‹ Histoire ecclésiastique de BretagneChapitre 75 sur 84 · P. F, PI... SO,... O · texte numérisé non relu

P. F, PI... SO,... O

LEUG.

Le haut de ce pilier est creusé en forme de bassin et Ton y aperçoit quelques trous.

» remarque a*ont jamais été fermés. .. Les pe- » tites pierres cariées dont Tédiûce est reyétu » ont la surface arrondie , comme sont ordi- » nairement les pavés des mes ; ces pierres » sont à peu près blanches comme le tof. Le » dedans est reyétu de ces pierres , comme le » dehors, et elles manquent aux mêmes en- » droits» c'est-à-dire , aux angles , au bas et » sur le haut , et cela d'une manière égale sur » les quatre pans qui subsistent. Ces lieux , i> dégarnis de pierres et écorchés , comme dit » Pingénieur , ontunenfoncementdans le mur » qui, dans le haut, a bien deux pieds de » profondeur , mais il n*en a pas plus d'un » dans le bas. Ce même enfoncement parott I» aussi an-dedans , et n'a pas plus d'un pied o de profondeur, tant en haut qu'en bas. Le I» prieur de Lehon , Martin Gomeau , conjee- » ture que les angles, tant intérieurs qu'exté- » rieurs, et tous les endroits dénués de ces » petites pierres carrées, étoient ornés de » pierres de taille qui ont été enleyées depuis » pour d'autres bâtiments.

» Les encognures , tant ddiors que dedans, » sont Tides , anssi-bien que la place de la » corniche. Il paroit qu'on en a ôté les colon* «> nés et les pilastres , de même que les pierres » de la corniche.

» Au bas de la colline où est ce temple , 6ù » voit un tronçon de colonne qui a trois pieds » de diamètre : ce qui emporte trente pieds » de hauteur , et cela fait juger qu'elle peut » avoir servi à ce temple , qui en a trente-six » en tout , y compris l'attîque au-dessus de tf la corniche.

x> Alexis Lobineau croit qu'à chaque angle » il y avoit une colonne pareille à celle dont » on y voit encore le tronçon. On pourroit s'ér » daircir si elles étoient effectivement aux an - » gles de l'octogone , en fouillant pour en » trouver le fondement

. » De toutesces observations, il semble qu'on » doit conclure que ce temple n'a jamais été » voûté , puisqu'il n'y a aucune trace de nais- » sance de voûte, ni peut-être couvert , à n moins qu'il ne l'eût été de charpente , ou de M chaume , comme les anciens Gaulois cou- » vroient leurs maisons. Les Grecs avoient » des temples découverts qu'ils appeloient » Hypètres. Quant à cette levée qui contient , » comme on voit , un grand espace , elle pour » voit servir à renfermer le peuple qui assis- » toit aux sacrifices ou aux autres actes de re- » ligion. (Mémoires di VÀcadimiê des sHeneu 9 de Paris.)»

(1) [ Ce n'est point à Saint Méloir des Bois, et auprès de Hédé , mais à Saint Méloir , paroisse du diocèse de Dol , entre Bourseul et Jugon , qu'on voit la colonne milliaire dont il est parlé aux pages 44 et 45 du premier volume de cette histoire, C'est une erreur qu'on s*empresse de relever. Cette colonne indique la voie qui se vend deConeul aux environs de Beaubois, et de là au lieu où l'on a formé l'étang de Jugon , et ensuite de la manière qu'on s'est expliqué à la page 42 (*). Les habiUns du pays nomment ce chemin Leira, parce qu'il est fort bombé. Le, élevé; Ira, Irès.-^ — Avertissement de Deric, publié un an plus tard à la fin de son tome S. a. Y.

(*) Çi-desfus I n? 58 , page 17. a. V.

IirrRODUCTION- 19

Dom Lobineau Tavoit pris pour un autel ; il regardoit les trois autres piliers comme des piédestaux de statues.

Le tout n'est cependant qu'une colonne milliaire sur laquelle on a gravé le nom de l'empereur régnant , et qui servoit à marquer combien il y avoit de lieues de l'endroit où elle est placée, à Rennes et à Corseul.

60. Marcus Piavonius-Victorinus étoit un grand capitaine , que Posthume , tyran des Gaules , associa à l'empire vers l'an a6$ , qui y fut reconnu et y périt de mort violente vers Tan a68.

La seconde route de Corseul passe par le bourg de Languenan ; on y voyoit deux piliers d'environ onze pieds d'élévation ; ils étoient à une distance d'environ six pouces l'un de l'autre et montés sur un piédestal commun. Chacune de ces pierres étoit taillée en rond, à la hauteur de neuf pieds ; le reste se tenninoit en carré. A la face droite de chaque côté ét(Mt représentée une tête d'homme^ et à la gauche une tête de femme. La tête de l'homme étoit nue; celle de la femme portoit une coiffure à l'antique. Les deux autres c6tés de chaque carré contenoient une inscription. Ce monument' fut renversé en 1769 par un ouragan violent. Ce n'est que depuis cette époque que nous avons eu connoissance de. cet antique., Il mérite que l'on en Conserve la mémoire à la postérité. Nous regrettons particulièrement la perte de ces inscriptions. Les piliers sur lesquels elles étoient gravées ont été brisés , et les fragmens dispersésr . > .

Nous pensons cjue cet oûvt^ge étoit une colonne itinéraire. Elle sert à relever l'éclat obscurci die l^àricïehriè ville de Corseul. La voie où se trouvoit cette colonne côndùîsoît vers lia mer^ihais nous n'osons assurer positivement qiiel port elle îndiquiï^.'^

61. Lé territoire des Càriosoh'tèsëoriûtioit'ayéc les Diablintes j de l'occident au midî;'^véc le canton d'Aïeth^ pai' le Clos-Pou-let; avec ce que nous appelons le diocèse de Saint^Brieuc ,^* dans une paroisse qui conserve le nom ^Yfiniac (i), terme indicatif d'anciennes limites; avec les Feneti à Combleœac. L'^, petite rivière qui coule auprès de celte paroisse y séparoit Jes J^eiT^ft'- des,Cfir/o>a//fej (2).

(1) Le nom dT/îniae est coBaposé de /în,ti- (2) Le nomdeceUe parofsse se trouve dans

mUtt; d't, rivièrcy et d'oc, hdbUalim: de- les actes 4e saïnl Melaine, P. justifie, de l'Hist.

meure auprèe ^me rmère qui sert Oe H- de Bret:,t.*t. , parDomMorice;elle est ap-

f^l^,, vMi Cmblici^us, Ce terme vient de cam.

aO HISTOIU SGCLÀIASTIQUE.

6a. 63. Les Feneti , quoi qu'«n dise Strabon (i) ^ n'étoient point Belges. Ils habitoient le terraiB qui compose maintenant le diocèse de Vennes. Pline fait mention dç ce peuple {%). Il appelle Veneîicœ Insulœ les iles adjacentes au continent de cette nation ; le texte grec de Ptolemëe ne dit rien des Fened, Leur nom se lit dans la yersicm latine ; comme elle est ancienne , elle tient à peu près lieu de texte.

64. 65. Les Insulœ FeneUcœ de Pline étoient sous ta dép^idance des Fenetii elles renfermoient soùs ce nom ce qu'on appelle Belle^Isle , connu d'abord sous le nom de FindiUs y dont il est mention dans l'Itinéraire m^itime , et ewuite par celui de Guedelj suivant la donation qu'en fit GeofTroi , comte de Bretagne , au monastère de Redon (3) ; Houat {Siata insula)y du même Itinéraire; Hedic^ Grouais et Quib«t>n , qui forme une île dans les grandes marées.

66. Ptolemée nous apprend que la capitale des Femti s'appeloit Z>ariorigum. La Table théodosienne fait mention de Dartaritum. Ce ne peut être qu'une altération de Dariorigum ^ surtout si l'on considère que cette Table donne à Dartoritum le rang parodî les capitales.

67. Le nom de la capitale des F^neti répondoit à la puissance de cette nation. Il est composé de ^ ,. mer\ de riç , mière , el^rig^ empire ; de sorte que par là l'on entendoit la même dbase qne ivymme qui domine sur la mer et sur les rivières, il y a tout lieii de croire que cette ville étok la maitresse de presque tous les ports jusqu'à la Seine ; le terme Twetia (4) , dont César s'est servi pour exprimer son territoire » seinble l'insinuer; du Bsoins est-il certain que cet historien a'ajamais^employé cette manière de parle? à l'égard des autres cités de la Gaule.'

68. Suivant Dom Lobine^u ^ Dariorigum h'occupoit pas précisément le même espace de terrain que celui sur lequel Venues est assise. Cet auteur pense qu'elle étqit placée sur }W^ pointe de terre qui domiooil sur le Mor-Bihan (5) i et que la pier | dans son flux et. reflux ^entouroit deux fois par jour, U est , en oela ^ d'accord avec César. jCel Wtorien donne

ftadila(ioii> «^ de hlUiko\kMi^, ficmUres: l'#it Mssi appelée CataM«t^, de eal, rœ; af, nom appcUatif de rivière , eal devenu. pro- tfmés, o\ïenét,U$^ti d'ut , 4ievée. Le chef-

prc à celle-ci. ^^^ ^ BeUè-Isle te nôffltte' Maî» , de jpai ,

(l)Géograph. lib. 4. roc, et d'ow, châHoM ; elMeau hdli iur le

(2)Lib. 4,c. 19. , , ^'

(3) Le terme ifffIb-Zrle rend exactement eeox (4)cionunent Ub 3

de FmdOû et de. éued«l. En el&t; FlfidOit

est composé de tin, helU, et d'île , iU; W li»-»*wi ^«n* ^J!^^ «er, et de

Guedel, de gued, UUi, et dW. iU. BèUilik »i*«i , p«lt(e; ce qui vent dire : ptMe fwr.

iimo0iTCTioir. 2 1

assez généralement un pareil emplacement aux villes des Veneti. A une lieue au-dessous de Vennes et au fond du Mor-Bihan est un lieu que les eaux de l'Océan couvrent de cette manière : il se nomme Durouec(i). C'est là probablement son ancienne àtuation.

69. Le Findana portas (a) , que Ptolemée met entre l'embouchure du fleuve Erius (3) (la Vilaine) et te promontoire Gobœum (Cap de Saint- Mahé ou Finisterre) , n'étoit point autre que le Mor-Bihan. L'ancien Navale j terme consacré par les Romains ^ se reconnoit à l'entrée de ce port : on le nomme encore de nos jours Namio.

70. 71. Les Veneti avoient pour frontières les états àesNamnetes j des Redones y des CuriosoUtes et des Osismii. Ils confinoient avec les Curiosoliées à Comblessac : tout ce que nous connoissons d'anciens historiens , tels que César , Strabon , Pomponius-Mela j Pline et Ptolemée font mention des Osismii. C'est là le nom que leur donnent Pline et Mda. Il est un peu changé dans les Conmientaires de César , qui les appelle Oj/>mU ; Pytheas les nomme Timii.

72. Les savans sont partagés sur la position des Osismii {l\). Quelquesuns , du nombre desquels est l'illustre M. Huet y évéque d'Avranches , ont prétendu que ce peuple hi^itoit Hiémes , qui n'est plus aujourd'hui qu'un boui^ , au diocèse de Sées , mais qui autrefois étoit une ville assez considérable et dont le ressort était fort étendu (5).

Cette opinion , fondée snr une mauvaise tradition , a été renouvelée depuis peu par M. Trigan , dans son Histoire ecclésiastique de Normandie . Les preuves qu'il tire des actes qui ont suivi l'âge romain , ne peuvent prévaloir contre c^es que nous fournissent les plus anciens auteurs.

73. StotdxMi j qui vivoit sous Auguste , place les Osismii auprès des Feneù et proche l'Océan. cEn sortant du territoire des Veneti ^ dit ce géo- 10 graphe , on entre sur celui des Osismii... qui habitent un promontoire j^ assez avancé dans l'Océan (6). »

(i) LeDom ds IHirofMeneBt deiinr , ^u- ment amsl appelés de #t, payt^ ctmlrée, et

€^Pt^ obmÊiQMis dW, eauyei d'ec^poinU; d'û,fta«; cequiTOudradire: hcHtans éTun

ce q^ veut dife : frùmcmioife envirxmné de pays has. Le territoire des Osismiens se nom-

(«aiieottfr â^tûn^ . . me mainteDant Batse-Brekignê. Le nom Timii

(2) Vindana est composé de vin , hlane, et peut yenir de im ou dtm , montagne .

de dan, prmeipal ; ce (|ui veut dire : port U (5) La ville d*Hiémes {Oxmum) étoit bâtie

Jailli eontidérable des Blancs ou des Vtnetù sar le sommet d'une montagne. G*est de là

(3) iSrtiuvient dV , eau , et dHu> , eau ; par <ïu'elle a pris son nom. Oe , montagne ; tum , rédnplicatioB, forte rivière. en composition, tym,eommet.

(4) Los OsiernU ou Oithnt sont propable- (6) PostYenetos sont Osismii, qaos limios

a 2 HISTOIRE ECCuêsi ASTIQUE.

Une position de cette nature convient entièrement à la Bretagne. Elle contient plusieurs promontoires qui dominent sur la mer. Le local des côtes de Normandie ne suppose rien de semblable. D'où il faut conclure que , du temps de Strabon , et même de celui de Pytheas , le plus ancien des écrivains gaulois que nous connoissions et qui florissoit quatre siècles avant l'ère chrétienne , il y avoit en Bretagne des Osismii.

Pomponius-Mela met les Osismii sur la mer britannique , vis-a-vis de l'île de Sein (i). Tous les géographes parlent de Sein comme d'une île située dans la partie occidentale de notre Bretagne.

Nous observerons en passant que c'est mal à propos que quelques auteurs lui ont donné le nom d! Ile^s-Saints , soit dans les cartes géographiques 9 soit dans leurs écrits. Nous ajouterons encore que c'est par inadvertance que M. Fréret s'est persuadé que l'île de Sein s'appeloit en bas-breton Enez-Sizun. Ce nom est plutôt celui d'une langue de terre, dont la pointe se nomme le bec duRaz(2). Nous aurons occasion de faire connoître d'où est venu le nom que porte l'île de Sein , et d'en fixer le vrai sens.

De quelque manière que Ton veuille entendre Pline (3) , il est constant que cet historien compare notre Bretagne à une péninsule qui s'avance dans l'Océan et dont l'extrémité étoit habitée par les Osismii.

Ptolemée , dans la description qu'il fait des peuples établis dans l'Ârmorique , depuis l'embouchure de la Seine jusqu'au promontoire Gobée , reconnoît que les Osismii étoient voisins de ce promontoire. Il les fait limitrophes des Veneti (4).

Ce que Ptolemée appelle promontoire Gobée, est l'endroit du continent de la Gaule le plus avancé dans la mer vers le couchant. On y reconnoît la pointe de cette partie de la Bretagne qui a pris le nom de Saint-Mahé ou Finisterre j dont nous venons de parler.

Le nom de Gobée que portoit ce promontoire est pris dans la langue

Pytheas dicit : versus Oceanom habitantes in Ligerim, sed peninsnlam spectatîorem excur-

promontorio quodam satis longé porrecto , non rentem in Oceanum à flne Osismiorom circol-

lamen ità longé nt ille et qui eornsecatisant, tu D. G. XXV. M. passuam , longitadine et

auctores tradidernnt. (fieograph. Ub. 4.) latitudine G. XXY. M. oltra eam Namnetes.

(1) Sena însula in Britannico oceano , Osis- ^^: * » <^- *'^- . , « , .^

micis advcrsa lilloribus. Lib. 3. c. 6. (*> ^^^^ septentnonalc Scqnanas tcnentGa-

,«N » ^js M j,j. .- let» ; post quos Lexubii , post Unelli , post hos

^ -' ' Biducenses , etultimi usque adGobsum pro-

(8) Lugdunensis GaUia babet Lexovios , Ve- montorium Osismii. Occidentale autem latus

netos , Abrincatuos , Osismios , clarum flumen tenenl Vencli , qnonim civitas Dariorigum.

INTRODUCTION. a 3

celtique. Gwepj dit Davies , se rend par Rostrum. Le mot bec exprime ce rostrum; et ce bec est la pointe du Raz^ autrement de Saint-Mathieu ou Mahë.

Ptolemée place près de ce promontoire un SuUiocanus portas. On l'y retrouve efîectivement ; on Toit une rade entre Tabbaye de Saint «-Mathieu et le Conquet , au diocèse de Léon j à qui Ton donne encore de nos jours le nom de Porz-Liocan , ce qui veut dire : Port de couleur blanche. Porz , en celtique, signifie /?o/t; liou , couleur j et can , blanc. Les rochers de Liocan sont en partie blancs ; la grève j qui est couverte de cailloux et de sable, en est toute transparente.

Dom Lobineau dit qu'on voit à Porz-Liocan des vestiges d'un port construit en briques et en ciment. Les anciens du pays assurèrent , en 1694 , à Dom Pelletier , auteur du dictionnaire breton , qu'ils avoient vu des anneaux ou l'on attachoit les navires : ce religieux remarqua la place d'un de ces anneaux.... «Le quai, dit -il, étoit au-dessus de la po pleine mer à la hauteur d'environ trois toises , et les anneaux avoient j> quatre ou cinq pieds moins d'élévation d ; ce qui lui fait juger que les navires étoient dans ce temps- là plus élevés, ou que le rivage a

J^an Villani avoit pris Porz-Liocan pour Saint-Pol-de-Léon. Cénalis n'a pas mieux réussi en tirant son nom des salines qu'il supposoit avoir existé jdans ce lieu.

Les trois historiens que nous avons nommés viennent à l'appui de Strabon pour fixer irrévocablement les Osismii en Bretagne, t^ ces autorités se joint celle de M. d'Anville , qu'il suffit de citer en cette matière pour mériter de la croyance. Ce savant académicien pense que les Osismii occupoient une partie de la Basse-^retagn^. Dire avec M. Trigan que la Notice des provinces et des cités de la Qaule peut éjtre fautive , lorsqu'elle place la cité des Osismii dans la troisième Lyonnoise , c'est avancer une proposition hasardée ; réduire , comme il le fait , sans des preuves évidentes , cette possibilité à l'acte, c'est choquer les règles d'une saine logique.

Au reste i nous reconnois$ons , avec cet historien , le Pagus Oximensis du diocèse de Séez ; mais ; d'après ce que notis avons dit^ il nous parott certain que les Osismii , dont il est ici question , étoient étid)lis dans la Basse-Bretagne.

74* Essayons maintenant de découvrir la vraie situation de la ville principale de nos Osismii. Ptolemée nous en a fourmi le nom sous celui de

24 HISTOIRE ECCLltelASTTQVC.

Vorganiwn (i). La Table de Peutinger, qui nous représente cette ville en abrégé par Vorgiwn , va nous indiquer son emplacement. Cette position se trouve sur une route qui , traversant la Bretagne dans sa longueur , depuis Condmcnum des Namnetes , et passant à Dariorigum des Feneti , aboutit vers la mer en un lieu à qui la Table donne le nom de Gesocribate (a) , mais à qui celui de Gesobrwate convîendroit mieux et qui parolt être le même que Brivates portas de Ptoleméè , c'est-à-dire , Brest. L'analogie qui se trouve entre Gesobrii^ate et Gesocribate est trèssensible ; Ton sait combien la Table théodosienne est peu sûre dans l'assignation des vrais noms de lieu. Ce que la Table désigne par Sulis (3) , entre la cité des Feneti et ceHe des Osismii , se connoît par le point d'union de la petite rivière de Suel avec celle de Bkvet (4). On voit assez d'affinité entre Suel et Sulis , pour ne pas s'y tromper ; on est encore plus rassuré par la distance marquée XX entre Dartoritum ou Dariorigum et Sulis , où cette distance aboutit. De là la Table de Peutinger conduit à Vorgiwn ou Vorgamwn. La distance qui porte XXIII s'arrête à Carhaix , en suivaut la même voie. C'est donc cette ville qui servoît autrefois de chef-lieu aux Osismii. De là on doit conclure combien Albert le Grand s'est trompé , lorsqu'il a écrit que Carhaix avoit été fondé dans le cinquième siècle , par une princesse à qui il donne le nom d'Ahès. C'est avec certitude qu'il rapporte que l'on voyoit de son temps des restes de deux grands chemins dont l'un conduisoit à Brest , et l'autre à Nantes. Il s'est trouvé d'accord , sans le savoir , avec la Table de Peutinger qui les indique.

C'est une tradition reçue dans le pays , que la ville de Carhaix jouissoit autrefois d^une grande considération ; elle n'a maintenant d'autre célébrité que celle que lui donne le commerce de bétail et son excellent gibier. C'est peut-être de là qu'elle a pris son nom actuel; on pourroit le faire vwiir du mot breton kerc'keit qui veut dire perdrix (5).

(1) Torganium tire son nom de t>or , habi- (3) Sulit a pour origine sw , rivière, et is, talion , et de gan , très-ahondatU. Aussi la Tille petite ; Suel vient aussi de tw, rivière , et ^el, de Carhaix est-elle située dans une contrée diminutif, petite rivière.

très-fertile y surtout en pâturages. (4) Blavet est un terme composé dehlauy

(2) Le nom de GeeobrivaU se dérive de ge$ , emfiuenî , et û'ed ou et , rivière ; ce qui signivaiUmU;deM, forteresse, et de «a,mofilo- û^vrhnère à laqueUe une autre s'unit,

gne : montagne sur laquelle il y a une forU- (5; [ Question à résoudre : --A qui doit-on resse défendue par des guerriers. On voit en- attribuer la fondation de Carhaix ? D'où vicncore à Brest les vestiges d'une fortification nent les différens noms que cette ville aporqu'on m^pelklaTourde César, i^rtii vient de lés?— If. Ogée, ingénieur-géographe de Brebres , ^rond , à cause de la beauté et de l'é- togne , à qui Ton est redevable des cartes géotendue de son port. Quoi qu'il

IITTRODUCTIOir. a5

Quoi qu'il en soit, le seul moyen de fixer d'une manière certaine lapo-

aéùîqaei de cette pronnce, et qui ya donner an public un dictionnaire historique et géographique de cette même pro?ince , dans ses obsenrations sur Tédition de cet ouTrage , imprimées chez M. Vatar,à Nantes, en date du 31 Mars 1778 ^ après avoir exposé les différentes opinions que Ton a données jusqu'àprésentsur l'origine de Garhaix, s'exprime de la manière suivante (*) ; a Dans ce conÛit d'opi- » nions sur l'origine de Ker-aës ( car il pré- » tend que c'est là le vrai nom de la ville que » nous nommons Carbaix) (**) , les premiers » momens de son existence nesembloient pas » bien dévoilés , quand un nouveau jour a 9 paru luire sur son origine, dans une re- » jnarque de l'auteur de l'Histoire Ecclésias- » tique de Bretagne , où il prétend démontrer » que l'élymologie de Ker-aës vient du mot » celtique Kerc-heic, ^i, selon lui, veut » dire , perdrix. Voyez U livre inlUuU, In- » iroduelUm à l'Histoire EeeUsiastique de Bre- » iagme , p. 61 (***) , par M. Derie, chanoine » de Dol'f » et au renvoi A, pag. 3, de ces mêmes observations , M. Ogée continue de parier en ces termes : « Ker-heic est le cri »\gu'on attribue à la perdrix, et non pas son » nom , comme l'annonce M. Deric. Le nom » de la perdrix , en breton , est elugear ou ehh » ghkar^ qui veut dire, poule qui se motte, » qui se tapit ; d'ailleurs , quelle ressemblan- » ce, quel air de famille y a-t-il entre Ker- » aes et Kerc-heic?»

L'auteur de l'Introduction i THistoiie Ecclésiastique de Bretagne a-t-il i^llement prétendu d^moiilrfr que l'étymologie de Garhaix vient du celtique Ker-heic? Pour résoudre cette question , il suffit d'avoir recour9 k la page indiquée par M. Ogée. Voici ce qu'on y Ht : « C'est une tradition reçue dans Je pays » que la ville de Carhaix jouissoit autrefois » d'une grande considération : elle n'a main- » lenanl, d'autre célébrité que celle que I^ » donne le commerce de bétail et son excel* ^ » lent gibier : c'est peut-être de là qu'elle a

n n. Ogée 88 regarde da moins comme le rédacteor de la disserlation qu'il présente sur Keraêt , puisque de deux il n'en fait qu'une. Cet t sous ce rapport que nous la lui attribuons.

(**) Dans une de tes notes de la pageS, il avance ce qui suit : c On prononce en français Garhaix ;

» pris son nom actuel ; onpowrroit le faire ve- » nir du mot breton Kerc'heit , qui veut dire » perdrix.»

Beconnoit-on, à ces expressions , le langage imposant de ceux qui cherchent , par )e poids de leurs raisons, à subjuguer les esprits? Croit-on avancer ici des propositions certaines et évidentes ? Soutient-on qu'il doive s'ensuivre nécessairement des conclusions infaillibles? Tel est le maintien de la démonstration. Les termes peut-être, on pourroit^ n'ann6nce|it que de simples probabilités. Pourquoi II. Ogée, qui en connoit la force , veut-il , dans cette circonstance , leur prêter une énergie qu'il leur refuse dans toute autre ? Laissons sous le rideau la cause de cette variation.

Ce n'est point le mot Kerc-heic , qui n'entre probablement dans aucune langue , mais <:fielui de Kerc'heit , qui a été employé par M. Deric. Pour savoir ce que ce mot repr^nte, on ne peut mieux faire que de consulter les lexicographes qui en ont parlé : ils sont les dépositaires de sa valeur^

If. Bullet , dans son dictionnaire celtique , rend Kerehet par perdrix grise , et dit que c'est un mot breton. Dom le Pelletier, dans son vo* cabulaire de la même langue, assure que « Kerc'heit , en Bas-Léon , et peu ailleurs , » est le nom qve l'on donne à la perdrix » grise. Je crois , sjoute-t-il , que ce n^est que » son cri qui lui a procuré ce nom.» Il est donc certain que , dans la langue bretonne , Kerc'heit ou Kereheit a désigné ce qjae nous nommons perdfiop.

If» Ogée a dit .- a Kerc-heic est le cri qu*on » attribue à la perdrix , et non pas son nom. » Un savant lui répond : a C'est une vérité de » fait assex connue que Thomme est, par sa » nature , porté à l'imitation ; on le remarque » de la manière la plus frappante dans la for- » mation des mots. S'il faut imposer un nom » à un objet inconnu , et que cet objet agisse i» sur le sens de l'ouïe, dont le rapport est » immédiat avec l'organe de U parole, pour

s mais celte prononciation est vicieuse : c'est une » de ces complaisances que le Français , Jaloux de s se montrer toujours civil ,mémé aux dépens des » mots , s'est permise , par égard sans doute pour s la délicatesse de l'oreille. 3> (*•*) Page précédente, a. V. :

l6 HISTOIRE ECCLlÉSIAStIQUE.

sition de Vorgemum^ étoît de consulter lesdi^ânûes spécifiées par la Table

» former le nom de cet objet , Thommc xTfi^&litèy ne réfléchit , ni ne compare ; il o imite avec sa voix le nom qui a frappé son » eff«flle , et le son qui en résulte est le nom » qall donne à la chose. G*est ce qm les x) Grecs appellent purement et sîmplemeflU » OMomatdp^e, c*est-à-dire , formatUm du » nom ; reconnoissant , lorsqu'ils rappellent » ainsi emphatiquement et par antonomase , » que, quoiqu'il y ait plusieurs autres ma- » nières de former les noms, celle-ci est la » manière vraie , primitive et originale. Tous » les noms de ce genre peuvent donc être x> regardés comme nécessaires , leur forma- » tion étant purement mécanique et ahso- » lument liée au physique des choses , sans » que Tarbitraire y ait ai^cune part ; qtfbiqtte » fes hommes puissent d'ailleurs donner à » leur guise d'aptres poms à ces mêmes chd? » ses. Les mots appartiennent , par consé- » -quent , à la langue primitive ; si vrai , que x> le mouvement naturel et général à tous o les enfans , est d'appeler d'eux-mémeis les » choses bruyantes du nom du bruit qu'elles x> font ; sans doute qu'ils leur laisseroient à » jamais ces noms que la nature a dictés dès » Tenfance , si l'instruction et Pexemple , » dépravant la nature , ne leur apprenoit x> qu'elles peuvent , en vertu de la convention » lies liommes, être appelées autrement. Les » termes onomatopées sont en 4rè8- grand » nmtiblre , tous originaux «t primitifs , tous 1» Msaiit partie de la langue primitive natu- » relie ; leurs dérivations sofit étendues^ peu » altérées et en quantité , dans quelque » langue qu»ite soit.... L'onomatopéi^ Vétend n tnême aux noms des choses q«i remuent les » sens intérieurs » lorsque leur eftt est de pro- » duire 'ku-dedans du corps quelques meuve- » 'mens inusités. Alors les noms sont imitattfs » des mouveÉiens imprimés tu corps par l'àf"

» fèetion de FAme y tels que horreur, p^lpi

présente l Tesprit l'image de cet oiseau. C'est même la tiàtnre, toujours éclairée dans ses procédés , qtil a mis ce terme à la bouche des Bfetons , et Ton doit savoir gré à ceux du Bas- Léon de nous l'avoir conservé.

Les noms tfie lés premiers hommes imposèrent atrx aalminrx ne furent même que des onomal0t>éèB. Adatn prit plaisir à leur en donner, et les sitv^s ^conviennent que ces noms étoient des onomatopées. Tel est le nom de coucou y en français et en bas- breton ; tel est celm de tourterelle en français ; en gallois , on la nomme tnrtur ; en latin , turtur ; en hâ>r(fu et en chaldéen , cAor on fur; en persan , tétaru; en italien , lorlore ; en espagnol , tortoîa; en allemand , turtellaube {tatàft, cc^tombe) ; en flamand, lurteîâuyve ; ea ancien saxon et en anglois , litrde; en teuton, turtUutùlo; (tuho , èolùtHbe), l'ôus cft noms sortent delà même source.

Le V, Grégoire de Rostrenen , D . le Pelletier lii M. Bullet ne donnent point à la perdrix le nom àeclug$ar on de cîujihicar^ comme le faitH.Ogée. Us l'appellent tlujar.

