DE ADRIEN GOUFFIER, CARDINAL
L'auteur d'un livre qui a pour titre : Remarques sur la noblesse Beauvoisine\ dit que la famille de Goufïier tire sou origine et son nom du fameux Gouffier% troisième duc d'Aquitaine, si connu dans l'histoire du VIII* siècle par les guerres qu'il soutint contre le roi Pépin, spécialement depuis 758 jusqu'en 768.
Quoi qu'il en soit, cette famille, qui porte d'or à
1 Anciennes remarques de la noblesse beauvaisine, par M. P. Louvet, advocat en parlement. Beauvais, veuve G. Vallet, 1640, in-S».
* C'est celui que l'histoire connaît sous le nom de Waïfre ou Guaiffer. Est-il besoin de dire que la prétention de faire descendre les Gouffier de Waïfre ne s'appuie sur rien de sérieux?
trois jumelles de sable, est très noble et très ancienne et originaire du Poitou. Elle est présentement éteinte, au moins quant à la branche aînée, et passée en la maison d'Aubusson par le mariage de Charlotte Gouffier\ fille d'Arthur, deuxième du nom, duc de Roannez^ laquelle, le 9® avril 1667, épousa François d'Aubusson, duc de la Feuillade, pair et maréchal de France.
Adrien Gouffier, dont nous avons à parler ici, était le troisième fils de Guillaume, seigneur de Boissy, Bonnivet, Oiron, Maulévrier, etc., sénéchal de Saintonge, premier chambellan de Charles VIP et gouverneur de Charles VIII, lorsqu'il était encore en son enfance. Sa mère était Philippine de Montmorency, fille de Jean, deuxième du nom, et veuve de Charles de Melun, seigneur de Nantouillet.
MM. Frizon\ Aubery% de Sainte-Marthe, Moréri même, ont écrit la vie de notre Adrien, et plusieurs autres auteurs ont fait mention de lui. Nous tirerons d'eux et de nos registres ce que nous en dirons.
Il eut cinq frères : premièrement, Arthur Goufîier,
* Charlotte Gouffier était non pas la fille, mais la sœur d'Arthur Gouffier. Tous deux étaient nés de Henri Gouffier, qui fut tué en 1G39, pendant la guerre de Trente ans.
* C'est à lui que Pascal adressa ses Discours sur la condition des grands.
3 Les deux mss., d'après lesquels nous avons établi ce texte, portent et fut, ce qui donnerait à entendre qu'Adrien Gouffier fut gouverneur de Charles VIII. Il faut donc lire : premier chambellan de Charles VII et gouverneur de Charles VlII.
*■ G allia purpurata, Lutetiae Parisiorum, M. D. XXXVIII,
* Histoire générale des cardinaux dédiée à monseigneur V éminentissime cardinal Mazarin. Paris, 1614, S» partie, p. 221-224.
comte d'Estampes, grand-maître de France, gouverneur de François I" en sa jeunesse, et auquel presque seul, pendant sa vie, ce monarque confia l'administration de ses Etats; deuxièmement, Guillaume, très connu dans l'histoire sous le nom de l'amiral Bonnivet, tué à la funeste journée de Pavie ; troisièmement, Aimard' qui, après avoir été pénitencier en notre église, fut évêque d'Albi après la mort d'Adrien, son frère ; quatrièmement, Louis, abbé de Saint-Maixent, et [cinquièmement], Pierre^ abbé de Saint-Denis. Presque tout ceci est contenu en l'épitaphe de ce Pierre, laquelle est gravée sur son tombeau en cette église de Saint-Denis, ce que Frizon rapporte en ces termes français : ;< Gy gist tres-noble et tres-illustre <( personne Monsieur Pierre de Gouffier dict de Boisy, « en son vivant Abbé de ce Monastère, et frère de tres- (( nobles et tres-illustres personnes Mess. Artus Sieur « de Boisy et grand Maistre de France, Adrian Cardinal (( et Légat en France, Guillaume Admirai de France, (( Emeric Evesque d'Alby et Maistre des Monastères de ({ céans, de Cluny et sainct-Jouyn, qui deceda le viii. « jour de Janvier, l'année M. D. XVL Priez Dieu pour « luy^ »
Adrien fut destiné à l'église dès sa plus tendre jeunesse. Protonotaire apostolique dès l'âge de quatorze ans, il obtint dès lors dispense d'âge pour posséder
' Aimard ou Emery Gouffier fut reçu à un canonicat, à Rouen, le 22 janvier 1503. (Arch. de la Seine-Inf. G. 2147).
2 Je donne d'après Frizon nnême cette épitaphe reproduite inexactement comme la plupart des documents cités par Toustain de Billy.
toutes sortes de bénéfices, dont, par la faveur de ses frères, il fut bientôt pourvu; aussi fut-il abbé de Bourg- Dieu \ Bourgueil % Saint-Florent près Saumur, Saint- Nicolas d'Angers, Cormery^ Fécamp\ et du Bec^ Les mémoires du dernier de ces monastères téoioignent que Jean Ribaud, trente-quatrième abbé de ce lieu, fut chassé par notre Adrien, cardinal de Boissy et évéque de Coutances, sans en savoir la raison, et que cette abbaye ayant été donnée en commande à ce prélat, qui était déjà légat en France, il vint au Bec à main armée, chassa une partie des moines en divers monastères et emprisonna les autres ; ce que ledit Ribaud ayant pressenti, il avait enlevé tout ce qu'il avait pu de vaisselle d'or et d'argent, riches tapisseries, ornements précieux et choses semblables, et s'était retiré
^ Bourg-Dieu ou Déols, dép^. de l'Indre, arr. de Châteauroux. Le Gailia christiana, II, 151-153, dit qu'Adrien Gouffier fut nommé à cette abbaye, jubente rege, en 1516.
« Dépt. d'Indre-et-Loire, arr. de Chinon. [ci Toustain de Billy n'est pas d'accord avec le Gallia christiana, qui n'est pas, d'ailleurs, toujours d'accord avec lui-même. Le Gallia, XIV, 665, après avoir parlé du 36^ abbé de Bourgueil, Etienne Faulquier, ajoute : « Quidam, inter quos Sammarthani, ante Philippum sequentem ponunt Adrianum Gouffier, cardinalem de Boisy. Non autem Adrianus hic tuit abbas Burguliensis, sed Burgidoleusis, quem reperies supra, l. II, col. 152. >> Adrien Gouffier en figure pas davantage dans les listes, qui paraissent d'ailleurs bien complètes, des abbés de Cormery et de Saint-Florent de Saumur. Et pourtant, dans la notice consacrée, même tome, à l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, on lit, col. 680: « XXXVIII. Hadrianus Gouffier, à\c\ns de Boisy, cardinalis, abbas idem, in Turonensi provincia, Burgulii, Cormarici et S. Florentii Salmuriensis. Obiit die 24 Julii 1523. De eo precipuè inter episcopos Constantienses et Albienses. »
3 Dépt. d'Indre-et-Loire, arr. de Tours.
* Dépt de la Seine-Inf. arr. du Havre : »> Abbatiam impetravit VIII. Idus Febr. an 1519, id est 1520. » Gallia christiana, XI, 215.
