‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances (volume 2)Chapitre 46 sur 76 · DE NICOLAS DE BRIROY · texte numérisé non relu

DE NICOLAS DE BRIROY

Le roi, ayant su la mort d*Arthur de Gossé, donna révêché de Coutances et Tabbaye de Lessay à Lancelot de Matignon, déjà abbé à Cherbourg, fils du maréchal de Matignon. Ce jeune seigneur néanmoins n'en jouit point ; allant à Rome rendre ses devoirs au pape et obtenir ses bulles, il mourut de maladie en chemin, le 1" jour de janvier 1588.

Notre monarque avait des considérations très grandes pour le maréchal. 11 voulut bien lui témoigner par lettres la part qu'il prenait à son déplaisir, et, pour le consoler, il lui envoya le brevet de son évêché de Coutances en blanc pour le remplir de telle personne qu'il voudrait.

Le maréchal connaissait le mérite de M. de Briroy. Il avait été vicaire général de son fils en l'abbaye de Cherbourg ; il était à propos qu'il y eût à Coutances un évêque qui ne songeât point à faire de peine sur l'échange de la baronnie de Saint-Lo et qui voulût bien accepter ce bénéfice chargé d'une grosse pension en faveur de ce maréchal. Il suffira d'en rapporter

cet acte, par lequel on verra que M. de Matignon s'en étant remis à sa Majesté, [le roi] lui envoya ce brevet qui contient non-seulement la nomination à révêché, mais aussi le don de la régale : « Aujour- (( d'hui, 29' octobre 1588, le roi étant à Blois, vou- (( lant gratifier M. le maréchal de Matignon, suivant (( ce que Sa Majesté lui avait dès le 21" décembre « dernier 1587, octroyé de faire [don] pour l'un de ses (( enfants de l'évêché de Coutances vacant par le décès (( de messire Arthur de Cossé, Sa Majesté a de nou- (( veau, en lui confirmant ladite grâce, voulu et [dit] a avoir pour agréable qu'en considération dudit ma- « réchal, au lieu de sondit fils, messire Nicolas de « Briroy, licencié aux droits, archidiacre, grand vicaire (( et officiai dudit Coutances, icelui soit pourvu dudit « évêché vacant; Sa Majesté a aussi remis le droit à « elle appartenant, tant de collation des prébendes, « chanoinies et autres bénéfices. Lui en soient expé- « diées ensemble les autres lettres qui seront né- '( cessaires tant en cour de Rome qu'ailleurs pour r( obtenir de notre Saint-Père le Pape les bulles et pro- ({ visions apostoliques et ce pendant ce présent brevet a qu'elle a voulu signer de sa propre main et icelui « être contresigné par moi son conseiller et secré- (( taire d'Etat. » Signé : Henri^ et au-dessous : Revol. Nous expliquerons tout ce qui ensuit plus au long.

Nous remarquerons cependant que Nicolas de Briroy était d'une famille noble et ancienne de ce diocèse, originaire d'une paroisse nommée Fierville, dont il était seigneur, en l'élection de Valognes, sergenterie

de Beaumont. Raoul de Briroy, fils Jean, fit preuve de sa noblesse en 1464 devant Monfaut. Nous trouvons son nom au rôle des véritables nobles, qui parurent devant ce fameux commissaire. Ce Raoul épousa la fille d'un noble homme Jean Boudet, dit de Crosville, duquel sortit Robert qui fut père de Guillaume \ père de Jean 2' du nom^ père du prélat dont nous avons à parler, et de Jean et de Guillaume ses frères. Ce Jean 3° du nom, fut père d'Adrien que nous verrons bientôt un de nos archidiacres, et de Nicolas, sieur de Fierville, lequel ayant épousé Diane de Thieuville, dame de Guéhébert, fut père de Marie de Briroy, laquelle, par contrat de mariage du 17° janvier 1614, épousa Pierre de Harcourt, baron d'Olonde, Saint- Ouen, Longé, etc., auquel elle porta les grands biens de sa maison. Guillaume de Briroy^ autre frère de notre évêque, fut seigneur de la Comté en la paroisse de Gouey. La postérité de ce Guillaume subsiste encore en la famille de... Briroy, prêtre^ curéde Biville% et de... Briroy, sieur de la Comté, cousins germains, mais pauvres gentilshommes, les biens de leur père ayant été décrétés.