D. let»eHetlsr eSt du sentiment dé M. Boris, sel , ^tifi vôuloit que dii/ar f ût tifé de deté; fossé ou fosse , et 8e jar , poule ; ce qui voudra effectivement dire : poule qui se molle, ou qui $é oefohe derrière Us ^li&îles; sens que nons a dcmnélf . ^ée, laaîs'âbntil neinoiiii'avoitftias déootit«H la cause. M. Bullet croit qùe'eii^r vient de clug , eaeellent ^ et d'yuf ou jètr, pmk i^ês^eeUenle poule.

Si Ton ado^ céitè denàfière-étymologiè , le Hom ^edu/ar sera posiérîeur au déluge tmitersel; car c'est uniquement par le goût qiAm a conm la quatHé exquise de la perdrix, et Vùti plftse ^mttmnémeht ifue ce n^ésrt que éa lemilséeNoéqu'ott commença à matigéf de U dMr>êesanimanx. Si l'on aime mléùx'serangtf'^fhi parti de M. Roussel » ^hi^4éntseù9

» ter, pénfiir, trembler^ etc. (*) »

Be ces principes lumineux , il suit que , dès Ion que Kerc'heit est un son qui imite k cri de la penlrix^ on a pu s'en servir pour rendre

(*) Mécanique du langaffe* «t i.

(**]0a examinera, dtMcU^lBatrièmevobime de notre Histoire, qadle estiiantiqmtéde lalanfae

■le tn nom très - ancien, inais' il fé'èer a moins que cdui de Kere^heH^fàréeéjifiïtsi piQsfteye d'entendre le cri île la perdrix qric de connoltre l'inclination naturelle de eet oi-

eeltique. (Voyez ci-^près^septiiaieaîècl^^A^IM etaoiv.' a.V.)

UTTHODUCTION. 27

de Peuiioger. Il n'est pas ëtonpAPlt que Sanson , qui n'y a eu aucun égard.

Mais quoique Kere'keil ait été inspiré fj^^ la uatnre pour désigner la perdrix , p^lf} fe^ 00qibIaDce, quel air de famille ce ^Qçi.fesit-il aToir avec Ker-aës? A cette objectjof^ gp répond d^abord qu^on n*a établi d*af&uité qH*eii- (i^ Kerç'heit et Carhqix; on ne savoit pas encore , que le seul vrai nom de Carhaix fût Ker-aës ; la décourerte de M. Ogée n'étoitpas publique.

Ce qu^on n'ignoroit point, c^est qae le faste avec lequel on a donné à la plupart des yijlcs de la Gaule une origine illustre , s^est heureusement éclipsé dans notre siècle. Jules-César, qui ne triompha des Gaulois que par la di?ision qu'il fit semer dans les esprits , n'avoit garde de nous élever des villes ; il avoit trop à cœur et renverser celles qui lui faisoient ombrege. Des légions romaines donnèrent , à la ▼éftié y la naissance à quelques-unes des cités fie 'Bretagne : on en voit la preuve dans TlntroductioB à THistoire Ecclésiastique de cette province , par M. Deric ; mais ces événemens arrivèrent avant la fin du quatrième siècle. Les empereurs s'y firent respecter jusqu'à ce temps. L'an 409, les Bretons armoriques secouèrent le joug ; comme les histoires déposent que , depuis cette époque , ils se maintinrent constanuneotdans l'indépendance > on nepouvoit soupçonner que If. Ogée étoit destiné à prouver le contraire.

On voyoit avec plaisir que le goût du vrai , qui commence à dominor , a introduit une ma*nièresin^e et naturelle de fix^r sans retour ce qui a donné lied aux noms de nos villes. On regarde comme certain aujourd'hui que la plupart ont été désignées par kur position particulière ou parles choses les plus remarquables que leur terrain renfermoit. Comme de tout temps la pffdrix a été abondante et délicieuse dans lo Mi^ton de Carhaix , la première idée qui s'ofire à l'esprit est que cet arroodissement se «era (fabord appelé Kerc'Mii , d'où J*0D aura (ait CarMx.

Mais ce raisonnement n'étoit qu'une conjecture; aussi ne i'a-t-on hasardé que sous les auspices de la probabilité. Comme son auteur Ta depuis examiné plus mûrement, il le relègue dès à présent parmi les préjugés. Cette étymologiene peut compatir avec la signification des diiliérens noms que Carhaix a portés 1

c'est en les comparant les uns avec les fiqlres que la vérité eût paru h découvert. 4^|nt mie de nous expliquer plus clairement , il faq| ^19cuter l'origine que tf. Ogée donne à If ville de Carhaix. Pour ne point altérer ses preuves, il faut l'entendre lui-même.

a Comme , dit-il , les diverses opinions gue » j'ai pu recueillir sur l'origine de la ville o de Ker-aës.... m'ont paru de nature à ne » pouvoir satisfaire que cette cï^isse d'hommes » dont l'imagination formée par le merveil- » leux se méfie toujours de ce qui est natu- » rel, et ne donne de créance entière qu'à » ce qui est absurde , je vais hasarder de a donner plus de consistance à mes recher- » ches, en les fondant sur l'ordre naturel » des faits , sur l'approximalfon du vrai , si » je ne puis les établir sur la véril^ ellcfi> même , déclarant être prêt à me rendre à M toute personne qui se présentera avec des » preuves mieux fondées en raison que celles » que je vais développer ici sur ro||gine de la » ville de Ker-acs.

» Les peuples les plus célèbres de l'antix> quité y les Romains , jaloux de transmettre » à la postérité le souvenir de leurs exploits , » ne se bornèrent pas à élever , dans les pays » de conquêtes , les monumens de leur gran- » deur y les pyramides et les arcs de triom- » phe qui, en saisissant notre admiration , » nous frappent e^icore d'étonnement. Leurs » camps , fortifiés par leur industrie , embel* » lis par leurs soies , transformés en de gran- » des cités , empruntant les noms des géné- » raux ou des principaux citoyens ,de la répu- » blique, formèrent dans la suite les villes cé- » lèbres connues depuis sçv^ le nom de leurs » fondateurs ; telle entr'autres , en remontant M à une origine ancienne , est la ville de Ker- » aës, en Bretagne.

» Afin de marcher avec plus d'ordre et de » méthode dans les détails historiques de cette » ville, je dois d'abord parcourir les princi- » paux faits qui se rapportent à Aetius, Aes » ou Aece , gouverneur des Gaules et général » des troupes de Yalentinien III , le même » qui vainquit Attila dans les champs catalan- » niques , et qui sauva l'empire des incursions » des Huns, après avoir forcé les Français » d'abandonner les Gaules et de repasser le

a8 HISTOIRE ECCLisiASiTIQUE.'

èé soit égaté en portant cette capitale dans un lieu que Ton appelle Cos*

' » Rhin , marcha contre les Bretons armori-

* qnea qui ^ de concert avec les Bagaudes et ii lès Audits , s'étoîent souleyés en 435.

» Ce général laissant à Litorins » son lien- » tenant, le commandement d'une partie de » son armée , avec ordre de continuer la » guerre , même pendant Thiver , contre les » Bagiudes qui habitoieqt le long de la it Loire, du Gl^iin et de l'Allier, alla lui- » même état>lir son camp au centre de TAr- » mori<iue, k l'endroit où est aujourd'hui » ^er-aes, pour être plus à portée de rék duire les rebelles.

» les Bretons ayant été'soumis , ou plutôt I» réprimés (car il parolt , par l'histoire , qu'ils » ne rentrèrent jamais dans une dépendi^nce M totale aux lois de l'empire) , le yainqneur , » aprèt avoir imposé son nom au camp qu'il » avoit occupé en Bretagne ('^)etjetél^.fQn- » démens de la ville de Ker-aës , marcha de » nouveau vers les Gaules septentrionales , » pour s'opposer à la seconde incursion des » Francs , conduits par Glodion , leur chef.

» C'est à l'époque du départ d'Aetius de » TArmorique , et au commencement dé l'an- » née 436, qu'on doit rapporter révénement

* qui donna naissance à la ville de Ker-aës.

» La vraisemblance seule , au défaut d'au- » ties preuves , sembleroit tenir ici lieu de » certitude , en ne proportionnant sa persua- » sion qu'à l'enchaînement des circonstances 1^ et des faits que l'on vient de rapporter ; mais » ce qui , au défaut de l'histoire m^me j con- » dniroit à une conviction entière et presque »fi|dubitableàrégarddu fondateur de ÇJarhaix, » est }e rapport et l'analogie ezi^çte et si par- » flûte du nom d'Aetius avec celui de la ville 9 qu'il fonda dans l'Armorique.

» En effet , le nom breton ou celtique ^er- » aës qui , dans la version francise , veut dire » Tille d'Aës , est encore rendu dan^ le même » sens par le latiii UriijSiia , ti^e Urbs J^tia^ » ville d'Aës, viÙe Àetiennei ville d'Aetius ;

(*) « Les Komaiiif appeloient Stalipa les campe « o& ils hiYemoient , et comme iU y ptssoient aou- 9 vent deux on trois années de suite , ils les forti- » fioient extraordinairement. Ces camps , une fois » abandonnés, devenoient l'asile des baribares^ » «ni s pour se garantir des entreprises bostUcs,

» de même que Vrbi JRoma, sous-entend ville » de Rome, ville roinaine , ville de Romulus. » Il semble qu'on ne puisse prendre dedé- » fiance-contre. çe$ dernières présomptions , » d'ailleurs si heureuses, contre un concours » de faits et de circonstances en partie fondés «» sur l'histoire, à moins dç vouloir révoquer » en doute toute vérité historique çt ^'élever » contre la vraisemblance qui parolt occi^er » ici la même place que l'évidence et la cer- » titude. »

Cette dissertation fera sans doute le même pla^ à nos lecteurs qu'elle nous a fait à nousmême. L'érudition y çst mariée avec cet air de vérité qui porte naturellement à la conviction ; mais le vrai nous échappe quelquefois i l'instant même où nous croyons le saisir. U n'est pas rare que l'apparence nous tienne lieu de la réalité ; une luinière trop vive, au lien de nous éclairer , nous éblouit ; nous n'apercevons plus les objets tels qv.'ils sont en euxmêmes. Ne seroit-ce point ici la position de M. Ûgée?

En effet , pour peu qu'on approfondisse les pKeuves de comparaison qu'il nous donne pour étayerson système , on en apercevra bientôt la foiblesse. Grenoble et Cherbourg ne doivent point leur existence à deseamps romains. La première de ces deux villes subsbtoit avant Juies-César. Plancus , ce citoyen romain qui illustra la fin de ses jours par un trait d'humanité héroïque , en fait mention dans une de ses lettres à Gioeron : il l'appelle Ctiloro, nom qu'elle avoit emprunté de sa position. Spn emplacement est resserré par de hautes BMintar gnes. Cular^ en celtique, veut dire terr^ ru* ierréy dit M. Bullet.

Diodétîen et Maximien , son collègue , em* bellire'nt Grenoble. Deux inscriptions qn^on y a trouvées font mention des ouvrages que ces deux empeieurs y avoient faits. Jftirif ChIo^ rcmtuiJbut cum inUrioribm mdificiit. Ces inr*

9 de la violence, dn brigandage , s'y réfiq^oient » en foute ; ces mêmes canips pfenoîent la forme > de rille et retenoient le nom de cenx qatlts 9 avoient oonstmiu. Telles sontles villes dcGrt- 9 noble , de Cherbourg et Ker-a€s. Graiùutop^ » Uif Ctuarii Burgiu» urb* Aeiia, elo. »

INTRODUCTIOir.

^ud-Àuded, ou i^\vX6\^ozgueuded , à douze miUe pas environ de la vallée Trecorj maintenant Treguer.

eripiions noas apprennent qae ceUe TÎUe se nommait encore dors (Maro. Ses portes furent appdéef Jooiaet flerenlea , de Jamm et dWeroéUm» ^ snmom qae ce^ empereurs s'étoient dopnéa.

On ne peut douter que le nom de Grenoble ne soit pris de Gratien. Entre les souscriptions du concile d'Aquilée teoQ Tan 381» la quinaième année de cet empereur , on voit eeUe de Ihmnmui qui slntitnle ÉpUccfiu GraiianopolUanus. Saint Ajigustin , dans son livre De CMlate Z)#i , 1. 21 , c. 7, fait mtn* lion de la fontaine brûlante qui est à qnatre heures de chemin de Grenoble. Nùu Umgè, ditil , à GraHanopoli dvtlole. etc. {*)»

C'est nn sen^entfeommnn que Gratien rétablit Cukaro , et que la reconnoissance engagea cette Tille à prendre le nom de son bienfaiteur. De tout ceci , il résulte que l'origine de Grenoble Ta se perdw dans la nuit des temps , bien loin qu'on en connoisse le fondateur.

Cherbourg s'appelle CoiUUum CanubwTy dans les lettres de Richard lU , duc de Normandie^ données Pan lOS^. On je nomma ainsi, I canse de la grande baie qu'il défendoit (**). Cherbourg étoit considérable alors et aToit dû l'être anparayant. Le CasUUum Cartubur fut démoli Tcrs la fin du dernier siècle ; on y trouva beaucoup de médailles d'or sur lesquelles étoit empreinte d'un c<^té la face d'un homme , et de l'autre , un cheyal. la forme dç ces empreintes étoit fort grossière et le dessin aussi mal exécuté : ce qui pronve que la fabiîaue dp

(*) La merreille de cette fonUine brAlante est attestée par deu inaeriptions; la première contient ce qui sait : c rmktmo Aug. Sacrums ; la •ecoode : c Dipo GnUiano^ tyrannide vindktH » id^ Theodosius et Valtntmmnut Amgg. ex > poio p. » On tronve Feiplicalion da phénomène deeette IbnUine dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, année 1600. Le terrain brdlaal de cette fontaine est nn monnmentde ces andens Tolcans qui snbsisloient autrefois dans le Daophiné.

(♦^ Car, grandes us, ouçerture, baie', bur, forteresse. Les Gantois et les Germains avoient emptojé le teme-^Hr, ponr exprimer une habita-

ces médailles remontoit à des temps fort éloignés ; on en découTrit de Jules-César , de Néron , de Nerra et d'antres empereurs romains. On en déterra même sous une des roches du R'oule (*^*) , avec une inscription grecque qui signifioit : Nieamedss , f*î d^Epirf,

Frolssard » historien di| quatorzième siècle » a arancé le premier qne Cherbourg a été fondé par Jules-César. Ce qu'il y a d'habiles critiques ne l'ont pas cru sur ^a parole ; on regarde même comme constant que le vainqueur des Gaules n'entra jamais dans le C6tentin. Oderic-'^tal, qpi moit denx cents ans ayant Froissard , avait donné li^u à cette emur , en appelant Çheriiourg Cmsaris Jmrgus. Cette origine étoit trop récente pour qu'on pût y do|i« ner une foi rabonnable. y. O^e , qui ose la renouyeler , ne trouTera pas de partisans.

Si l'empereur Gratien n'est que le restaurateur de Grengèle , si CheriMurg ne doit point son établissement à Jules-César, Carhaixpourroit bien n'être pas en droit de réclamer Aetius pour son fondateur. C'est déjè du moins un grand préjugé contre M. Ogée. Osons donc examiner ce qui constitue la base de son sentiment ; mais , qoelle est notre surprise ! bien loin que » l'an 435 , Aetius ait établi son pamp au centre de l'Armorique » è l'endroit ojk est aujourd'hui Ker-aës , il marcha alors aTf^ç précipitation , à la tête d'une armée d'Emles , da Huns y de Français et de Sarmates, contrp Gondicaire , roi des Bourguignons , qui s'étoit réToltéyà l'exemple des Armoriques (****)% C'est là probablement la seule ei^pédition qu'il fit dana le cours dç cette anniée.

tion fermée , défendue , fortifiée par la nature ou par l'art Ainsi , Çarusbur Teul dire : Forteresse surmS grande baie- Le mot Cherbourg est ris de Carusbor. Cette rille étoit très-bien fortifiée jnsqn'au temps où Carusbor fot démoli.

{***) Le terme Itoule est composé de R, sjncope de l'article ar , en composition ,tideol, montO' gne I ce oai veut dire : ia montagne,

(****) cBorgundiones, qui rebellaTerant, à Re- 9 maniSy dace Aetio »debellantur. » (Idatii Cbron. 9 ad an. 435.) Eodem tempore Gundicarinm re- 9 gem intra Gallias habitantem Aelios beUo ohlî- » nuit 9 pacemque ei smppUcanti dédit. » (Pro^. Fasttadan.435.)

3o HISTCHW SQCLlteiAi^TIQUE.

75, -On prétend qu'aucrefais il y «lyôit uoe viHwi Cozgueuded- I^flou-

Lorsque M. Ogée prononce que , dans ce temps , les Bretons furent soumis ou plutôt réprimés , il né rend pas atec exactitude ce que les IHstoriens ont rappcrrté sur la confédéraftidn armoriqne contre les Romains. <!ette assôiéia- -tion étoit composée de la seconde, la troisième et la quatr^me Lyonnoises , ainsi que l'assure M. l'abbé du*^os (*). Ce qui ouvre un vaste ebantp ^tnc armes de l'empire, les adliés desBrefbiisiAmiMquessouflRrirenltles écbecs; mais les ^s^ëssidbs de ceux^d nefbrent poiiit attaquées ; ^ÉuM les éiyriibals des troupes romaines contre leè^eonfédérétf se donnant bots dés limites de la ftretiiglie. Teb étoient eeux des bonis de la Beine , de la L<nre, du Cllahi en Poitou et de KAilîer.

Faire passelr Aelîus jusqu'au centre 4e no- * tre Armorique » ç^eit . supjposfr qu^il étoîl le 'maître de la plus grande partie de la circonférence, et biientôt. oublier qu'il n^ fit que réprimer les Bretons. Hais , outre que cet événement se détruit par lui - m^e , . puisque concoutt avec le {etï\ps de (a défaite des Bourguignons» les fastes publics n^auroient pas manqué (feu faire mention : c'eût été un nouveau trophée qu*0Q ei^l érîgé à la gloire d'Aetias.Ce général n*eut-il besoin que de la terreur de 6on nom pour entrer en Bretagne? *Ti^uva-t-il des obstacles 'à scm.pa^sàge? Dans le premier cas , la 6onsternàGbn des Bretons ne pouvoit être plus grande ; çétlial)île of&cîer luroit profité du moment pour achever sa coa- \|uéte..Si ce fut parle fer qù^ Couvrît Un .passage en Bretagne, pourquoi ne connoit^on ce fait que p&r U. Ogée? Le (aire camp^à Keraës , pour élrepluê àporUe derédHir^les rehellei , sans nous faire connoitre ce qu'il fit, c'est ne pas remplir letdevoird'èistorién, etfotrè soupçonner qiu'on n^a aueune prehvè^^ecè qu'on avance. L'étaMirdansie lieu qo^ctupe Ker-aês ,* sur une simple analogie , è*eât supposer ce qui est en question.

Hais que deviendra cette ressemblamseiiU*on est forcé de remarquer entre Ker^ë» et Aô8« Aece ou Aetius? La réponse ne cootientlra rien de merveilleux , mais aussi rien d^ifbsttrde : elle sera simple et naturelle. C'est H;

(*>Hiatoîre criU^ue dtlaVonareliiefiraDçiite^

Ogée qui va la donner lui-même. Comme il nous fait ce présent sans y penser , notre gratitude sera moins grande. It dit , page 6 , de ses observations , qu*à Cartiaix «H pa^sé une » belle rivière que les anciens appeloient la » rivière d*Aës et qu'on nomme aujourdliui la » rivière d'Hière. » Qu'est-ce qu'enténdoient àiitfeibis les Armoriques par le terme «e«? Btoit-ce tk^Aethis dont ils vouloieut parler? Non sans doute : ce terme étoit usité avant ' loi , il étoit aussi encien que celui de Jr«r. Le ■M^oey^est formé û'a^rivièrê^ qu'en a cbaogé en «s. 1" SuivantH. Bùllet^ À , ôi langùecimtnique , signifie ^mu , Hmèrê. jAa , en cimbrique , suédois , danois , runique , isiandeis : tivêère. Àa , amas ^tau , en grec, suivant Hesychius. Àha^ èn.gbtbique, teutonique , fla- «ia«4, 4S9QM4 sué4eiB , rivière. Âj ea, tha^ «9 «oeisa.ssien , rv^iè^re, Bayfieêmè,9Mèrê , en tonqiinQis. Delà en France.et ailleurs» un grand nombre de rivières portent eikcore à présent te nom d'A ou Aa. 2" «Les Celtes et las » Hsfiserettea, dit H. Cour es wG^lio > daas » son origine du langage et de récriture, cban- » geut très-:Soavent ^ paae^ei fiutre les Cel- » tes,ceuxduDOFdenpârtioulier,telsqueles » Gallois ; il en est de même des Irlandois et » des Latins. En gallois, en saxon et en bas- A bretoa^ on dit car ou caer. En osque, aur; » en hébreu , mor ; les Hsssorettes , moar ; les » Latins , masreo, être marri. » uianon, fontaine sur lé Jourdain , tire son nom d'oe , fontaine , et d'oii > $(kUH : fçntainedu êoleil. Àe , signifie encore àprésjsnt de Teau. Dans quelques provinces de Frapçe, dit H. Bullet, on appelle aerole une, petite ampoulle pleine d'eau qui se fait sur le corps ; cette ampoulle est nommée aiçuarole , enlLanguedoc ,. d!aigue ^ .qui si^ifie eau. Ce qui (ait voir qu'ac^dansoerole , dér /ifgae de l'eau. Ainsi>,par le;terme osf ^ les Annoriques ont exprimé la> même chose que rwitr€.:Ker-aëêxeiïi donc^dîre : vUle delari^ «téra on mils tm^ 1$ têrd ^wne ridère. ' Albert le •Gnmd avolt'attritmé la'fondation -de^^feer^tës kune princesse ^11 nomme Ahes ote Aèbéè; ètiiûiidûViyresu cinquième siècle; Outre qtte tVxïstèn'cie de celte princesse n'est pas fondée ^ur rhis^ope^ du mpips de là

MVéli.'*i/pi«te;'' '» ■^- • " ^ •

inmtcnnscTioTf. 3 1

^l feigl^i^n de Brelagne^,^ Dom Hdrice , dît que Ton en aperçoit encore

manièAïibiit thttMit ft peint sa vie , cet historiée avréiléA ^kpereeroirqae lemota^e« est ]frfiiénie-'4«\iMi^ët^e celai d'acte n'est pas dMMrettl d'dtfA/ef ^ qui se rend parrtvfMO. It. Àgéé , qui n^à pas de raisons plus solides dèirinéndl^e^^àei pônr Aetins , s'expose aux mé-' ine§ Kèjprroeiiei^ qu^ fkit à cet auteur trop Justement deetté.

Les Armoriques atoient différens mots pour eipntauir C6 que nous appelons rMère ; ceRe qnipaaseàCarliaix fat tantAt appelée aei et** tanM hiire (**). Ce dernier terme a ehûnprévaln. Ce n*iétoît qu*an nom générique , qui est dèTieno particolier.

Les -noms de Ker-aes et de Cailiaix sont eiukclénient le« mêmes , quant au sens qtiiHls renferment. )ïous avons exposé eélui de Ker- ' aës:^ faisons ^soMottre ee que dénote Garhaix.^ €àr,t)i(t«;ai> rivière (***) : vHli de la rivière, on oîlle fur le icHrd â^une rivière.

La Chronique de SainC^Brieac , commencée l'an 13M, donne le nom de CdrAezàtaTille de Câriiaix C*^. Car, v(Êà; e$ ou wtpVwière, susTantM. BoUet;' - '•

Lé P. Grégoire dé Rostrenen tippqll^'^e les Vennetois donnent à Carfaeix Iç nom de Carhéi. Ce cipncin , si Versé dans sa langue , fidsmt énigiind cas deTidiome du dibcièse de Venn€ë;Lorsqn^il At que Carhair s'appelle en litiB Urbt Ée$ia;^Û n'a égard qu'à la teirminnsoii.Ces nonks sont celtiques dansiefond : Vf, vOie ; ti, rkUresur, obez les Gallois , signiBe MnMkni; iÊt, enanden grec , vi(|e; de là /iif^ en latin. *

Des étynvolo^ des trois noms/que Càrfaaik'tt^]Ânrtés; Il suit -que celui de Ker-aës

(*) ^cA«f ,«iigallfl|if « veat dire ,ripièr0iaçh , etm, ei^bnl^^iie^c^^i^faciens G^niia^ j aç,^ €<m.,p^\ifi^|pi^^i^^ éutngymoluij,

eo héfcreii j Uui, ftquaii^ ^i nmréeageua:^ 0çh„ 6B iltiBois, lae -, aeka , rivière , en.grec.

(*^ Le terme Èièrejni 'formé de hioui, arli* de, et 9er, ririére.;Ùôér. en biM^breton , rir Mèiw; ef6i; ctf cépikte, étèàti^, mer; erke , en finbndeit^laG. > *> . '^

{^*)ààimAyrTimèrej en éeoîsoif $«{,>«■», en persan; hkhai, fontaine, en arabe; hai, mer^ eau» en dtSadè 5 ajrer , eau , en arabe 5 ayer, eau , ripière, en malai ; «ftfh>', aiguiero , miS'

euMitune rue, en La^^edocien.

n^e^tpai plus énergique que Iç^ deux autres ; tous présentoient les mêmes idées » Ton pou- ▼ôit, conséquemmept^ les eniployer suivant sa volonté. Âuçtin n*a pour mère' cette compUisanç^ que M. Qgée reproche aux Français : ifs on^ une origine plus noble.. La parole ne pçut être que Timage de nos idées : celles-ci doivent être la peinture des objets: les noms,; qui représentent les objets, en font donc un tableaii assez ressemblant , pour qu*qn les distingue sur-le-çbamp : soit que dans les anciens temps on ait dit , Ker-of*^ Car-aionÇar-is , àl'instant on conceroit pne vi^e iïtuée $^ur le bord d'une rivi^e. Q n'y a^ diinà çePV» ri^n d'arbitraire : on ^.uît Tid.^e de. la posîtipp 4u lieu (juî ne varie point. C'e3]tpresque.tQiijp,9r^, sou^ ce rapport, que les premiers babitaja# d^ la terre firent la description du point q^e chaque société y occupa.

Sur les débris de Topinion de >f . O^ée ^ s'élève maintenant la haute antiquité (fixe nous avons donnée à Carhaîx dans n^tre premier volume (*****)• Les preuves dont j|0us l'avons appuyée conservent leur p.renûè|ia force. Jettpns seulement un cpup d*œilsur (es noms que. lés monuD^ens romains ont donnés à Carbair. Pourquoi la table de Peutin^er l'appelle- t-elle Yorginm ?'Nous en trouyeiçons la ^oluUoq dans la langue de nos ancêtres *' vor , hàffUq^hj gi, rtvièrf^um, terminaisoi^ lafine , conséquemment étrangère!^******) .On eiitendoit donc, au quatrième siècle (******) , par Vorgiwm, m lieu kçàilé ft^lp bord d'une rivière; ce qui nous indique Çarbaîx.Pepuis ce temps jusqu'à nos jour&, on i porté le même Jugement sur cette vjUe, en la caractérisant par. sa position.

(*♦*») Dom Moriee, preuves juaâfksativei de ISÙsieire de BreU^e ,*lQm. L p. 9f .

{***♦») Viiye» les |«iges ^:,«0« 94 t%f^,{43& dai«as^«74,pc33.dl,95,2$,S7«28,29. a.V.)

^******)rar.oa ^r»Aa^'/4/îi0/i, en celtique; bar- , 4fi , /n^/aÂrîcr, jenbas^ue.) ^ipf^ ou bow4e, maison , en Tteux français ; jf / eau , rivière^ en gallois. De là , giboulée} ghia , mer p en larlare du Tbibet; giang^Jleuyé, en lonquinois.

(*****»^ M. le conite de Baatvdansson histoire desannioiiapeaples de r£urQp<s,a€iiitvoir que celte table n'a point été dressée du ten^ps de Théodose le Gn^idj nide son fils Honorios, comme ra?oient cru la plupart des savans , mais antérieurement à eux.

34 HISTOIRE ECCLIÎSIASTIQUÊ.

du temps de ce géographe , urife pordon dttS élats des OsisndL Aussi estil rapporté dans la légende* de saint Menoù bu Menulphe , que ce saint personnage y après avoir quitté la t3fand)6-Breiagne , aborda au territoire de celte nation dont saint Corentiti ftoît évêquc (i).

77. Que la ville de Quimper ait été le siège de ce saint prélat, c*est un féiit attesté par des titres égaleKient anciens et respectabldt. Suivant un matrlytdlog^ cité par M. de Valois (î), saint Corentîn est dît x episcopus cmtatis Aquilœ. Ce qui donne occasion au P. Grégoire de Roâtreften , dans son dictionnaire breton , de faire sortir le nom de Quimper de kemp\QW kamp\ qu*il rend par champ de baiaille , et d*^r, qui veut dire aigte. Suivant cétHefiétymolo^e, Quiinpct seroit la nàême chose que champ de F aigle j -xàmpus cumHœ, C'est ^ns doute par ude suite lie celte dénomination que réglise appelée aujourd'hui Lo^Matia {Locus^Marm) , au diocèse de Quimper , se nomme dans les cbart!»es , Sanctà Mkttià de À^qidltiHia , eè que des leUreâ de fiénédict I , évéque de Quimj^er , ôttt été exptîdiées in Aquilonia divitaXtl

78. Le P. Hardouin , né à Quimper , célèbre par son érudition , et plus encote^par la singularité de ses- opinioas, a remarqua, dansuna des notes de son édition de Wine le* Nàtmtdiste ; que Quimper signifie viUe entourée de murftiilBs; mais il pe dit point d*^où il a tiré cette étymolo-^ giev ijBs «avans iottt laîissée pq|ir ce t^'clie vaut; nous la reléguons aV^t eux parmi 1^ pa^dbxes que ce îësuite a pris plaisir d'enfanter. Ce qui èious étoniie ,: c'est que M. rabt>é £i{ully Tait renouvelée de nos jours dans soâ dictièniiMro des Gaidm^.

