ABRÉGÉ
D. Qu'est-ce que la Religion?
R. La Religion est le culte que l'on rend au vrai Dieu , en croyant ce qu'il enseigne , et en pratiquant les devoirs qu'il impose.
D. Dans quels livres se trouve l'histoire de la Reli-
gion?
R. Elle se trouve dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, qui nous apprennent comment Dieu a parlé aux hommes.
I. — VÉRACITÉ DE L'ANCIEN TESTAMENT. — LES PRO- PHÉTIES. — PROPHÉTIES DE JACOR ET DE DANIEL.
D. Comment prouve-t-on que les auteurs de l'Ancien Testament ont dit vrai, indépendamment de l'inspiration divine ?
R. Par cinq raisons principales : 1° parce qu'ils rap-
portent des choses arrivées de leur temps, et dont ils savaient la vérité; 2° parce que, s'ils avaient dit faux, ils auraient pu être contredits par une infinité de personnes qui avaient été témoins des mêmes choses qu'ils rapportent, et alors leurs écrits n'auraient pas été reçus comme divins; 3° parce que c'étaient des gens très-dignes de foi, à qui on ne saurait imputer aucun crime, et qu'il n'y a rien dans leurs écrits qui les fasse soupçonner de mensonge; au contraire, on y voit régner partout la bonne foi et la piété; A0 parce que les histoires qu'ils racontent sont, pour la plupart, attestées par les auteurs profanes : telles sont l'histoire du déluge, celle de la destruction de Sodome et de Gomorrhe, le passage de la mer Rouge, etc. etc.; 5Û parce que la doctrine qu'ils enseignent est trèsconforme aux lumières de la raison : telle est, par exemple, l'obligation de croire qu'il y a un Dieu, que ce Dieu punira les méchants et récompensera les bons; qu'il faut être équitable , vertueux, et traiter son prochain comme on voudrait être traité soi-même.
D. Quelles preuves a-t-on de la divinité de l'Écriture?
R. On en a quatre : 1° les miracles que les prophètes ont faits, pour prouver que Dieu les avait envoyés; 2° les prophéties qui regardent la venue de Jésus- Christ et beaucoup d'autres événements, lesquelles ont toujours été accomplies ; 3° la sublimité de la doctrine de l'Écriture , qui est si sainte et si parfaite qu'il n'y a que Dieu qui en puisse être l'auteur; 4° le pouvoir admirable qu'elle a sur ceux qui la lisent; car, en sanctifiant leur cœur, elle les remplit de paix et de consolation.
D. De quel poids peuvent être les prophéties de l'Ancien Testament, pour prouver la vérité de la Religion?
R. Elles sont d'un très-grand poids, et quiconque les examinera avec attention, sera convaincu qu'elles
ont été inspirées de Dieu , et que par conséquent ce sont des preuves démonstratives de la vérité de la Religion. Comment des hommes auraient-ils pu prédire des événements qui devaient arriver cinq cents ans après? Or les prophéties de Daniel sur les quatre grandes monarchies et sur la venue de Jésus-Christ ont été faites cinq cents ans avant leur accomplissement; cependant elles sont si claires, que, si Ton n'était sûr de leur ancienneté, on croirait qu'elles ont été faites après coup.
D. Les Juifs ajoutaient-ils foi aux prophéties du vivant des prophètes qui les avaient faites?
R. Oui; et comment ne Fauraient-ils pas fait, tandis qu'ils voyaient de leurs propres yeux l'accomplissement des choses qu'on leur prédisait? Si on ne leur avait fait que des prédictions très-éloignées, et dont ils n'eussent pu voir l'accomplissement, ils auraient été en droit de les révoquer en doute ; mais comme ils voyaient tous les jours l'événement de ce qui avait été prédit , ou par des prophètes de leur temps , ou par ceux qui les avaient précédés , l'accomplissement de ces premières prophéties leur faisait espérer celui des suivantes. Ils croyaient l'avenir, parce qu'ils voyaient le présent; et ils étaient persuadés que ces prophéties étaient divines, parce qu'elles étaient infaillibles.