»Dépt. de l'Eure, arr. deBernay. Adrien Gouffier occupa cette abbaye de 1517 àl5J9. V. Gallia christiana, XI, 237-238.
nu DIOCÈSE DE COUTANCES. 5
à Rouen: « Joannes Ribaldus... per Adrianum cardi- (( nalem Boysium, Gonstantiarum antislitem, nescio {( quo jure, exturbatus, creala pensione, cathedram « cedit... Adrianus apostolico munere a Francisco (( (rege) in commendain admissus, praemissis Beccum (( satellitibus, bonam fratrum partem in prioratus (( expellit... alios intùs vinculis fatigans. Intereà « Rothomagum, natale solum repetens, Ribaldus, (( cum magna auri, argenti, tapetum, vasorumque a cœlatorum supellectile noctu sublata (nec a vasibus « quidem sacris abstinens) discedit^ » Adrien jouit de cette abbaye deux ans seulement ; il lui donna une statue de la Vierge allaitant son fils Jésus, et fut transféré à Fécamp.
Sitôt que la mort de Geoffroi Herbert fut connue à la cour, Adrien Gouffier fut destiné pour lui succéder. Le roi le nomma au chapitre de Coutances et tous, d'un consentement unanime, l'élurent pour leur chef et leur évêque. Nous apprenons des registres de la métropolitaine, cités par M. Le Prévost, que, le 2* mai 1510, il fit les devoirs ordinaires envers cette église, et les registres des tabellions de Coutances nous témoignent qu'au mois de février suivant^ que l'on comptait encore 1510, il prit possession en personne. Voici les termes de ces registres : « Le samedi, (( 8" jour de février 1510, R. P. Adrien, par la permis- (( sion divine évéque de Coutances, arriva en la Maison-
i Chroiuque de François Carré, publiée pour la Société de Vhistoire de Normandie, par M. l'abbé Porée, à la suite de la Chronigne du Bec^ Rouen, 1883, p. 242-243. — V. aussi Neustria pia, p. 478.
a Dieu, audit Goutances, et y coucha. Le lendemain « matin, vint à Saint-Maur, et de là s'en vint tout nus « pieds en la sainte mère église, où il fut conduit par « le collège en procession. Et à la porte de l'église fut « reçu par le chantre de ladite église, qui lui fit faire « les serments accoutumés, et puis entra en ladite église (( et alla en chœur, et de là en chapitre, et puis dit la « grand'messe. »
Pendant la vacance de ce siège épiscopal, c'est-àdire depuis la mort de Geoffroi Herbert jusqu'à cette prise de possession, le diocèse fut gouverné à l'ordinaire par deux vicaires généraux, choisis par le chapitre, et les fonctions épiscopales faites par le même suffragant, Guillaume \ évêque de Porphyre. Aussi trouvons-nous qu'en cette qualité, il fit une ordination générale en la cathédrale, le SO'' mars 1510, ou, si vous voulez, en 1511, et que, le dix du mois suivant, il fit une ordination per tiirnum, commençant par la Haye-Painel, et finit à Saint-Lô le seize mai suivant. Cet évêque de Porphyre fat suffragant d'Adrien, comme il avait été de Geoffroi, et faisait toutes les ordinations par sa permission, lorsqu'il était présent, et par celle de ses grands vicaires en son absence, ainsi que le témoignent nos registres, dans lesquels nous n'avons remarqué qu'une ordination faite par Adrien Gouffier, qu'il fit à Saint-Lo le 20' septembre 15U. Nous connaissons par les ordinations de son suffragant qu'il résida trois ans, 15H, 1512 et 1513, parce qu'elles
* Guillaume Chevenon ou Chevron. V. t. II, p. 344.
sont toutes instituées « de licentia et permissu reve- (( rendissimi in Ghristo patris ac domini Adriani Gouf- « fier, Constantiensis episcopi », au lieu que les « suivantes sont toutes marquées « de licentia et (( permissu vicariorum generalium ».
De ces ordinations, je ne citerai que celle qui fut faite par cet évêque de Porphyre, en 1513, par turnum^ par la permission d'Adrien. Il commença le 16^ avril à Gavray, iltonsura le IT*" à Cérences, le IS** à Cenilly, le 19' à l'abbaye de Lessay, le 20' à La Haye-du-Puits, le 21'àBarneville, le 22' à Evrétot \ le 23' aux Pieux, le 24' à Gréville, le 26' à Cherbourg, le 27' à Maupertuis, le 28' à Saint-Pierre-Eglise, ledit jour « in ecclesia fratrum Augustinianorum ^ de Barofluctu », le pénultième à Grenneville, le 30' à Montebourg, le 1" de mai àValognes, le 2' à Saint-Sauveur-le- Vicomte, le 3' à Picauville, le 4' à Saint-Marcouf, le 5' à Sainte- Marie-du-Mont, le 6' à Gorges, le 7' à Périers, le 8' à Marchésieux, le 9' à Carentan, le 11' à Tessy, le 12' à Landelles, le 13^ à l'Hôtel-Dieu de Vire, 1er 14' en l'abbaye de Saint-Sever, le 15' à Beslon, le 16' à Percy, le 17' à Villedieu, le 18' au manoir de la Lande-d'Airou, ledit jour à La Haye-Painel, le 19' à Granville, le 21' en l'église cathédrale de Coutances, le 22' à Agon, le 23' à Hauteville-le-Guichard, le 24' au Hommet, le 25' en l'abbaye de Saint-Fromond, le 26* à Saint-Lo ^ C'est à la fin de ce tour qu'est ce que nous
1 Le Vrétot, arr. de Valognes,
« Ms. P. Augustianorum ; ms. M. Preedicatorum.
3 Gavray, Cérences, Cenilly, Lessay, La Haye-du-Puits, Gorges, Mar-
avons déjà cité : « Numerus tonsuratorum 620, qui « valent 150 lib. et acolytorum 144, qui valent 36 lib. » On peut encore remarquer la grande diligence de cet évêque de Porphyre, qui en si peu de temps fit tant de chemin et de travail.
Adrien était encore en son diocèse aux mois de mai et de juin 1514, ainsi qu'il paraît par le registre des ordinations faites par sa permission aux îles de Jersey et de Guernesey, dont je ne remarquerai que celle qui est dite avoir été faite cv in ecclesia fratrum praedicatorum conventus », parce qu'elle nous est un témoignage qu'il y avait encore des Jacobins en cette île.