Le P. Gn%6irè j qué'ifous'a'^hs cité ptushâyt , à^uré que A-Zm^/* est un ancien motcekiqiie qui veut ^^ gmm^r. Nous voyons aussi, pai: be qui nous resîft des mônnoiens tles^ pMs ittidehiieé famgues du ngrd^ ^ue le tenue kimp^r y est en^loyé pour exprimer ce3ui qui s'engage dans fe service militaire poli» une solde, 1 o^^jgm réqK)ir du pijilag^. Dans wn origiae , ce mot désignoit ti/r )bMemè rcbtike^ Hh hàtèUr, Kempfkui(^) , mi* litari ; kempa (anglo-saif^on) , /m7<^; ca(î^g^(teulon) , beïlwn ; kempfer^ bel^ fator ; kemper (helgiixi)'jmihieùa,^ pugf/lj^ 1 . ^

79. Le nom de Qttiittpet* a été. pris wsisi sous un point de vue dif^ férent de celui que nous vepons dé, présent- Dom Lobineau en fait dériver rxHtgin^ du mot f^'m^keti' 4^ j ^^^^ ranciehne langue desBre^

(1) BollaiMiste , tdm. 3 , netm.Jtil. *« èmpfùin.;^^ei^ih^r$iî ^ moins gu*il a'eoioÂt

(2) Notitil GaUi». » uae vtifent^à novi^incoaiiiie. (Vid. Wicht^^

(3) Ce mot est sans donte une altération de Glossar. germani. F^^ ktmpftn.) a Y.

IITTRODUCTION, 35

tons , se rend par eoÊ^fitient de rivières (i). Dom Le Pelleter remarque d'aiUeurs que ce niot est .composé de kem , en latin cum , et de M* , écoulemenin Ce qui répond au latin conftuens , dont nous avons fait con^ Jhenl^ Cof^kkfU y pour faire connoitm la jonction de deux rivières.

80. U »'^ de décider à laquelle de^es deux étymologies nous de* vous <kwMr la préférence. ïjbl vil^ de Quànper est effectivement située au confluent des rivières d'Oder et ée Tbe^. C^est dans œ sens que Bernard de Moclan, évéque de Quimper^ a donnée en 1166 (a), des leiUres Jpud cof^iumiiànï in Ecelesia B. Uariœ et B. Chorentini. Mais il est nécessaire c('obseryer queJenom.deQuimpersedonneà des lieux où la jonction de rivières ne se 4rô^ile pas. Tel est Quimper-ver , sur la source d'un i^uissean qui passe jusqu'à la ville de Treguer , sans s'unir à d'autres. Tel est encore Quimper'quej^nnec ^ où il s'y a point de jonction de rivières. D'ailleurs , ^u ino| Quigoper , on auroii du au moins ajouter le nom d'uQe rivi^e » ^(Mnoie on le remarque dans Quimper'-lé. A cette dernière ville , la rivière d'Izol (3) va se perdre dans celle d'EUé (4).

18 r. Si opus nous aliacbons au sentiment du P. Grégoire de RosCrenen et aux titres 'qui viennent au secours de cette ppinion ^ nous avons la satisfaction de voir se développer comme d'ellesHonémes non««ulement l'origine du nbm de Quimper y mais encore celle de la fondation de cette ville. Située sur l'Oder (5) qui se dégorge à quelques lieues dans l'Océan j elle étoit propre à devenir une des clefs de l'Ârmorique. Le Heu où elle est assise fut donc choisi par les Romains , lorsqu'ils furent maîtres du pays, pour y étaUir une garnison. L'enseigne de leurs légions , comme tout le monde le sait , étoit une aigle ; le terrain où leurs troupes furent cantonnées ne put mieux s'ai^peler dans leur langue que Campus Aquïlœ. Les naturels du pays le nommèrent Quùnp^rj en celtique y parce que l'aigle romaine , qui étoit le syipbole de la force et de la supériorité y y étoit arborée ^ et que d'aiUeurs il.^toit occupé par une troupe de guer^ Tiers. Ce Ueiii dut devenir alors un asile contre la violence et lebrigandage ; on peut «e persuader $a|is f^e qu'il ne tarda pas à se peupler et à prendre ia conattance d'une viUe. •

(!) Vie des Saints de Bretagne. (5) L*Oder tire son nom d'o , paragogiqae ,

(2) Dom Morice, preuves justlûcatÎTes de et de der , nom appeUatif de rivière , deyenu Bretegne, tom. i. propre de celle-ci. Elle prend sa soarce dans

(3) Le nom d'Brol vient d'il, rtvttre^eid'ol 9 âes montagnes, au diocèse de Qaimper, à arUeU, quatre lieues snd-sad-onest de Carhaix , passe

(4) Celui d^EM est dérivé 9fH^ atti^Uy et à Pont-Bourgis , Quimper, et se jette dans la de laig , Hvière. mer, \ deux lieues sud de cette dernière ville.

36 ihstoihe ecol^i astique.

8ji. 83. QÉiimper , foible comme les autres villes dans ses commence* mens, acquît par la suite de la considération et mérita , de la part des Romains , par dts accroîssemens , le nom de capitale. Elle est marquée , dans Ja Notice des provinces et cités de la Gaule , parmi les cités de la troisième Lyonnoise. Le peuple qui en dépendoit y est reconnu sous le nom de Coriwpiti. C'est la première fois qu'il est ^arlé de cette nation ; dans les siècles antérieurs à Tépoque de cette Notice , ce peuple faisait partie des Osismii.

84. Les Corisopitiy que M. de Valois avoit mal à propos confondus avec les CuriosoUteSj occupoienf l'étendue de celte partie de l'Armorique qui forme actuellement le diocèse de Quimper. Dans le procès que Nominoé , qui aspiroit au titre de roi de Bretagne , fit vers le milieu du neuvième siècle aux évêques de cette province , l'évêché de Quimper est appelé Corisopitensis. Ce nom subsistoit même en 1166, temps où Févéque Bernard y dont nous avons parlé , s'intitule : Corisijfpitensis Ecclesiœ humiUs minisfkr.

85. Les Coïisopiti (i) n'ont pas été les seuls subordonnés aux Osismii. Ce qui compose le diocèse de Léon faisoit encore une de leurs dépendances, lorsque , dans la vie de saint Gildas, on lit que saint Pol fut évéque des OsUmii (ii) ^ on doit en conclure seulement que sa juridiction s'étendoit sur une partie de ce peuple , puisque nous le retrouvons également dans le diocèse de Quimper.

86. La ville de Léon doit sa fondation à la même cause que celle de Quimper. L'une et l'autre se rapportent aux Romains. Léon fut d'abord le séjour d'une légion à qui l'on attribua un Pagus , ou district. Ce Pagus appelé Leonensis y et mieux Legionçnsis y du nom des troupes qui l'habitèrent, étoit peu de chose dans son principe. Childebert I en fit présent à saint Pol-Aurélien : il y ajouta en même temps celui des ^gnoies. Ces Agnot€s étpient différens des Anagnotes de Pline. Ceux-là , suivant Artemidore dans Etienne de Byzance , étoient fixés dans la Celtique sur le rivage de l'Océan (3) : on ne peut mieux les ranger que sous les Osismii. I# partie occidentale du diocèse de Léon , environnée de la mer de tous p^tés y conserve encore le nom d'Àck dans un des cantons ecclésiastiques

(1) Les Cofitofiii tirent leur déDomination (2) Acta SS. ordin.'S. Bened. 1. 1. de cor, habHaii(m ; d'ûo , aurde$iim$, et de (3) Le nom Àgnotes vient d'ag , poinlf ,pro'

jK^monto^e. Ce qui donne à entendre :tmpeti- numUrirejde na, eau, et d'ot, bord, rivage^

fU qui halnie un pays Ihu et où Uy a de$ ceqoi vent dire : Pétale qui habile un terrain

monfadfiiiii. élivé le Umgia eôtee de la mer^

IWTRODDCTIOIC. 3j

de cetévéché, et le part d'Aber-Ack en tire le sien (i), Ce qui fait voir l'analogie qui se trouve méine de nos jours entre les Agnotes j et le pays qu'ils ont autrefois habité.

87. Nous ne pouvons assurer , avec la même confiance ^ que le terrain sur lequel on a pris les diocèses de Treguer et de Saint-Brieuc ^ ait été également dli ressort des Osismii. Nous n'avons point de preuves positives à administrer ; à leur défaut, nous en trouverons de négatives. En effet y de tous les peuples de rArmorique , cités par Çésiir et les autres historiens , aucun ne peut être placé ni à Treguer , ni à Saint-Brieuc , si ce n'est les Osismii.

88. Nous avons déjà fait assez entrevoir que ce seroit à pure perte qu'on ▼oudroit placer à Treguer les Lexobii ou Lexom (ii). Leur capitale étoit NcH^iomagus ; l'Itinéraire d'Antonin en détermine la position à Lisieux. Que y dans des temps reculés , il ait existé une ville <, ^ous le nom de Lexobie , dans le lieu qu'on nomme Cozgueuded y et que plusieurs évêques sortis de l'Angleterre y aient trouvé successivement un refuge, il n'en résultera rien en faveur des prétendus Lexobii de l'Armorique ; ils sont absolument inconnus à l'antiquité. D'ailleurs, le nom de Lexobie ^ qu'on fait porter à cette ville, ne viendra pas de celui des Lexom. 11 se rapproche naturellement de Cozgueuded^ et signifie peut-être la même chose (3) , à une foible différence près.

On peut assurer que César n'a point eu en vue notre Armorique^ lorsqu'il a parlé des Lexom. Strabon a marqué d'ailleurs la position de ce peuple vers l'embouchure de la Seine. Ptolemée en parle après les Cbletœ. Quoique la manière dont il s'exprime , en le faisant suivre inunédiatement par les Feneliy qui étoient dans le Côtentin , ne soit pas exi^cte, elle ne permet pas du moins de le placer dans le diocèse de Treguer.

(1) Àber , pcfî. un misseau. Bié , en grec , a cette même sî-

(2J Les LexMi de Nonnandie ont pris leur 8°ification ; eUe est la même dans le celtique.

nom dan^ le terme Uuau , herbe \ c/b qui carac ^® ^^ » ®* ®** ^°« "^^^'*® d'Afrique ; Biete ,

térise un peuple qui habite une contrée qui "^*^" d'Artois; le ruisseau de l'un des ma-

produit beaucoup d'herbes. On sait de queUe ^^ ^® ^^ » ^* »« décharge au Blan&Essai ,

valeur sont les pâturages de Lisieux. Cette viUe ^ nomme le Bié-Jean , parce que ce fut Jean

s'appeloit Noemagui et NwUmagui , à cause ^ » ^^^ ^® Bretagne^ qui fit creuser le canal

de sa position. Noe,praiHe$ arroiiu d'eau; »^5 '^^®* il coale. C'est dans ce sens qu'un

mag,hàbiiatUm,Nov,Timhre;io,quxUmche. f f^^' dont U est parlé dans le chartrier

Lisieux est au confluent de l'Orbec et du <^« « abl>aye de Conche , permet, til, c*iii(«.

Q^is^y, ràbunt hedum^ projieiant in utramque ripam

,^- ^ , ,. , ,. pratonifii #iionimcœniim. Il est donc probable

(3) Lenom ûel^e,I^œMa, quise ter- ^^ ,^ nom de L«roWi rient uniquement de sa

mine en &u ou (ta , peut désigner un canal , position.

38 HISTOIBE ECCUfsiÀSTIQUE.

89. Nous profiterons de celte circonstance powr remarquer ici que le nom de Treguer est le même que celui de Trecor. L'un et l'autre signifient trois rivières (i). Il se forme à Treguer une péninsule par la jonction de deux rivières , dont une se divise en deux bras avant que de se joindre , de façon qu'on croiroit apercevoir trois rivières.

90. Les Biducesii de Ptolemée ne reconnottroient point à Saint-Brieuc leur pays natal , quoi qu'en dise d'Argentrë (a). Ce peuple ëtoil le même que les Viducasses de Pline (3). Le rapport qui se trouve entre ces deux noms ne laisse pas de doute sur leur identité. Aussi MM. de Valois et d'Anville n'ont fait qu'une seule et même nation des Biducesii et des Viducasses.

La capitale de ce peuple a êtê découverte au commencement de ce siècle près la rivière d'Orne , un peu au-dessotis de Caen , dans une paroisse que l'on nomme Vieux (4). Les titres de l'abbaye de Fontenai qui en est voisine , lui donnent le nom de Videocœ et de Veocœ , qui prend son origine dans Viducasses. Ite même que de Durocasses on a fait Drocœ , Dreux ; ainsi de Viducasses e&l venu Videocœ^ Veocœ j Vieux.

Un aqueduc , des débris de colonnes ^ des inscriptions , un gymnase complet , des bains , dont celle capitale étoit décorée , sont des preuves non équivoques de son ancienne grandeur.

On y voit encore des traces de voies romaines. Ce que Ton nomme la terre levée ^ et qu'on a eu la complaisance d'attribuer à Guillaume le Conquérant , a d'un c6té sa direction vers Yesme ( Oximum ) dont nous avons parlé ci-devant. A Toj^osite , celte route , à la prendre au passage d'un ruisseau qui passe sous Vieux , tendoit vers Bayeux. Le chemin de Lisieux , qui passoit près d*Eslrées ( Strata ) avant que d'arriver à la rivière de Dive , et qui traverse cette route , conduit plutôt à Vieux qu'à Caen.

91. Les Caleti(5), que Le Baud a tenté d'établir à Saint-Brieuc, ne seroîent pas mdips déplacés que les Biducesii. Us s'étendoient , suivant Strabon (6), jusqu'à l'embouchure de la Seine. D'après Ptolemée , ils occupoient la côte septentrionale depuis celle rivière (7) : ce qui les fait placer <lans le pays de Caux , en Normandie. Comme César séparoit les

(t) Le temift Tré§u$r vient de tre , êroU , et (4) Hémoires de l'Acad. des bdles-lettres >

d'er, fivièr$'^ eelni de Trecor vient de ire, tom. 1.

(roi# , et de eor , rk)ière. (5) Le nom de CaUli vient de CaUt » endur-

(2) Histoire de Bretagne. ci à la fatigue » ou de eaU , spiriiuel^ ingé-

(S) HVd, 4î#teraiMU/«w, eiîimés;àUih s'est m>tix.

fonné FMfOMm. On fabrique encore à pié- (6) Géograph. Ifb 4.

sent de belles toiles à Vieux. (7) Lib. 3. c. S.

IITTRODUCTION. 89

Belges d'avec les Celtes par la Seine , les Caletiy qui étoient situés sur la rive de ce fleuve , étoient compris dans la Belgique (i). Mais Pline (a) et Ploiemée (3) nou» font voir que de leur temps ce peuple éloit renfermé dans la Lyonnoise qu'on a appelée Seconde.

Qtolemee donne à la capitale des Caletile nom deJuliobona (4). L'Itinoraire d'Antonin et la Table tfaéodosienne en font mention. Pour peu qu'on se donne la peine de suivre la trace des voies romaines qui indiquent la poâtion de celte ville , on ne peut manquer de s'arrêter à lillebonne (5). C'étoit, du temps de Louis le Débonnaire , une place forte. Elle étoit encore plus remarquable dans les siècles antérieurs , et elle portoit le nom de cité. Plusieurs actes du onzième siècle la font reconnottre par la dénomination même de Juliobona (6). Dans Tun de ces titres , on voit que cette ville a fait long-temps les délices des ducs de Normandie (7).

9!i. M. d'Anville^ si versé dans la matière que nous traitons , n'ose assigner de lieu aux Ambialites ou Ambiliates , quoiqu 'avant lui M. de Valob les ait fixés à Lamballe (8). L'analogie qui se trouve entre les Ambia-lites et Lamballe , a donné occasion à cette conjecture ; mais , po«r lui faire acquérir quelque degré de certitude , il iàudroit quelque chose de plus. On ne découvre rien d'ailleurs dans cette ville qui autorise à en £aire une capitale de peuple.

D'autres ont fait habiter les Ambialites entre Avranches et Coutances , dans un canton où est situe le boui^ d'Ambie ou Hambie. Quelques-uns les placent entre Avranches et Saint-Malo. Orose nomme Amhiwrites ceux que César appelle Ambiliates, On croit qu'ils faisoient partie des jEdui qui étoient entre la Saône et la Loire : on les fait occuper une portion du diocèse de Nevers.

D'après la discussion que nous venons de faire , il parott certain qu'aucun de ces quatre peuples n'a habité les diocèses de Treguer et de Saint- Brieuc.

9*3. Il nous reste à examiner â les Osismii étoient en possession de tout ce terraia^ à l'exception des autres nations connues de notre Armoriquc.

(!) Comment, lib. 2. * (6) Spicilcg. tom. 2.

(3) Lib. 4. (7) If ém. de l'Acad. des belles-lettres , t. 32.

(3) Lib. 2. c. 8. , , ,

iK) Lib. 2. c. 8 ^ Lamballe est ud mol compose de \an^

(5) LiUebonne est au bord d'une petite ri- A«W<altaii , et de 6aia , «aroû ; cette TÎlle est

Yière qui y fait un contour. Bwy ccmrfture d« P^siiae environnée de marais.

40 drSTOIRE ECCLl^SIASTIQUE. -

Il est facile de se convaincre que le$ Veneii ne s'avançoient point dans ces cantons. C'étoit un usage reçu anciennement et régulièrement observe , que les divisions et l'étendue des ëvêchës se formoient suivant le local que chaque peuple occupoit. L'évéchë de Venues, probablement fondé à la fm du quatrième siècle , comme nods le verrons dans le corps de notre histoire , a donc dû contenir d'abord tout le territoire de la nation. Cette assertion paroit d'autant plus constante que les ëvéques de Venues ne purent alors trouver d'obstacles ou à Treguer , ou à Saint- Brieuc. Ces deux sièges ne furent érigés que long-temps après celui de Venues. Les limites actuelles du diocèse de Vennes répondent donc à celles qui bornoient autrefois les Verveti. Leur ressort ne s'étendoit donc point jusqu'à Treguer ou à Saint-Brieuc.

Pour ce qui regarde les CuriosoUtes ^ nous avons exposé ci-devant qu'ils ne s'avançoient pas en Saint-Brieuc au-delà d'Yfiniac : nous avons regardé ce lieu comme leur servant de bornes, par l'analogie qu'il a avec le Fines des Romains.

Ei«[uy (i), où la mer forme un port de marée , entre Saint-Brieuc et Saint-Malo , étoit de la dépendance des Curiosolites. C'est le Reginea de la Table théodosîenne. Selon cette Table , il y avoit de Reginea di Fanum Martis^ quatorze milles; de Fanum Martis à Condate (Rennes) , vingtcinq milles. Ce Fanum Martis subsistoit eiicore près de Corseul , dans sa plus grande partie , en 1709 , comme noun l'avons vu. On le reconnoit par la distance que la Table met entre Condate et fanum Martis. La voie romaine qui partoit de Condate venoit aboutir au bord de la mer : ce qui convient encore à Erquy. Ce port devoit être fréquenté du temps des Curiosolites. On y a trouvé des traces d'anciens murs , des médailles dont les inscriptions n'éloient plus reconnoissables , et un ouvrage à la mosaïque.

De là on doit conclure que Sanson s'est trompé , lorsqu'il a placé Reginea à Rohan (a) , dans le diocèse de Vennes. Dom Morice l'a suivi dans la Carte géographique de son Histoire de Bretagne. Cet historien s*est également mépris , lorsqu'il a mis à Merdrignac le Fanum Martis de la Table.

La position et le territoire respectif qu'occupoient les Redones , les Namnetes et les DiablirUes , ne leur permettoient pas de s*avancer dans

(1) Erqny vient dV^ tau , et de JtîZ,forl; nn mot dérivé de to, ncûteat», et ^an,habir ce qui veut dire : Tpwi d$ mer. (oium*

(3) Roban , sar la petite rivière d'Ow , est

le

lurrRODUcnow. ^i

\e district de Tréguer et de Saint-Brieuc. C'est pourquoi , en rassemblant tout ce que nous avons dit sur les peuples qui ont pu habiter originaire- .ment ces cantons y il ne parolt pas que d'autres que les Osismii en aient été en posses^on.

94. La mer ^ cet élément si formidable , surtout aux côtes de TArmorique y y a laissé des traces non suspectes de ses invasions. Cellarius y qui connoissoit si bien les antiquités du monde y observe , en parlant des lies de la Manche , que les noms latins des anciens géographes et les îles dont ils déterminent le nombre ne répondent plus à l'état où sont actuellement les choses. D'où il est naturel d'inférer que la mer couvre maintenant quelques-unes de ces lies y et qu'elle a donné depuis à d'autres une forme différente et l'existence à de nouvelles.

gD, Le bras de mer que l'on voit entre Cancalle et Grandville , étoît autrefois de la terre ferme. Un ancien auteur assure que ce terrain étoit couvert d'une vaste forêt (i). Elle s'appeloit Chosey ou Chesey. Une chaîne de rochers qui portent encore ce nom , parce que cette forêt s'étendoit jusque-là , ser\oit de digue à la mèr.

Une rivière passoit entre le Groin de Cancalle et le rocher des Landes. L'espace que la mer occupe maintenant entre ces deux promontoires se nomme encore de nos jours Vieille Rivière.

Tommen , qu'on ne connoit plus que par le rocher de ce nom , étoit un terrain d'une étendue considérable. C'a été , au moins jusqu'au quatorzième siècle , une paroisse du diocèse de Dol (2). Une levée auprès de laquelle couloit une rivière , l'avoit fait appeler ainsi (3).

Ce qu'on nomme Romen étoit une colline couverte de bruyère , de même que la plaine voisine (4). Cette bruyère joignoit celle des landes qui environnoient le rocher de ce nom.

Il est très-probable que cette rivière , qui avoit son lit entre le Groin de Cancalle et le rocher des Landes^ se rendoit au pied de Herpin (5).

Nennius qui , selon Balée et Vossius , vivoit sur la fin du sixième siècle et au commencement du septième , parle d'un marécage qui se trouvoit au-delà du Mont-jou , que l'on appelle aujourd'hui Mont-Saint-Michel (6). Ce qui fait voir que la mer ne s'étoit pas portée de son temps jusque

(1) HabUlon , Annal. Bened. t. 2. p. 20. (6) Mont-jou se rend par haute montagne,

(2) Livre rouge du chap. de Dol. Les Gaulois donnoient quelquefois le nom de

(3) TonwMn, levée, chaussée. jou , joui , jeu à des terrains fort élevés. Ces

(4) Le noq^ de Romen est pris de roi, lieux furentexprimés dans la suite en latin par Ifruyère, et de men, montagne. JlfofwJorw.Commel'onperditbientôtdevuela

(8) Herpin vient ô*er, rivière, et de pin, signification du vrai tenne^ou, on sHmagina mmtagne. 6

4^ HlSTOIRE^ ECCLfiSIASTIQUE.

sur ce terrain* Nous d^uvrons à TombeHecfties ces lieux aquatiques. En effet ^ ce nom , qiû nous les indique , est «eoinposé de tum y ék'MùHriy d'où Ton a fait tuinidus ^ et tun^ 4ao3 la basse latinité ; de hen ^ vieux y ancien , et de lenn , lac ^ mare. Tombellennes a donc signifié une mon- V^ffM environnée autrefois d'eaux croupissantes.

jD€;3 témoins encore subsistans prouvent Texistence dé l'ancienne forêt de Ckosey. On l'aperçoit bien clairement daiis le nom même qu'elle portoit y pour peu qu'on ait recours , comme nous j au celtique qui en est la def. Ce nom a pour princ^e chod, fofétj et sahj en composition seh , dormante j en sous-entendant dour^ eau. Les exemples de ces sortes d'ellypses sont fréquens dans les différentes langues. Par le terme Chosej, on a donc l'idée d'une forêt où il y a des eaux croupissantes. Le nom de Scesciacum , que l'on a donné au vaste terrain que cette forêt comprenoh , désigne un pays où il y a des bois et des rivières {}).

Le Coesnon , tantôt appelé Co^tnus et tantôt Cosmun (q) , nous fait également connottre un lieu rempli de bcns. Le premier terme est formé de coet , forêt , et de naoz , riiHère. Le second a pour origine cot , forêt et mun , rivière. Le nom de Coesnon exprime la même chose : il vient de coet y forêt y et d'o/i, rivière.

Pendant le fameux ouragan du 9 Janvier 1735^ l'agitation delà mer fut  fraude sur les grèves du Mont-SaintJUichel , qu'elle fit sortir du sein des sables une prodi|^use quantité d'arbres. C'étoient des restes de cette ancienne forêt que ce terrible élémOTt avoit engloutie pendant les siècles précédens. Dans les terres du marais de Dol que l'on n'a pas cultivées ^ op trouve des arbres presque tout entiers.

La submersion de cette forêt arriva vers l'an 709 ; la mer rompit les digues que lui opposoient les rochers de Chosey , et bientôt elle en fit une lie. Les ravages qu'elle causa alors n'étoient que le prélude de ceux qu'elle devoit foire dans la suite. Elle reqpecta long^temps if)»ès les lan« des de Tommen j celles qui leur étoient contiguès et une grande étendue de terrain qu'elle se plait ai\)oui*d'hui à couvrir de ses eaux. La parcHSSt du Bourgneuf subsbta jusqu'au quinsi^ième siècle (3).

que Jupiter avoit ea des temples dans ces en- est nommé Cotmun dans la yie de saint Josse,

droits. écrite il y ahuit cents ans.

(1) Smciac^\ktt son nom de .«,»oi.. ' (3)DDmMoriceacni,«|nsfondemeD«^q«ele M<;;d'<.«.».ctd'«c,Aa6i(««Km. bourg de Sa.ntc-Mar.e, dont .1 c.tpwlé dan. ' ' \,„ ^ .. une enqaète de l'an 1181 , au siqet dea biens

(2) LeCoesnonest appeli Col^ , parGmL ^^ y^^^^ de Dol. a été détruit par la mer lanme Le Breton , vertu 432 , Vki^. K». 8. 0 n y est dit qn'AIsculpbe de Soligné ««t|i| d.^

INTRODUCTIOW. 43

Cest donc avec raison que d'Argentré a avancé , dans son Histoire de Bretagne, a que, sur la plainte des babitans du territoire de Dol , ajttM 9 eu par deux fois commission du roi pour obvier par œuvre de itfain » aux invasions de la mer et contraindre les babitans à contributfon, > qpr» y aff oir &it ce qu'on a pu par assemblées d*hommes et de con- » seils ^ â BC s*tst jusqu'ici pu trouver beaucoup de moyens de refréner » ce furieux élément , qu'il n'ait ruiné édificeis , villages , et enfoncé la 9 terre y et fait un dommage inestimable ^ dam l'mconvénient prend cba- 3» que jour accroissement. »

g&.La mer n'est en aucun paragd plu* fougueuse que sur cette côte. La rMOfi en est que , quand elle vient à prendre son mouvement du midi au septentrion , elle va se briser contre lesfles d'Angleterre et se réfléchir avec impétuosité contre le rivage de Dol. Ce mouvement, déjà très-vif, est encore accéléré par la compression que souffrent les eaux de la mer en rencontrant les rochers de Cancalle et de GrandviSe , lorsque , dans les grandes marées, eBes se précipitent sur la grève. C'est de là qu'elles imitent dans leur flux la vitesse du cheval le plus agile.

On comprend aisément que si , dans ce moment , il survient une tempête j les digues cfoe la mer rencontre ne sont pas toujours à l'abri de ses insultes. On en fit une funeste expérience au commencement de i63o. La paroisse de S. Etienne de Paluel fut emportée par Timpéluosîté des flots : l'église , le bourg et les villages furent renversés. Depuis celte époque , il ne reste plus que le nom de cet infortuné canton : le sable et la fange en couvrent le terrain. Dans la tempête de lySS , la mer nettoya l'un et l'autre , de sorte qu'on distingua encore les rues de ce malheureux bourg , et même les trous que les clous des charrettes y avoient autrefois imprimés. On y découvrit un puits et des ustensiles de ménage. Tels étoient les trophées dont la mer fit parade dans ce moment.

97. Ce qui favorise le plus les fréqu^entes irruptions de la mer du c6té . de Dol , c'est la rivière de Coesnon. Entraînée par la violence du flux , et n*ayant qu'un lit de sable mobile , elle s'est repliée en de çà du Mont- Saint*Michel vers les mrarais de Dol , où elle ne trouve pas la même résistance. Ce qui a donné lieu à ce vieux distique :

Si Goesncfn a fait folie ,

Si est le Mont en Normandie.

maisons dans ce bourg. Pour savoir où il étoit seconde aboatissoit à la me étroite. Le reste

placé, il faut faire attention qu*alors ondistin- composoit le bourg. C'est là qu'étoit Sainte-

guoit trois parties dans la ville de Dol. L'en- Marie, qu'on appelle Notre-Dame, ceinte de la citadelle faisoit la première ; la

44 HISTOIBE ECCLESIASTIQUE.

Dans une marëe forte et soutenue d'une tempête , la rivière peut être portée proche les digues de Dol; le fonds délayé par les eaux pourroit entraîner bientôt la ruine de la surface et prépareroit par là de nouvelles invasions.

98 . Pour aller au-devant d'un accident aussi considérable , il seroit nécessaire de détourner le lit du Coesnon. On pourroit lui en creuser un nouveau qui iroit de Pontorson à Saint-Georges de Grehaigne , et se rendroit sous la viUe de Dol , de là sous Ros-lan-Drieuc et à Chàteauneuf , d'où le dégorgement se feroit dans la Rance.