D. Peut-on prouver par les prophéties la venue du Messie?
R. Oui. Il y en a qui marquent précisément le temps de sa venue, le lieu de sa naissance, les qualités qu'il devait avoir, ses miracles, sa passion., le genre de sa mort, et d'autres particularités qui conviennent tellement à Jésus-Christ, qu'elles ne sauraient convenir qu'à lui.
D. Quelles sont les principales prophéties qui regardent le Messie?
R. Ce sont celles de Jacob , des prophètes Daniel ,
Isaïe, Aggée, Michée et plusieurs autres; mais je ne rapporterai que la prophétie de Jacob et celle des soixante-dix semaines de Daniel.
D. Dites-nous la fameuse prophétie de Jacob.
R. La voici ; mais il est à propos de rapporter auparavant dans quelles circonstances elle a été faite. Jacob, étant au lit de la mort, donna sa bénédiction à tous ses enfants , et leur prédit ce qui devait leur arriver. Quand il vint à Juda, il releva au-dessus de ses frères, et leur dit que de sa race sortirait le Sauveur du monde. Voici en quels termes il l'annonce : Le sceptre ne sortira point de Juda, et le gouvernement ne sortira point de ses descendants, jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, et il sera l'attente des nations.
D. Comment la prophétie de Jacob a-t-elle été accomplie?
R. Elle a été accomplie, 1° en ce qu'au temps où Jésus-Christ est venu, le sceptre n'était plus entre les mains des Juifs, puisque Hérode l'Ascalonite, alors roi de Judée, était Iduméen; 2° en ce que, dans le même temps, les Juifs perdirent l'autorité de se gouverner par eux-mêmes , avec le pouvoir de vie et de mort; ils en firent un aveu public au temps de la Passion de Jésus-Christ , lorsqu'ils s'écrièrent : Nous n'avons pas le pouvoir de faire mourir personne.
D. Dans quel temps fut faite la prophétie de Daniel?
R. Pendant la captivité de Babylone, où Daniel, affligé de la souffrance des Juifs , fit à Dieu une ardente prière pour obtenir de lui ses miséricordes sur son peuple, et l'effet de ses anciennes promesses. Dieu, touché des prières de son serviteur, lui envoya l'Ange Gabriel pour le consoler et lui apprendre l'avenir; en sorte que le discours de l'Ange à Daniel est ce que l'on appelle la prophétie des soixante -dix semaines.
D. Dites-nous la prophétie de Daniel.
R. « Il n'y a plus à attendre soixante-dix semaines, « dit l'Ange à Daniel, pour mettre le comble à vos « vœux et à ceux du peuple; car avant la fin des « soixante- dix semaines viendra l'accomplissement « des promesses et la fin de l'iniquité; la justice éter- « nelle paraîtra sur la terre pour accomplir cette ré- « vélalion , au temps que le Saint des saints aura « l'onction. Comprenez-le donc, et faites-y attention: « depuis l'ordre qui sera donné pour rebâtir de nou- « veau la ville de Jérusalem , dont les maisons et les « murs seront construits à la hâte ; depuis cet ordre « jusqu'au Christ, chef du peuple, il n'y aura d'in- « tervalle que sept semaines, avec soixante -deux « (c'est en tout soixante-neuf semaines ou quatre cent « quatre-vingt-dix ans). Le Christ sera mis à mort, et « le peuple qui l'aura renoncé ne sera plus son peuple. « Un autre peuple , sous les ordres de son chef, vien- « dra renverser la ville et son sanctuaire, qui seront « entièrement ruinés ; et après la fin de cette guerre k viendra la désolation prédite. Le Christ confirmera « son alliance avec plusieurs, dans une semaine, qui « sera la soixante -dixième; au milieu de cette se- « maine, l'hostie et le sacrifice seront abolis. L'abo- « mination de la désolation sera dans le temple , et la « désolation durera jusqu'à la fin du monde. »