Cependant, en 1511, il y eut quelques affaires entre lui et son chapitre, à raison des dîmes de Hébécrévon ^ que Geoffroi Herbert avait acquises et qu'Adrien, par cette seule raison, prétendait devoir appartenir à lui. La chose n'alla pas loin ; il les céda, à condition qu'il aurait part à la distribution du pain du chapitre, comme les autres chanoines, pour laquelle distribution de pain ces dîmes avaient été achetées et données; pour l'augmentation duquel messire Louis Herbert, évêque d'Avranches ^ qui était intervenu à
chésieux, Agon, Hauteville-le-Guichard, arr. de Coutances; Barneville, le Vrétoi, Barfleur, Grenne\ille (réuni à Crasville), Montebourg', Saint-Sauveur-le-Vicomte, Picaiiville, Saint-Marcouf, Sainte-Marie-du-Mont, arr. de Valogiies ; les Pieux, Gréville, Maupertuis, Saint-Pierre-Eglise, arr. de CherlDOurg; Carentan, Tessy-sur-Vire, Beslon. Percy, le Hommet-d'Arthenay,' Saint-Fromond, arr. de Saint-Lo ; Villedieu-les-Poëles, la Landed'Airou, arr. d'Avranches; Landelles, Saint-Sever, dépt du Calvados, arr. de Vire.
* Louis Herbert occupa le siège épiscopal d'Avranches de 1511 à 1526.
cet accord, donna à ce chapitre douze cents livres des deniers de feu son frère.
M. de La Roque, dans son Traité du Ban et de rArrièreban^ dit que « Jean Sire d'Estouteville, Che- (( valier Capitaine du Ban et Arrièreban de la Province (( de Normandie, fit, l'an 1512, à la Hogue S.-Vast, (( la montre des Nobles et Noblement tenans du « Bailliage de Gostentin; l'Evêque de Constances y fut « mis en défaut, à cause de sa Baronnie de S.-Lo, « qui l'obligeoit de se présenter, et de rendre service « avec quatre hommes d'armes, et sa Baronnie fut « mise en arrêt ^ ». Il était trop bien en cour pour perdre un tel morceau.
Auparavant que de parler de la retraite qu'il y fit et des hautes dignités qui l'y suivirent, voici quelques particularités que nous trouvons de lui dans les registres du secrétariat de l'évêché, du temps qu'il y resta. Le 29° mai 1510, il créa son officiai de Coutances, Jean Trépot, docteur aux lois et chanoine. Il fit son promoteur Robert Postis, qui était chanoine; Nicolas du Marcheys, aussi chanoine, était secrétaire ; Jean Belin, curé de Ver^, fut établi secrétaire sigillifer el Jean Percepied, grefiîer. Ce même jour, il créa officiai de Valognes Robert Sorent et Roger Tesson, curé de Théville \ son promoteur. Jean Basire, chanoine, fut officiai de Saint-Lo et André Blondel fut choisi pour être son promoteur.
i Ti-aité du Bnn et de V Arrièreban, p. 19, publié à la suite du Traité de la Noblesse, in-4o, Rouen, 1735.
« Arr. de Coutances.
^ Arr. de Cherbourg-.
Le 6® juin suivant, Nicolas de Briroy, oncle du prélat de ce nom dont nous parlerons, Dieu aidant, en son lieu, fut établi doyen de Barneville \ Il était curé de Surville \ Peu de temps après, Roulland de La Mare, chanoine et trésorier de l'église de Coutances, étant décédé, Adrien Gouffier, notre évêque, donna la prébende de Cherbourg et la trésorerie à Jean d'Aloigny, chanoine de Poitiers.
Le 1^' octobre, le doyenné de Jersey fut donné au nommé Nicolas l'Evêque, curé de Saint-Martiu-le- Vieux ^ Le 20^ janvier ensuivant, frère Guérin de Laure * fut élu pour succéder à Jean Vallin, abbé commandataire de Lessay.
Le 26° août 1511, l'évêque reçut, lut et approuva les lettres apostoliques de la provision qu'on lui accordait de Tabbaye de Saint-Lô en commande pour Robert, l'évêque de Rosse, ^ et nos registres, outre ce que nous avons dit, font encore foi qu'Adrien, notre évêque, fit une seconde ordination, le 18° décembre 1512, dans l'église de Saint-Nicolas.
Dans un registre, qui commence le 1"' octobre 1513 et qui finit le dernier septembre 1514, nous trouvons premièrement que le 5° juillet suivant, qu'on comptait encore 1513, Emeric ou Emard Gouffier, frère de notre prélat, archidiacre du Grand-Caux, à Rouen,
i Arr. de Valognes.
2 Arr. de Coutances.
3 Réuni à Bréhal, arr. de Coutances.
* Guérin Laure de Thiéville,.qui fut aussi abbé du Mont-Saint-Michel, V. Gallia christiana, XI, 921.
* Robertus de Cagnebourne, episcopus Rhossensis. V. Gallia christiana, XI, 921. — Ross, village d'Islande, comté de Cork.
fut pourvu de la pénitencerie et de la prébende de Saint-Louet \ entre raidi et une heure, sitôt après la mort de Thibaud de Formentière, dont je trouve que le frère était seigneur du Pont-Farcy. Le 24* février, Nicolas Giorème ^ fut élu et confirmé abbé de Lessay par la mort de Guérin ou plutôt Guy Laure. a Notandura est, ajoute le registre, quod reverendus domi- « nus Adrianus Gouffier, episcopus Gonstantiensis, (( confîrmavit et tonsuravit Robertum Meslin, filium « Andrese de Trecilleio, apud Mottam ', die maii un- (( decimo, anno 1514. » Le 4^ août, il était encore au même lieu; il y tonsura et confirma Louis du Bois fils Jean.
Ce fut en cette saison qu'il se retira à la cour, et il le fit d'autant plus volontiers que la peste était alors si furieuse àCoutances, que la ville fut presque déserte. Les officiers, tant ecclésiastiques qu'autres, se retirèrent à Orval, à trois quarts de lieue de la ville. Nous avons encore plusieurs actes expédiés en ce lieulà pour cette raison; tel est l'acte d'expédition d'une bulle d'indulgence accordée à Sainte-Gatherine-de-la- Perrine *, donnée à Orval le 26' septembre 1514.
Le roi Louis XII avait de très grandes considérations pour les seigneurs de Boissy ; François I" en eut encore de plus grandes. L'occasion de le faire con-
1 Arr. de Saint-Lo.
2 Le Gallia christiana, XI, 921, l'appelle Nicolas Jeroesme, et le Neustrid pia, 6iS, Nicolas Geresme.
3 Le château de la Motte, paroisse de Saint-Martin de Bonfossé, arr. de Saint Lô. V. t. II, p. 337 et suiv.
Paroisse du Dézert, arr. de Saint-Lo. V. Neustria pia, p. 913.
naître en la personne de notre évêque se présenta bientôt.