Nicolas, notre prélat, entra fort jeune dans l'état

1 Toustain de Billy n'est pas d'accord, sur la généalogie de la famille de Briroy, avec La Roque, Histoire de la maison d'Harcourtf I, 945-946. D'après ce dernier, Guillaume de Briroy eut trois fils : Jean, Nicolas, évêque de Coutances, et Guillaume, s"" de la Comté ; ce Jean (le Jean 2e de Toustain de Billy) eut trois fils, Nicolas, Adrien (celui qui fut archidiacre) et Pierre, et deux filles, Marie qui épousa Pierre de Harcourt, et Marguerite, qui fut mariée à Jean de Silens, seigneur de Saint-Pélerin. On ne trouve point chez La Roque un Jean 3* du nom.

2 Arr. de Cherbourg.

ecclésiastique ; il avait à peine quinze ans, quand messire Nicolas de Briroy, son oncle, lui résigna la cure de Fierville. Il lui obtint du pape dispense d'âge; cette dispense et les provisions furent, le 7" mars 1541, présentées à Guillaume Quetil, grand vicaire de Philippe de Cossé, et par lui lues et admises, et lui en prit possession par procureur, comme nous avons déjà remarqué.

Cette qualité ne l'empêcha pas de continuer ses études où il profita tant qu'il fut licencié en droit. A son retour, il fut établi receveur de décimes et pourvu d'une des prébendes de Quibou nommée de Vaultier. Il la permuta le 30*" décembre 1574 contre celle de Saint-Nicolas' et dès lors était si distingué qu'il fut choisi vicaire général substitut. Le 19^ mai suivant, il fut pourvu de l'archidiaconé du Bauptois par la résignation que lui en fit Julien Quersent ou Mersent. Il fut créé vicaire général absolu en 1575 et, depuis ce temps-là, il gouverna presque seul le diocèse, les autres vicaires étant seulement ad honores ou ses substituts.

En l'année 1580, il fut député en l'assemblée générale tenue à Paris et à Melun. Nous le trouvons signé aux résolutions qui y furent prises, lesquelles ne sont pas de mon sujet. Il avait été aussi aux États de Blois, vers la fin de l'année 1576 et le commencement de 1577 ; nous le trouvons souscrit au pied de la résolution du 22' février 1577, contre certains contrats faits

• Saint-Nicolas-de-Goutances.

par les agents du clergé. Ces particularités, jointes à ce que nous avons dit ci-devant sous l'épiscopat d'Arthur de Gossé et à plusieurs que nous omettons exprès, font voir en quelle estime était dès lors monseigneur de Briroy.

En effet, lorsqu'il fut nommé par le roi pour être évêque, le chapitre d'un commun accord ne s'était pas contenté de le choisir pour vicaire général pendant que le siège vaquerait, mais s'étant assemblé selon les formes anciennes, l'avait élu pour son prélat, bien moins pour la conservation de ses droits qu'à raison de son propre mérite et qu'il le jugeait digne de Tépiscopat.

Il se pourvut aussitôt après sa nomination en cour de Rome, mais les affaires étaient alors dans une si grande confusion qu'il ne put obtenir ses bulles ni être sacré que neuf ans après. Je ne parlerai point ici de ces désordres; ce n'est pas mon affaire. Après la funeste mort de Henri III, arrivée le 1" août 1589 *, Henri IV, son successeur, connaissant le mérite de M. de Briroy, ratifia toutes les grâces que son prédécesseur lui avait accordées de nommer et pourvoir aux bénéfices vacants en régale. Nous en expliquerons la pratique; en attendant, voici la concession du roi: « Henri, par la grâce de Dieu roi de France et de (( Navarre : A nos amés et féaux les gens tenant notre (( cour de parlement et chambre des comptes à Caen, H bailli de Gotentin ou son lieutenant, et à tous nos

* Henri III fut frappé le ler août par Jacques Clément, mais il ne m(5urut que dans la matinée du 2 août.