Les plus grands avantages résulteroient de cette entreprise. Les digues du marais çeroi^enl bien moins exposées au caprice et à Timpétuosité de la mer ; comme elle ne rencontreroit plus la rivière de Coesnon dans SQU flux et reflux , eUe ne feroit pas les mêmes excavations dans la grève, et ne s'en serviroit pas pour saper les barrières qu'on lui oppose. La mer porteroit avec eUe sur le rivage les sables les plus grossiers avec différens coquillages, et, par ce moyen , se formeroit elle-même une digue naturelle. Dès lors les bras des paroisses du marais ne seroient plus employés à la conservation de celle que la nécessité a élevée. Les Etats de Bretagne qui , pour venir à leur secours , emploient chaque année des sommes considérables, porteroient ailleurs leurs regards bienfaisans. Les marais de Dol , dont la plus grande partie est presque toujours inondée , se trouveroient desséchés. Comme ils vont en s' élevant à proportion qu'on approche de la digue , les eaux se rendroient par leur pente naturelle dans le Coesnon. Bientôt on verroit des plaines aussi fertiles que riantes ; un air pur et serein succéderoit à des vapeurs grossières et malfaisantes. Le Coesnon réuniroif non-seulement les eaux croupissantes du marais , mais encore celles des rivièrçs qui vont se perdre au Vivier et à Blanc-Essai. Cette rivière, ainsi grossie, porteroit de grands bateaux. De là il naitroit une nouvelle correspondance entre Pontorson (i) , Dol , Saint-Malo et Dinan. La ville de Dol serviroit d'entrepôt et sortiroit enfin de l'état d'inaction qui l'opprime. Le plus grand ingénieur que la France ait produit , ^. de Vauban , avoit formé ce projet ; l'intérêt géné-« rai et particulier en sollicitent Texécution.

^. Le port de Solidor étoit autrefois un vallon rempli de bois qui ,, par

(1) Pontorson tire ton nom de Poniypmi; flae dans le Coesnon josqn'à cette ville , et dV , ffhi » et de iom, etmfhunî. Depuis que même bien au delà la mer a rompu $e$ anciennes dipies, elle re-

IimiODtlCTIOK. 4^

sa chaussée, dominoitsur la Rânce (i). Ârbourg , maintenant ile , tenoit à la terre ferme et contenoit beaucoup d'habitans (à). La Rance se partageoit devant Solidor en deux bras (3). Ce qu'on nomme de Colé{I\) servoit de digue à Tùn de ses bras , qui s'étendoit à Banchefwu j terme qui se rend par lit profond de risfière (5). L'autre bras de la Rance passoit entre le grand et le petit Bé, qui, par droit <fè voisinage, ont retenu ce nom. Bé ou Biè , comme nous l'avons vu , désigne un canal. De$ Bès , ce bras alloit à la Couchée , montagne alors habitée , ainsi que ses environs (6).

Il est facile de concevoir que ce qu'on a appelé l'ile d'Aaron faisoit d'abord partie du continent.. Pour ce qui regarde Cesambre , voici ce qu'en dit d'Argentré (7) : a La mer a gagné bien loin au de ça de Saint^^ » Malo , en sorte que l%.pays qui est entre la ville et Cesambre , qui est 9 une ile distante de deux lieues , étoit terre ferme ^ et voit-on par comptes » des revenus de l'évêché , du chapitre de cette église, que les receveurs 3» faisoient charge du revenu des marais d'entre la ville et Cesambre , et » aicore à présent (i568) , les receveurs en font chapitre en deniers ®

9 /comptés et non reçus. Et se trouve au registre de la sénéchaussée de * » Rennes , qu'autrefois il y eut procès entre le duc et les évéques pour » les pâturages desdits marais , où le duc prétendoit que ses hommes » avoîent droit de mener leur bétail en conmfiun. d

L'étymologie de Cesambre justifie pleinement cet habile historien. Par ce terme , on entendoit des pâturages voLsms d'une montagne (8). Tout . décèle les brigandages que la mer a faits depuis Âlet jusqu'au Cap-Frehel. Ce nom est tiré de fres , déchirement , et à!hel , grand. L'île qu'on appelle CaJds a été environnée d'une forêt que la Rance traversoit. (2at , forêt ; is y riyière.

L'anse du Guesclin, que le rivage de la mer forme en la paroisse de Saint-Coulomb^ sur les confins de celle dp Cancalle*, n'a pas toujours existé. Un rocher, qui est à peu près au milieu de cette anse, et que

(i) Solidor Tient de #oZ, taOiê; d't on W, hordâmqwlVean bat, et d'e^rhière.

W#,et de dor ,rMère: vallée Cimerle deMi (Sy Ban, profond, -^he^Ueuinou^rMère.

auprèê d'une Hmire. (6) Gonchée yeut dire ; moniagnê habitée qui

(2) Arbovg prend son nom d'ar^ rocher ; doimne eur weêtwière. Ce terme vient de con ; à'e, ricière , et de dur^, pourg. rochers de ehe , hàbitaiion , et d'e, ri»ilre.

(3) Le nom de Bance signifie fartage der^ (7) Hist de Bret.

vière; û et ^it4erant partage ^ et de#a,en (8) Le nom de Ceiom^re vient de Ce^an,^* composition ee , rimère. %on , motte de Urre avec Vherbe , et de hre ,

(4) De Colé Tient de col , terrain contre le montagne.

les grandes marées couvrent maintenant tout eniiev, a ëlé du continent. Cétoit autrefois une fortificatioA où il y avoit ujo&g^nison (i).

Un ruisseau qui prend sa source au-dessous du Lupin en Saint«Goulomb , vers l'orient et le midi , longeoit les côtes de Roteneuf , passoit au-dessous du promontoire de la Varde et alloii se décharger au-dessus de Cesambre. Les noms d%ces lieux nous en fournissent la preuve (a). La paroisse.de Paramé qui ^ depuis le Lupin exclusivement, s'étend jusqu'à la Varde, et est boraée vers le midi et l'occident par le Rotouan , a pris son nom de ces ruisseaux (3).

La forêt de Cliesey s'est méme^ avapjçée jusqu'à Gersey. Adrien de Valois , dans sa Notice, des Gaujei^ ,,fait niention dex^tte île sowle no» de Cesarea. Si cet historien a pense qu'on l'avoit ainsi appelée de Jules- César ou de quelque empereur j. c'est une erreur que nous devons relever. Ce nom et quelques autres qu'on lui a donnés concourent à faire connoîlre que le terrain, de Gersey a été couvert de bois cfans les premiers temps et qu'il joîgqoit une forêt (4).

Cette ville ou bourg de la Basse-Bretagne que l'anonyme de HaTenne appelle Cris ou Kris, et dont on ne sait pas- bien la position , est une nouvelle preuve des incursions de la mer sur le continent de l'Ai^iiiorique. Depuis un grand nombre de siècles, elle est ensevelie dans les eâu% (5).

(1) Ce rocher ^od appelle VEfmq»eMrt tion ybw le midi et f accident cic Paramé. H a

son nom à'éves , garnison , et de que y forUfi-. pris en partie son nom da marais qu^ii tra-

calian ; rocfcer fMifié oii il y a um garnison, verse , ros, marais ; ovanj.rivih'e. On a mis

(S) Le tenue tupm^ désigne un terrain életè tin t devant ovan, selon le génie de la langue

au-dessus duquel il y a uo niiss^eaii. ( Lu ^ ruM*- celtique.

seau ; pin , élévalionJ) Celai d& Roleneuf^ ^ ^4)vLe terme CeiareA est fortué de ces y f^

tke de roi, rivière ; de tèn\ petite , et à*euf\ * rit, et d'ar , grande. Ces est le'méme mot que

colline : coUuie sur une petite rivière. Le rub- hes , forêt. Le 5 et le ^ se placent dans le cel-

seau du Lupin a dope coulé dans une plaine tique l'vm pourraotive, de même que le è se

au-dessous de Roteneuf ; cette plaine est , der substitue par le r. Cesarea veut donc dire :

puis bien dés sîèile^, occupée par là mer. Le grande forêt. Le mot Gersey prouve que cette

ruisseau du Lupin, se rendoit ensuite seus le île a été voisine d^cme f^rét. Ger, auprès; lay,

promontoire de la Yarde , le long de la même forêt : lieu auprès d'une forêt. Gersey a encore

plaine. Var, au-dessus; de ^ rivière : lieu qui porté le nom de Resta ou Lesia. Re^ auprès;

domine sur une rivière. »i, fàrêt. Le, auprès ; si^ forêt. Cette forêt,

(3) Paramé a en|>i:uait(^ son pom de jki , pe- qui joignoit Qersey , ne pouvoit être que celle

lt(e;dera,rtiH^ff»etdemoi>.e«iii4èr#.Gequi deChesey. ^,

veoi dire : camion sut U (mtlAïf ftfl àe$ H- (9) Lé nom de 6Ki ou JQrû^ est composé de

vières ffmuws. oMirtertf.LaeAtede loteneuf haer ^ ville, habimiok\ hameau^ et à'is, bas.

orme , jusqu'à la Tarde , une espèee éb demi- Lé* peuplebreCon s'est form^ une grande idée

fcerde. Le missoMi qui ceuWittD Imb dé celte dé l^tendu^ de ccftté vflîë ; ifa cru que le nom

côte étoit conséqnelimeiit obligé de décfire les- de Paris veut dire pareil $ u^ ou second is ;

mêmes lignes.Le Rotouan suitla mêmedlree^ en latiiiS'|Mn^{«; Crédhle quil est/ il Va pas

iirrBOBtJCfriow. 47

Ce ^q^ïeiiôus wnotis de dire tôitcbànt les îles de Chpsey , àe la Concliée ti ées autres Keux de' cette' espèce , estappuyë sur une vérité aujourd'hui reconnue y satvoir, que leâ ties voisines de la terre ferme eu ont fidl autrefois partie. Telle à été encore l'île d'Ouessant ,(i), qui est acftieH«ttietit à tjûatre Keues de la côte. On découvre encore de nos jours , sur la grèv«^ dafos les grandes marées ^ des troncs d'ai;bres et des débris de maison^. '

ioà. La carte tie la Manche, dressée par M. Bellin en 1763 , fait voir que la profondeur de la mer qui , à prendre au-dessus de File d'Ouessant , est de smxante-lroîs brasses ^ va toujours en diminuant jusqu'au pas de Calàk. M. Desmarest'a prouvé , en t^Ôi , que l'Angleterre joignoit autrefcMS Calais pariine langue de terre (à). Il y a tout lieu de croire que cet isthme s'étendoit d'abord jusqu'à la hauteur d'Ouessant. De cette île au Cap^Lézard , il n'y a pas beaucoup plus de trente lieues. Cet espace de terrain , attaqué le jitedKer par les flots de la mer, a dû en ressentir des effets plus marqués ; h. mesure que la mer a étendu ses conquêtes , ils ont dû être moins sensibles. Aussi son lit est-il moins profond , à proportion des progrès que^nous supposons qu'elle a faits sur cet isthme. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un coup d'oeil sur la carte de M. Bellin. Tout annonce que les Casqnets et l'île d'Aurigny tenoient à Port-Laûd. Les pierres Cabris et d'autres rochers voisins dévoient joindre d'un côté les Casquets et l'île d'Aurigny, et de l'autre, le cap de la Hague. Depuis Grenesey jusqu'à Fendroît qu'on nomme le Groin de Cancalle , la mer esl hérissée de rochers. Tout cet espace maintenant occupé par la mer, n'a fait partie de son domaine que par les coups redoublés qu'elle lui a portés.

fait attention qae Kris pouToit n'être qu'an celle-ci a retenn. Le terme Elhome vient d'el,

•impie hameau. fnontagne ; dehor, rivière , et de nit , auprès :

(1) Onessant est appelé CZaMmlii/iMnIa, dans ritUn fui ^mlè auprès ^Nnt on plusieurs

ritJnéraireinaritîme;dansAimoin,0<a;dans montagnes. Pair le nom de Beniguet^ fle an

GuiOanme le Breton , Philippidor Vil y Ossa. couchant du Conquet , on oonnolt qu'elle a été

Les Omsatltins le nomment Vssa et Ussan. au milieu d'une forêt et qu'une ou plusieurs ri-

Go dernier nom paiott le véritable et les autres vières y avoient leur lit. Ben , montagne ; % , ri-

eofiérivent U vient d'ucAa , Iréf-Aaul, super- vière; guet, fùrit. Celui de Molkne , lie entre

lâtifd'vcA» haut, et à'amn ^ rivière : lieu fort le Gonquet et Ouessant, atteste le voisinage

^kvéfuidominê sur une ou plusiews rivières, d'une rivière. Jfol, montagne; en ^ rivière.

U y a lieu de penser que l'Aon , qui se dé* L*Aon et l'Elfaome dévoient passer auprès de

gorge dans la baie de Brest , vers l'est y et l'El- ces deux lies , avant que de se rendre à Oues-

home, vers l'est-nord-est, fluoient dans les sant. I*r«J«toiçsin«ia1k<hi«8ant, etqoedelà Di5,erUUon .» U jonction de l'Angl.-

îi!Ï?i'*""'*"*^/f-,T' ••?''"*' teie à I. France, a ^fon, est un nom appellatif de rmère , que

48 HISTOIEE .ECGLl£SIA8TIQUE.

La même cause qui a dëtachë poire isthme du contioent a (ait rompre autrefois à l'Ocëan la digue qyi étoit entre Ceuta et Gibraltar , a donné naissance à la Méditerranëé ^ la sëparé la Sicile de l'Italie et les îles de rArchipel de la terre fermer Mais comment ces changemens se sont-ils opères ? Pour ce qui regarde lai séparation de l'Ârmorique e> de l'Angleterre , on ne peut , pour peu qu'on réfléchisse , l'attribuer à un tt-emblement de terre. Il en resteroit encore des vestiges : des rochers entr'ouverts et placés sans ordre se présenteraient entr'autres à la vue. Qu'on se rapproche du temps où le déluge couvrit la surface de la terre , on concevra que l'eau qui avoit pénétré presque toutes les parties intérieures de l'isthme de l'Armorique ^ ne s'évapora pas dès le moment où sa surface fut laissée à sec. La mer , sans doute impétueuse alors dans les parages de l'isthme, comme elle l'est à présent, donna de toute sa masse contre le continent et en délaya de plus en plus les terres. L'air en furie seconda ses efforts de temps à auti^e >]f^ lui donna assez d'acti*vite pour ronger et détruire insen^blement la digue que la nature lui avoit opposée. Les tempêtes réunies quelquefois aux grandes marées éloient capables de produire les plus grands changemens. Les rivières qui allaient se décharger dans la mer favorisoient d'ailleurs ses invasions^ Ainsi, par la succession du temps, les terres de Tisthme durent dispar roitre ; les 'montagnes qui résistoient à tout le courroux de la mer , formèrent des tles. L'Océan , toujours en action , et à qui un avantage en préparoit un autre, a su tellement en profiter , qu'il a enfin réduit les choses dans Tétat où elles sont. Les habitans de l'isthme ou ceux qui en étoient voisins , n'avoient pas assez d'industrie pour opposer à la mer des barrières artificielles ; et quand bien même ils auroient trouvé dans leur propre fonds «des ressources suffisantes , ils auroient négligé de les employer. En petit nombre dans le commencement , et sujets à peu de besoins , ils avoient plus de terrain qu'il ne leur en falloit.

Il étoît intéressant de connottre , avant toutes choses^ quels étoient les peuples qui ont habité les premiers notre Armorique ; nous m^ pouvions mieux faire que d'aller ensuite à la découverte du territoire que chacun d'eux a occupé. La seule chose que nous regrettons , c'est de n'avoir pas répandu plus d'agrément sur cette matière. Elle exigeoit de la précision : nous avons cru qu'on nous feroit grâce, en faveur de la justesse que nous devions employer.

' loi. Les peuples de notre Armorique faisoient partie des cités maritimes dont parle César. Par le terme dvitas , cet historien entendoit non

une

iNTROBucnoir. 49

une ville en particulier , mais le district d'un peuple distingué et indépendant de ceux dont il étoit voisin. C'est aussi dans ce sens que nous nous en sommes servis.

loa. Les six peuples qui composoient notre Ârmorique formoient chacun un état séparé , une république particulière. Cliaque cité avoit ses magistrats pour décider les différends qui y naissoient , et ses ministres pour le service de la religion. Les cités avoient communément sous elles des peuples d'un ordre inférieur , ou , ce qui est la même chose , se divisoient en cantons qui ressortissoient à la cité. Tels furent d'abord les Consopiti , les Jgnotes et ceux de Léon à l'égard des Osismii ; ceux dé Dol et d'Alet par rapport aux Diablintes. Des circonstances particulières , que nous détaillerons dans notre histoire , les firent sortir dé l'état de suboitlination où ils avoient vécu ; leurs villes , soit qu'elles fussent honorées du titre de capitales , soit qu'elles fussent propres à le recevoir , offrirent des âéges aux premiers évéques qui en firent la conquête à Jésus- Cbrist.

io3. Quoique souverainesd^ns leurs états respectifs , les nations armoriques s'étoient confédérées entr'elles pour leurs intérêts communs. Elles ëtoient liées en outre avec les autres peuples de la Gaule. ' io4* La cité des Redones ^woit a\oir tenu de tout temps un rang distingué parmi les Ârmoriques j soit parce qu'étant située à peu près au centre des cinq autres peuples avec qui elle étoit particulièrement unie , les assemblées générales dévoient s'y tenir de préférence , soit parce que les terres avancées dans le continent étant plus propres à fournir aux premiers besoins des hommes que celles qui sont sur le bord de la mer j elle a dû être peuplée une des premières.

io5. Condatej capitale des Redones , ne laissa pas de devenir commerçante. La Vilaine (i) connue de Ptolemée sous le nom à^Herius (a), que l'on i^etrouve à présent par celui de Treig-hier , qui est le passage de cette rivière entre la Roche-Bernard et son embouchure , va se décharger entre W presqu'île de Rui» (3) et te dégorgement de la Loire. Ce qui donna occasion aux Redones de se lier avec les Feneti.-

{V) Grégoire de Tours nomme la Vilaine Ft- Vilaine qu'elle a retenu. C'est le même que cinofiia ; Fredegaire , Tieenonia , et Aimoin , WiUn , rivière forte, Visnon. Les modernes l'appellent Yigelania et (â) On Eriw.Woy. d-des. n'^GO^p. 21. a.V. VigeUmia. Le nom de Vicinonia vient de wich , (3) Buis s'appeloit d'abord Rewoii^ d'où l'on f&trce^ei d'on^ rivière, Grégoire de Tours com- ' ^ a fait Rais ; elle étoit entièrement de la terré pare en plusieurs endroits cette rivière à un ferme ; la mer, par ses efforts redoublés^ en a torrent C'est aussi ce qu'expriine le nonl de fait une presqulle. Reug^ déchirure; «vifc, eau.

5a HISTOIRS ZCÇLÉSIASTIQVE.

.rPçgÇaixdes reniles ouvertes à Cb/{^/& cpoduisirent d'un côté à Ingena Q[) (i^yrapçhe^) t de là à Legçdia (le Havre de Lingreville) , et même plus avant sur les c6tes du Côtentin en Neustrie , ou plutôt Vest-Rich , c'est-àdû;« , rojaiune occidental; d'autre côte , à JuUomagus (Angers). Une troi- ^j^jp3^ rpvte c{ui sortoit de €ondate passoit par Corseul et se rendoU à Re^^ ^j^^a, Erquy,

io6* Les Namnetes s'établirent , à l'exemple des Redones , sur le bord d^ eawc. Les avantages qu'ils retirèrent de la Loire ne furent pas d'abord supérieurs à ceux de letirs voisins jmais lorsque la navigation eut pris qi^elques essprs , leur çommçrqe , et sut wer et sur terre , les combla de richesses.

' JE^tbeas , célèbre géographe de Marseille , qui , selon l'opinion commune, ^vivoit environ d^v^ cent quatre-vingts ans ayant Jésus-Christ , regardoit Çorbilo comme Uf^e des villes les plus opulentes de la Gaule (2)^ Il lacompgroit à MarseiU^ et à Natrboiiiie pour ses richesses et son commerce (3)n C'étoit surtout dans l'Ile britannique que Corbilo trafiquoit. Scipic» demanda aux had^itans de cette ville , ainsi .qu'à ceux de Marseille et de ^ï^oqne , des éclaircissemens sur cette lie ; maisi iils x^ lui en donnèrent aucun. Si ces deux dernières villes n'étoient pas eïk état de satisfaire la co* rlqfîté de ce romain , oe: qu'il ne nqys importe fm. d^eMminer , les Corbi- Umpis avoient des raisq^s d'intérêt pour ne rien répondre. La question proposée suppose des eonnoissances dans ceux qu'on interrogeoit, la QflUJ^ du silepce est facile à devineF- Les Corhilonois firent semblant d'ig^6i;er ce que /dans le fond, ils sayoient* C'est qu'ils ne vouldent pas oonûauniquer à pn étranger des lumières dont il auroit pu se servir à leur désavantage, ils n'avoient pas dessein de partager avec d'autres un com-r noierçe qui les çomhloit de biens. C'étoit un système reçu parmi les nai^f^, afipnnées air ti:afic , de cacher la sonree, de leurs richesses. £ious Ht sQQS.4au3^Stra};K>n qui'un vaisseau romaiu; , ^î touloît découvrir la routa; du pajs où Uon tiroit Tétain ^ suivit danf celle intention un bàtimmt phé* Qic^eii ; que le pilote ^ poui* couvrir sa marche , aima mieux se foire échouer; et que , par reconnoissauce ,.le trésor publie le dédommagea à son retour de la perte qu'il avoit faite (4).

iQj^. Les auteurs sont partagés sur la position de Corhih. M. de Valois

\\S Iv^ena ; HOn , IfetU , et de gen , forêi ; (3) Le comnîecce cotiaidérable que les Nan-

fleritff nM ^^ fotf P^^ t ^^ ^^r '*^'^* ^û ont toujours fait sur mer , leur a donné

L^a%^\^ mM^ui^wt^ L occasion de. prendre un navire pour aimes. "-^

«$tttbQ,ff0gr»»b**. (»i Gioijr. Mb. S.

INTBODUCTIOJr. 5t

pense que cette ville ëtoit la même qua Coueron (i) , petit pott de mer sur la rive droite de la Loire , à deux lieueâ au-dessous de Nantes. M. d'An ville regarde ce sentiment comme probable. Sanson , au contraire , a cini que Corbilo étoit la même que CoridJvicnum. M. Huet a smvi <;ettf opinion (a). Il nous paroit que c'est la seule à laquelle on puisse s'attaf cher. En effet , comme le dit ce savant prélat , il n'est pas vraisemblable que deux villes de commerce , étant si voisines , eussent pu s'élever en même temps à une si grande puissance. A eelte iraison , qui nous semble solide , nous ajouterons que Corbilo et Coridiifi^nwrï présentent à Vé^pr^ la même idée , quoique sous des^ termes différenâ. Lefurs noms ont la même source : ils sont pris dans la l^tt>gne ocl^iqpe^ Nous avons fait voir que Condwicnum vient de conk (angle) ; Corbilo eift forteé de corn , qui veut dire également (un angle)« Les noms 4^ CqrbilQ et de Condlvicnum pris ecL

eux-mêmes V conviennent donc à la même yill$ (3X '

Ce Scipion , qui avoit demandé à Corbilo , Narbonad et Uarseille , des îjjLSlructions sur le coip|(neFce^e rUe de Bretagûe ^ étoît probablement Publius-CorneUus-Sçipion qui fut consul; dan»^ la seconde guerre pmoH que et père de l'Africain. Dans ce cas ^ il deVoit être contemporain de Pylheas. D'où l'cm peut inférer que les Namnetes, avoîeot porté ^ans Vtle leur trafic aa mpins trois cents ans avant l'ère cbi'éjLîenne»

La fondation de Marseille remonte , comme on le sait , à trois sièclei plus haut. Narboane étoît florissante avant que les Roinainë eussent tenté de porter leurs armes dans la Gaule : elle avdit pris le nbiix Ae Narba^ Mordus. Ce ne fiit que cent s^ize ans. avant Jésus-Chriât qufune colonie romaine fu|r établie en ceUe ville. Les médailles et.l«.in5crif>tion$ de eé temps prouvent qu'elle ne doitpas son surnom au consul Mcartius^Rex^^\

io8. Les DiabliiUes, de Noedunum étoîent , suirant la Table théocfcH sienne , eu correspondance avec le^ cîlés de Viàix et dé Bayèut^ ei^ Basse-Normandie , ^t avec le* Blan^^ Il stemble que>éeox de Dol eft d'A}ê<! ne s'empressèrent pas de mettre à profit les secours que le voisinage^ de la mer leur p^iç^ (4)- D^aticiem Utt*es font)icoonotire (fu'untti vDi» q«iF se

(1) Coueron tire ton nom de cm, port} d'ftfx (4) On ignore ^uèls poeffoiedi étire \t8 péris

««r,aiH2€Mti#, et d'^m , rivi^e : porf lur.Ia dèmer qaije^uvoiéDiidïinsfadifltrîciè'Àlet

rivière. > ^ çtcefatideBoL LeBéhlnjgeiMiÉ^^^ti^là Miry

(2V Histoire da<*wil»er«. ^ aopéiSésiièfïwhnetteÉt p«itfleS!iÉfeot»iW^

(3) Corhih est composé de eam^ (mglè } à il , pijjeer.wi annplhAiêtiièioit\>6tÈ»iiitê^tm habUatim , et tfo , rivière : HabiMum' où (ffii ^^itb^uïïqmijéb wénàiûtsàktlà WàntSéimMùî rivihesformmlwar^iteeiis'unusant* , dévafttârl)iittériéiiiiJ9l'Aiinori4W. '

52 HISTOIAB ^GCLisiAStlQUE.

rendoit de Normandie par la Manceliere , en Baguer-Pican j à Carfenten | ancien Fauxbourg de Dol j conduisoit de là à Corseul.

109. Les Curiosolites s'étoient servis plus utilement de leur position. Un port à Erquy, des routes qui aboutissoient de Corseul à Rennes, à Venues et ailleurs , supposent que ce peuple avoit formé plusieurs branches d'industrie.

iio. Les Osismiij à considérer retendue de leurs états, auroient dû être puissans. Ils le seroient devenus infailliblement , s'ils avoient su tirer parti de l'élément qui baignoit leurs côtes. Les seuls ports que nous leur oonnoissions étoient Brest et le Porz-Liocan.

III. Vis*à-vis de Brest se trouve le passage de VIroise. Ce nom peut lui venir â^Iris , qui , dans les premiers temps , étoit celui de l'Irlande. C'est que Ton cingloit de Brest par VIroise , pour se rendre chez les Irois ou Ir-landois. Ce qui nous indique que les Osismii étoient autrefois en commerce avec rir -lande.

1 1 3r. Carhaix avoit des relations avec Brest , Venues et Nantes. Ce qui nous fait présumer que cette capitale étoit riche. Les cantons qui ont servi à composer les diocèses de Tr^;uer et de Saint-Brieuc , dont Findustrie primitive ne se découvre pas , dévoient être fort pauvres et conséquemment peu peuplés. Ils ne prirent pas de consistance, même sous les Romains.

II 3. Les plus célèbres et les plus riches de l'Ârmorique furent les V^^ neti. Leur habileté dans la marine les mit en état de tout entreprendre. Les forces redoutables qu'ils entretinrent sur TOcéan (i) leur en donnèrent l'empire : les vaisseaux qui y naviguoient leur payoient des droits de passage. Ce fut ce haut point de grandeur qui fit donner à leur ville principale le nom fastueux de ikaiorigum ou de maîtresse de la mer (a). C'étoit là qu'on voyoit le porl le plus fameux de l'Ârmorique et probablement de toute la Gaule. Les VeneU y faisoient leurs plus forts armemens.

César assure que» de son temps, les Veneti étoient dans l'usage d^en*

(i) Comment. Csstr. lib. S. mariniers et de leurs soldats. «Le nom latin

(% Les Romains , qoi s*enrichissoieat des dé- » de cette coulenr YvMVà» , ({ai est le nom de

poofllesdesnalioiisetdelearsconnolssancts, » ce peuple (Fene^t), dit M. Huet dans son

savent profiter de rexpérienœ des YvMti dans » histoire da commerce et de la naTigation ,

la marine^ Cest d'eux <pi*ils empnmtèrent Tu- » marque son origine. Il est vrai , ajoute-t^U ,

«âge détonner la couleur delà mer aux rais- » que quelques auteurs grecs opt rapporté le

; qu'ils desHnoient à la décovrerte , aux » nom de cette couleur aux Yeaetes situés sur voiles «aux cordages, auzftabits même de leurs aie golfo adriatique» mab c'étoit faute de

IWTKODUCTIOW. 53

iroyet un grand nombre de \aisseaux en Angleterre (i). Ce qui suppose qu'ils en faisoient le principal commerce. Cet historien fait assez connoitre , par la manière dont il s'exprime , que ce trafic subsistoit depuis long-temps. Il faut avoir recours à d'autres ressources pour en trouver répoque.

Ce sont les Phéniciens, si Ton en croit Strabon (a) , qui ont ouvert le commerce des Iles britanniques : ils le faisoient à l'exclusion de tout autre peuple. Ils y portoient , dit cet auteur , de la vaisselle de terre, du sel , des instrumens de fer et de cuivre de toute espèce. Suivant le témoignage de ce même historien , ces tles produisoient du blé en abondance; elles renfermoient dans leur sein des mines d'or et d'argent ; les esclaves y étoient en grand nombre; les chiens qu'on y ëlevoit excelloient pour la chass^. II est à croire que toutes ces choses entroient dans le commerce des Phéniciens. Celui de l'étain seul leur valoit des biens immenses. Hérodote, qui naquit quatre cent quatre ans avant Jésus-Christ , temps où les Phéniciens trafiquoient encore en Angleterre , ne put rien apprendre de certain dans la Phénicie même sur ce commerce , tapt ils étoient jaloux d'en faire un mystère aux étrangers.

Himilcon découvrit les Iles britanniques environ trois cents ans avant notre èfe. Ce fut là le commencement du commerce qu'y firent les Cartl^ginois.

' Diodore de Sicile avance que les Gaulois leur enlevèrent le commerce de l'étain et de l'ambre.

Gomme les Phéniciens sont leâ plus anciens navigateurs , il peut se f^ire . qu'ils aient été les premiers négociant qui aient entré dans l'Ile. Les Nam^ netes , ainsi que nous l'avons vu , y trafiquèrent dès le temps de Pytheas. Les Veneti avoient entrepris le même commerce avant leurs voisins. Nous en fournirons bientôt des preuves sensibles.