Jules II n'avait rien épargné pour chasser les Français d'Italie et pour contraindre nos rois à l'abolition de la pragmatique sanction. Léon X, son successeur, était dans les mêmes desseins. Mais François, étant entré dans l'Italie victorieux, battit les Suisses à Marignan et conquit le Milanais en très peu de temps. Léon changea de méthode ; il fit succéder la ruse et la politique à la violence ; il moyenna une entrevue du roi et de lui à Bologne \
On sait ce qui s'y passa : la pragmatique sanction y fut abolie pour jamais; les décimes et la nomination aux prélatures accordées aux rois ; les annates et la confirmation des nommés accordés au pape. Il fut traité entre eux plusieurs autres questions contenues en l'acte qui en fut dressé, qu'on appelle le Concordat, qui n'est pas de notre sujet, mais ce qui en est, est de remarquer que cette conférence entre ces deux grandes puissances fut avantageuse à notre prélat. Léon X, dans un consistoire particulier tenu pour ce sujet le 14^ décembre 1515, créa, à la prière du roi, notre évêque cardinal du titre de Saint-Pierre et de Saint-Marcel, lequel titre lui fut peu après changé en celui de Sainte-Sabine, comme nous allons dire.
Nous avons encore deux lettres patentes, obtenues de nos rois pour exempter les suppôts de l'église cathédrale du logement des gens de guerre. Les
^Les conférences de Bologne s'ouvrirent le 10 décembre 1513.
premières furent expédiées par Louis XII, à Blois, le 8" avril 1513, du règne de ce monarque le 16% adressées au bailli de Cotentin et vicomte deCoutances, avec le mandement et ordonnance de Jean^ sire d'Estouteville \ baron de Biville, Berneval, Briquebec, Moyon et Gacé, seigneur de Vallemont, Bar-sur-Aube, Hambie et le Mesle-Raoul , capitaine des nobles de ce pays et duché de Normandie et commissaire du roi notre sire en cette partie pour l'exécution des dites lettres. Les autres sont datées du 29^ juillet 1516, de Moulins, pour le même sujet, avec le mandement et ordonnance de Charles, duc d'Alençon % pair de France, comte d'Armagnac, de Rodez, du Perche, de l'Ile, de Perdriac, etc., lieutenant général du roi et gouverneur en ce pays et duché de Normandie, adressées comme dessus au bailli de Cotentin.
Cet évêché cependant était gouverné par Guillaume Quetil, chanoine et vicaire général d'Adrien Gouffier. Il substitua, le 23* août 1513, scientifique personne (il est qualifié de ce titre dans l'acte qui en fut dressé) Jean du Mesnil, aussi chanoine et officiai de Coutances, pour les fonctions de vicaire, mais seulement en son absence, et non aliàs. Il y a deux témoins en cet acte: Charles Varroc, écuyer, et Guillaume Dastin, bourgeois.
1 Jean d'Estouteville, né en 1482 de Jacques d'Estoutevilleet de Louise d'Albret, épousa en 1309 sa cousine Jacqueline, dame de Moyon, Briquebec et Gacé, fille de Guyon d'Estouteville et d'Isabelle de Croy . V. Recherches historiques sur les sires et le duché d'Estouteville , par le Vte Robert d'Estaintot, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, t. XXiV, p. 414-413.
* Charles IV, duc d'Alençon, né le 2 septembre 1489, mort en 1515, avec lequel finit la maison d'Alençon, descendue de Philippe III le Hardi, roi de France.
Le 13' décembre suivant, 1514, ce Guillaume Quetil, vicaire général, qui était prébende d'Yvetot \ et Emeric Gouffier, pénitencier, prébende de Saint-Louet; permutèrent entre les mains de Jean du Mesnil, officiai et vicaire substitué, qui les pourvut l'un et l'autre, et aussitôt la prébende d'Yvetot fut résignée à Gilles Fricam.
Voici une particularité qui paraît de peu de conséquence ; elle servira de preuve à ce que nous avons dit tant de fois, que l'église de l'Hôtel-Dieude Saint-Lô était paroissiale et de la dépendance de l'abbaye de Saint-Lô : a Die penultima januarii, collata fuit par- « rochialis ecclesiaDomus Deide Sancto-Laudo, magis- (( tro Petro Famillion, religioso abbatiae loci, vacans per (( mortem fratris Richardi Vimont ad praesentationem « abbatiae et monasterii abbatiae de Sancto-Laudo. »
Le titre du registre de l'an 1517, que l'on comptait encore eu mars 1516, commence eu ces termes : « Sequitur registrum secretariatus reverendissimi in (' Christo patris ac domini Adriani Gouffier, misera- « tione divina Constantiensis episcopi et Sanctae « Sabinae sacrosanctae Romanae ecclesiae cardinalis, « incipiens a die obitus quondam venerabilis viri ma- « gistri Nicolai du Marcheys, dum viveret canonici « Constantiensis et secretarii ejusdem reverendissimi « episcopi, die undecima mensis martii anni 1516. »
Ce même jour, IT mars, entre deux et trois heures après minuit, notre grand vicaire conféra de plein
< Arr. de Valognes.
droit la prébende de Saint-Pierre, pro altéra^ qui venait de vaquer par la mort de ce Nicolas du Marcheys, à Charles de Beauveau, protonotaire ecclésiastique; à quoi nous ajouterons que notre suffragant Guillaume, [évêque] de Porphyre, [pourvu du] personnat de Poterel en la paroisse de Lingreville, et Pierre le Cocq, curé de Briqueville-la-Blouette \ permutèrent leurs bénéfices, du consentement de noble homme Jacques Painel, seigneur de Briqueville et de Julienne Le Roy, son épouse; d'où nous savons que la noble famille de Painel n'était pas encore tout à fait éteinte le 2r septembre 1517, auquel jour se fit cette présentation.
En ce même jour, Charles de Saint-Germain, curé de Carentan, chanoine, et Jean Poisson, chantre et curé de Blainville % permutèrent en sorte que Saint- Germain fut chantre de Coutances. Il avait en outre la cure de Gorges % il la résigna le 28' avril 1518, du consentement de Jacques de Camprond*.
Le 28' octobre audit an 1518, noble homme Jean Rosel, seigneur du Parc-Rosel et d'Arrest" en Picardie, ayant dessein de fonder une chapelle de la Sainte-Vierge
i Lingreville et Briqueville-la-Blouette, arr. de Coutances.
2 Arr. de Coutances.
3 Arr. de Saint-Lo.
* Ms. P. Jacques de Camperendeur ; ms. M. Jacques de Comprendeur. Nous pensons qu'il faut lire Jacques de Camprond, nom qu'on trouve d'ailleurs à cette époque, tandis que ceux que donnent nos deux mss. ne se rencontrent nulle part. Voici encore une autre raison : dans son Histoire des évéques de Coutances, l'abbé Lecanu dit, à propos de Gorges, p. 489 : « La paroisse avait trois portions : la première s'appelait portion de Paris ; la seconde était à la nomination de l'abbaye de Blanchelande, se nommait portion de Camprond, etc. »
» Arrêt, dép» de la Somme, arr. d'Abbeville.
et de la doter des héritages de Beauchamp aux paroisses de Saint-Martin et de Sainte-Marie d'Audouville ^ commission fut donnée pour être informé de la valeur et suffisance de cet héritage.