D. Qu'y a-t-il à remarquer sur la prophétie de Daniel?
R. Il faut observer que les semaines dont il s'agit ici sont des semaines d'années, et non de jours; que chaque semaine contient sept années , et que toutes ensemble font l'espace de quatre cent quatre-vingt-dix ans. Tout le monde convient de cette vérité; mais, s'il en fallait donner la preuve , il suffirait de remarquer qu'il est dit dans la prophétie que la ville serait rebâtie au bout de sept semaines : or il est évident
que cela aurait été impossible, si c'étaient des semaines de jours; d'ailleurs, on sait qu'à cause des oppositions des Samaritains, la ville ne fut finie qu'au bout de quarante-neuf ans , ce qui fait en tout sept semaines d'années.
D. La prophétie de Daniel a-t-elle été accomplie?
R. Oui; et, pour se convaincre de cette vérité, il faut faire attention à ces trois points : 1° Jésus-Christ devait paraître au bout du terme marqué par la prophétie ; 2° il devait établir sa loi, être rejeté par les Juifs, et mis à mort; 3° la destruction de la ville et du temple de Jérusalem, l'abolition des sacrifices et la dispersion des Juifs devaient suivre cette mort. 0? tout cela est arrivé; car, au temps marqué par la prophétie, est apparu un homme extraordinaire qui avait tous les caractères marqués par les Écritures. Cet homme, appelé Jésus de Nazareth, a commencé sa prédication avec la soixante-dixième semaine , et c'est au milieu de la même semaine qu'il a été crucifié par les Juifs. Après sa mort, Jérusalem a été détruite par l'empereur Tite, au mois de septembre de l'an de Jésus-Christ 70. Les sacrifices ont été abolis, le temple ruiné de fond en comble, et les Juifs dispersés sans retour. C'est par une providence particulière qu'ils subsistent encore ; ils ne sont errants sur la terre que pour porter en tous lieux les oracles qui prouvent la vérité de cette prophétie , et celle de leur réprobation.
D. Quelles autres preuves a-t-on de la venue du Messie?
R. On prouve encore la venue de Jésus -Christ par les livres du Nouveau Testament, par les témoignages des auteurs chrétiens, et par celui de plusieurs historiens profanes.
II. — VÉRACITÉ DU NOUVEAU TESTAMENT. — TÉMOIGNAGES DES AUTEURS PROFANES.
D. Doit-on ajouter foi aux livres du Nouveau Testament?
R. Oui, pour quatre raisons principales, indépendamment de Tinspiration divine : 1° parce qu'ils ont été écrits par des auteurs contemporains, qui n'ont pu être trompés, ayant écrit ce qu'ils avaient vu, entendu et touché ; 2° parce qu'ils ont été écrits par des auteurs incapables de tromper, puisque c'étaient de pauvres pêcheurs sans éloquence et sans ambition , et qui ont scellé de leur propre sang les vérités qu'ils ont annoncées; 3° parce que, quand même ils auraient voulu tromper, ils ne l'auraient pas pu : ils prêchaient devant des gens qui avaient été les témoins des merveilles qu'ils annonçaient, et on aurait aisément découvert l'imposture , si ces merveilles n'avaient pas été aussi vraies qu'elles le sont; 4° parce que plusieurs faits, rapportés dans le Nouveau Testament, sont attestés par les aliteurs profanes. Enfin, on peut dire avec confiance qu'il n'y a point d'histoire dans le monde qui ait autant de certitude, et qui mérite autant de croyance.
D. Quels sont les auteurs profanes qui ont parlé de Jésu^-Christ et des premiers Chrétiens?
R. Ce sont presque tous ceux qui ont vécu de leur temps, ou dans les siècles qui ont suivi de près. Suétone, Tacite et Pline le Jeune, historiens romains, et Josèphe, historien juif, nous ont tous parlé de Jèsus-Christ, et ils écrivaient peu de temps après sa mort. Phlégon, Lampridius, Chalcidius, Ammien Marcellin, et plusieurs autres , vivaient dans les siècles suivants,
D. Que rapportent Tacite et Pline le Jeune de Jésus- Christ et des Chrétiens?
R. Tacite dit que l'empereur Néron, voulant se représenter l'embrasement de la ville de Troie, fit mettre le feu aux beaux quartiers de la ville de Rome; mais que, pour éviter la haine que lui attirai f une action si barbare, il en accusa ceux qu'on appelait Chrétiens, et qu'il les condamna aux plus horribles supplices.