Diodore de Sicile dit que les Bretons insulaires transportoient l'étain dan^ l'fle dé Wigth (3) , où les marchands étrangers venoient l'acheter. Ils le portoient de là dans la Gaule , où ils le chargeoiept sur des chevaux. Des

> saToircombienlespenpIesdjeVennesaToiept sonne, ils ren4oieDt cette lettre par oic< Dio-

> ea de réputation et dTantoriCé dans les afblres dore de Sicile , qui appelle cette fle leta , dit » de la mer. • qn^elle éioit proche de la Bretagne , qa*elle pa-

(1) Gomment lib. 3. roissoitone Ile et qa*elle étoit toute entonrée

(3)Lib. 3. d'eau lorsque la marée montoit, mais que le

(3J Les Bomains nommoient Tile de Wigth reflux laissoit à découvert le terrain qui étoit

Teeta^ Veeiis , Ftelim, et Ptolemée Omcle- entre deux. Cet historien ajoute que les Bire-

sii. Comme les Grecs n'aToient point d*? con- tons prenoient ce temps-là pour passer en cka-

côtes de la Gaule ils anîvoient en trente jours de marche à l'embou* chure du Rhône ; c'est-à-dire , à Marseille , comme Strabon l'interprète* Ce 'même écrivain observe ailleurs que ces négocians transportoient l'étain de ces îles à Narbonne , lorsque les Romains y eurent envoyé une colonie ; ce qui arriva cent seize ans avant Jésus-Christ.

C'étoit à Darioriguni qu'étoient établis les comptoirs gaulois ; c'étoit là qu^abordoieut les vaisseaux qui portoient l'étain de Tile. Tout concourt à faire croire que Diodore ne pensoit point autrement à cet égard. Outre qu'aucup autre peuple de la Gaule n'étoit aussi en état que les Veneti de faire ce commerce , ce que César en a dit suffîroit presque pour décider la question en leur faveur. Mais ee qui tranche toute difficulté^ c^est .quç les marchandises pouvoient se transporter facilement par terre (Je Veqnes à Marseille et à Narbonne. Une voie qui sortoit de Dcuiorigiùn se rendoit directement à Nantes. Là deux routes s'ouvroient : l'une $m: la gauche et du côté de Bourges sembloit aboutir à Marseille } l'autre sur la droite passoit par Poitiers et Bordeaux et se terminoit à Narbonne. L^ voitures pouvoient également se rendre psff terre à kur destination dans trente jours. En évaluant les journées de chevaux à six Ueues y traite qu'ils peuvent faire aisément , quoique chargés , ils se trouvera qu'ils avgient fait i8o lieues le trentième joipr.

Ce furent encore les Veneti qui , au rapport du même Diodore , remplacèrent les Cartliaginois dans le commerce de la mer Baltique , environ cent seize ans avant notre ère. C'est sur ses bordsr que l'on péchoit le succin ou l'ambre qui étoit si recherché par les anciens. Outre qu'on Pemployoit comme aujourd'hui dans la médecine y les femmes l'estimoient autant que les perles les plus précieuses* Le goût pour l'ambre étôît encore dominant parmi le sexe , du vivant de Pline qui s'en plaignoit amèrement. Ce bitume servoit aussi à faire des vases , des statues et d'autres ouvrages qui exigeoient des morceaux considérables. Les Gaulois 9 quj u'en faisoient que des colliers et des brasselets , ne les conseryôient pas dans toute leur grosseur.

Les Veneti et les Namnetes qui , dès le commencement , tournèrent

leurs vues vers le commerce , durent le faire dans l'île avant les Car-

ibà^ÏQois et au même tepips quj& les Phéniciens. Les Dumnoniij quiha*

riotdelaierrefermedans Jcto^ Ce quipronye qui marque la situation du terrain, même

||ti*Jda à été une presqu*(Ie jointe au. continent avant qu'il iùft détaché de la Bretagne in^u-

pitiûï isthme que la violence deTOcéàn à fait laire par rOcéan, puisqu'il étoit séparé de la

dîflpàroUre. Wigih se rend par iégaralianf nom terre i^ loiafue la marée montoit.

iirTRootJCTioir» 55

bit oient ce que dous appelons aujourd'hui la Comouaillei inàulàif e , où se trouYoit Fëtain fin , étoient voisins des Veneti. Redevables ck leuf existence dans File à ceux-ci, comme nous le ferons bientôt vôif , ils ne pouvoient manquer d'entretenir une correspondaoce mutuelle. Les be^ soins rëciproques^ des deux nations les y invitoient et la facilité du trajet leur en procuroit le moyen. Témoins du commerce que les Phéniciens foisoient en Angleterre , et surtout de celui de l'étain qu'ils prenoient en G)mouaiIles , les Veneti apprirent à se modeler sur eux. Comme l'avis dite du gain fait toujours de fortes impressions sur les négocians , ceut de Dariorigwn durent faire tous leurs efforts pour partager avec les Phéniciens cette branche de trafic , le plutôt qu'il leur fut possible.

114. Les premiers habitans de T Angleterre , ainsi que de la Gaule, furent les animaux. Unie d'abord au continent , elle leur présenta un asile comme le restedela terre ferme. L'histoire ne fait poin attention du temps où elle fut changée en ile. Cette époque est antérieure à la découverte qu'en firent les Phéniciens , et peut-être au temps où les Armoriques formèrent leur république. Ce qu'il y a de certain , c'est que f comme l'Angleterre a dA se <létacher successivement du continent , la Manchen'd pris que peu à pdu la forme et l'étendue que nous lui voyons.

ii5. ctOna> dit Tacite (i)^ peu de lumières sur les premiers ha- » bitans de l'Angleterre» Etoient-ils nés dans le pays même? Venoient-ils » d'ailleurs? Une fliation barbare ne peut nous éclairer sur ce sujet.... » On prendroit pour des Gaulois ceux qui sont voisins de la Gaule. Cette j» ressemblance est l'effet ou du même sang , ou du même climat. En gé- » néral , on doit présumer que des Gaulois se sont établis dans une » contrée dont leur pays n'est séparé que' par un bras de la mer. Touf » favorise cette idée : même langue , même culte , égales superstitions, « pareille audace à la vue des dangers , semblaMe timidité à les sur* » monter. ^

« La raison nous apprend y pour emprunter les expressions de Camb«» » den (a) , que chaque pays a d'abord été habité par les pen{^es voi-* 9 sins plutôt que par ceux qui en sont éloignés : qui ne croira en effet » que rile de Chypre a été premièrement oecupée par ses voisins le» 2> Asiatiques ; l'ile de Crète et la Sicile , par les Grecs; la Corse , par les ha- » bitans de l'Italie; la Zélande , par les Germains ou Allemands ; l'Ir- » lande ^ par les peuples de la Norvège; et non que ces pays ont été peu- Ci) Agric. Tite. c. 11. (3) la Brit».

56 HISTOIRE EGCL^I ASTIQUE.

p plës par des colonies venues du fond de la Tartarie ou de la Maurita- » nie ? De même , pourquoi ne croirions-nous pas que la Grande-Brep tagne a été habitée par les Gaulois qui étoient dans le voisinage, plu- » tôt que par les Troyens , les Italiens j les Albains et les Brutiens , qui p sont si éloignés ? .... Il résulte de là que les anciens Gaulois et les J9 Bretons av oient la même langue ; et , par une conséquence nécessaire, p que Ton doit rapporter l'origine des Bretons aux Gaulois. Car il faut p avouer que la Gaule, voisine de TArménie , fertile en fruits et encore p plus peuplée , au rapport de Strabon , a été habitée la première. Et p puisque les Gaulois ont envoyé des colonies dans Tltalie , dans la Ger- 9 manie , dans la Thrace et dans FÂsie , à combien plus forte raison ne p doit-on pas penser qu'ils en ont fait passer en Angleterre , pays voisin p du leur et qui n'étoit pas moins fertile ? Les Anglois doivent se glorip fier d'être sortis de ces anciens Gaulois qui étoient regardés comme le p peuple le plus courageux, y

Selon César (i) , la côte maritime de la Bretagne insulaire fut occupée par des colonies gauloises. « L'intérieur est habité^ dit-il , selon la p tradition du pays , par ceux qui y sont nés. La côte maritime est pos- D sédée par les peuples que l'envie de piller et de faire la guerre fit sorp tir de la Belgique. Ils portoient presque tous les noms des cités où ils p étoient nés. Ils sortirent de leur pays natal pour venir dans cette conp trée. Après y avoir fait la guerre , ils s'y établirent et conmiencèrent 9 à y cultiver des terres, p

Il y avait efTectivement en Angleterre des Atrebates (a) et des Belgœ, On y remarquoit une ville sous le nom de Venta Belgamm , dont il est parlé dans l'Itinéraire d'Antonin. Ces deux peuples étoient curiginaires de la Gaule.

. Le nom seul des Belges peut justifier ce que César rapporte de cette nation. Belgen^ mot tudesque, signifie se disputer, se quereller. Ces Belges étoient donc un peuple féroce qui ne respiroit que la guerre et les combats.

1 16. Outre les Âtrehates elles Belgce, Ptoleméeplacedans la Bretagne insulaire les Parisii (3) assez connus dans les Gaules (4). Comme Tamour du

(1) Gomment, lib. 5. Pays-Baf .

(2) Les ÀlrébaUi prennent lenr nom d*al , (3) Le terme Patisii rient de par , naoin , et Une ; de re , heaucimp , et de bol , abimiaiU. de §vmy$ , en composition y« » homoKMê. On sait Ce qui se rend par : habitant d'une etmtrée ((ae les Parisiens faisoient un grand commerce ftrfUe, L'Artois où ce peuple étoit.fixé étoit par eau.

Irèa-abondant. On rappelle le grenier des (4;Géograph.lib. S. c.S.

pillage

pillage et de la guerte al^oit condyîl ces peuples eh AnglMèrre , il faut qu'avant leur prenoiià^ enlise daite Tlle il y ait eu des hid^itans. Et e6mmeut ces braves auroi^t^îls pu y sâgnaler leur courage ^ s'ils n^avoient raDCODtré Avep qui se mesurer ? Aussi cetxt <)ui deiMftrrt^îi^t dans Tiniérieur de File en étoiëni*ils, sûivaM César ^ les pfMMéTs colons. Les Belges et leSi aiitiâs ëtAngèrs qui sfeoiparèreiit de )« éit^oonférence de rUe firent replier vers le centre les naturels 4» pays. BfaÎ!^ cFoù ëtoient sortis les peuples qui occupCMent J'intërîeut' de Plie? ËtoieM-^s autochdiooes , c'estriHiire ^ avoient^ib pris naissM^de du sein même de la terre, oomme les plantes qu'elle fëcondê? Ce senliitfevil de quelqires anôens n'a pas besoin de réfutation. Le vénërable Bède nous instruira mieux. « Les Bretons , dit-il , qui osnt donne leur nom à cette fle , » en ont été les seuls habitans. Us vinrent de l'Armorique dans Albion » (TAngleterre) et s'emparèrent des parties méridionales de cette tle. 9 C'est la tradition du pays. »

Pomponios-Gallus ne bit pas difficulté d'avancer également que ce sont les Bretooa d^ la Gaule ou les Armoriqnes qui ont porté le nom de BiveUgne eu Angleterre.

ij,'}. Les deux prqpositipns de Bède nous paroissent d^ilMé eiacte vé* iÂ(é« Li'aFf>Ucatîon que nous allons en &ire servira à^ les cotfC^mer. Le temifi MntéMm , suivant Hum£roy*Lhuyd , est formé de pndcm'n , qui veut diF0jij0( Uanc Let nom d'Albion que l'Angleterre porta d'abord , vient d'a/6 , Uane ^ et d'ion , rvcker ; ce qui veut dire y à la lettre : rocher des 6/ancf*

Les noms de Bretagne et d'Albion sont donc précisément les mêmes quant m sens qin leinr est propre. 11 ne s*agit plus que de rechercher quels sont les Bretons armoriques qui ont donné à l'tle le nom de Bretagne ou d' Albion. C'est ce que nous allons découvrir à l'instant. Le nom de Feneii .(^pieportoteotleshabitans de Dariorigum tire son or^ne de gwen ou wen, qui souille bimnc. Le terme Britonesovi Veneti est donc eitactement le même quant a<i fondé Ce sont donc les Veneti qui ont donné leur nom aux Bretons de Vtkir KmA un écrivain cité par te Baud ( i) a^9 connu les ^neii sous le nom û^Jfbains. Il lesplace entre la v31e de Tèudticle (a) , qui est Qukup^ 9 et le fieuve Daeis» qu^on peut prendre pour la Vilaine (3).

(1) Hist. de Bret. ouphuieurs ritjièrn TeUe étoit la position de

(2) Le nom de Teudwle est formé de thuu , Quimper.

qu'on prononcelfc«ii,rtf?îare; de (Ïm, nomap- (3)Do«iiavientdedo«», quip9Ht^ etd's, pcUaUf d'habitation , cl de eU , fermé; ce qui ri^Ure : riviàre quip^rtfiMemx. vent dire :AaN(ali<m/brli/ti^r««r te tordVfme g

S8 HISTOIBB ECQCiSTASTIQtrC.'

lie nom. que les Bretons de Fileront reçu des Veneti de FAnnorique prouve qu'en outre c'est d^eux qu'ils tirent leur origine. , ^

Galfride et Virunnius déposent que la région des Damnonii , dont nous ayons parlé ci-dessus , fut habitée la première de toute l'Ile. C'est aussi la partie de l'Angleterre la plus proche des f^enèti. C'est par là que commencèrent les colonies armoriques. Les marchands de 1» Gaule qui , selon Diodore de Sicile , fréquentoient ordinairement les Dumnomi et transportoientleur étain aux autres nations, h'étoient^ point ^Utries que les Vençti. C'étoient eux qui avoient àdoucS leurs mœurs et lés avoient portés à se distinguer par l'hospitalité. On reconnoit dans la ville principale des Veneti cette cité nommée Bretagne , dont parle Volaterran d'après Strabon (i) : c'étoitla demeure des Blancs. L'Aquitaine oii cet auteur la place se pou voit prendre pour l'Arinorique. Ces deux noms représentent également un pays sur le bord des eaux (a).

II 8. Ce seroit ici le lieu d'assigner le temps précis où les Veneti ^xkplèrent l'Angleterre ; mais, comme aucun monument ne peut nous éclairer à cet égard , nous sommes dans l'impuissanee de répondre à cette question d'une manière satisfsdsante. Nous dirons seuletneilt que , pmsque la terre s'est garnie d'habitans de proche en proche , l{i pi^emièrè émigration des Veneti ^àii commencer par l'Angleterre. Six cents an$ environ avant l'ère chrétienne , ce peuple envoya une- colonie nodabreuse en Italie; elle s^ établit sur la mer Adriatique. « Je pense , dit Strabon (3) , 9 que de ces /^e/ie// sonè venus ceux de ce fméme nom qui habitent au - » tour d'Adria. En effçt , les autres Celles qui ont leurs demeures en Ita- » lie y comme les BoU et les Senones , sont sortis des pays situés au delà » des Alpes ^ pour venir, dans cqlte conti^e. Les Vmeti o\i Héneti swi" » voient les mêmes coutumes et la même mjanière de vivre des Gaulois.» Polybe assure la même chose. <r Les Venetes , dit cet auteur ^étôient sem- » blables par les mœurs , par les coiitumesët par l'habillen^ent , aux autres » Gaulois , et n'en différoient que parce qa'ilsparioient une langue dif- » férente. » Ce que l'on doit entendre seulement d'un diadécte différent.

L'empereur Julien (4) dit qjme:]ks ilomaiôs sidagi^uèrent tout le' pays qui étoit habité par les HeneteSy par les Ligures et par ^ddgi^and nombre d'autres Gaulois. Ce qui montre que ce prince TeconriôisSOil les ^^neti pour des Gaulois. L'origine troyenne qu'on avoit tenté de leur donner s'est dissipée par les lumières qui ont éclairé l'histoire. . ir,' . : :

;.... , Jo •!.•:%

.(l)Geograph.lib. 8.^ ' ' ;j^)*GMgr,Ub. î. ' / 'o]i:i In

(2) Le terme Aquitaine se Ure û'aeh , eau, |^^(ii) Xuijii^nyOrat,'^.,.. . ^ \ o, i) i ii\ • l et de tan, habitation, ^' *"».'.

tig.Lii peiiplade qiiek^ F^tiRtènVpk^iet en kïi^XeiexTe a dûpré^ cëdef de phi^étfrs siècles celle de ritalie. Places sur TOcëén ef à ^u de dis-» tance de l'ile, ils n'eurent pas de peine à l'apéircévoir. T^amiliarisës presque des . leur arrivée étt ArmoriqVié avec la' mer ^ ils durent chercher les moyens de la franche- avec sûreté. iJe danger étoil d'autant moins grand que la ' traversée' en^'Angletèlrre étoit môitis loD^e. L'entrée des Feneii dans rtlepbrolt donc 'avoir ^suivi^ dé pi^ celle qu'ils avoient faite dans rArmeriijue. Nous ri^farrdonsi comitie au môinâ très^robable'què rAn'-^ gleterre éloît tédiiité^ en Hé* , aVant Qu'aucun homme y eût pénétré.

lao. Les Fbheiiî qui avoient peuplé l'Angleterre , durent en regarder les habitans comme ^d^àtitrés eux-mêmes. Les nouveaux cblôni» trouvèrent dans leurs cœurs des motifs d'un attachement solide. Mais les liens du sang se brisent enfin : il faut des intérêts communs pour les entretenir. Ce furent auissi lès biesbifïs mutuels 'qui conservèrent la première union et qUî lli reûdiiiBét'uidissoluble. : '

Tkes rapports si 'intii^èil 'entt*é tes deux natioUs nous font comprendre avec quel zèle elles dévoient travailler à sout^r réièîproqûèttient leurs corres^ôûdancèé; Aussi; suivknt Sti^aboniet l'historien Dion ,^ Si teis f^eneti risqtièk^nt et perdirent dans un combat naval leurs biens , leur liberté ef leûV pafriè , G^étèît 'pour k'dplpbsèfr à reiitrq)rîse que César avoit formée sur' l'Mè. flk furent àaèëi BëUreîiï-poùr ■ la faire échouer ; mais ils dcfvinrent là Vicfîme de leur atta^chemérit à leUrs voisins. Les insulaires , instruite que reragè/quîtes avoit menacés alloit fondre sur la tête de leurs confédérés, équipèrent une fldttc et partagèrent avec eux le sort de hi guerre. César raëontc les choses d'une autre manière ; mais il savoit si • bien , èôiiimè Tf'i itosérVé iHute^ , Fart de cacher de méchans desseihs soûë d[èè'<lbndr^ nc^^i^^^^ témoignage qu'il rend eti sa pro-

pre cause ne peut étfe d'uti grand poids. Il vaut mieux en croire deux historiens . qui n'avoient point de motifs de nous en imposer.

lai. Nblîhè* dé^in ri*é&t pas de tioUs étendre plus au long sur les FenetiAVûoûi'mfSt^^^^^ si les Phéniciens et les Cartha-

ginois furéin'reàevâl)lës d'une ^pàitie def leurs richesses à la btanche de commercé qu*ils formèrent avec Àlbioi^^les f^erieti qui ne cessèrent pâk de le fàir<^ conjointement avec eux et après eux, durent par cela seul parvenir au plus hàiit point de l'opulence. Nous dirons enfin que, tandis que le reste de la Gaule ne se piquoit que de cueillir dés lauriers militaires aux dépens de Thumapité , les Venetij qui servoient de facteurs aux autres nations, en leur fouraissant les besoins et lesagrémens de la

6o HISTQIlUfrJH^^f ANTIQUE.

vie, faisoient refluer dw» le^r IKltrîe \^ hi/ft^ 4e dtaque peuple. Ce p'e^t 4piic pa3 wnt i^iisop qwP Tq» » préicndu qu*iU oqlt élé les plu^ célèbres naTigateura du mondef.

i^a. Le haut degré de grandeur et ^ richesses oti rAnnorique étoit panrenuei Tordre qui y régnoit, avoient étérouvrag^ide Wen d^ siècles. Cet édifice qui s'élevQÎt aye(^ fo(ùei9téy oialgré: de^ 4défi|uis aii^tipU^ qui pouYoient en entraîner la roipe , ipivpit m dj^ f(^idwn^PB:(rès^fQil)lef . Pour peu qu'op ait Tattenlipi) de tîr^ le voile qiii couvre le berceau des Armoriques , op remarqu/ira que tout aquopce chez 6W( , aiosi qqe chez les autres uatipns , la nouveauté dea aita et des conpoissance^ utiles. L'histpire ai^cieune des Qayles , dout )'AriW>nque faisoit partie , donAe assea; d9 jour à cette vérité. ,

ia3. Le premier habillement des Aro^nques fut le Sagi4m (i). Cétoit une espèce de manteau carré que Ton assuje^ti$aûiil; ^vçc une agrafe et qui couvroit les bras, les épaules et la poitrine. Df où il est naturel de croire que , comme Von n'eut d'sdK>rd que œ v^temept , ^nç grande partie du corps éioit à découvert. • x

ia4. La plupart des Gaok^s prif^iQi dp là qcc^qu de se peindre le visage et de tracer sur leura corps d/as figures de toutes sortes d'ani-» maux (:>^, ÇçUa croit qu'ila ^ ^wvoient d'uB fer très*poinm pour les im-» primer dajpa h chaip; Ih frqttpient cette empreint^ ^'uqe cç^Ieur bleue ^ que César nommç fTitrum etPiipe GlfMstum (3) (c'étoit du pastel). Cette gravure s'altacjiçjijt 4 fçvt |( ]l» peau et a^i; cbai*^ i ^qu'elle ne s'eff^çoit jamais. Ces 6gu^ ^ dput les hommes et )^ femmes â^iflWgipoierit embellir leurs corps , eurept par l^witeup autre avantage. Çe.J(ut, celui de dis-r tiqguer le» familles etlesdUférentes cpwcUtipnfî. 11 n^'éï9^^ esdaves d'en porter. Cétoit une précâufipfl qwKpçJiit|que du temps; aYittt inventée pour recpnnoltre i,«^jpur^ c^tte.portiop d'hommes que la

foiblesse dévouoit à la servUvxleT

|[^^les se faj^oient ^^igmatiser le visage y.lça.mws i les bras., les ciûsaes et la ppitrii^e^ Les figures qu'^fe portoîent en cëapartie^ 4e leurs

corps lies cpuvroient ^u entiçr } çe|lçs4HP^wplç/^Ç'^^fViP^^^^ ®^ ^ rapprochoient moins le^ yi^eç des AMties, Cea empreip^e* np pouv^^ manquer d'être exposées à la yve- C'est ppur cç^j^.f^jt H^SP^e^^ qu'on ne ipet^wt* point d/bltbilavon pç yQ\4oit p^ts. cacher/ djçjs, choses qui faisoient honnepr. '..?.'.

(i) «Sfo^fum vient da celtique «ah« » hsjbii^ ou il, 44. ÇfONur. <|e bello gallit. lib. 6. etc. de rhébrea «ocAoeft , cùworir. (3) ff tolUal Heût dé jatùê , Men.

(2; Tacit in tiU Agric. c. 2. Jnitin. lib.

inTRODucTioir. 6r

laS. ia6. Les Feneii^ soit qu'ils eussent trouve le moyen dé se couvrir eo ratier , soit par quelque autre motif que nous ignorons , n'adoptèrent point Tusage des stigmates* La pratique de se peindre n'eut {lis cbez eux un succès plus heureux. C'est par cette raison que ee peuple s'acquit le nom de Feneti^ c'est-à-dire ^ Blancs ; par le même motif, t>e«lui de Bretagne fut donné à leur capitale. On entendoit par ce terme /'Aa* bùation d^s blancs.

lay. La peufdade que les Feneti avoient tnmsportëe en Angleterre , et qui avoit le goût de sa métropole , prit d'eux le nom de Feneti ou de Britanni ; ce qui , comme nous Favons vu, est la même chose. Le pays nouveau qu'elle habita (îit appelé Albion ou Britannia , du nom de la ca-* pitale qu'elle venoit de quitter.

ia8. Les diffârens peuples qui , par la suite, s'établirent dans l'ile , y portèrent et la mode des stigmates et Tusage du pastel. Tacite , a[^uyé sur plusieurs motifii , pense que les Silures (i) qui s'étoient fixés en Angleterre , étoient des ibenes (2) venus d'Espagne (3). Justin observe que les Espagnols se stigmatîsoient (4) ; mais ils n'aaroient pas rendu cette coutume générale dans File , si les jétrebates , les Belgœ et les Parisii qui y avoient pénétré , n'eussent cont]ît)ué plus pardculièrement à l'y intvo* duire. La principale raison de cette pratique est que ces différeus peuples portèrent dâos Vile le Sagum , tel à peu près qu'il avoit été dans sen commenceiwnt

Les Bretons insulaires n'av<4ent pas encore quitté l'ancien vpge , du temps de Blartia). Les Romains leur donnèrent alors le nom de Picti. Lorsqu'ils fiireQt uol peu plus poUcés , la plupart d'entr'eux en laissèrent le QMd et la chq$e à oeui^ qui babitoient la partie septentrionale de l'Ile, que Ton nj^oil Albanie , Calédpnie, et que nous nommoss Ecosse.

Cet usag? d^stjigioaties , aujourd'hui relégué chez les sauvages, et que nous venons de retrouver dans l'île à qui nos voyageurs ont donné le nom d'Otabiti , subsî^toit encore dans le huitième siède en quelques pro* viii^ces de l'An^terrQ. Il fut x^qudamné en 787 , au concile de Cali^,

(i) SiHnÊTtê rient de «a , loianii , et dW , Gaulois le doimoieiit à tons les peuples q[iii de-

\mmê$. Ilsuvomt j^t^t ^Msaoé o^mme les mearoient an delà dHm fleave eu dlipeao».

Espagnols et les cbe^eux cr4p^ y^^ qnoi ils tagne. Les Ibères étoient ainsi fORUiiés , paica

ditHEroîent des Bretons. qu'ils habitoient au 4elà des Pyrénées.

(2) In TitaAgr^. e. 2. [/ est une préposition qui rëptmA ft hiila-

(3) Lib. 44. c. 4. tîne aà, et aux fhusçoises, a^au^ auprès. Ber (i) La plupart des noms ont été appellatiû veut dire tantôt montagne et tantôt rivière. ]

dans leur principe. Celui d'Ibères étoit tel. Les —Addition de Terrata. a. Y.

6a firSTOJHB SCCLlfsiASTIQUEr

en Northumbre , comme une impiété païenne et un rit diabolique (i).

lag. Ceux des Celtes qui restèrent dans la Gaule ^ en perfectionnant leur premier habillement , renoncèrent aux stigmates. Le goût de se colorer le visage qui dominoit dans les premiers temps , subsiste encore chez la plupart des femmes de l'Europe. Au mépris des grâces que la nature leur a données , elles vont chercher des agrémens étrangers et arbitraires , en se couvrant la peau de rouge. Si par là elles se donnent un air de constance , leur amour propre n'en souffrira pas moins d'avoir recours à une invention que les siècles de barbarie ont enfantée.

i3o. Les Namnetes ou Nannetes prirent leur nom de la Loire et de TÂrdre , sur les bords desquelles leurs pères s'étoient établis. Ncui , rivières\ aid ou ait , plusieurs. Ainsi le terme Nannetes signifie \ peuple qui habite une contrée où il y a des riifières. Comme am ou amn , syncope d'aman , se rend par ripière j ce même peuple s'appela aussi jémnetes. On pouvoit encore le nommer Sartmetes , de sam , rivière. Il n'y a conséquemment point d'erreur de copiste dans le nom de Samnitai que lui donne Ptolemée , et il n'a pas joint le sigma du nom précédent ous au nota jémnitai j comme quelques-^uns Tout avancé. Au mot Amnetes on a ajouté Vn , qui se met ordinairement à la tête du mot. C'^t la crase d'on^ artide, le ^ la j les.

i3i. iSa. Le nom de liger^ que les Namnetes donnèrent à la Loire / prouve qu'ils eurent des premiers des demeures fixes et permanentes dans l'Armorique. Le mot liger se retrouve encore dans le tudesque et se rend par sédentaire. Un plus grand nombre de familles se rassembla dans l'endroit où la Loire reçoit l'Erdre. Ce qui donna lieu à la ville et au nom de Condivicnum. Les familles de la même tribu dispersées dans la campagne formèrent l'étendue de la nation ainsi que son district. Telle a été originairement la manière dont se composa la cité ou chaque peuple de l'Armorique.

i33. Les premiers bateaux des f^n^fi étoient construits de b(^ pliant et léger que Ton couvroit de cuir. Tels étoient encore la plupart de ceux des Bretons insulaires du temps de Jules-César.

Comme la Manche est parsemée de difiGérentes iles > la curiosité et l'envie de pécher fit passer les Feneti tantôt sur les unes et tantôt sur les autres. Peu à peu la mer leur parut moins redoutable et ils en vinrent jusqu'à braver ses fureurs. C'est par ce moyen qu'ils peuplèrent l'An-

(i) Gondl. Labbe. (om. 6.

gleterre. La Cornouailles et les Sorlingues qui furent habitées les premières, ouvrirent aussi le. commerce de l'Ile.

i34. Tout ce que nous avons d'auteurs soit modernes , soit anciens , déposent que le commerce des Iles britanniques a pris sa source dans les Iles Cassitérides. Cambden , qui avoit fait une étude particulière des antiquités de sa patrie , a fait voir une identité parfaite entre les Sorlingues (i) et les Cassitérides : même position , égales productions. Ce sont les Phéniciens qui , d'après ce que nous en ^ laissé l'histoire ancienne , trafiquèrent les premiers aux Sorlingues. Le nom de Cassitérides qu'ils leur donnèrent étoit pris dans leur langue et signifioit de Vétaîn. Dans le temps oïl les FeufsH se fixèrent dans cette contrée , ce métal se trouvoit ordinairement à la surface de la terre ou du moins à une profondeur médiocre ; on n'y voyoit presque point de corps étrangers. Les Phéniciens , accoutumés à faire le commerce maritime , portèrent celui de l'étain des Cassitérides dans tous les pays qu'ils fréquentoient auparavant. . i35 . Le^ Feneti, qui s'étoient répandus peu à peu dans les parties méridionales de l'Angleterre , offrirent aux Phéniciens les mêmes richesses. C'est ainsi que l'histoirie de la population de l'Angleterre se trouve d'accord avec la progressiop du commerce qu'y firent ces négocians.

i36. Le;? Feneti dn continent , dont la marine étoit encore foible, mais aussi ambijEjyeux que le» Phéniciens , se contentèrent d'abord de porter che^ leurs voisins l'étain et les autres richesses de leurs colonies. A force de s'exercer sur la mer , ils devinrent les plus habiles navigateurs. Leurs vaisseaux ne furent plus de fragiles nacelles : ils égalèrent en force ceux des nations les plus expérimentées dans la marine. Des circonstances heureuses les rendirent maîtres du commerce de l'Angleterre. Dès lors les Grecs et les Romains ne se servirent plus simplement du mot Kassiteros ou Stannum. Us y ajout^ent Tépithète celticum , pour faire connoitre que c'étoient des marchands de la Celtique qui portoient ce métal , c'està-dire , principalement les Feneti , comme nous l'avons prouvé ailleurs; Persuadés de ce grand principe que , qui est maître de la mer , est maitre de tout , ils embrassèrent le commerce de toutes les Gaules.

i37 . Chaque chef de famille armorique commanda d'abord à la sienne avec cet empire que donne le respect paternel : on ne reconnut dans les premiers temps d'autre autorité que celle des pères sur leurs enfans. Le crédit que les guerriers , ces premiers braves , s'acquéroient par la chasse

(i) Le Dom de Sùrlinguti se rend par : pays contrée , et de celui à'elin , élain. qui abonde en étain. Il se tire du terme si.