« justiciers et officiers, à qui il appartiendra, salut. (( Savoir faisons que, voulant nous conformer, autant « qu'il nous sera possible, à ce qui a été de Tinstitu- « tion du feu roi, notre très honoré sieur et frère, et (( désirant gratifier et favorablement traiter notre (( amé et féal M' Nicolas de Briroy, évêque de Gouu tances, pour ces causes avons confirmé et de notre (( grâce spéciale, puissance et autorité royale, confir- (( mons par ces présentes signées de notre main, les a dons qui lui ont été faits par ledit feu sieur roi, c( ainsi qu'il appert par les patentes dont copie colla- (( tionnée à l'original et ci-attachée sous le contre (( scel de notre chancellerie, de tous et chacun les « droits de régale, fruits et revenus dudit évêché, « tant ceux qui nous peuvent competer et appartenir (( à cause de l'ouverture de ladite régale que ceux c( que pourraient prétendre les chanoines et chape- « lains de la Sainte-Chapelle de Paris à nous acquise « et confisquée par leur rébellion et félonie, desquels (( droits et revenus à quelle somme et prix qu'ils se a puissent monter, nous avons de nouveau, en tant « que le besoin est ou serait, fait et faisons droit au « dit de Briroy, voulons, entendons et nous plaît « qu'il jouisse dudit évêché, droits, dignités, revenus « et fruits qui en dépendent tant en spiritualité qu'en a temporalité, et que toutes lettres pour collation des « prébendes, chanoinies et autres dignités, bénéfices « et offices dudit évêché qui ont vaqué ou vaqueront « ci-après durant les dits droits de régale, soient ex- « pediés à sa nomination et non autrement et sans

« faire réserve de celles qui nous appartiennent à (( cause de notre avènement à la couronne, combien u que les lettres en cour de Rome ne lui aient été « expédiées. Si donnons en mandement, etc. Donné a au camp de Ghelles le 10° mai J590\ de notre « règne le premier. » Signé : Henri, et au-dessous par « le roi: RuzÉ^

En conséquence de ces lettres, Monseigneur de Briroy, lorsque quelque bénéfice ou office de cette espèce vaquait en régale, nommait en régale telle personne qui lui plaisait, et l'acte de cette nomination étant présenté au conseil, on expédiait les provisions à l'ordinaire en cette forme : « Nous, Nicolas de Bri- « roy, nommé par le roi à l'évèché de Goutances, (( certifions à tous qu'il appartiendra que suivant le (( don à nous fait par la majesté du roi dernier dé- « cédé, dès le 29' octobre 1588, et confirmé par la (( majesté du roi à présent régnant, le 10' mai 1590, (( des prébendes, chauoinies et autres bénéfices dépen- « dant dudit évèché et qui vaqueront durant l'ouver- « ture de la régale en icelui, avons nommé et nomu mons par ces présentes, M. Jean Gueurey, clerc « dudit diocèse pour être pourvu de la chapelle de a Saint-Christophe fondée en l'église de Picauville % (( à présent vacante en régale par la mort de M. Jean

1 Le 19 mai d'après D. Bessin, 2e partie, p. 539, mais c'est une erreur, le Recueil des letti^es missives de Henry IV contenant à cette date, une lettre donnée au camp de Beaumont, t. III, p. -199.

2 Le Recueil des lettres missives de Henry IV, publié par M. Berger de Xivrey, contient, t. III, p. 19i-l93, une lettre adressée au maréchal de Matignon et datée également de Chelles, ce xiiij may 1590.

3 Arr. de Valosrnes.

« Mauduit, suppliant très humblement Sa Majesté de (( vouloir et ordonner que lettres provisions à cet (( effet lui soient présentement expédiées. En témoin « de quoi nous avons signé la présente de notre main (( à Paris le 5' août 1594. Signé : Briroy^ avec a paraphe. »

M. de Briroy, pendant tout le temps dont nous parlons et jusqu'à ce que le roi Henri IV fût réconcilié au pape et à l'Eglise, s'intitulait ainsi : « Nicolaus ({ de Briroy, presbyter, episcopus Constantiensis no- « minatus et ejusdem episcopalus, sede episcopali va- (( cante, vicarius generalis in spiritualibus a dominis (( de capitulo insignis ecclesiee cathedralis Constan- <( tiensis commissus. »

Tout était cependant en désordre en France à cause de la dissension entre les catholiques, les royaux d'un côté et les ligueurs de l'autre. Le pape Sixte V, qui était d'un naturel un peu violent, s'était fait partisan et pour ainsi dire chef de la Ligue^ et on n'expédiait rien à Rome si ce n'était en faveur des insignes ligueurs. Il y avait sept archevêchés et trente-cinq évêchés vacants. A l'égard des autres bénéfices, prieurés, cures, canonicats et chapelles qui venaient à vaquer, on s'adressait au conseil qui, au défaut du pape et des évêques, nommait un prélat pour ces sortes d'expéditions.