Pline le Jeune, gouverneur de Bitbynie, écrivait à Trajan que, par son ordre, il avait fait mourir plusieurs Chrétiens; qu'il ne les avait trouvés coupables d'aucun crime; mais qu'au contraire , ils s'engageaient par serment à n'en point commettre, et que tout ce qu'on pouvait leur reprocher, c'était de chanter des cantiques en l'honneur de Jésus-Christ. Ces deux témoignages prouvent l'antiquité du Christianisme : ils sont si authentiques , que l'incrédulité la plus opiniâtre ne saurait les révoquer en doute.
D. Qu'est-ce çie l'historien Josèphe dit de Jésus- Christ?
R. Il en parle en termes très-clairs , ainsi qu'on peut le voir dans le passage que je vais citer :
« En ce temps-là, dit Josèphe , parut Jésus, homme « sage, si pourtant il ne faut l'appeler qu'un homme; « car il faisait des choses miraculeuses, et il était le « maître de ceux qui aiment à recevoir la vérité. Il a « eu beaucoup de sectateurs parmi les Juifs et parmi « les Gentils; et Ton croyait qu'il était le Christ. « Étant accusé parles princes de notre nation, Pilate « le fit crucifier. Ceux qui avaient été attachés à lui « ne laissèrent pas de lui être fidèles; car, trois « jours après, il apparut vivant, comme l'avaient « prédit les prophètes inspirés de Dieu, et il fit beau- « coup d'autres prodiges. Ses sectateurs , appelés de «. son nom Chrétiens, ont subsisté depuis, et subsiste tent encore aujourd'hui. »
D. Quels traits de la vie de Jésus sont rapportés par Chaicidius et Phlégon, auteurs païens?
R. Chaicidius, philosophe platonicien, rapporte que, Tannée qui répond à celle de la naissance de Jésus-Christ, il parut une étoile brillante, qui n'était point d'un mauvais présage, niais qui annonçait la venue d'un Dieu pour le bonheur de tous les hommes. Il ajoute que de sages Chaldéens, l'ayant découverte, allèrent chercher ce Dieu nouvellement né, et que, l'ayant trouvé , ils lui présentèrent leurs vœux et leurs hommages ; ce qui doit visiblement s'entendre de l'étoile qui conduisit les Mages à Bethléem.
Phlégon, affranchi de l'empereur Adrien, décrit l'éclipsé arrivée à la mort de Jésus -Christ, de la même façon et avec les mêmes circonstances qu'elle est rapportée par les évangélistes.
D. Ammien Marcelliu, auteur païen, ne rapporte-t-il rien qui puisse confirmer la venue de Jésus -Christ?
R. Ammien Marcellin rapporte que Julien l'Apostat, ennemi juré du nom chrétien , voulut faire rebâtir le temple de Jérusalem pour démentir, s'il était possible, la prédiction que Jésus-Christ avait faite sur la désolation générale et perpétuelle de ce temple ; et que , pendant qu'on travaillait avec le plus d'ardeur à cet ouvrage, tout d'un coup d'horribles tourbillons de flammes sortirent des fondements, consumèrent la plupart des ouvriers , et rendirent l'entreprise inutile. On sait d'ailleurs, par les écrits de Julien l'Apostat, qu'il admettait les faits racontés dans le Nouveau Testament. Celse, Porphyre et autres philosophes païens, tenaient également ces faits pour incontestables. Enfin Tertullien assure que, Pilate ayaut envoyé à Rome tous les actes de la mort et des miracles de Jésus -Christ, Tibère proposa de le mettre au nombre des dieux. Toutes ces preuves réunies ensemble
démontrent invinciblement la venue de Jésus-Christ et la véracité du Nouveau Testament.