64 HISTOIXS XOCLIÊSI ASTIQUE.

des animaux ^ ëtoit uniquement fonde sur Testime et la gratitude. Les pères renfermoient dans leurs personnes les qualités augustes et bienfaisantes de pontifes et de rois. C'ëtoit par leurs mains que s'ofTroient à la divinité les sacrifices de leur communauté , et ils dominoient par Tamour. Tandis que les familles furent en petit nombre j les principes de la société que chacun trouvoît dans son cœur suffirent pour maintenir Tordre. Les besoins n^alloient pas plus loin que ceux de la nature. Si les connoissances étoient bornées , la malice et la perversité n^avoient pas encore corrompu les mœurs. Le mien et le tien , cette source des plus grands désordres , déployèrent à la fin toute l'activité des passions que la vigilance des pères avoit déjà de la peine à contenir et dont ils ne laissoient pas que d'abuser quelquefois eux-mêmes.

i38. Pour rétablir l'harmonie dans une société dont les membres se multiplioient chaque jour, il fellut que les individus sacrifiassent au public leurs caprices et leurs passions. On remici^ à l'usage illimité de sa propre volonté. Les fanûlles qui composèrent un peuple séparé se donnèrent des lois et un gouvernement. C'est par là qu'elles assurèrent la tranquillité publique. Pour réunir des forces qu^elles n'avoient pas d'elles-mêmes , elles s'associèrent avec les autres peuples voisins. Dans cette double position , les membres cédèrent à leur corps particulier et le corps à la société générale y tout ce que l'on croyoit que pouvoit exiger le bonheur et la conservation de la phis saine partie. La justice publique ne fut plus administrée par les chefs de (anille : son exécution passa à des personnes chaînées de cet important emploi. Ce furent eux qui composèrent le sénat de chaque nation armorique. Le culte religieux dont le dogme et les rits pouvoient s'altérer en passant par chaque maison particulière , où k plus distipgué fiûioit les fonctions de pontife, ne fut plus exposé aux mémee varialions. Un corps de prêtres en fut le dépositaire; la religioo fui confiée à Itmn soins et les sciences devinrent l'objet de leurs études, l^k furent les fotukmeQS de Tordre reKgteox et politique qu'établirent les cités armoriques. Noua alkiu tàdier d'entrer dans le détail à cet égard.

iSg. Les pères qui d'abord avoiMsl éèé sMifverains dans leurs fomilles continuèrent le même empire sous la ppottclieii des lois. Les maris avment droit de vie et de mort sur leurs femmes, ainsi que sur leurs enCne, du ten^M de Jules* César. Lorsqu'un père de famille d'une noblesse distinguée venoit à mourir, ses proches s'assembloient , et pour peu qu'il y eût de soupçons sur sa mort , on mettoit sa femme à la toiHure comme une

esclave.

ïHTRObUCTIOlf. 65

«sda^e. Si le crime ëtoit avërë , on la faisoit mourir dans les flamme^ et dans les plus cruels supplices (i). Un mari ëtoit obligé de faire entrer dans la communauté autant de biens qu'il en recevoit de sa femme : le tout appartenoit au survivant , avec les fruits qui en provenoient (a). ' i4o. Il paroit qrâ l'autoritë de chaque cité armorique étoit dévolue à son sénat (3). C'est dans cette persuasion que César fit périr celui des Ve^ neii (4)- Ce général lui attribuoit la révolte des Armoriques contre les, Romains. »

i4i. Jalouse néanmoins de sa liberté , chaque nation se regardoit au-, dessus de son sénat ; c'est pourquoi elle se croyoit en droit d'infirmer quelquefois ses arrêts et jugeoit même ses magistrats, lorsqu'elle pensoit ou qu'ils alloient contre ses intérêts , ou qu'ils ne vouloient pas se irendre à ses ordres. Ce fut par ce double motif que les peuples d'Evreux et de lisieux mirent à mort leurs sénateurs. Ils avoient décidé de éè réunir aux Veneti pour secouer avec eux le joug des Romains. lueurs magistrats s'y opposoient de tout leur crédit (5). *

. i4ti» Les sénats des Armoriques étoient composés des personnes le^ plus remarquables parmi la noblesse. C'étoit le premier ordre après celuf des druides. Pour le peuple , il étoit presque réduit à la condition des esclaves; il ne pouvoit rien par lui-même, et jamais on ne lui donnoît de part aux affaires. Une grande partie de ces malheureux , accablés de dettes ou d'impôts , en butte aux vexations des grands , s'étoient rendus d'eux-mêmes esclaves des nobles qui avoient sur eux les droits que tout maître a sur ses esclaves (6).

i43. i44* i4^* Les Armoriques qui connurent les premiers les avan* tages et les douceurs que l'agriculture procure au genre humain , emportés néaumoins par le préjugé commun à tous les Celtes , la r^rdèrent comme une occupation basse et serviie. Ils laissèrent aux femmes , aux enfants , aux esclaves , le soin de la culture des terres (7). Les Veneti y dont le but principal étoit de s'enrichir par le commerce déterre et de mer, jugèrent plus sainement de l'agriculture. Sans elle , ils h'auroient pu réussir dans une entreprise de cette nature. Les arts mécaniques , qui en étoient un autre appuis durent également leur être chers. On ne peut douter que les autres négocians de TArmorique n'aient suivi cet exemple.

(i) De BeUo gallic. lib. 6. (4) De Bello Gall. lib. 3.

(2) Ibidem. (5) Ibidem.

(3) Le Dom de Sénaê vient de «eactfd, ai- (6) Ibidem, lib. 6. teniblée d€$ aneitns. Sen^ ancien ^ edi,mai- (7) Strabo, lib. 3.

#<m, fn^imal. ^

66 HISTOIBB BCCUfsiASTIQUEr

Tous eurettt nëaninouis un penchâut décide poui' lé métier de la guerre* Leurs ancêtres en aToient trouvé l'image dans les combats qu'il leur avoit fallu livrer aux bétes sauvages. La reconnoissance ftit le premier tribut que Ton paya à ceux qui , par leur force et leut habikté y avoient défen* du leurs semblables contre ces dangereux animaut , «t les avoient enri-* dbis de leurs dépouilles. Ce furent là les seules votes d'acquérir de la gloire. Se défendre et se nourrir étoient les premières choses qui occupe* rent les Axmoriques. Chacun chercha à fixer sur soi l'attention des autres par son adresse à la chasse. Les applàudistemens et l'admiration enflèrent le courage de ces guerriers^ Ils en formèrent d'autres qui se firent honneur de les suivre dans leurs courses. Ce fut là l'origine de ces cheva* liera si vantés dans les Gaules. Ces chasseurs voulurent par la suite exeis cer sur leurs patriotes cet ascendant qu'ils avoient pris sur les animaux. L'égalité , qui avait régné d'abord y se dissipa peu à peu^ Les exercices yiolens furent particulièretnent en recommandation. De l'empire sur les bétes , ces braves passèrent à celui qu'ils se donnèrent sur leurs semblar blés. On regarda la fonce comme un acte de justice. Passée en loi par l'usage , elle s'acquit des droits réels et absolus. Oo se jpisrsuada même que la divinité prenoit sous sa prolecttoli te plus fort , et <fue les foiblei| n'avoient point de dro^t à cù qu'ils n'éto&ebt pas en état de défendre.

i46. C'est sur ce principe qu'étoient appuyées les conquêtes que ces peuples faisoient sûr les étrangers , et le droit qu'ils s'arrogeoient sur ieure vies et sur leurs Uens* Les Sânanes (i), qui assiégeoient Clusium^ ne balancèrent pas à répondre aux ambassad^ura rbmains qui vouloient les détourner de s'emparer injustement des terres de cette ville leur alliée , que leur drpit étoit attaché à la pointe 4^ leurs épées , et que tous les biens appartenoient k de braves guerôeiaccABmè eux. « Lorsque y dirent- B ils y vous-mêmes aves «(édaré ia guerre aut Albaniens ^ aux Fidena*? B tes..«^« ) po)» vous emparer de leurs terres ^ vous n'avez rien fait d'i* 3 noui ni d'injuste : yous aveas suivi la plus aticiénne âe« lois , celle qui B donne au plus fort les Inens du plus fôible. Cette loi commence par la p divinité et s'étend jusqu'aux brutes (a). » .

C'est sur ce fondement qu'Ariovlsie disoit à Jules^César que , suivant le droit de la guerre , le vainqueur dispose à son gré 4es va^lc^s. Le droit de la guerre , c'est la loi du plus fort (3).

(i) Le nom de Senones vient de tenon « la perte des hommes et la raine deetillii.

trèi^and. Ce peuple , dit Floros , étoît d^ne ç^) TO. LIy. Kb. ». t. *5.

taiUe énoraie et distingué par la gnadeur de GaliicTib. t. c. 35.

ses armes» de sorte qu'il paroissoit né pour "^ ^

llffTAODUGTIOV. 67

i47* Chaque nation armorique reqpectoit dans ses membres le droit que D01IS appelons de pramier occupant* C'^toit une loi qu'elle avoit rendue sacrée. Il n'en ëtoii pas MOf i à l'égard des peuples qui n'avoient point traité avec les Armoriques* Ceux-ci croyoient pouvoir les attaquer licitemaot I pUler et enlever leurs bieqf • Leur motif étoit que ^ n'ayant point rePODcé à la communauté des autres richesses de la terre , ils avoient droit d« les réclamer. Comme dans ce procédé ils trouvoient de To^^osition , iti itevendiquoient le droit du plus fort. Telles furent les prétentions de 4sett9 colonie que les Vtneii envoyèrent en Italie.

148. La loi du plus fort y que les Armoriques et les autres Gaulois av^anC établie à T^iard des peuples qui n'avoient point de liaison avec euic I avoit souvent lieu entna \c^ d^érens membres de la même cité. Lorsqu'un citoyen étoit ajourné devant les magistrats , ou pour une injure , ou pour quelqii'autre raison, fl pouvoit en certains cas décliner la juri* lUot^Hi et of&ir de tenooiner le procès par la voie des armes. IM la matière 4tt différent n'étoit pas ^évidente , si l'accusé se tenoit sur la négative ^si la déposition des témoins n'étoit pas suffisante pour le convaincre , les juges loettoient les parties hors de cour et les renvoyoient à finir leur dispiate par k dtic^ (i)^ Lorsque les témoins ne déposoient pas la même à^yt f ik4tm«A eux-mêmes tenus de se battre.

QuaihI dei personnes d'un mérite égal aspiroient à une charge , elle .étoit di^utée les armes à la main (a). Lorsque le chef des druides venoit à mourir^ son successeur ne le remplaçoit quelquefois qu'après avoir es<^ suyé un combat judicid.

Ç^tfiit par le duel que la justice et le bon droit s^ manifestoient . Un guer« rier ne connoissoit point d'autre jurisprudence. Elle étôit pour lui aussi prompte que glorieuse. Celle du barreau , dont la marche est toujours lente I parce qu'elle est réfléchie , auroit tr(^ mis à l'épreuve son ardeur im^tueuse , et ^ suivant le préjugé qui dominoit alors , auroit com<^ {munis son honvieur. Aussi un Armorique guerrier avoit-il pour maxime de ne jamaiaparottre en public sans ses armes ; c'étoit un usage de les en*^ terrer avec )|ii lorsqu'il mouroit.

i49« Les étrangers et les voyageurs étoi^it les seuls qui n'avoient point ii cnundne d0 la loi du plus fort. Les Armoriques , ainsi que les autres Gaulois , regardoient leurs personnes comme sacrées et inviolables. Toutes les maisons leur étoient^ouvertes et partout on leur donnoit à manger. On

(1) Tadt. Annal. 13. Niool. Damts. apod (S) Livios 38. Sirobleam. lib. 3.

68 HISTOIBE EGCLisiASTlQUc'

n'attendoit pas même qu'ils demandassent rhospkalitë : il y avoit une émulation égale à K\m les préviendroit ; ils n'avoient d'embarras que sur le dioix ; on regardoit comme favorisé particulièrement du ciel , celui à qui ils donnoient la préférence.

i5o. Les minisires de la religion gauloise remontent à la plus haute antiquité. Saint Clément d'Alexandrie &it voir (i) , d'après les plus anciens auteurs , que les druides subsistoient avant les Mnesiphiles , les Solon^ , les Xenophane^ , les Thaïes et les Pythagores. Il ajoute , sur la foi d'Alexandre l'historien , que ce dernier philosc^he avoit été l'élève de ces Gaulois.

i5i. C'était à ces ministres seuls que la nation gauloise confioit Téducation de la jeunesse. On auroit cru l'exposer à des dangers , si on Tavoit mise entre les mains de toute autre espèce de savans. Les jeunes gens qui alloient en foule prendre leurs leçons (2) n'étoient point des (unilles du peuple : ses occupations ne l'élevoient pas si haut. Pomponiua-Mela , cité par Quvier , dit que cette jeunesse n'étoit pas simplement ingénue , mais la plus noble de la nation.

i52. i53. Ces maîtres ne se bomoient pas à enseigner la théologie et la morale. Dans leurs écoles , on disputoit des astres et de leur mouve-f ment , de la grandeur du monde et de la terre , de la constitution de Tunivers , de la puissance et de l'empire des dieux (3). Ils faisoient profession f dit PompoAius-Mela , de connottre non-seulement la grandeur , mais encore la forme du monde et de la terre , les divers mouvemens du ciel et des astres, et la volonté des dieux (4)- Ces différentes connoissances ne peuvent être autres que la physique , la géographie , l'astronomie et les autres parties des mathématiques. Ces sciences , qui sont le fondement de la. navigation , durent être cultivées avec soin par les Armoriques commçrçans. Pomponius-Mela rapporte que les druides donnoient des leçons de L'art oratoire (5). Strabon y ajoute la jurisprudence et l'histoire (6): lies écoles de ces docteurs n'étoient point établies dans les villes : elles se tenoient (kns \e fond des bois et dans des cavernes solitaires (7). Leur doctrine étoit renfermée dans des vers qu'ils faisoient apprendre par cœur à la jeunesse. C'étoit faciliter le travail de leurs disciples. Les vers se retiennent plus facilement et plus long-temps que la prose. Cfesi aussi la

(i) Strom. lib. 5. (5) Geog. lib. 3. e. S.

(2) De Bello GaUic. lîb. 6. (6) C^gr. lib. 4.

(3) Ibidem. (7) Mêla. lib. 3. c. S. Lucan. Bello cifil.

(4) Geog. lîb. 3. c. S. Mb. 1.

WTRÔDUCTîOir. 69

méthode que l'on a suivie jusqu'au milieu de ce siècle , pour Tinstruclion des jeunes gens. 11 est à désirer qu'on ne perde pas de vue cet avantage dans les nouveaux plans que Ton tâche de rédiger maintenant. Outre l'ordre et la simplicité des règles , îl est bon de ne rien épargner pour venir au secours de la mémoire. Mais comme les druides ne donnoient jamais leurs traités par écrit , ils metioient des obstacles aux progrès dans les sciences. César donne deux raisons de cette méthode : nous n'osons assurer qu'il les ait puisées dans leur vraie source. La première est afin que par là la doctrine qu'enseignoient les druides ne fût connue de personne et qu'elle en parût plus mystérieuse. La seconde, afin que les jeunes gens qui étoient obligés d'apprendre ces vers y et qui n'avoient pas le se«cours des livres ^ fussent plus attentifs à cultiver leur mémoire.

154. Ceux que l'on avoit chargés du dépôt delà religion furent assez généralement connus sous le nom de druides (i). Diogène-Laêrce et Suidas les appellent Semnothées , de semnos , vénérable , et de teos , Dieu; pour nous faire comprendre qu'ils se faisoient gloire d'honorer la divinité , de la servir et de la connottre.

i55. Nous pourrions , à l'exemple de Jules-César et de quelques autres auteurs, comprendre, sous le nom générique de druides , tous les ministres de la religion gauloise ; mais , pour plus grande clarté , nous dirons avec Strabon qu'il y avoit plusieurs classes dans le clergé des Gaules ; savoir , celle des bardes , celle des devins et celle des druides. « Les bardes , » dit-il, composent des hymnes et des poèmes. Les devins ofirent des sa*

(i) On ne convient pas anjourd'hnî de la que nons en trouverons Tétymologié. Nons ne

raison positive qui détermina les Gaulois à les la rencontrerons point dans le mot énu , mor

appeler ainsi. Les uns croientque le mot (Iniide gieien, démon ; ce seroit faire injure à la rer

vient de lliébreu derustim , qui veut dire am- ligion primitive d^ Gaulois. Ils n'adoroien^

iewiplatêwr\ mais quelque affinité que la lan- point les esprit^ dans les premiers temps , et

gue hébraïque paroisse avoir avec le celtique, ils ne chercboient pas à avoir de commerce

il est plus naturel de puiser ce terme dans le avec eux. Dans les poésies bretonnes du cinr*

dialecte même des Gaulois , surtout si Ton n*a quième et du sixième siècles , temps ot^ le dnUr

pas de fortes raisons d'agir autrement, et si disme respiroit encore , les ministres gaulois

Torigine qu*on y rencontre exprime d'une ma- sont rèpr^ntés sous le nom de Denmydew^

mère plus sensible les fonctions des prêtres au pluriel , et sous celui de Perofiyd au singu-

gaulois. D'autres s'imagineni en trouver la lier. Ce nom est composé de deux racines cel-

source dans le grec. Drus veut dire chêne, tiques : d^ ou dt, deiu, Dteii, et de rhauld

arbre pour lequel les Druides avoient une sin- ou rhoud , loquim , parlant, amvertani. Par

gulière vénération. Mais est-il vraisemblable le terme Derauydj nous entendons donc : €$-

que , par ce motif seul , qui n'étoit qu'extérieur liit gtit connerse avec Dieu ei qui eti V organe

à la religion gauloise , ces peuples eussent de sa volonté. On verra par la suite que c'é-

donné à leurs ministres une pareille dénomi- toit là l'idée que les Gaulois s'étoient formée

nation ? Pourquoi l'aller chercher dans une de leurs ministres,

langue étrangère ? C'est donc dans le celtique . ^

JO HrSTOIAE ECCLBSUSlïQVfl^

9 crifices et s'appliquent à la physiologie* Les druides , outr^ la pbyno- » logie , cultivent la philosophie morale. Ils passent pour être d'une io* » tégrité à toute épreuve. De là vient qu'on leur remet la décision d^ » diflférens que les particuliers et même les peuples entiers ont les uo# » avec les autres. Quelquefois les druides des deux parties discutent en^ » tr'eux ce qui fait le sujet d'une guerre , et trouvent le moyen de pad- » fier des armées qui étoient sur le point de se battre. Ils sont chargés » principalement de juger les causes où il s'agit de meurtre et d'efiusion » de sang (i). »

D'autres historiens nous font encore mieux connottre le caractère et les prérogatives de ces ordres religieux. Ammien-MarcelKn remarque que «les » esprits s'étant insensiblement cultivés dans les Gaules , les sciences corn- 9 mçncèrent à y fleurir. Ceux qui les enseignèrent les premiers furent » les bardes^ les devins et les druides. Les bardes chantoient dans des » vers héroïques et aux doux accords de leur lyre , les exploits des » grands hommes. Les devins étudioient renchatnement et les secrets de » la nature et s'appliquoient à les dévoiler. Les druides , qui avoient un 9 esprit plus élevé que les autres , vivoient ensemble en communauté , à » la manière des pythagoriciens , s'appliquant à des questions occultes » et sublimes, et , s'élevant au-dessus de la condition humaine , ils pro- » nonçoient que les âmes sont immortelles (a). Les Gaulois , dit Dio* 9 dore de Sicile , ont un grand respect pour les druides , qui sont les 9 philosophes et les théologiens de la nation. Ils ont aussi Jeurs devins » auxquels ils ajoutent beaucoup de foi. Les devins prédisent l'avenir , 9 tant par le vol des oiseaux que par l'inspection des victimes; et le peu- 9 pie leur est entièrement soumis. Ils pratiquent surtout quelque chose • d^ixiraordinaire et d'incroyable , quand il s'agk do éé^bérer sur des 9 iffiBtires extrêmement importantes. On immole alors un homme que le ji devin frappe d'une ^ée au-dessus du diaphragme , fiour juger de l'a- 9 venir , tant par la manière dont la victime tombe par terre , que par 9 la palpitation de ses membres. Il observe encore de quelle manière le 9 sapg coule. Les Gaulois ajoutent beaucoup de foi i^ œlte sorte de divi- 9 nation y qui est fort ancienne parmi eux* C'est «se coutume reçue chez 9 ce peuple , de n'offrir aucun sacrifice sans le numstère d'un philoso- 9 phe. Ils donnant pour raison de cet usage que y quand on veut oiftir 9 des présens aux dieux , il est à propos de recourir à là médiation des

• (l)Geogr.Ub.4. (4)Lib.5.

IHTRODUCnOW. fj t

» peîMlines qui connoissent la divinité et qui sont ses confidens. On » obâ't aux druides et aux poètes qui composent des hymnes , non-seu- È lement datis les choses qui concernent la paix , mais encore dans celles » qui regardent la guerre. Les amis et les ennemis ont la même soumis- » sion pour eux. On a vu souvent que , lorsque les armées ëtoient déjà 1» en présence y et que le soldat , après avoir jeté sa lance contre Ten- » Demi , étmt sur le point de forcer les rangs Fépée à la main , les drui- » des se présentaient entre les deux armées , apaisoient le soldat irrité , » comme on apprivoiseroit des bétes sauvages ; tant il est vrai que , jus- » que parmi les nations les plus barbares et les plus féroces , la fureur » cède à la sagesse , et qu'il n'y en a aucune où Mars n'ait de la consi*- » dération pour les muses (i). »

i56. Ces témoignages nous feront faire ici une remarque importante , c'est cpe les Gaulois ne connurent d'abord que les bardes et les druides. Ceux-là , dont le nom celtique signifie un chantre ou un musicien (2) , étant occupés à composer des hymnes , soit en l'honneur de la divinité, soit pour conserver la ipémoire des actions éclatantes ou des lois civiles , vont se perdre dans les temps les plus reculés. Les premiers mouvemens du cœur «fo riiomme ; à la vue des bienfaits dont l'Etre suprême le comble , le portent Hâfurellement à exprimer la reconnoissance dont il est péné-r tré. Sa dépendance lui apprend à s'humilier devant son créateur et à llnvoquer. Les cantiques sont donc de la plus haute antiquité , et, dès le Wimnencement , ils firent partie du culte que Ton rendit dans les Gaules à la divinité. C'est par ce moyen que la religion se perpétua. Les airs sur lesquels ces cantiques étoient ajustés , la mesure ou l'harmonie que l'on adtmroit dans les paroles, rendoient ces pièces faciles à retenir. La mémoire qui se les rappeloit avec plaisir , les couservoît aussi fidèlement que ai elles fussMt été confiées au papier. Avant Tinvetition de l'écriture, les Gaulois chantèrent ta grandeur et les merveilles de Dieu ; avant cette époque si fafvorable au développement de Tesprit humain , ils célébrèrent les (actions de leors héros.

157. Les druides furent les premiers théologiens de la nation , les dé* posilaires des dermes de la religion et ses pontifes. La divination , quoique fort ancienne parmi les Gaulois , étoit paîk* cette raison nouvelle chez ett& , et postérieure à la religion primitive. D'ailleurs , on conçoit aisément que cette prétendue science n'a pu être que le produit de combinai-

(i)lib<5. (2) Fcitof . lib. 2.

^a HfSTOfBE CCCL^SIA^TTQUC.

sons aussi successives que fausses , et que ce fut la crédulité agitée par la crainte ou par Tespérance , qui lui donn^ cours dans la suite des temps« Si nous voulons donc connoitre la nature du dnddisme , nous devons 1^ dépouiller de ce que l'on y a ajouté. Avant que d'entrer dans ce qu'il a de plus secret , jetons un coup d'œil sur son extérieur.

i58. Ce n'étoit point dans les temples ^ mais sous le ciel que les Armor riques et les autres Gaulois adoroient la divinité. Ils ne s'assembloient pas même à cet e(Tet dans les villes ou les bourgades. Leurs plus anciens sanctuaires furent sur les montagnes. Les plus célèbres étoient dans les forêts. Quelquefois on les établissoit proche des fontaines , des lacs ou des rivières ; tantôt le long des grands chemins et particulièrement dans des carrefours où l'on arrivoit par plusieurs endroits.

i5g. Ces lieux tenoient la place de temples. Comme ceux-ci , ils étoient dédiés au culte de la diviqité. Les Gaulois , dit Pline (i) , çonsacroient des forêts aux dieux , principalement des forêts de chênes , et , dans tous leurs sacrifices , ils tenoient à la main des branches de cet arbre. Ce fa*, ineux temple du pays chartrain , où les druides des Gaules s'assembloient dans un certain temps de l'année , n'étoit autre chose qu'une forêt. Les. peuples de la Grande-Bretagne ^ issus pour la plupart deTArmorique, suivait exactement la même pratique. Tacite , en paient de la prbe de l'ik de Man par les Romains , rapporte qu'on renversa les forêts où les naturels du pays avoient suivi jusqu'alors de cruelles superstitions , en faisant répandre le sang des captifs sur les autels qui y étoient dressés y et eu consultant la divinité par les entrailles de ces victimes.

i6o. Lorsque les assemblées religieuses ,se tenoient dans des fo-^ réts^ un grand et majestueux arbre étoit le symbole de l'Etre suprême. Les Celtes y dit Maxime de^Tyr^ reconnoissent un Dieu ; mais le simulacre de Jupiter est parmi eux un chêne élevé au-dessus d'un autre (2).

On arrosoit l'arbre consacré et même ceux qui en étoient voisins , du sang des hommes et des animaux immolés. Leur tête étoit la portion réservée à la divinité. C'est par cette raison qu'on l'attachoit à ces arbres (S). Celui qui faisoit l'offrande y étoit le maître du corps de la victime. Si la chair étoit propre à manger y il en faisoit un festin où assistoient sa fa-

mille et ses amis. .^

161. Lorsque le chêne qui sei^voit de symbole venoit à périr, il ne perdoi t pas pour cela sa consécration. On le tailloit en colonne ou en pyramide.

(1) Histor. natur. lib. 16. c. 44. (3) Tacit. Aonal. i. Strabo. 3.

(2)Di«.38. ^^^

nmoMTCrioir. 73

Td ëtoît , suivant Adam de Brécw ^ Yirminsid des Saxons. Ce nom veut dîre> selon lui , colonne universelle. Yitikind fait venir irminsul du tudes^ que irmin ou hermann , qui désigne un homme de guerre , et de sul , colonne. Les plus anciennes représentations d'Apollon , de Junon , de Cerès et de Pallas chez \eû Grecs, n'étoîent que des colonnes (i). Quelquefois le lieu du sanctuaire étoit marqué par un amas de grosses pierres. On en trouve de nos jours en difTérens endroits de l'Allemagne et de l'Angleterre. Le savant M. Keisler en a donné la description (2) : on ne peut douter qu'il n'y en ait aussi en France. Le vulgaire appdle lieu de fée ou de sacrifice , dit le P. Grégoire de Rosirenen (3) , certaines pierres élevées , couvertes d'autres pierres plates fort communes en Bretagne , et où ils disent que les païens ofTroient autrefois des sacrifices. Ils ajoutent que leurs ancêtres ont vu auprès de ces lieux beaucoup de petits nains tout noirs danser , etc. Telle est en particulier la pierre levée de Poitiers, à Vo^îcasioh de laquelle M, Dreux du Radier a fait une savante dissertation. Il existe encore en Bretagne une autre espèce de pierres qui servoient au même usage : elles sont taillées en forme de pyramide et de colonne. Leur base est tantôt enfoncée profondément dans la terre ^ tan* tôt elles ont un piédestal. Les Utie» ôirt douze pieds d'élévation , d'autres en ont plus de vingt ; celle que l'on voit à une demi-lieue de la ville de Dol (4) en a vingt-neuf de hauteur visible : on ignore ce que la terre nous en cache. Cette pierre est d'un seul bloc; elle étoit vraisemblablement carrée dans son principe. On a placé une croix sur son sommet , long-temps après son érection. C'est l'esprit du christianisme qui l'a feit élever. On a cru faire cesser , par ce moyen , les superstitions que l'on pratiquoit en ce lieu. On trouve une pierre à peu près semblable proche la chapelle Saint-Jean , dans la paroisse de Cuguen ; il y en a deux autres en celle de Combour , au village de Landran (5).