Ainsi, Nicolas TraisneP, conseiller au parlement

* Nicolas Throsnel (et non Traisnel) fut d'abord conseiller lai au parlement de Rouen en 1588 ; il fut reçu en 1692 à un ofiice de conseiller clerc de nouvelle création, et résigna son office de conseiller lai. Il fut

de Rouen, ayant été nommé par le roi au prieuré de Saint-Manvieu en la paroisse de Marchésieux, vacant par la mort de Jean Adam, et ne pouvant obtenir les provisions à Rome, eut recours au conseil, lequel nomma Renault de Beaune, archevêque de Bourges, grand aumônier de France^ pour les expédier.

M. d'Angennes, en la remontrance qu'il fit au roi au nom de l'assemblée du clergé de 1596\ dit que les juges royaux ordonnaient de la police spirituelle, commettaient personnes pour admettre résignations, ordonner collations, dispenses sur la pluralité des bénéfices, absoudre d'irrégularité, permettre mariage en degré prohibé, et autres choses semblables.

Nous avons néanmoins divers témoignages que le pape recevait quelquefois des résignations et donnait même la collation de divers bénéfices. Ainsi Charles Bernard, un des vicaires généraux, sede vacante^ pourvut par forme de visa Louis Le Goupillot de la cure de Magneville* à lui résignée en cour de Rome par Nicolas Sauver ; ainsi que M. de Briroy pourvut Jean Blondel de la cure d'Yvetot à lui résignée par Nicolas Tiébeau ; ainsi que Charles Miron, évêque d'Angers et abbé de Gormery, ayant en cette dernière qualité

aussi chanoine à Notre-Dame de Rouen et prieur de Saint-Martin-sous- Rellencombre. — Recueil des présidents, conseillei^s et autres officiers de VEschiqicier et Parlement de Rouen, eic. ; Ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martainville, Y 24 et 25.

1 V. Mémoires du Clergé de France, t. V, p. 127-156 : Remonstrance du Clergé de France, assemblé à Paris, faite nu Roy Henri IV, à Folambray, le 24 janvier 1596, par illustrissime et reverendissime Messire Claude d'Angennes de Rambouillet, évesque du Mans, assisté de révesque de Sar- ,at, et autres députez en ladite Assemblée.

* Arr. de Valognes.

noramé Mathurin Joret au prieuré et à la cure de Saint-Germain-des-Vaux ^ et donné le prieuré de Sainte-Hélène, en la paroisse de Saint-Martin-la- Hague", à frère François Gallot, religieux de Saint- Sauveur-le-Vicomte, Charles Turgot, chanoine, scolastique de Coutances, conseiller au parlement et grand vicaire, leur en donna la collation sur les provisions de Rome.

On s'adressait quelquefois au pape immédiatement, ainsi qu'il paraît par un acte de la duchesse de Longueville ^ au sujet de la cure de Bourey , lequel acte est tel : « Marie de Bourbon *, duchesse de Longue- (( ville, d'Estouteville, comtesse souveraine de Neuf- (( chàtel, aussi comtesse de Saint-Pol, Ghaumont, « Tancarville, baronne de Briquebec, Orglandes, (( Gacé, Gleuville et Berneval, dame de Hambie, les (( Perques et Bourey, Saint-Clair et Saint-Samson, (( à notre très Saint-Père le Pape Clément VIII, par la « divine providence, salut, la vie et révérence avec due (( obéissance. A la cure et église paroissiale de Sainte- (( Marie de Bourey, diocèse de Coutances, à présent

• Arr. de Cherbourg.

- Le lieu où s'élevait le prieuré de Sainte-Hélène se trouve dans la commune d'Omonville-la-Petite, dont l'église est placée sous l'invocation de Saint-Martin ; arr. de Cherbourg.

3 Arr. de Coutances.

* Marie de Bourbon, née le 31 mai 1339 de François de Bourbon, comte de Saint-Pol, et d'Adrienne d'Estouteville, épousa : l" 1557, Jean de Bourbon, comte de Soissons, mort la même année à la bataille de Saint- Quentin ; 2» 1560, François de Cièves, duc de Nivernois e' de Rethelois, mort en I56;2 à la bâtai. le de Dreux; 3° 2 juillet 1563, Léonor d'Orléans, duc de Lon^ueville, comte de Tancarville et de Dunois, souverain de Neufchàtel et du Vallengin en Suisse, mort en 1573. Marie de Bourbon mourut le 6 avril 1601.

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