Le titre de l'ordination faite per turnum par l'évêque de Gastorie, autre évêque in partibus^ [par la permission de notre évêque], témoigne qu'il l'était encore au mois d'août 1519. Le voici : a Registrum tonsuratorum et acolytorum per reverendissimum in Ghristo patrem Joannem, miseratione divina episcopum Gastorensem, faciendo turnum episcopatus Gonstantiensis de licentia et permissu venerabilis et egregii viri vicarii reverendissimi patris ac domini Adriani Gouffier, eadem miseratione episcopi Gonstantiensis et Sanct^e Sabinae sacrosanctae Romanee ecclesise presbyteri cardinalis, anno 1519, locis et diebus sequentibus. » [Ayant commencé] le 16* août en l'abbaye de Lessay, il finit à Munevillele-Bingard ^ le 20' septembre.
Peu de temps après, le cardinal de Boissy nous quitta pour l'évêché d'Albi, comme nous dirons bientôt, puisque nous apprenons de nos registres que le jour Saint-Michel de cette même année, Bernard, cardinal de Bibiane, était déjà notre évêque, ou plutôt commendataire de notre évêque ; mais, avant que de nous quitter, il procura encore au chapitre de Goutances un avantage considérable. Il obtint du roi l'amortissement des terres et héritages nobles que
1 Audouville ou Andouville, arr. de Valognes. * Ait. de Coutances.
Geoffroi Herbert, son prédécesseur, avait acquis et donnés à son église. En voici l'acte:
« François, par la grâce de Dieu roi de France, etc. « Savoir faisons avoir reçu l'humble supplication de « nos chers et bien aimés les chantre et chapitre de (( Coutances, contenant que feu de bonne mémoire (( Geoffroi Herbert, évêque du lieu, avait donné les « fiefs, terres et seigneuries d'Anneville-en-Saire* et « le fief de Beauquesne ^; toutes fois lesdits chantre et (( chapitre doutent, si les rentes et revenus desdits fiefs (( n'étaient par nous amortis, qu'on ne voulût mettre « icelleshorsde leurs mains et en ce leur donner quelce que empêchement, ce qui serait frauder l'intention « dudit Herbert, et les services par lui fondés pourraient (( être discontinués. A cette cause, notre aimé et féal « cousin,, conseiller et grand aumônier, le cardinal de « Boissy, à présent évêque de Coutances, nous a requis « amortir aux dits supplians lesdits deux petits fiefs leur « appartenants, ce que nous leur avons libéralement « accordé, considérant que nous voulons lesdits ser- (c vices être continués et augmentés en notre royaume, (( sans qu'eux ni leurs successeurs puissent être cona traints par nos officiers commissaires sur les francs (( fiefs et nouveaux acquêts en vuider leurs mains et (( pour ce leur faire payer aucune finance et indem- « nité. Donné à Paris, l'an de grâce 1519. »
Cependant le roi, qui avait une aff'ection toute particulière pour notre cardinal, n'omettait rien de ce
' Ait. de Valognes.
2 Paroisse de Trellv.
qu'il pouvait faire à sa grandeur et à sa satisfaction. Il ne lui restait que d'avoir la légation de France. Le roi s'y appliqua et l'obtint enfin, quoique avec peine. On dit qu'il fut particulièrement redevable de cette dignité à la princesse Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, mère du roi, qui fit son affaire de l'obtenir. Le cardinal Bibiane était alors nonce extraordinaire en France. Voici la lettre qu'il en écrivit au pape traduite d'italien en français par Belleforest et rapportée par Aubery : « J'écris à vôtre Saincteté plus pour « satisfa ire au Cardinal de Boissy et à Monsieur l e Grand- « Maître \ pour les raisons que je diraycy-apres, que (( pour penser que mes prières et supplications ayent (( quelque pouvoir, où il y a concurrence du Roi tres- « Chrétien et de Madame, qui prennent la cause en « main de ceux qui leur sont recommandez pour leurs « bons services, tels que sont ces trois frères. A ce « jour un certain Evêque a été vers moi avec lettres « de créance de la part du susdit Cardinal et de « Monsieur le Grand-Maitre , me déclarant comme sa « Majesté vous écrivoit pour obtenir la Légation en « France pour le susdit Cardinal ; lequel est beaucoup « plus aimé et favori du Roi, que ne sont ses frères; « et toutesfois chacun sçait qu'ils sont l'esprit, la vo- « lonté et le propre cœur de sa Majesté : et aujour- « d'hui Madame m'en a parlé plus affectueusement « que si c'eût été pour la propre personne du Roi son « fils ou pour elle-même. J'ay remonstré à l'Agent du
* Arthur, ou mieux Artus Gouffier, frère de l'évêque de Coutances.
(( Cardinal premièrement, puis à Madame, les raisons « qui pourroient faire que vôtre Saincteté se monsu treroit difficile en cette matière, et ay fait tout de- « voir possible pour les détourner de cette poursuite. « Mais le Roi est si ferme en son opinion, et ont telle a espérance et lui et Madame en l'amitié que leur (( portez et qu'ils vous portent que nonobstant ces (( difficultez par moi alléguez, si se font-ils forts de « l'obtenir, et vous demeurer de tant plus redevables. « et avoir plus d'occasion de s'employer de bon cœur « et pour vous et tout le sainct Siège en tout ce qu'il « vous plaira et en quoy vous aurez le moyen de le « requérir. Et quoy que (comme j'ay dit) cecy me (( semble superflu, si est-ce que pour ne faillir à satis- (( faire à leurs demandes, je vous ay écrit la présente a pour vous asseurer qu'il n'y a chose sous le Ciel, qui « soit tant à cœur au Roi, ni à Madame, ne que tant « ils désirent que cette-cy, ne pour laquelle ils s'esti- « ment plus redevables à vôtre Saincteté : joint qu'il « n'y a homme à qui vous puissiez faire plaisir qui le (( mérite mieux en vôtre endroit, que fait Monsieur le « Grand-Maître, qui avec ses frères est vôtre serviteur « fort affectionné, et si homme de bien et vertueux « Seigneur, que j'oseray dire qu'en France n'a point «i aucun qui lui puisse estre parangonné. Au reste, il « est si grand et si parfait ami de Monsieur le Duc, que « lui et toute sa maison méritent bien que vous leur (( fassiez tout honneur, plaisir et faveur : Et par ainsi, « avec la révérence que je vous dois, je recommande « de tout mon cœur cette affaire à vôtre Saincteté, les
« pieds de laquelle je baise eu toute humilité. D'Anse- (( uis, ce 22 de septembre 1518 \ »
Il obtint enfin cette légation tant désirée, mais ce ne fut pas sitôt. M. Aubery nous témoigne que les facultés de légat se trouvèrent seulement enregistrées au conseil, le 5° du mois de septembre^ 1519. Nous allons rapporter les arrêts et procédures au moins en partie qui se passèrent au parlement au sujet de cette légation; mais auparavant, peut-être voudra-t-on bien voir un petit rôle qui me fut autrefois communiqué par M. du Vaudôme, contenant les pouvoirs et facultés de ce légat, lesquels pouvoirs et facultés avaient été accordés aux légats qui avaient été avant lui. Le voici, à la réserve du terme facultas qui se trouve à chaque article et que nous croyons devoir suffire pour tous :
« Est buUa legationis. Facultas conferendi et com- « mendandi bénéficia etiam reservata et reservationes « concedendi ; commendandi bénéficia secularia et re- « gularia ; admittendi reservationes ; conferendi bene- « ficia per non promotionem; conferendi bénéficia fami- « liarium suorum ; dispensandi ad bénéficia regularia et (( secularia; dispensandi ad duo bénéficia incompatibic( lia ; compellendi quoscumque ad docendum de titulis (( beneficiorum compellendorum ; procedendi contra a criminosos ac privandi eos et reformandi bénéficia « eorum ; concedendi licentiam quod, licet exeat pro- (( vinciam , nihilominùs remaneat legatus ; dispen- (( sandi cum mendicantibus ad unum erigendi domos et
• Histoire générale des cardinaux..., 3» partie, p. 223-224.