(f) Glemens Alct. StfOMi. lib. 1 . ti. Elle comprenoit 4aiis son enclave le yillage

(2) AnUquil. Selectœ. \]^ ^^f,; >f «^aies de Dol ihaijMi)^J^i )J^. . . . ... .w \ï\hoed(v%l,}ujibiUili(m;hoed, forêt) lymVo-

(3) Dictionn. françois-celliqne , au mùifée. ^^^^ ^ ^^^ ^^^^^ ,^ „^^ j,j,^^ ^ ^ ^^^^ d'un

(4) L'endroit où cette colonne e$t placée se rnisseau qui y passoit (i, ruisseau; chot , /bnomme le Champ dolani^ c'est-à-dire , le Champ rit) , Tous ces noms se reconnoissent encore de du temple. Ce terme vient de do, préposition nos jours. Plusieurs chemins conduisoientàce qui répond aux françaises de, du y des,ei de temple. Quatre y aboutissent même à présent. lan , temple. Ce champ et toutes les terres des (5) Le nom de Landran est dérivé de lan » environs formoientune forêt. A l'occident et temple ^ et de dran, cadence, harmonie; la au midî , elle s'appeloit Heral ; d'er , longue , danse faisoit une des parties principales du et d'a{, élevée : longue forêt sur un terrain éle- culte divin chez les Gaulois.

74 HISTOniE ECCLESIASTIQUE.

162. Les Armoriques , de même que les autres Gaulois^ donnoient le nom de la divinité aux lieux destines aux assemblées de religion , ainsi qu'aux choses qui en étoient le symbole. C'étoit là , selon eux , que l'Etre suprême signaloit sa puissance , sa bonté et ses autres attributs. L'entrée de ces temples étoit interdite aux lâches et aux impies que les ministres de la religion avoient excommuniés : quelques-uns de ces lieux étoient décorés du droit d'asile.

Il est naturel de penser que les forets et autres lieux consacrés à la divinité étoient distingués par des marques dont on étoit convenu. Le sanctuaire où étoit le symbole du dieu devoit l'être à bien plus forte raison. C'est de là que Tacite assuroit que les Germains consacroient aux dieux célestes des bois et des forêts , et qu'ils donnoient les noms des divinités même à ces retraites profondes , qu'on adoroit en esprit , sans qu'on osât porter les yeux sur les lieux où la divinité résidoit.

i63. C'étoit dans ces sanctuaires que l'on conservoit les offrandes faites à la divinité, «e Les Gaulois , dit Jules-César , sont dans l'opinion que le » dieii Mars préside à la guerre ; ainsi , quand ils ont résolu de donner » bataille , le plus souvent ils font vœu de lui offrir tout ce qu'ils preny} dront à la guerre. Us lui immolent l'élite des animaux qu'ils ont pris sur » l'ennemi. A l'égard des autres choses , ils les amassent dans le même T» lieu. Il se trouve plusieurs peuples chez lesquels on voit dans des lieux » consacrés , de ces monceaux de dépouilles. Il est rare que quelqu'un , » au mépris de ce vœu , ose retenir secrètement les choses qui ont été 30 vouées de cette manière j ou les enlève de la place où elles ont été » mises en trophées , parce que ce sacrilège est puni d'un supplice très- » cruel (i).

» On voit quelque chose de particulier et d'extraordinaire dans la Cel- » tique supérieure, par rapport aux temples et aux forêts consacrées j) aux dieux. On y jette une grande quantité d'or que l'on consacre aux » dieux et qu'aucun des habitans n'ose toucher par superstition , quoique » d'ailleurs les Celtes aiment beaucoup l'argent (2). »

Outre les vœux et le» offrandes que l'on déposoit dans ces lieux saints , il étoit permis de leur léguer ses biens en mourant. Une loi romaine suppose que cet usage se pratiquoit depuis un temps immémorial (3).

164. Les ministres de la religion gauloise habitoient dans ces sanctuai^

(1) De Bello Gallic. lib. 6. (3) Corpasculam Juris , lit. qui hœredes ins-

(2) Diodor. Sic. lib. 5. titui possunt. Apad Forcatul. lib. 5.

iirrRODUCTioTr. 75

res (i). Des revenus y étoient attachés pour Tentretien des prêtres. Les as* semblées civiles se tenoient dans ces lieux aussi bien que celles de la reli<^ gion. Le juge d'un canton rendoit ses ordonnances dans le même endroit où s'exerçoit le culte divin : toutes les affaires qui concernoient un district y étoient discutées. Quand il s'en trou voit qui intéressoient le bien général des peuples confédérés , telles que la paix et la guerre , les cités étoient représentées par leurs députés dans le sanctuaire le plus célèbre de la république. Ces assemblées se terminoient toujours par un festin religieux qui suivoit le sacrifice commun. Elles ne se tenoient que la nuit.

i65. Les sacrifices , les repas sacrés, le chant des hymnes et les autres parties du culte extérieur de la divinité n'avoient lieu que durant la nuit. Quoique , pour tous ces exercices , on choisit le temps où la lune pouvoit éclairer , chacun portoit Cependant son flambeau ou sa torche allumée et la plaçoit devant le symbole de la divinité. Les Gaulois, dit César , mesuroient le temps par le nombre des nuits et non par celui des jours. Ils comptoient les jours de leur naissance , les mois , les années de telle ma^ nière que les jours suivoient la nuit (2). Le peuple suit encore la même méthode en Bretagne. Ce que nous nommons aujourcThui^kdc die) y il rappelle anuît (Adc nocte).

Les druides , dit Pline , cueillent le gui de chêne le sixième jour de la lune ; c'est à ce jour qu'ils placent le commencement des mois , des années et des siècles , qui sont parmi eux de trente ans. Ils. fondent cet usage sur ce qu'alors la lune a déjà assez de force , quoiqu'elle ne soit pas encore parvenue à la moitié de sa grandeur.

166. Conune le sixième jour de la lune, cette planette donnoit* assez de lumière pour se rendre aux assemblées , on les commençoit ce jour-là même. On les continuoit peut-être durant la pleine lune , et , si l'on veut , jusqu'au dernier quartier , en observant néanmoins que celles de la nouvelle et de la pleine lune étoient les plus fréquentées et les plus augustes Le commencement des mois et des années étoit donc marqué par les solemnités publiques et religieuses. Tout le monde connoit le grand sacri* fice du gui de l'an neuf. Des enfans en Bretagne et dans d'autres provinces crient encore aguihmeuj , pour demander leurs élrennes.

167. Les Gaulois avoient une espèce de sacrifice assez commun chez eux, mais rarement employé chez les autres nations; c'est que, comme nous l'avons déjà vu , ils immoloient des hommes à la place des animaux.

(1) Lacan. 1. Blela. lib. 3. e. 32. (2) De BeUo GaUic. lib. 6.

a Tous les peuples des Gaules , ditCësar, sont fort superstitieux. C'est y pour cela que , lorsqu'ils ont de grandes maladies , ou qu'ils se trou- 9 vent dans quelques combats ou en danger de leur vie j ils immolent des » hommes au lieu de victimes y ou ils font vœu de les immoler 9 et ils se » servent , pour les sacrifices y du ministère des druides. Ils s'imaginent » que la vie d'un homme ne peut être rachetée que par celle d'un autre » homme et que les dieux ne peuvent être apaisés autrement. Ils ont » des sacrifices publics de cette sorte. D'autres ont des statues de grany> deur énorme , tissues d'osier y et y après an avoir rempli le vide d'iiom- » mes vivants, ils y mettent Iç feu y et ce$ pauvres victimes y sont bientôt » étouffées et consumées par la flamme. Ib croient que les supplices des 3» voleurs et des autres malfaiteurs sont plus agréables aux dieux. Cepen- D dant y quand ils n'ont pas de ces criminels y ils sacrifient des inno-^ » cens. »

168. Ces sacrifices humains se faisoient tantôt en faveur des particuliers y tantôt ils étoient ordonnés par la nation pour le bien public. Ce qui déterminoit à les offrir, c'étoit i** que la vie d'un homme ne peut se racheter devant Dieu que par la vi^ d'un autre homme. D'où il suit que celui dont on devoit racheter les jours à ce prix étoit déjà coupable et condamné à la mort par la divinité qu'B ovoit offensée. 2^ Les sacrifices humains étoient de toutes les offrandes la plus agréable qu'ils pussent faire à Dieu. 3"" Les criminels publics, 'comme plus coupables que ceux qui ne l'étoient qu'au tribunal de leur raison , étoient plus propres par ce motif à faire oublier à Dieu les fautes des autres.

Etrange manière de penser de la divinité 1 Ne pourrions-nous pas dire , avec Hutarque , qu'il eût mieux valu en quelque manière que les Gaulois n'eussent eu aucune connoissance de Dieu , plutôt que de croire qu'il se soit plu à voir répandre le sang humain , ou de s'imaginer que le plus saint et le plus parfait sacriQce étoit de couper la goi^e à des hommes? Ce n'est point ici l'esprit de physiologie et de divination qui fait immoler ces sortes de victimes. L'envie de détourner la mort et de se rendre Dieu propice en est la seule cause.

Comment a-t-il pu se faire que les druides , si chéris de leur nation et dont la sagesîse étoit recooQu^ chez les étrangers , en soient venus à cet excès et aient eu a^sex de crédit pour le persuader à leurs concitoyens ? Nous n'avons garde de chercher à discu^r des actes de barbarie aussi révoltans. La nature , en frémissant , s'élèveroit contre nous ; l'idée seule que nous avons de Dieu nous condamneroit sans appel. Mais ce à quoi

IKTRODVtQTIOir. 77

nous désirons que Ton fasse attention , c'est que si Ton envisageoit sous leur vrai point de vue la plupart des actions des premiers hommes ^ leurs motifs ne paroitroient peut-être pas si dépourvus de raison : en découvrant la fausseté des principes qui les ont fait agir , nous reccniDoitrions la foiblesse de Tesprit humain ; un sentiment de commisération af^ foibliroit la sentence portée coolre nos p«res. Nous verrons par la suite jusqu'où s'est étendue leur faute.

169. Diogène-Laêrce a renfermé la morale des druides en trois principaux chefs ; savoir : qu'il faut honorer les dieux , ne faire aucun mal , s'exercer à la bravoure et aux autres qualités d'un homme courageux. Ces principes bien entendus sont la source d'un grand nombre de conséquences qui , réduites en pratique par les Gaulois, leur ont fait tant d'honneur.

170. Les rapports que les hommes ont avec la divinité n'étoient pas bornés , suivant la doctrine des druides , à la vie présente. Après la dissolution du corps, des liens plus étroits unissoient l'homme à Dieu. C'étoit là , selon ces docteurs^ la base et le fondement de l'obligation où est l'homme de servir la divinité et d'observer les règles qu'il a prescrites. Aussi ; dans les cantiques sacrés des Gaulois, on célébroit l'excellence de la vie future et les vertus qui conduisent à ce glorieux état. De la persuasion d'une autre vie, les druides ne manquoient pas de tirer cette conséquence, et de la faire tirer aux autres , que , puisque la mort n'étoit qu'un passage (i) à une autre vie , on y seroit ou punî ou récompensé, selon ses bon-r nés ou mauvaises actions.

1 Un des dogmes des druides^ dit Pomponius-Mela , qui a transpiré au » dehors, est que les âmes sont étemelles et qu'il y a une autre vie après » celle-ci (a). »

Lucain , qui vivoit du temps de Néron , expose ainsi le sentiment des druides sur l'état des âmes après la mort, a Vous enseignez , dit-il , que » les ombres ne vont point habiter les demeures paisibles de l'Erebe , ni » faire leur séjour dans le sombre empire de Pluton. Le même esprit^ j» ^lon vous , anime le corps dans un autre monde. Si cela est vrai , la » mort n'est qu'un passage à une longue vie. Que les peuples septen • » trionaux sont heureux , continue le poète , de se mettre ainsi au-dessus

(i) Les Ganloia , pour e^rimer la mort oa (2) Uoum ex ils quœ prœcipiunt druides ,

le trépas , se serToient du terme tremenvan , in vulgus effluxit , videlicet ut forent ad bella

qui est formé de Iremen y poisagê , et de mon , meliores , œtemas esse animas , yitamque al-

en composition van , homme ; c'est-à-dire^poi- teram ad mânes, lib. 3. c. 2. saçi d'homme.

7B HISTOIRE ECCtisiàSTIQUE?

» de la crainte de la mort , crainte la plus frappante que Thomme puisse )> jamais avoir ! De là cet enthousiasme qui les porte à braver le danger , » cette fermeté qui les accompagne à la mort , et cette ardeur qu'ils té* » moignent à ne pas épargner une vie qu'ils doivent recouvrer. »

Yobis aatoribus ^ umbrae Non tacitas Erebi sedes , Ditisque profandî Pallida régna petuot : régit idem spiritus artns Orbe alio : long» (canitis si cognita) vit® Mors média est. Gertè populi quos despicît Arctos , Felices errore suo , quos ille timorum Maximus hand urget lethi metus. Inde niendi In fermm mens prona yiris , animaeque capaces Mortis et ignayum rediturao parcere yitœ (1).

171. Quelques-uns ont tâché d'infirmer le témoignage de Pomponius- Mela , en faisant remarquer que le lieu 011 doit se passer la seconde vie des Gaulois a été pris par cet auteur dans la théologie païenne des Romains {vitam alteram ad Mânes) ^ qui étoit bien différente de celle des Gaulois. Pour le prouver , ils se servent du texte même de Lucain que nous venons de citer :

Yobb antonbus , nmbr»

Non tacitas Erebi sedes , Ditisque profondi Pallida régna pétant.

Par là , disent-ils , le poète dépose que les Gaulois ne reconnoissoient point de mânes. Mêla n'avoit donc pas, concluent-ils , des idées nettes et précises de ce qu'il avançoit, et , puisqu'il a parlé sans connoissance , son autorité ne peut avoir de poids.

172. Ce raisonnement est plus spécieux que solide. En effet , il n'est pas étonnant que Mêla , qui n'étoit instruit que superficiellement de la religion des Gaulois , se soit servi d'un terme peu propre à désigner le séjour de l'autre vie , tel que ces peuples le concevoient. Né au milieu des Celtes , Lucain étoit sans doute plus éclairé sur cette matière. Le maries de mêla répond à oH)ealio de Lucain. Par ce moyen , qui se présente naturellement , ces deuît écrivains sont d'accord dans le fonds , quoiqu'ils ne le soient pas dans les termes-

Lorsque Lucain assure que , dans le sentiment des druides , les âmes ne vont point se rendre à l'Erebe, comme les Romains pensoient qu'elles

(1) Pharsal. lib. 1.

HTTRODUCTIOW. fjg

le faisoient; que, loin ^de prendre celte route, Tâme quia quitté son corps dans ce monde , va le reprendre dans un autre ; que la mort de ce monde n'est qu'un passage à une vie qui n'est point de courte durée , ainsi que la première, mais dont l'étendue ne se mesure pas , ce poète fait entendre clairement qu'il faut exclure de ces idées le dogme pythagoricien , suivant lequel les âmes reparoissoient sur notre terre et dans notre monde, pour animer de nouveaux corps et parcourir une nouvelle carrière , qui n'a aucun rapport ni continuité avec la première.

173. Cependant, quelques-uns ont cru que Jules-César a prêté cette opinion aux Gaulois. Pour bien saisir la pensée de cet auteur , il faut le laisser parler sa langue naturelle. In primés ^ dit-il , hoc persaadere volant (druidce) non interire animas , sed ab aliis post mortem transiii adalios ; atque hoc maxime advirtutem excitari putant ^ metu mortis neglecto. Si l'on fait attention , dit-on , à ces mots : ab aliis ad alias , on verra que les Gaulois étoient persuadés qu'après la mort, il s'opéroit une transmigration des âmes et qu'elle se faisoit, non dan^ les corps des béte^, mai$ uniquement dans ceux des hommes.

On répond que les termes latins que nous venons de citer ne peuvent se traduire , ni même se comprendre , à moins qu'on ne supplée le mot qui est relatif à ceux ab aliis ad alios. Celui à^homines s'offre le premier à l'esprit ; dans ce cas , le sens de la proposition de César seroit que l'àme , à la sortie d'un homme , rentroit dans un autre homme : ce qu'on ne peut supposer. En effet , le corps que l'àme a abandonné et celui où elle entreroit , ne seroient , durant le temps de la séparation , que des cadavres. On ne peut en avoir d'autres idées. L'homme n'existeroit que dans l'instant de l'union des deux substances. Le temps du passage que suppose César fait seulement entrevoir deux êtres distingués qui ne sont point unis et à qui conséquemment cet historien n'a pu donner dans cet instant le nom d'homme.

Si l'on veut que César ait eu dessein de dire que les âmes , après la mort , passoient dans d'autres corps , la métempsycose aura lieu ; mais la phrase latine de cet auteur ne sera plus la même. Comme on aura suppléé le terme corpora^ on ne pourra plus lire : ab aliis ad alias, mais ab aliis ad alla. De tous ceux qui ont traitéila métempsycose, on ne voit personne qui ait employé le terme //omo, mais seulement celui de corpus.

Si l'on tente de trouver un sens raisonnable dans la proposition de César , ce sera celui«ci : ab aliis lacis ad aUoslocos. Il reviendra au sentiment de Lucain que nous avons rapporté ci-devant ; mais il sera contraire à la

8o HisToiBE EGcufaniariQUEr

méiempsjcosd ^e Tofa s'efForçoit d'Àidtrtk'. Cest ainsi que Cësar , bien eiitenda , se rapprocbt d^ notre (àÇùVk dtt pét!s«f .

174. On ne peuC nier que Diddor^ êé Sicile et Valère-Maiime niaient ittribué aux Gaulois le dogme àé \à iti^fèmpsycose; « Les Gaulois y dit le » prcAfentr , ont fait prévaloir chctt mx T^ipinion de Pythagore y qui veut B que les âmes des iiommes soient immorteUes y et qu'après un certain 9 Bonibre d'années^ eUes reviennent animer d'autres corps. C'est pourquoi^ » lorsqu'ils brûlent leurs morts y ils adressent à leurs amis et à leurs pa- » rens défunts des lettres i^'ils jettent dans le bûcher, comme si ik dei> voféilt 1m recevoir et les lire (i). »

Le ÈëCxmA , après avoir remarqué que les Gaulois étoient persuadés que Vàme est iMiUortelle^ ajoute : «Je les traîterois de fous , cespor- » teufl c!b^bnA^>si ils ne tenoient le même sentiment que le philoso* y> phe Pythagore (a). »

Principes faux ! raisoniieinens frivoles ! Ces deux auteurs supposent que les Gaulois avoient etiKjprunté de Pytbagore leur doctrine sur l'immortalité de l'âme. Supposition gratuite et démentie par des personnages respectables. Saint Clément d'Alexandrie , sur la foi d'Alexandre Polyhistor y assure que Pytbagore lui-même avoit été instruit par le^ Gaulois , bien loin que les Gatdoia eussent pris de lui leurs connoissânees* (3). En effet , ce philosophe ne vint au monde que vers la quarante^-^septième olympiade y quatre générations après Numa et environ cinq cent quatrevingt-dix ans ayant Jésu^^Cbrist ; au lieu que la philosophie et l'antiquité des tlruidest remoptent jusqu'au temps d'Homère y c'est-à-dire , mille MB â^HMit notre ère.

i/'enrew de biodore ei de Valère ne sera donc venue que de ce qu'ils ne eoiriiMnoîent Pimmortalité de Tàme que dans le trop fameux système du philosophe grec, comme étant plus répandu que le dogme des druides.

Qui pourra croire d'aUlenr9> aiwe Vatère- Maxime, que si l'on veut reconnottre Timmortalité de Vkm^ avec iea druides y il faut en même temps admettre avec Pythagore qu'après ktnort elle passe dans un autre corps? Qui sera assez crédule pour se persuader que , ^ , en admettant le sentiment des druides , on rejette Ufeluâ de ce philosophe , on mérite dès lors de passer pour insensé ? C'est user de la raison , quoi qu'en dise ce railleur et imposant critique , que de soutenir d'un côté Timmortalité de l'âme , et de mtpnouver de Tautre le pythagorisme.

(1) Lib. 5. (3) Sirom. lib. 1.'

(2)Lib,a.c. 6. 175.

IWTRODUCTIOir. 8i

175. On pourroit , à parler absolument , allier , en quelque manière , la conduite dés Gaulois avec 1h métempsycose. En effet , le retour des âmes dans les corps ne devoit , suivant Diodore (i) , se faire qu'après un certain nombre d'années. Durant cet intervalle , elles s'assembloient dans un même lieu. C'étoit dans cette habitation commune à toutes , qu'elles s'entretenoient ensemble , qu'elles donnoient.les lettres à l'adresse des âmes qui n'étoient pas encore retournées à la vie ; qu'elles se faisoient rendre compte et payer par leurs débiteurs , et qu'elles jouissoient des biens que 1 on avoit envoyés avec elles dans les cérémonies de leurs fu« nérailles.

176. Cependant^ si, l'on examine de près les choses , telles que les Gaulois les concevoient , ces rapports qui nous paroissoient se rassembler comme d'eux-mêmes , s'évanouissent bientôt. Quoique dans le système de la métempsycose les âmes ne passassent pas immédiatement après la mort dans d'autre^ corps , mais seulement après un temps déterminé , il n'éloit pas moins vrai de dire que ce temps étoît limité , et qu'après qu'il étoit écQulé , la société se rompoit pour ne se renouer jamais. L'embarras augmentera davantage j si l'on fait réflexion que le retour dans de nouveaux corps , ne devoit pas dépendre des souhaits de ces âmes rassemblées ou de leur indifférence. C^étoit de la divinité que venoit la détermination du temps de ce retour : elle seule ep avoit une connoissance entière , et à elle seule il appailenoit d'en fixer la manière et les circonstances.

Comme toutes ces conséquences naissent du fonds de la métempsycose , elles ne peuvent être révoquées en doute. Cela posé comme certain , quel empressement si vif peutron supposer dans les Gaulois , à faire brûler , avec Ic^ morts y ce qui leur avoit été le plus cher et le plus utile dans • la vie ? Quelle raison si pressante avoient-ils de prêter de l'arçent , à condition qu'il ne leur seroit . rendu que dans l'autre monde ? Pourquoi adressoient-ils avec tant d'exactitude et de soin à leurs parens et leurs amis , des lettres où ils rendoient compte de leurs affaires ? Les services que les vivans rendoient par là aux morts , n'auroient été que passagers ; Tamertume qui les auroit suivis , auroit été d'autant plus cuisante, que le peu de temps que les âmes avoient à passer ensemble , n'étoit pas dans leur disposition et qu'elles dévoient animer d'autres corps , pour ne plus conserver de lien avec ce qu'elles avoient précédemment aimé.

(i)Lib. 5.

Si HISTOIRE ECCLESIASTIQUE.'

Si l'on suppose , au coptraire , que les Gaulois avoient pour principe que Tàme , après la mort , donnoit une nouvelle yîe au corps qu'elle avoit animé , ce dogme et les actions qui en sont la suite se trouvent liés ensemble. Une épouse , des cliens et des esclaves perdent la vie pour aller rejoindre un mari , un guerrier et un m^tre. Ce n'est point pour le revoir quelque temps : c'est pour vivi:e toujours avec lui. Si Ton prête pour ne recevoir que dans l'autre mopde , le motif ne perd rien du retour sur soi-même. On ne s'embarrassoit pas tant d'aller au-devant des besoins de la vie présente , que de se prémunir contre ceux de la vie future. L'une é toit momentanée; l'autre n'avoit ni terme , ni fin. Ceux qui survivoient à leurs parens et amis avoient du moins la consolation de jeter dans leurs bûchers des lettres qui leur portoient leurs regrets et les témoignages de leur attaçheiqent.

177. L'immortalité de l'âme et son entrée dans une nouvelle vie étoient les seuls dogmes que les druides enseignoient ouvertement , et d'ailleurs ils faisoient profession de ne rien écrire. Ils djéfendoient aux peuples ini« tiés dans les autres mystères de leur religion y de révéler aux étrangers ce qu'ils leur apprenoieijit;- Ce qui fait juger de quel poids peuvent être les auteurs , ou romains ou grecs , qui ont tenté de dévoiler le druidi&^ me. Les uns n'en ont parlé qwe par occasion ; d'autres ne l'ont fait que sur des rapports de personnes peu instruites : presque teus en ont trait(^ d'une manière succincte , et aucun ne l'a entrepris d'après les druides. Chaque écrivain y suivant les préjugés qui TalTectoient , n'a trouvé dans la religion des Gaulois que ce qu'il a voulu. Tâchons d'éviter les mêmes reproches. L'amour du vrai, éclairé dif, flaml)eau dç la critique , peut nous faire sortir de ce dédale.

178. Il nous parott que les^ druiçles i^onnoissoient un Dieu suprême , maître de l'univers, auquel tout étoit soumis et obéissant. Nous en avons Tacite pour garant (i). «TLes Germains , dît ce même historien , croient » qu'il ne convient pas à la grandeqr des dieux célestes de les renfermer » dans des murailles , ou. dç les représenter sous une forme humaine. » Ils consacrent dîes bois et des forêts , et ils appellent du nom des dieux 9 les lieux secrets où.ils^ ne voient I9 diviqilé que dans le respect qu'ils » lui témoignent (a). »

Les Celtiberes et les peuples qui les confiqoîent du côté du nord , ado-^ roient le Dieu sans nom au temps de la pleine luné , dansant toute la nuit au-devant de leurs maisons avec toutes leurs familles (3).

(1) Regnator omnium Deos , cetera sabjec- (2) German. cl. la atqae paientia. German. c. 35. (3) Strabo , Geogr. lib. 3.

TlTTRODtJCTIOIT.' 83

CiMrûn reproche aux Gâirfois qii'ib ti'otit liî lés mœurs nî le naturel des aûfres houiiiies. Cdr tandis que ceuï-cî ne prehnent les armes que pour lai défeùsë de \èùt rèli^on et s'adressent aux dieux pour avoir la paix ^ lés Gàiilois , au ccmtraire^ foùt là guerre à toutes les autres religions et veulent déthih^e léi Aeitx lihmcnrtels (t).

Lùcsfhï ^ dai!i^ tine apostrophe qtr'il fait aux dhiides , ne craint pas d^assurei^ qu'ils sont lés sèiuls, ènfré lés mo^tek, à qui if a été donné de côWftohre ou d'ignorer ïé Dieu qu'ils àdôroleïit.

Solis nosse Beos jet cœli Namina yobfs , Aii^ sèlU néscîire ctatnm.

D'après ces témoignages , on peut regarder comme certain qae les druides ont admis l'existence de Dieu dans toute sa force. N'est-ce pas là 1 idée que les Germains s'en étoient formée^ en lui attribuant le souverain domaine et l'administration de l'univers ? Puisque tout ce qui existe n'attendoit que ses ordres pour agir , iae devoit*il pas être présent par tout? Ne pouvoir le renfermer dans des enceintes de murailles , n'est-ce pas admettre son immensité? Croire qu'on ne peut le représenter sous une forme corporelle ^ ni lui donner une figure ou l'offrir aux yeux dans des images , c'est reconnoitre sa spiritualité. Etre convaracu qu^n ne pouvoit l'adorer d'une manière convenable que dans des retraites et des forêts consacrées , parce qu'il y régnoit en silence et y devi^ppit en qil^elque façon sensible dans le respect qu'il inspiroit^ c'est penser q<ie, puisqu'il est esprit , .on doit principalement lui rendre ses hommages en e^rit. Dire que Dieu est sans nom ^ c'est lui at^ibuer to^te pc^ection. En effet, il n'y ^ pas de raison qui doive déterminer^ le désigner ,plut6t par tel attribut que par tel autre. . En conséquence de la conviction de tous ces principes y faire la guerre aux dieux des Grecs et des Romains j n'est-ce pas les traiter comme de fausses divinités qui n'avoient de réalité que dans rimaginâtipn ée leurs adorateurs? . , .

Aussi rançiënne mythologie islandoise , intitulée l'Edda^ attribue- t-elle au Dieu suprême une puissance infinie ^,wie science sans bornes^ une justice. încorruptWle^ Hle l'appelle Hauteur de tout ce qui existe , t étemel , tan^ cien , Féire viifoht et terrible ^ lescj^ateur des choses cachées , V immuable.

Saint Augustin , qui avoit étudié les ;<}ifférentes religions , en étudiant la sienne, met,. en termes formels, les philosophes Gaulois au nombre des sages qui ont reconnu un Dieu suprême (2).

(1) Ciccro pro H. Fonleîo. (2) De Civit Dei , Ub. 8, cap. 9.

84 HISTOIM ECClisiASTIQUE.

179. I] est étonnant que Jules^Cësar , cet homme si judicieux d'aillcnors, ait voulu nous faire croire que les Gaulois avoient adopté de son temp» les divinités de Rome. C'est un paradoxe étrange que de penser qu'ils les servoîent au temps de son entrée dans les Gaules. Pour que Mercure ait été le Tentâtes des Gaulois , Apollon leur Belenus , Mars leur Esus , Jupiter leur Taranis, Dis leur Pluton, il ne suffit pas que, comme Mercure , Tentâtes ait été Tinventeur des arts , le guide des voyageurs , la source des gains et des profits; que, semblable à Apollon , Belenus ait présidé à la médecine ; qu'Esus ait été le génie de la guerre ; que Taranis ait eu la foudre pour partage , et que Dis ait régné dans les enfers ; mais il faut que tout ce qui est propre et particulier à l'un , puisse et doive s'attribuer à celui qui lui répond, de sorte qu*on ne puisse trouver de différemce que dans les noms gaulois et romains, ^toit-çe là l'idée que César avoit conçue des dieux de Rqme et de la Gaule ? Avoit-il examiné leur généalogie respective?' Avoit-il approfondi la ressemblance parfaite qui devoit^ se trouver entre les uns et les autres ? Non sans doute. Outre qu'il ne lui étoit pas facile de se procurer tous ces éclaircissemens , il avoit particulièrement à cœur de persuader aux Gaulois que leur religibn étoit la même que la sienne. Il cherchoit dans Textérieur dé Tune et de l'autre de qtioi leur faire illusion.

