‹ Histoire ecclésiastique A. M. D. GChapitre 23 sur 56 · IX. — CINQUIÈME ET SIXIÈME CROISADE. FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

IX. — CINQUIÈME ET SIXIÈME CROISADE. FRÉDÉRIC II

D. Quelle fut l'occasion de la cinquième et de la sixième croisade ?

R. Depuis la perte de Jérusalem, les Chrétiens d'Orient se trouvaient dans la situation la plus fâcheuse, et le pape Innocent III avait décidé dans le concile de Latran qu'on ferait une nouvelle croisade. L'empereur Frédéric II, petit-fils de Frédéric Ier Barberousse, avait promis d'en être le chef; mais il ne tint point sa promesse, et ce fut André II, roi de Hongrie, qui prit le commandement de l'armée chrétienne. Ce prince ne fit que paraître en Palestine, et une attaque des croisés contre l'Egypte se termina par une retraite désastreuse (1217-1221). Cependant Frédéric II ne cessait d'alléguer de vains prétextes pour rester dans ses États : excommunié par le Souverain Pontife , il partit enfin, mais pour traiter avec les infidèles, au lieu de les combattre. Ayant obtenu la ville de Jérusalem, il n'y trouva pas un seul évêque qui consentît à couronner un prince excommunié : il se couronna de ses propres mains, et revint en Europe, laissant les Chrétiens d'Orient scandalisés de sa bonne intelligence avec les sectateurs de Mahomet (1228-1229).

D. Quelle guerre entreprit alors Frédéric II?

R. Frédéric II entreprit une guerre acharnée contre le Saint-Siège. Maître de l'Allemagne et du royaume des Deux-Siciles, il prétendait l'être de Rome, et il employa, pour y parvenir, la force des armes, la calomnie, l'émeute et tous les moyens violents et perfides qu'une ambition effrénée peut suggérer à un prince sans conscience et sans pudeur. Il cherchait

même à établir une Église indépendante dont il devait être le chef, et il forma une armée de Sarrasins pour n'avoir à craindre aucun scrupule dans l'exécution de ses desseins criminels. Mais le pape Innocent IV fulmina contre lui une excommunication solennelle dans le concile de Lyon , treizième œcuménique (12-45). On vit alors cet empereur, si orgueilleux et si puissant, n'éprouver qu'humiliations et revers jusqu'au moment où il fit une fin misérable, qui entraîna la ruine de sa maison et rendit la paix à l'Église.

X. — SAINT LOUIS. — SEPTIÈME ET HUITIÈME CROISADE. — JUGEMENT SUR LES CROISADES.

D. Par qui fut entreprise la septième croisade?

R. Par saint Louis, roi de France. Atteint d'une maladie grave, ce prince avait fait vœu de prendre la croix. A la tête d'une armée nombreuse, il voulut aborder en Egypte , dont le roi ou Soudan était alors maître de Jérusalem ; il s'empara de Damiette et pénétra en vainqueur jusque dans le centre du pays. Mais, malgré sa défense, le comte d'Artois, son frère, poursuivit à outrance l'ennemi et s'engagea témérairement dans la ville de la Massoure : il y fut enveloppé et perdit la vie avec l'élite de l'armée française. Il fallut reprendre le chemin de Damietle. Au feu de l'ennemi se joignirent la famine et une maladie contagieuse ; et saint Louis, après des efforts incroyables, tomba entre les mains des infidèles. Il parut dans sa prison le même que sur le trône : il s'y conduisit en chrétien à qui Dieu tient lieu de tout, en héros dont l'âme est supérieure à tous les revers. Les menaces les plus terribles ne purent ébranler sa fermeté,

et les infidèles l'estimèrent le plus fier chrétien de FOccident.

Saint Louis, après quelques mois de prison, recouvra sa liberté. Il passa dans la Palestine, fortifia le peu de places que les Chrétiens y possédaient encore, et ne quitta cette contrée qu'après avoir délivré un grand nombre de captifs , qui étaient en danger de perdre la foi.

D. Quelle fut l'occasion de la huitième et dernière croisade , et de la mort de saint Louis?

R. Saint Louis entreprit une seconde croisade sur la nouvelle des cruautés que les infidèles exerçaient contre les Chrétiens de la Terre- Sainte qui refusaient d'embrasser le mahométisme. Après avoir réglé les affaires de son royaume, il fit voile vers Tunis, d'où il comptait pénétrer en Egypte, et de là dans la Terre -Sainte. On avait d'abord espéré que le roi de Tunis recevrait le baptême; mais il ne songeait qu'à résister par les armes, et il fallut faire le siège de la place. Les chaleurs excessives du climat et la mauvaise qualité des eaux causèrent une peste violente, qui emporta la moitié de l'armée. Saint Louis en fut attaqué lui-même; et jamais il ne parut plus grand que dans cette circonstance critique. Quand il sentit son dernier moment approcher, il se fit coucher sur la cendre; les bras croisés sur la poitrine, et les yeux fixés vers le ciel, il expira en prononçant distinctement ces paroles du Psalmiste : « Seigneur, j'entrerai dans votre maison; je vous adorerai dans votre saint temple, et je glorifierai votre nom. » Ainsi mourut l'un des plus grands et des plus saints rois qui aient été donnés au monde. Les miracles qu'il opéra le firent canoniser vingt-sept ans après sa mort.

D. Que devons-nous penser des croisades?

R. Il faut en juger, non pas sur les déclamations injurieuses de quelques philosophes incrédules, mais

sur les faits que nous présente toute la suite de l'histoire.

Les croisades étaient des entreprises justes et légitimes, puisqu'elles avaient pour but de protéger les Chrétiens d'Orient contre l'oppression des Mahométans, et de défendre l'Europe elle-même de la fureur de ces barbares, qui menaçaient alors de tout envahir. Si la plupart des croisades ont peu réussi, il faut l'attribuer aux perfidies des Grecs, et aux désordres trop communs parmi les croisés eux-mêmes. Si elles n'ont pas sauvé l'Orient, elles ont eu du moins pour l'Occident les suites les plus avantageuses : elles ont plus d'une fois fait cesser ou suspendre les guerres engagées entre les rois chrétiens; elles ont éteint les guerres civiles, qui depuis deux cents ans tenaient les seigneurs particuliers armés les uns contre les autres ; elles ont tourné contre une nation infidèle et conquérante les forces que les Chrétiens avaient employées jusqu'alors à se détruire eux-mêmes. Ce qui achève de venger les croisades de toutes les calomnies dont on s'est plu à les charger, c'est qu'elles ont eu le suffrage des plus grands hommes et des plus saints personnages de leur temps; c'est qu'elles ont été solennellement autorisées par l'Église , à qui sans doute l'assistance divine, promise pour tous les jours, n'a point manqué dans une telle circonstance ; c'est qu'enfin les croisades ont été ratifiées par le plus puissant de tous les témoignages , par les miracles , qui en ont plus d'une fois accompagné la publication.

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