monasteria ; conçedendi religiosis ut ad studium pervenire possint; conçedendi familiaribus de fructibus percipiendis in absentia ; conçedendi usum pontificalem ; conçedendi licentiamvisitandiperprocuratorem capitula, collegia etiam exempta; consecrandi et reconcîliandi ecclesias ; dispensandi super defectu natalium ad successionem in bonis ; conçedendi facultatem testandi ; dispensandi in tertio et quarto consanguinitatis et affinitatis gradibus et cognatione spirituali; dispensandi super defectu eetatis ad bénéficia ; dispensandi in corpore viliato ; dispensandi cum illis qui bellicis artibus interfuerint ; dispensandi cum praelatis et aliis qui bellicis interfuerint artibus; dispensandi cum familiaribus ut extra tempora promoveri possint, et extra tempora uno vel duobus diebus ad omnes sacros ordines; conçedendi altare portatile simplex ; conçedendi altare portatile ante diem ; conçedendi altare portatile in locis interdictis; conçedendi altare cum clausula ante diem et tempore interdicti; conçedendi confessionalia ; conçedendi tabellionatus officium ; conçedendi clericis presbyteris tabellionatus officium ; reformandi collegia et studia ; conçedendi conservationes in forma ; promovendi ad gradus ; componendi super decimis; compellendi collectores et subcoUectores ad reddendam rationem; conçedendi indulgentiasecclesiis; conçedendi indulgentias quo modo se coram facit celebrare et parlamentum tenuerit ; conçedendi in vitae et mortis articulo plenariam indulgentiam interessentibus missae suse et
deinde hortorum annonas ; concedendi licentiam tradendi bona Ecclesiae propter evidens commodum Ecclesiae ; committendi causas ; procedendi contra detinentes vasa ecclesiastica ; procedendi contra usurarios ; deferendi prohibitaad partes infidelium; suspendendi interdicta majoris pœnitentiae ; deputandi duo pœnitentiarios, qui absolvant in casibus pœnitentiarii majoris; tollendi interdicta ratione debitorum ; absolvendi eos qui manus violentas injecerunt in personas ecclesiasticas ; absolvendi quascurnque personas a quibuscumque censuris et dispensandi ; relevandi interdicta ; absolvendi ab oppressionibus; absolvendi a quibuscumque illicitis juramentis ; absolvendi sacerdotem et alios non rite promotos ; absolvendi eos qui horas canonicas omiserunt; absolvendi criminosos et deprecatores et etiam dispensandi ; absolvendi apostatas ; absolvendi simoniacos et conferendi bénéficia simoniacè adepta; absolvendi et habilitandi hereticos; creandi indultum protonotario ; conferendi bénéficia in diœcesi Rhotomagensi ; concedendi indultum super monasteriis ; utendi legatione etiam ultra montes in regnis ac dominicis régi Franciae subjectis, de percipiendis fructibus in absentia super decimis; componendi hortationes ad praelatosinfavoremreipublicae christianae, hortationes ad principes contra Turcas ' . »
1 Le texte de cette pièce a été constitué d'après nos deux mss. Nous ne nous dissimulons pas les imperfections qu'il présente, mais il ne nous a pas été possible de retrouver, soit l'original, soit une bonne copie. Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul texte qui laisse à désirer de ceux qui ont
Nous trouvons au livre intitulé : Preuves des libériez de l Eglise gallicane, vol. II, chapitre xxiii, les lettres patentes du roi par lesquelles le roi permet au Cardinal de Boissy d'user de ses facultés : « François, par la grâce de Dieu Roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Gomme puis nagueres, nostre très sainct Père le Pape, ànostre trèsgrande prière, instance et requeste, pour le bien et utilité de nostre Royaume et subjets et autres grandes justes et raisonnables causes, ait pour aucun temps fait, créé et estably nostre très cher -et féal Cousin le Cardinal de Boisy Légat a latere en nostre Royaume et pays de Dauphiné : de laquelle légation^ grâces et facultez contenues en iceluy, il ne pourroit bonement joiiyr et user sans nostre gré, consentement et permission, ainsi qu'il nous a bien amplement dit et remonstré. Sçavoir faisons que nous desirons faire honneur et révérence à nostredit sainct Père et au sainct Siège Apostolique et favoriser nostre dit Cousin au fait de ladite Légation, tant pour les vertus et mérites estant en sa personne que en faveur de très-grands, louables et recommendables services que luy et feu le Sieur de Boisy, grand Maistre et le S' de Bonnivet Admirai de France ses frères nous ont par cy-devant faits en la conduite et direction de tous nos plus grands et principaux affaires, où ils ont toujours eu grande cure et diligence, dont nostredit Cousin le Cardinal de
été reproduits par Toustain de Billy, ainsi que l'a constaté, à plusieurs reprises, l'éditeur des deux premiers volumes.