Suivant les Romains, Mercure étoit fi}sde Jupiter et de Maïa ; Apollon avoit le même dieu pour père et Latpne pour mère. Selon la plus commune opinion , Mars étoit issu de Jupiter et dç Junon ; d'autres veulent que cette déesse , pour se vèngier dé ce que son mari avoil produit Pallas de son cerveau , donna aussi ^ sans son secours , la naissance à ce dieu. iHuton étoit, comme JupitAh et Neptune , sorti de Saturne et d'Ops. A toutes ces origines bizarres , il faut encore joindre les aventures de toute espèce qui çaractérisoient chacune dé çè$ divinités. Tous et chacun de ces attributs potirroient-ils convèbir à ce que les Caulois appeloient Tentâtes , Belenus , Esus , Taranis et Dis? Il n'y a que là vérité qui soit par tout la même r ces objets rapprochés né se ressemblent point. Il est essentiel d'observer que nous considérons icif la religipn rpmaine , telle que le peuple la considéroit du temps de César. Nous ne cherchons pas & discuter ce qu'elle avoit été dans son principe , et ce qui avoit donné occasion aux dogmes qui dominoient dans lè'l^^cle de'ce ^énétàl.

Le lieu où les Gaulois rendoient leur culte religieux à l'auteur de leurs jours , étoit , comme nous l'avons observé , hors des vUlés et des bourgades , souvent près des grands chemins , ou sur quelque éminence. Pour

rordinaire^ il étoit marqué^ par une ou plusieurs pierres. Les Romains , en voyant ces pierres, se rappeloient que, dans leur pays , ils en avoient à peu près de semblables , qu'ils avoient dédiées à Mercure , et ils en concluoient que son culte avoit lieu dans les Gaules. Ils pouvoient en« core s'imaginer , à certains égards^ que le dieu qu'on servoit en ces lieux étoit le protecteur des voyageurs. Ces pierres , qui désignoient le lieu de l'assemblée religieuse , et qui , pour la plupart , étoient placées sur les grands chemins, servoient d'asile et à ceux du pays qui s'y rendoient , et aux voyageurs étrangers. Telle est la véritable cause de l'erreur qui a donné lieu à l'identité prétendue entre Teutatès et Mercure. On ne trouveroit pas plus de ressemblance entre les autres dieux de Rome et ceux que Ton attribue à la Gaule. Nous aurons occasion d'en fournir encore quelques preuves. Au reste, ce qui peut en quelque manière excuser Jules-> César, c'est que cet historien dit seulement que les Gaulois ont à peu près le même sentiment que les autres peuples sur Mercure , Apollon , Mars et Jupiter (i). Ce qui fait voir que tout son but étoit de rapprocher , autant qu'il pouvoit , la reUgion des vaincus de celle des vainqueurs.

i8o. Cependant, lesdiflTérens noms de Teutatès, Belenus , Esus , Taranis et Dis , semblent n'avoir été dans l'esprit des druides autre chose que des attributs de la divinité. Outre que ce sentiment se lie très-bien avec l'idée du Dieu suprême qui ne s'est jamais perdue totalement chez eux , les anciens Gaulois ne connurent point d'abord d'autre divinité. Les chefs mêmes des premières colonies n'acquirent pas l'idée d'un seul Dieu par la voie du raisonnement , mais par la tradition. Nous exposerons dans la suite les raisons qui appuient oe sentiment. Revenons aux prétendus dieux des Gaulois.

Le âom de Tis (2) fut donné dans le commencement à l'Etre suprême par les Germains. Il répond au mot téos des Grecs , dont les Latins ont fait celui de deus. Au nom de Tis , les Gaulois ajoutèrent celui de Tentâtes (3). Ce qui veut dire : père des hommes^ Les peuplés de la Gaule se croyoient issus dé lui. Par cette raison , ils s^appeloient Teutsah ou enfans de Tat. Telle étoit aussi l'origine de la dénomination que se donnèrent le# ydces-Tectosages. C'est ainsi que les Gaulois rendoient hommage à la toute-puissance de Dieu, en le reconnoissant pour leur Créateur. Dis (4) étoit exactement le même que Tis ou Teutatès , l'auteur du

(1) De BeUo Gallic. lib. 6. (3) r«ula<é# est formé de (#ti^ AommM , et

(2) Tu, ^oful, piiuiaïK. ^^j p^ ^ ^^.

genre humain. Cest pour cela qu'on Tappeloit Dis Pater y onDitis Pater, le Père Dis. C'est de lui probablement que la paroisse à'Atis, près de Caen , tire son nom. Il est compose d'oj, qui veut dire seigneur , et de iis , puissant. Il y a lieu de croire que le Dieu suprême avoît un sanctuaire en cet endroit.

Une pareille doctrine ëtoit bien éloignée du polythéisme. Nous ne pouvons en donner une idée plus juste, que de rapporter ici ce que saint Paul disoit un jour à l'aréopage : « Dieu a fait naître d'un seul toute kfâce » des hommes y et il leur a donné pour demeure toute la terre , ayant » marqué l'ordre des saisons et les bornes de l'habitation de chaque j> peuple j afin qu'ils cherchassent IMeu , comme en tâtonnant , cpioiqu'il v> ne soit pas loin de nous. Car c'est en lui que nous afvons la vie , le » mouvement et l'être; et, selon que quelques-uns de vos poètes ont » dit : Nous sommes les enfans et la race de Dieu (i). »

i8i. Jules-César , qui a pris le Dis des Gaulois pour Pluton , n'a fondé son jugement que sur les apparences. Les sacrifices que l'on faisoit aux divinités infernales n'avoient lieu communément que de nuit. Ceux que l'on faisoit à Dis s'ofifroient durant ce temps , et les fêtes n'étoient indiquées que quand le soleil avoit quitté l'horizon.

Esus étoit un nom appeliatif . Il signifie seigneur , par antonomase , ou tout-puissant (2). C'est le même que le Zeus des Grecs» Dieu , dit Aristote (3) , est ainsi appelé. Hesychius , célèbre grammaîrieii, assure que , par le terme Esus , on doit entendre V£tne supréne. L'£s«» des Gaulois étoit sans doute , selon eux , le maitre et l'arbitre de tout. Ils pouvoient , sans blesser son unité , le faire présider également aux armées et aux événemens divers qui se passent dans le monde. Mais , parce qu'ils reconnoissoient que les plus vaillans guerriers ne pouvoient vaincre sous d'autres auspices que sous les siens , on n'a pas droit d'en conclure qu'ils! se soient formé un Dieu isolé dont le district ne s'étcmdtt que dam Tenceinte des batailles. On peut dire que leur iatêntioB étoit de protester par là que, dans lui seul, résidoit la force, et que les triomphes les plus éclatans viennent de son bras à qui rien ne résille; Ce sonr là du moins les premières idées qu'ils s'en formèrent. Le lieu de l'assemblée religieuse étoit quelquefois marqué par une épée. Il n'en a. paS' fallu davantage pour faire croire aux étrangers que le dieu qu'on y servoit étoit Bbirs.

Tarani , terme encore connu de nos Bas-Bretons et des Gallois , qui

(1) Act. Apost, 17. V. 26 , 27 , ». fî) De mundo. lib. 1. c. 7.

12) E$ , irU ; ui , jmi#«an^ KoMt.

INTRODUCTIOir. 87

se rend par le mot tonnerre, et dont on a fait Tarants (i) , pouvoit signifier seulement que le dieu des Gaulois étoit le maître de la foudre, et que son pouvoir s'étendoit aussi bien dans les airs que sur la terre. Les Thraces qui, comme le dit Hérodote (2), étoient dans la persuasion qu'il n'y aroit point d'autre dieu que le leur , re^ectoient sa puissance à la •vue des éclairs et au bruit du tonnerre. On a peine à croire , quoi qu'en dise cet auteur , que ce (ut pour menacer la divinité qu'ils tiroient des flèches à ce moment. Bien plus , ne prétendoient-ils point témoigner , par cette action , leur dévouement au maitre de l'univers , et la joie qu'ils res** sentoient à la vue des signes non suspects de son pouvoir ? Accoutumés à le regarder , de même que les Celtes , comme le dieu de la guerre y ils lui marquoieot qu^il avoit en eux des enfans qui n'avoient rien plus à cœur que de limiter. Si, par les éclairs et la foudre , leur dieu portoit par tout l'épouvanie et l'effroi , ils lui protestoient que , de leur côté , ils étoient toujours furéts à jeter la terreur chez leurs ennemis, par l'adresse et la vigueur qu'ils tenoienjL de sa main bienfaisante.

Le nom de Beknus peut également se donner au vrai Dieu. Quelquesuns le font venir de melen , qui veut dire blond , parce qu'ils confondent Belenus avec Apollon. Ne peut-on pas le tirer de bel^ aurdessus; et d'^ii, ciel'> Belenus sera donc celui qui domine sur le ciel. Cette qualification n'a rien de contraire aux perfections infinités de l'Etre suprême.

Au reste , il esft ceitain que les Gaulois reconnurent un premier être d'où sonténianés tous, les autros. Ce dogme fut constamment soutenu jusqu'au temps où ils subirent le joug des Romains.

18a. De tout ce que nous avoQS dit jusqu'à présent de la religion deà Gaulois, et conséquemipent de celle des Armoriques, il résulte que les forêts , les arbres, et les pierres qu'ik consacroient à la divinité n'étoient pas origÎQ2Ûrema;it l'd^jet de leur cuUe^ Ces consécrations se faisoient pour rendre plus: respectable le lieu de l'assemblée. Le nom de Dieu, qu'ils donnoient aux sanctuaires, ne servoit qu'à rappeler sa présence plus iacilemenl à Tesprij. Ils l'adoroient , tantdt sous le doux nom de père, pour animer b coniSance qu,'ils 4«voipnt avoir en lui; et tantôt sous celui de maître du tonnerre , de seigni^ur et de roi , pour se rappeler les droits qu'il avoit sur eux. Trop heureux s'ils en fussent restés là !

i83. Tandis que les Gaulois respectèrent les traditions qu'ils tenoient des anciens , la religion primitive se conserva parmi eux dans son in-

(1) roronif, UmnanU (2) Life. 4.

88 HISTOIRE EGGlJsi ASTIQUE.

lëgrilé. Formée pour le bonheur de l'homme , elle n'avoit fait couler que le sang des bêtes. Par une nouveauté attentatoire à l'autorité de l'Etre suprême ^ les druides y substituèrent en plusieurs occasions celui de leurs semblables. Abomination qu'ils trouvèrent dans les rits <nal entendus de la religion. Egarés une fois par leur imagination y ils s'y livrèrent déplus en plus. Nous avons remarqué ci-dessus , d'après Âmmien-Marceliin , que la divination, sur- tout par l'inspection des victimes, *étoit fort ancienne chez les Gaulois. Ils en tiroient des prognostics , non -seulement par les entrailles , mais encore par le battement des artères , par la palpitation des membres et d'autres signtô de cette nature. C'est pour cela que les Fates ou devins furent les seuls ministres des sacrifices.

i84« Une autre espèce de divination étoit le duel. Il avoit lieu dans les cas douteux. La Providence se chai^eoit alors de décider la question par la victoire qu'elle accordoit à l'un des champions. Telle étoit la manière de penser des Gaulois à ce sujet. Ce principe , appuyé sur un faux supposé , a été mis en oubli par la succession des siècles ; mais ses conséquences n'en ont pas moins fait de ravages , malgré les lumières qui auroient dû les dissiper. Tant il est difficile de détruire les anciens préjugés ! Les Gaulois ne bornèrent pas la divination à ces objets : nous verrons par la suite jusqu'où ils retendirent.

Si les druides s'étoient laissés aveugler par la superstition la plus gros-^ sière, dans la recherche qii'ils faisoient de l'avenir; la médecine , cette science si utile , quand elle a pour guide l'expérience aidée de la raison , étoit dégradée entre leurs mains par la magie. Les connoissances physiques, qui étoient encore bien foibles, en faisoient la moindre partie.

i85. Le gui de chêne étoit un remède spécifique contre les poisons et propre à donner la fécondité aux animaux stériles. Pour acquérir cette vertu , un prêtre, en habits pontificaux , devoit le cueillir le premier jour de l'an , qui étoit une des principales fêtes des Gaulois, avec une serpette d'or, au milieu des sacrifices et des festins solemnels (r).

Le SalagOj espèce de bruyère ou de tamarin , avoit des propriétés admirables. C'étoit un préservatif contre tni grand nombre de maux, ou il servoit à les guérir. La fumée de ce simple dissipoit les maladies des yeux. L'efficacité de ce remède dépendoît de la manière dont on cueilloit la plante et dont le suc étoit exprimé. Ûo prêtre , à jeun , purifié par le bain , après avoir offert le sacrifice du pain et du vin , s'en alloit

(1) Plin. Hist. natur. lib. 2*. c. 62,

les

iirrEODUGTioîr. 89

les pieds dus , dans la campagne ; avant que d'arracher Therbe y il passoit la main droite sous la manche du bras gauche. Dans cette atti* tude, il la cueilloit et la renfermoit dans un linge blanc et neuf (i).

On observoit à peu près les mêmes cérémonies pour le Scunolus {pL) ou Pulsatilla. Celui qui le cueilloit devoit être à jeun , ne pas .regarder la plante; mais la mettre dans une auge et l'y broyer pour les animaux qui venoient y boire. Cette herbe ainsi préparée guérissoit les maladies des boeu& et des porcs (3).

La yenreine étoit également une plante chérie des druides. Ils la ramassoient au temps de la canicule , ayant que le soleil et la lune eussent dardé sur elle leurs rayons. Ils faisoient précéder cette action par un sacrifice expiatoire , qui consistoit dans une offrande de fèves et de miel. Tenant à la main gauche un couteau , avec lequel ils creusoient la terre qui étoit attadiée à la racine de la verveine , ils avoient l'attention de faire sauter la plante en l'air. Les feuilles , la tige et la racine étoient séchées séparément à Tombre. Avec ces précautions , la verveine avoit des propriétés encore plus étendues que les deux autres plantes. Les druides Temploycient dans la plupart de leurs divinations et sortilèges. Elle avoit la vertu de chasser toute espèce de fièvre , de réunir les esprits et les cœurs , et de guérir toutes sortes de maladies. Par son aspersion , elle in^iroit la gaieté (4).

Il £iut ranger dans la même classe le prétendu œuf de serpent , dont quelques druides faisoient le plus grand éloge. Son effet principal con« sistoit à procurer le gain des procès et l'accès auprès des grands , lors-> qu'on le portoit avec soi. Les druides le donnoient au peuple , un certain jour de la lune. La manière dont Hine décrit cet œuf, fait soupçonner que c'étoit un échinite , espèce de fossile , que l'on croit être un poisson pétrifié.

Ces superstitions ^ quelque contraires qu'elles paroissent à la saine rai* son , ont continué d'être en v<^;ue bien des siècles après l'extinction du dnddisme^ même parmi les personnes d'ailleurs éclairées. La religion chrétienne ^ si propre à faire rentrer ces vaines observances dans le discrédit qu'elles méritoient ^ ne put faire taire le préjugé. Marcel , qui na^ quit à Bordeaux , au quatrième siècle y cet homme dont le mérite étoit si

(i) Plin. Hist. natar. lib. 24. c. 62. San y Jionnt , ialutaire ; moch ou moi^ porc.

{2) Plusieurs manuscrits , suivant le Père ^3^ p,j^ ^ist. natur. lib. 24. c. 63. Hardouin , portent Samosus au lieu de 5amolui. Ce dernier nom exprime ses propriétés. W ^'^^^' «!>• 2S. c. 59.

QO HISTOlRfe ECCLÉSfAStïQUE.'

éclatant , qu'il passoit aux yeux de Suidas pour être la \ertu vivante , même dans un corps mortel , s'étoit abandonné à ces rêveries. Il publia I sous l'empire de Théodose le jeune y un recueil de remèdes , dont la plupart sont puisés dans la médecine des anciens druides. Il prétend , par exemple j que , pour que les simples qu'il emploie opèrent la guérison , il faut les cueillir de la main gauche. Pour faire sortir des yeux les petites pailles qui y entrent , il veut qu'on les ouvre avec trois do^ts de la main gauche , sans anneau , et qu'on crache trois fois , en prononçant autant de fois Rica^ Rica, Soro (i). Pour peu qu'on veuille jeter les yeux sur les recettes extravagantes, dont le peuple de là campagne se sert encore de nos jours pour guérir la plupart des maladies , tant des hommes que des bêtes, on verra qu'elles viennent de là même source. Quelle suite ! quel enchaînement singulier d'ignorance et d'erreur ! Mais, ce qu'il y a de plus indécent^ c'est que le peuple, devenu chrétien , a ajouté à ces prétendus remèdes des rïts qu'il a puisés dans notre religion sainte. Tirons le rideau sur des objets qui font si peu d'honneur à rhomme. Nous rema;*querons seulement^ avec le judicieux Pline ^ que la médecine a donné la naissance à la magie {pi). C'est ainsi que , d'une mère sage , est sortie une fille insensée.

i86. Nous avons distingué ci-devant trois ordres de personnes consacrées spécialement à la divinité chez les Gaulois : les bardes , les devins et les druides. On peut observer que les Romains semblent avoir emprunté le nom de Vaies , pour exprimer les devins. Quelques-uns les appellent Faciès et d'autres Vacerres. Ceux-ci étoient les ministres de la religion gauloise. On les tiroit du corps des druides, pour excercer les fonctions de pontifes. On les regardoit comme les favoris de la divinité , les médiateurs entre le ciel et la terre , et les confidens de l'Etre suprême. Aussi , il n'étoit pas permis d'offrir des sacrifices sans leur ministère , ni de solliciter des grâces du ciel , autrement que par leur entremise.

Il est néanmoins intéressant de remarquer que ces trois ordres religieux n'ont pas toujours subsisté : il n'y avoit originairement que les bardes et les druides. Les Vacerres ne parurent que quand les druides eurent commencé de s'adonner à la diyination et à la magie.

187. Les bardes n'avoient point de demeures fixes ; les druides vivoient en communauté; les devins étoient à leur tête. Un souverain pon-

(1) Le nom de Rica , vient de H, giw i« ^^n faire iortir eeUe ordurt. ' ^

puUie.tideeaex Jeter. Celui de Soro $eûre ç..-.. ^ de jorod, ordure. Ce qui veut dire : que Je ^^ 30. c. t.

iirTRODuctioîr. 9 1

tife prësidoit au corps religieux : il exerçoit un pouvoir à peu près absolu. Jules-César , sur la foi duquel nous avançons cette dernière proposition , rapporte que , quand ce grand-prêtre venoit à mourir , et que , parmi les druides , il se trouvoit quelqu'un d'un mérité supérieur , il ne manquoit pas de le remplacer. Si plusieurs compétiteurs j dont les qualités personnelles fussent égales , se mettoient sur les rangs , le successeur étoit choisi par le suffrage des druides. Quelquefois aussi le sort des armes en décidoit (i).

• i88. L'ordre du clergé tenoit le premier rang dans l'Etat chez les Gaulois. Jules-César , faisant mention de ceux qui , de son temps y étoient les plus distingués de la Gaule , nomme les druides avant les chevaliers , c'està-dire, tous ceux qui étoient dévoués au culte divin (2).

1 89. La plupart des affaires publiques et particulières étoient confiées aux ministres de la religion : leur jugement ne souffroit point d'appel : ce qui leur suppose beaucoup d'équité; do moins le préjugé étoit en leur faveur. Quelque considéré que fût l'art militaire , ils étoient dans l'usage de ne pas s'y adonner. Le privilège qui leur faisoit le plus d'honneur étoit de n'être assujettis à aucune charge publique , tant civile que militaire (3). La nation regardoit cette déférence comme un foible témoignage de la recQBnoissance qu'dlle devoit à leurs services.

190. Les honneurs et les immunités qui relevoient l'ordre religieux , étoient pour les Gaulois un motif puissant de s'y faire initier. Aussi ^ le nombre des druides étoit-il très-considérable. Pour entrer dans cette société , il falloit s'en rendre digne par un cours de vingt années d'étude. Lorsqu'il étoit fini , on subissoit un examen où il falloit réciter plusieurs' milliers de vers , qui servoient de principes ou de réponses aux questions qu'on leur proposoit.

191. L'habit dont les druides se servoient dans les cérémonies religieuses j étoit blanc (4)* D. Martin , dans son traité de la religion des Gaulois , soutient que leurs prêtres portoient toujours de longues robes blanches , rayées de pourpre , et de telle manière que ces raies alloient successivement en diminuant de part et d'autre. Ces particularités nous paroissent sans fondement* Les Gaulois n'ont commencé de se servir de robes longues que lorsqu'ils eul*ent passé sous la domination des Romains. Aussi y Pline , le seul qui ait parlé de l'habillement des druides , leur donne

(t) De Bello Gallic. lib. 6. (3) De Bello Gallic. lib. 6.

(2) Ibidem. (4) Plin. Hist. natur. lib. 24. c. 11.

9^ HISTOIUE SCCLiSI ASTIQUE.

de$ tuniques et des saies, ainsi qu'aux autres Gaulois , sans faire mentioD de robes longues (i).

19a. Cependant les Armoriques , dont le commerce étoit devenu le plus florissant de la Gaule , acquéroient des richesses encore plus précieuses y celles de l'esprit, par leur correspondance avec les Marseillois. Ce peuple , issu d'Ionie dans l'Asie mineure , qiii s'étoit ûxé dans les Gaules , y faisoit fleurir la politesse^ la civilité des mœurs , cette honnêteté dans les paroles et dans les actions , et ces manières prévenantes qui gagnent les esprits et attachent les cœurs. Ciceron regardoit Marseille comme la nouvelle Athènes , l'abord général et le centre des belles-lettres. Si , comme le dit un écrivain judicieux (2), on voyoit aborder en cette ville les meilleurs sujets de l'Eure^ , pour y étudier , on ne peut douter que les Armoriques f qui avoient avec elle des liaisons plus étroites que les autres Gaulois, et dont l'opulence étoit montée à spn cpipble, n'aient eu à cœur d'y envoyer leur jeunesse.

Voici l'ordre que Ton suivit dans les études. La grammaire étoit la première chose par où Ton commençoit ; sous ce nom étoit comprise nonseulement rétude de la langue latine, pour la parler fit l'écrire ; mais encore tout ce qui pouvoit donner Tintelligence des auteurs les plus accrédités. L'étude du grec se faisoit avai^t celle de la latinité. Pour l'une, on prenoit Homère et Démostbènes« Pour l'autre , on se servit de Ciceron et de Virgile, lorsque leurs ouvrages eurent paru. A la grammaire, succédoit la poésie. De celle-ci , on passoit à la philosophie. Muni de ces secours , on finisçoit par la rhétorique. Cette éfude étoit soutenue par celle de l'histoire et par une lecture a^rofoodie des meilleure ouvrages (3). Cette méthode étoit encore en usage du temps de Néron. Du moins , Pétrone , qu| viyoit sous le règne de cet empereur , la recommandoit-il aux jeunes gens qui vouloient se distinguer dans les sciences (4). Les écoles des druide^ ^ qui ensmgnoient dans les boi^ et les entres écartés , durent perdre de leur lustre et de leur célébrité. Pour sp les conserver , ces sa-» vans furent obligés de se rapprocher de la méthode nouvelle, Husieurs d'entr'eux en prirent occasion de s'étsd)lir dans les villes.

193. Les Gaulois , en adoptant les mœurs étrangères , commençoient à s'amollir. Les dissensions intestines détruisoient l'harmonie et armoient souvent les cités contre les cités. Jules-César , l'ennemi de quiconque ne

(i)Plin. Hist. natar. lib. 16. c. 44. (3)NotATirior.iaaaaduRatQiinain.Gall.

(2) Caes. Egassi Bulei HUIorU uniyers. itio. Paris. (4) Petron. Satyr.

iirraoDucTiON. 9^

trembloit pas devant l'autorité romaine , sut mettre à profit la mésintel» ligence des Gaulois. 11 s'en servit pour les détruire les uns par les autres. Politique qu'on a depuis réduite en maxime, ta rapidité des conquêtes de Jules*César abaissa bientôt la Gaule devant lui.

194* .Les Ârmoriques, quelque puissans qu'ils fussent , plièrent sous le même joug. Revenus de leur première consternation , et se rappelant ce qu'ils ont été ^ ils cbercbent à briser les fers qu'ils viennent de recevoir. Les Osîsmiïj les Namnetes et les Diablintcs, ranimés par la voix des Veneti , ce peuple qui avoit tant de crédit dans les Gaules , réclament leur pre^ mière indépendance. Une nombreuse flotte se rassemble en Venetie. César, piqué au vif de l'affront que lui causent les Veneti^ les attaque par terre (i). Accoutumé à vaincre , il sent pour la première fois qu'il a trouvé deségauj^. Dans l'espérance que la mer le servira plus glorieusement, il tente un combat naval. Les vaisseaux des Veneti , plus élevés que ceux de Jules-César , ont d'abord l'avantage. Les Romains , pour rappeler la victoire quialloit leur échapper , coupent , avec de longues faub: emman<» cbées, les cordages des navires ennemis; en faisant tomber les voiles.

(1) A deux Ueoes du nord-nordrooest de la ville de Saint-Brieuc , on voit uo terrain à qui Ton a donné le nom de camp de César. Il est de figure triaosolaire, posé sor le haut d'una falaise , flanqué d'un côté par la mer , d'un autre par un vallon profond où coule la petite rivière d*Ic. Le troisième cèté fait face à la campagne. On ne trouve aocnne trace des anciennes fortifications qui dévoient autrefois en défendre les approches. La nature a pu les détruire elle-même ou a été secondée parles babitans du lieu , qui auront applani les retranchemens, pour rendre le terrain propre à TagricuKure , dont ils sont très-jalom. Â la pointe de ce camp , on découvre les ruines d'une ancienne tour, dite de César , qui servoit autrefois de fanal au port dlc ou de Binic. La forme de ce camp et sa situation font croire qu'il a été fait par les Romains ; mais étoil-il l'ouvrage de César, comme son nom semble Tindiquer ? C*est ce dont on n^a aucune preuve. On pourroiten faire honneur à Titurius-Sabinus , que le ooDqpérant des Gaules , avant que de marcher contre J}a,nor\givm^ envoya avec trois légions pour tenir en respect les CMtixïioliUi , les UnM et les LêxMi , et les empêcher de se joindre aux Veneti. Mais ce poste n'auroit pas été propre à ce dessein. On sait que 9 dès le troisième siècle , des pirates du

nord vinrent infester les côtes de rArmorique. Les Romains > pour les arrêter , établirent de distance en distance, près de la mer, différeqs camps , ainsi que nous l'avons déjà vu. C'est là l'origine du prétendu camp de César^ et de la tour qui porte son nom ^ en la paroisse de Pordic. Nous lisons dans la quatrième vie de sainf Patrice, que la Mancjie qu'il passa avec wom père , Calphurnius , poiu* se rendre dans notre Ârmorîque , portoit le nom de mer de TyP' rhene ; ce dernier mot , qui est Ur^ du tudesque , signifie que ceux qui habitoient les bords de cette mer demeuroient dans des tours. C'étoit pour la défense du pays que celle de Por. die avoit été construite. Mais pourquoi une grande partie de la côte de Saint-Brieuc s*estelle appelée autrefois IchtPNous savons, dit Usserius , dans ses Antiquités des Eglises britanniques, page 429 , par les Vies d'Albée et de Dedan , que la mer qui est entre l'Angleterre et la Gaule s'est nommée /c^(. Quesignifioit ce nom? Il parott qui) prend sa source dans le terme celtique yeh^ voUkmt. Ce qui signifie que les côtes de cette mer étoient défendues par des guerriers , ainsi que nous l'apprend d'ailleurs l'histoire romaine. Le Pordie prend sa dénomination d'tc, nom générique de rivière , devenu particulier à celle-ci. Le nom de Binic vient de bin , wumtagiM.

d4 HISTOIRE EGGLlSsiÀSTfQnE.'

ils les empêchent de manœuvrer. A la vue de cet accident , les Vened se troublent et la sérénité renaît dans le cœur des Romains. Encouragés par la présence de leur général , ils montent à Tabordage. Un grand nombre de vaisseaux sont forcés ; le calme qui survient livre les autres à la discrétion des vainqueurs; la nuit seule en sauve quelques-uns. La perte du combat naval entraine celle de la capitale des Veneti. Tous les sénateurs de Dariorigwn sont mis à mort par ordre de Jules-César , et les citoyens sont vendus à l'encan.

Ce furent là les derniers eflforts de l'Armorique pour recouvrer une liberté qui lui étoit si chère. Les trésors immenses que Jules-César trouva dans Dariorigwn y lui servirent à enchaîner Rome. Cette ville oi^iièilleuse , qui ne se croyoit faite que pour commander à l'univers, en secouant quelque temps après, par le meurtre de cet illustre ambitieux , le joug qu'il lui préparoit ^ vengea du même coup la mort des sénateurs des Veneti.

195. Celui dans la main duquel sont tous les événemens y avoit inspiré aux Romains cet esprit de force et de conseil ^ui les fit triompher de tous les obstacles que leur opposa le peuple le plus puissant des Gaules. Et , pour donner une preuve sensible qu'il le livroit à ses ennemis , il fit taire la mer et les vents. Ainsi , par une chaîne non interrompue de victoires , le mattre des empires destinoit Rome à devenir le centre de la puissance universelle. Cette ville, qui jusqu'alors n'avoit respiré que la guerre et le carnage , et dont la grandeur s'étoit formée des débris de l'univers , étoit sur le point de donner la paix à la terre. Cette paix servoit d'emblème à une autre infiniment supérieure! La première ne devoit durer que peu de temps : la seconde devoit étr<ç étemelle. L'une n'avoit pour objet que la tranquillité extérieure ; l'autre avoit pour but celle de l'àme. Le Dédré des nations alloit bientôt réconcilier le monde coupable avec son Père irrité.

,Ce que nous avons dit jusqu*è présent nous paroit devoir suffire pour donner une idée du nombre des peuples qui habitoient originairement l'Armorique , du territoire que chacun d'eux occupoit , de leurs forces respectives , de leur gouvernement , tant particulier que général , de leurs mœurs et de leur religion. Comme ils n'avoient point encore d'entraves , ils se sont présentés à notre esprit uniquement sous ce rapport

Soumis à la puissance romaine , les Armoriques durent éprouver des changemens, soit dans l'ordre civil , soit dans l'ordrê^de la religion. Nous allons tâcher d'en donner le précis. Par là, nous serons à portée de concevoir quel étoit l'état des Armoriques , lorsqu'ils embrassèrent la religion chrétienne, et de connoitre en particulierles préjugés qu'ils y portèrent avec eux.

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