le duc d'Orléans, outre les jours de Geoseil de régence. Comme il n*y eut point de céréMnie, tout le monde fut dispensé des manteasict des mantes au Palais-Hoyal, où on se prémU en deuil, mais en habits ordinaires.
Le soir du samedi 1!2, Tabbé de Castiies, nommé à l'archevêché de Tours, et son preaicr aumônier, porta le cœur au Val^ie-Grâoe. ayyt à sa gauche Mlle de la Roche-sor-Yon. Mme de Saint-Simon au devant et la duchesse de Loivigny, nommée par le roi. Mme de Brassae, daae de Mme la duchesse de Berry, à une portière, et ce qui fut fort étrange, la dame d'honneur de Mme la princesse de Coati, mère de Mlle de b Boche-sur- Yon, à l'autre.
Le dimanche ^^ juillet, sur les dix heures di soir, le corps de Mme la duchesse de Berry fat mis dans un carrosse dont les huit chevaox étoieit caparaçonnés. 11 n'y eut aucune tenture à b Muette. L'abbé de Castries et les prêtres snivoiait dans un autre carrosse et les dames de Mae U duchesse de Berry dans un autre. Il n'y est qu'une quarantaine de flambeaux portés par ses pages et ses gardes. Le convoi passa par le bois de lk)ulogne et la plaine de Saint-Denis, ivee beaucoup de simplicité, et fut reçu de même dass l'église de l'abbaye.
(Kxtrait des Ménwires du duc de Saint-Sioioo, t. I, pp. 137 et suiv.).
Communiqué par M. le comte P. dk l'Et.usi.