XL — SAINT THOMAS ET SAINT BONAVENTURE
D. Le treizième siècle a-t-il donné à l'Église quelques hommes grands en lumières et en vertu? R. Il lui en a donné plusieurs; les plus illustres
sont saint Bonaventure et saint Thomas d'Aquin , tous deux Italiens de naissance.
Saint Thomas fut l'un des principaux ornements de l'ordre de Saint-Dominique. Le Seigneur, qui le destinait à devenir la lumière de l'Église, s'était plu à orner son esprit et son cœur des plus belles qualités. Ses progrès dans les sciences furent rapides ; mais il les cachait si bien, que son silence passait pour stupidité. Aussi ses compagnons l'appelaient -ils par dérision le bœuf. Mais son maître, qui le connaissait mieux, en jugeait bien différemment; et il disait aux railleurs que les doctes mugissements de ce bœuf retentiraient un jour par toute la terre. Il ne se trompa point: Thomas devint la merveille de son siècle, et composa un grand nombre d'ouvrages, où la science la plus vaste se trouve jointe à la plus tendre piété. On lui offrit l'archevêché de Naples; mais on ne put lui faire accepter cette haute dignité ; il voulut marcher jusqu'à la fin dans l'oubli des honneurs les plus légitimes ; et cette humilité mit le comble à la gloire que ses lumières et ses vertus lui avaient acquise dans tout le monde chrétien (1274).
Saint Bonaventure ne fit pas moins d'honneur à l'ordre de Saint-François, que saint Thomas à celui de Saint-Dominique. Né de parents illustres par leur piété , il aima Dieu dès qu'il put le connaître. Ayant été guéri d'une maladie par les prières de saint François, il entra par reconnaissance dans son ordre, et peu après la mort du saint fondateur il fut élu pour le gouverner. Le pape Grégoire X, plein d'estime, pour ses talents et ses vertus, l'éleva, malgré sa résistance, à la dignité de cardinal. Saint Bonaventure mourut peu de temps après, au concile général de Lyon (1274). Il a laissé un grand nombre d'ouvrages qui respirent la piété la plus affectueuse; et il est regardé en particulier, parmi tous les docteurs de
son temps, comme le plus grand maître de la vie spirituelle.