‹ Histoire ecclésiastique de BretagneChapitre 72 sur 84 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

1. Pour se mettre à portée de composer une histoire d'une manière satisfaisante , il faut non-seulement en connoltre le fond , mais encore tout ce qui a des rapports nécessaires avec elle. Sous ce point de vue , qui rapproche les parties à proportion du besoin qu'on en a , et qui les place comme elles ont existé , celui qui met la plutne à la main doit y en exposant des faits > aller jusqu'à la source. Ce ne sont plus de simples détails qui n'ont aucune liaison entr'eux. Si les événemens se présentent aux lecteurs , c'est pour découvrir la connexion qu'ils ont les uns avec les autres. On saisit alors Tenchainement qu'ils ont avec l'esprit et le cœur humain.

2. Si ces principes y qui flattent l'homme naturellement grand et avide de s'instruire du passé , pour mettre à profit et les vertus et les fautes de ceux qui l'ont devancé ^ conviennent à l'histoire en général , ils sont

bien plus propres à celle de l'Eglise. Les ténèbres de Terreur et de la superstition se sont répandues sur la plus grande partie de Tunivers. Si la Bretagne, plus ferme que tant d'autres^ a combattu long-temps ces monstres , elle en a été à la fin terrassée. La véritable origine de ses égaremens sur la divinité et les hommages qui lui sont dus , est encore un problème. Sa solution donneroit de grandes lumières.

La foi chrétienne ne connolt à la vérité d'autres dogmes que ceux que Dieu j toujours infiniment éclairé et au-dessus de toute erreur , a daigné révéler. Toujours pure dans ses* mœurs j la religion de Jésus-Christ sait écarter tout ce qui seroit capable de les altérer. Guidée sans cesse par l'Esprit-Saint , TEglise catholique n'admet dans le culte extérieur et dans ses cérémonies augustes , que ce qui peut conduire à Dieu.

Mais qu'il étoit à craindre que les Bretons néophytes , semblables à Àchan qui avoit réservé quelque chose de Jéricho , ne retinssent quelques-uns de leurs anciens usages contre la volonté du Très-Haut ! Les préjugés que l'on a reçus de ses - ancétre§ ; leur maoière de penser et d'agir sur laquelle ou s'est modelé ; les rits et les coututaies qu'ils nous ont transmis et que l'habitude a rendus respectables , forment une espèce de nouvelle nature à laquelle la religion s'oppose souvent sans fruit. Ses impressions, toujours vives et souvent présentées , subjuguent l'homme presque malgré lui. L'expérience de tous les siècles ne confirme que trop une vérité si humiliante.

Il est donc du moins très-utile de savoir quels étoient la religion , le$ mœurs et les usages des Bretons , avant qu'ils eussent embrassé le christianisme. Par là nous verrons en quoi ils s'en rapprochoient ou s'en éloignoient. Nous ne pourrons ignorer ce qu'ils ont tenté d'y porter avec eux. Le contraste des deux religions servira enfm à nous faire coanoitre de quels maux nous sommes délivrés.

Pour remplir un objet aussi intéressant , il faudroit des lumières plus étendues que les nôtres et un pinceau plus habilement manié. Puisse le désir de servir la religion et la patrie , suppléer à ce qui nous manqua d'ailleurs ! Commençons.

3. Nous considérerons les Bretons sous deux époques différentes. La première contiendra ce que ces peuples ont été durant le temps qu'ils ont formé enlr'eux une société libre et indépendante. La seconde renfermera les changemens qui leur sont arrivés depuis que Jules -César les soumit aux Romains , jusqu'à ce moment fortuné où ils embrassèrent la religion ckrétienne. Ce qui partagera notre introduction en deux livres.

IlfTRODOGnOir.

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