Boisy est digne en partie de grande exaltation et rémunération : iceluy nostredit Cousin le Cardinal de Boisy pour ces causes et autres grandes à ce nous mouvans, avons cejourd'huy receu, admis et réputé, recevons, admettons et reputons Légat a latere en nostredit Royaume et pays du Dauphiné, et luy avons donné, permis et octroyé, donnons, permettons et octroyons par ces présentes congié, licence, faculté et permission de exploicter, joùyr et user de toutes et chacunes les grâces, concessions, octroys et facultez à luy données et octroyées par nostre sainct Père le Pape pour le faict de ladite légation a latere en nostre Royaume et pays de Dauphiné durant le temps de ladite Légation, soit de la collation par prévention de tous les bénéfices qui vaqueront en nostredit Royaume et pays de Dauphiné que des autres droits, prérogatives et facultez à ladite légation appartenans, selon l'entier accomplissement de la teneur des bulles et provisions Apostoliques à lui sur ce octroyées. Si mandons et commandons à tous nos Justiciers, Officiers et sujects et à chacun d'iceux, si comme il leur appartiendra, que à nostredit Cousin ils obeyssent entièrement en toutes et chacunes les choses concernans et dependans de ladite Légation, et iceluy ils reçoivent par toutes et chacunes les villes et lieux de nostredit Royaume et pays du Dauphiné par où il passera, le plus honorablement que faire se pourra, ainsi qu'il est accoustumé et faire se doit à Légat a latere^ sans ( y faire aucun contredit, ne difficulté : Car ainsi nous
(( plaist-il et voulons estre fait. En tesmoin de ce, nous
(( avons fait mettre nostre seel à cesdites présentes :
« Donné àBlois, le 29. jourd'Aoust 1519. et de nostre
(( Règne le 5. Signée François, et plus bas, Par le Roy,
« RoBERTET \ ))
Voici l'acte par lequel ce cardinal légat promit au roi de n'user de ses facultés qu'autant qu'il plairait à Sa Majesté :
(( NosAdrianus, miseratione divina tituli S. Sabinae (( sacrae Romanae Ecclesiae presbyter Gardinalis, de « Boysi vulgariter nuncupatus, in Regno Franciae et (( Delphinatu, ac nonnullis illis aliis adjacentibus pro- (( vinciis etdominiisApostolic8eSedisLegatus,promit- « timus Christianissimo Francorum Regiuti nostra lega- (( tione in suis praefatis Regno terris et dominiis, qui- (( bus protenditur nostra legatio, quamdiù duntaxat « suse illustrissimae placuerit Majestati et non aliàs ; « et ità in fide Praelati per praesentes iterum polli- « cemur. In cujus rei testimonium, bas litteras propria (( manu signavimus. Blesis, anno Domini 1519, die « 4' septembris. Signé, A. Gard, de Boisy, legatus^ »
Voici ce qui se passa du moins en partie au Parlement sur ce même sujet : « Extrait des registres du (( Parlement, du S septembre 1519. — Ce jour, toutes « les Chambres assemblées, les Archevesque de Sens (( et Evesque de Lizieux ont représenté à la Cour letjtres « missives du Roy portant créance sur eux dont la « teneur ensuit : A nos amez et féaux les gens tenans
* Edition de Rouen, M. DC. LI, p. 517. 2 Ibid.. p. 518.
nostre Cour de Parlement^ De par le Roy, Nos amez et féaux,, nous vous envoyons présentement par devers vous nos amez et féaux conseillers V Archevesque de Sens et VEvesque de Lizieux pour les causes que bien amplement Us vous diront et déclareront de par nous, desquelles nous vous prions et mandons tres-à-certes les croire, comme vous feriez à nostre propre personne et n'y faites faute ; car nous voulons et entendons qu'ainsi se fasse. Donné à Blois^ le ^9. jour de aoust. Signé, François et Robertet. Par laquelle créance ont dit que le Pape pour induire les Princes Chrestiens à obvier aux entreprises que le Turc s'efforçoit faire sur la Chrestienté, avoit envoyé ses Légats devers lesdits Princes, et entre autres en ce Royaume à la requeste du Roy, le Cardinal de Boisy, auquel il avoit donné telles et semblables facultez qu'avoit eu le Cardinal d'Amboise Légat en France, lequel Cardinal de Boisy il avoit receu Légat et avoit envoyé ses Bulles de Légation à la Cour, à ce qu'elle y fist telle expédition qu'elle avoit fait audit Légat d'Amboise, et plus ample se faire se pouvoit; et en ce faisant que la Cour luy feroit singulier plaisir, car il a audit Cardinal dé Boisy et à ses parens qu'il a trouvez bons et loyaux serviteurs singulière fiance. Et après que lesdits Archevesque et Evesque se sont retirez, les trois Bulles octroyées par le Pape touchant ladite Légation ensemble les Lettres patentes du Roy par lesquelles il a receu ledit Légat, et pareillement la requeste baillée par l'Université de Paris, tendant à ce que coppie desdites Bulles lui soit baillée par le
Greffier de ladite Cour pour voir s'il n'y auroit rien contre les saincts Décrets, Conciles et Ordonnances Royaux, privilèges et libertez de l'Eglise Gallicane et d'icelle Université ; et sur ce oy ladite Université, en pleine Cour, ont esté leuës. Lizet pour le Procureur General du Roy, a dit qu'il ne veut empescher que ledit Cardinal de Boisy n'use de sadite Légation selon les premières bulles et facultez baillées autresfois au Cardinal d'Amboise, pourveu qu'il ne puisse faire chose contre, ne dérogeante aux droicts libertez et privilèges du Royaume, de l'Eglise Gallicane et des Escoliers estudians es Universitez de ce Royaume, ne des saincts Décrets et Conciles, avec les limitations et modifications contenues in mente Curiœ^ des Légations précédentes : ensemble de ne bailler dévolus par faute de l'expression de la vraye valeur des Bénéfices, en déclarant les collations qui par lui seroient faites ne comprendre hitjusmodi modum vacationis : et que de ce ledit Cardinal Légat soit tenu bailler Lettres au Roy lesquelles soient apportées et registrées céans. Et quant à la faculté de ne pouvoir commettre un preud'homme d'Eglise constitué en dignité pour exercer negotia dictœ Legationis^ et user desdites facultez, ledit Lizet pour ledit Procureur General du Roy, quant à la faculté de conférer les Bénéfices seulement, comme grandement dérogeant ausdites libertez et Nouvelle, s'est opposé et oppose que ladite faculté soit approuvée et permise à iceluy Légat. Ce fait, la Cour a ordonné que ladite Université verra dedans huy par les mains du
« Greffier lesdites Bulles, et en viendra Lundy matin (( à six heures \ »
On pourra connaître, par la lecture de l'arrêt suivant, ce que la cour reçut et ce qu'elle changea des facultés de la légation de notre cardinal de Boissy :
a Veu par la Cour, toutes les Chambres assemblées, (( les trois Bulles de notre S. Père le Pape. Par la a première desquelles il a crée Légat a latere jusques (( à un an le Cardinal de Boisy. Par la seconde, qu'il (( puisse user de telles et semblables facultez dont (( usoit le feu Cardinal d'Amboise, en son vivant Légat (( en France. Et par la tierce, que l'an de sa Légation « commence à Calend'is Septembris. Les Lettres pa- « tentes du Roy de la réception de ladite Légation : « Les plaidoyez faits en icelle Cour par le Procureur « General du Roy le troisiesme jour de ce mois, et « par l'Université de Paris le jourd'huy. Et tout « considéré, la Cour a ordonné et ordonne que les « dites trois Bulles octroyées par notre sainctPere au- (( dit Cardinal de Boisy, ensemble les Lettres patentes (( dudit Seigneur de la réception de ladite Légation, {( seront enregistrées en icelle Cour, pour en user « par iceluy Cardinal en choses qui ne sont contraires, « dérogeantes ne préjudiciables aux droicts et prero- (( gatives du Roy et du Royaume, ne contre les saincts (( Conciles, droicts des Universitez, libertez de l'Eglise (( Gallicane, et Ordonnances Royaux : et selon les face cultez données par les prédécesseurs de notredit
» Ibid.
(' sainct Père audit feu Cardinal d'Aoaboise, lesquelles « sont enregistrées en ladite Cour, et non autres : « sans ce toutesfois que iceluy Cardinal de Boisy « puisse commettre ou députer en son absence, ou (( autrement aucun Vicaire ou Substitut, ayant pa- (( reilles puissances ou facultez que luy : mais pourra « commettre un Régent de sa Chancellerie et autres (( Officiers pour exercer ladite Légation. Et de ce que « dit est baillera iceluy Cardinal Lettres au Roy, qui (( seront apportées devers ladite Cour, pour estre en- « registrées en icelle. Faict en Parlement le cinquième « jour de Septembre l'an mil cinq cent dix-neuf ^ » Ce qui concerne le surplus de la légation de ce pré. lat ne nous regarde plus, le roi Tayant transféré de notre évèché en celui d'Albi, qui est d'un revenu bien plus considérable. Sa légation ne dura qu'un an. On ne put en obtenir la prolongation, nonobstant les promesses que le pape en avait faites au roi. Nous avons deux lettres de Sa Majesté écrites à Rome pour ce sujet, mais inutilement : la cour de Rome n'y trouvait pas son compte. Il fut aussi peu de temps évêque d'Albi; il mourut le 24^ juin ou juillet 1523 en son château de Vil le ndren-sur-Indre, du ressort d'Issoudun, et fut inhumé dans l'église de l'abbaye de Bourg-Dieu, ainsi qu'il l'avait souhaité en son testament, fait deux jours avant sa mort. M. Aubery^ en fait l'abrégé. Nous n'en parlons point ici, parce qu'il ne nous regarde en rien. Il y oublia ses épouses, les églises de Coutances
* Ibid.
» Histoire générale des Cardinaux... 3e partie, p. 224.
et d'Albi : aussi ne fait-on aucun mémoire de lui en la nôtre. Nous avons néanmoins deux beaux monuments de sa libéralité : les deux grandes portes du bas * de l'église cathédrale, sur lesquelles on voit en bronze l'écu de ses armes et le surplus semé de fleurs de lis de même matière, et un très beau livre de chant qui est sur le lutrin du chœur de cette église, bien peint et bien écrit, en gothique sur vélin, duquel on se sert tous les jours, et dans lequel on voit en divers endroits les armes de Gouffier peiates.
Dans cet accord dont nous avons parlé, qui se fit en 1511, entre l'évêque et le chapitre au sujet de la dîme de la paroisse de Hébécrevon, outre que l'évêque, étant présent, devait avoir son pain de chapitre comme chacun des chanoines, il est dit qu' u au jour de tous ce les obits, que prétend et désire fonder en icelle église « ledit sieur évêque de Goutances, quand lesdits obits ce seront fondés, lesdits sieurs [du chapitre] feront « distribuer, bailler et donner à chacun des douze « pauvres qui assisteront à chacun desdits obits, « seaiblable nombre et distribution de pain comme à « chacun des chanoines et par forme semblable, « comme est fait et ordonné aux douze pauvres qui (( assistent à chacun desdits obits d'icelui seigneur « défunt évêque, comme il est contenu en la charte
1 Bien que ces mots portes du bas, offrent un sens, il faudrait peutêtre lire portes rie bois, le Galiia cJiristiana^ XI, 899, Hisant : ligneas portas. D'ailleurs, Hilaire de Morel {TriompJie de féglise cathédrale de Constances, 1G47), dit, p. 43-44 : « C'est luy qui a fait faire les grandes portes de bois de ladite Cathédrale, comme il se peut remarquer parles armes de bronze de la maison de GoufRer, qui portent d'or à trois jumelles de sable, lesquelles y sont encore attachées. »
(( d'icelle fondation, etc. » Mais cette fondation est encore à faire. Les grandes dignités, honneurs et richesses lui firent dans la suite oublier ses bonnes résolutions.
Nous trouvons que les chanoines réguliers de Cherbourg changèrent deux fois d'abbés. Jean Hubert, qui avait été élu et confirmé en 1492, étant mort le lô** juin 1518 \ les religieux assemblés capitulairement élurent un de leur nombre, nommé Léobin Le Fillastre, pour lui succéder, et le présentèrent à Adrien Gouffier, notre évêque et cardinal, ou plutôt à son grand vicaire, afin d'en avoir la confirmation. Le grand vicaire donna commission à messire Roger Tesson, curé de Théville, promoteur en l'officialité de Valognes, de se transporter sur les lieux, faire publier cette élection, non seulement à l'église de cette abbaye, mais encore aux prônes des grandes messes des paroisses de la Trinité de Cherbourg, de Sainte-Marie-d'Equeurdreville% et ailleurs, et en faire lui-même une exacte et ample perquisition par l'audition de plusieurs témoins irréprochables, afin de pouvoir juger sainement de la validité de cette élection, pour le tout lui être apporté à Coutances. Ce grand vicaire, Guillaume Quetil, ne donna sentence de confirmation qu'après avoir plusieurs fois donné délais et levé plusieurs actes de
* Le Gallia chrisUana, XI, 943, place la mort de Jean Hubert, 30» abbé de Cherbourg, le 7 des calendes de décembre 1517; il lui donno pour successeur Jacob Marette qu'il lait mourir le 16 des calendes de juin 1518. Le Neustrïa pia, p. 816, est d'accord avec le Gallia, sauf qu'il donne Mariette au lieu de Marette.
Théville et Equeurdreville, arr. de Cherbourg.
contumace contre ceux qui auraient eu quelques prétentions de s'y opposer, et encore seulement après que honnête homme, Florent Passemer, et messire Jean de Venues, substituts du procureur du roi aux vicomtes et bailliages du Gotentin eurent eu communication de l'enquête et de tout ce qui avait été fait et eurent déclaré ne vouloir former aucune opposition à la confirmation dudit élu. Ce LéobinLe Fillastre est le dernier abbé régulierqu'il y ait eu en l'abbaye de Cherbourg. En 1515, on imprima à Paris des Heures à l'usage deCoutances, avec ce titre : « Les présentes Heures à (( l'usage de Coutances, tout au long, sans requérir, « avec les figures et signes de l'Apocalypse, la vie de (( Tobie et de Judith, les accidens de l'homme, le « triomphe de César, les miracles de Notre-Dame, ont (( été faites à Paris par Simon Vostre, demeurant à (( Paris, en la rue Neuve, à l'enseigne de Saint-Jean- (( l'Evangéliste \ »
^ Le Manuel du Bibliographe norinand d'Ed. Frère ne cite pas cette édition de lolo. Il en indique une de 1523 sous ce titre: Heures à lusaige de Constances^ toutes au long, sans riens requérir. Avec les grans
suffraiges, et plusieurs belles hystoir es Paris. Franc. Regnault, t525,
in-8, goth., fig. sur bois.