J96 HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
(( vacante par la résignation de M* Michel Malherbe, de « laquelle le patronage, nomination ou présentation (( nous compète et appartient, toutes fois et quantes que (( vacance arrive, [à raison de] de notre seigneurie de u Bourey et [dont nous] avons la collation, provision et « toute autre disposition, nous vous nommons et pré- » sentons à icelle cure de Bourey notre bien-aimé (( maître Guillaume Le Chevalier, prêtre, pour icelle (( cure avoir, tenir et desservir, à la charge de faire f< et continuer audit Malherbe, sa vie durante, 100 (( livres de rente , suppliant très humblement votre « Sainteté admettre notre présente expédition et pour- « voir ledit Le Chevalier à ladite cure, à la charge de a ladite pension à laquelle nous consentons par la (( présente autant qu'il nous compète et appartient. u Père saint, votre santé dure et vaille envers Dieu. u En témoin de quoi, nous avons signé les présentes (( et à icelles fait apposer notre sceau. Donné à notre a château de Briquebec, l'an 1594, le 21' juillet. « Signé : Marie de Bourbon. » Et sur le replis : « Par (( Madame duchesse et comtesse, Rotalle, » et scellé d'un sceau de cire rouge sur double queue.
Notre Cotentin, d'autre part, était rempli de ligueurs dont les uns par la langue et les autres par le fer, travaillaient à détourner les sujets du roi de leurs véritables devoirs. On conserve dans les archives de la maison de Canisy une lettre d'un feu roi, par laquelle il mandait à ce seigneur de veiller à ce que les curés et prédicateurs n'eussent à prêcher que la parole de Dieu et à ne parler que des choses de leur ministère.
Un seigneur nommé Le Tourps, gentilhomme du nom de La Cour, est renommé pour avoir été un chef terrible des ligueurs. J'ai vu un contrat de fondation fait en Téglise du Désert^ par noble homme Louis d'Auxais, seigneur et patron dudit lieu du Désert, pour prier Dieu pour ceux de sa famille et spécialement pour Philippe d'Auxais, son frère, guidon de la compagnie de cinquante hommes d'armes de noble seigneur Hervé de Carbonnel, seigneur de Canisy, etc., lequel Philippe fut tué à une charge donnée par ledit seigneur de Canisy contre Le Tourps ^ en Gotentin, le r mars 1592.
François de Bourbon, duc de Montpensier \ gouverneur de Normandie, par acte daté de Croisset, au camp devant Rouen, le 13^ mars audit an 1592, choisit Jacques de Sainte-Marie, seigneur d'Aigneaux, son lieutenant au pays de Gotentin, « pour procurer le « bien et le repos au pays et s'opposer aux courses, ({ pilleries, voleries et oppressions que Le Tourps et « autres ennemis rebelles qui l'assistaient, font ordi- « nairement dans des courses au bourg et havre de « Barfleur et aux environs sur les bons et fidèles « serviteurs de Sa Majesté, » et le pourvut du gouvernement de Barfleur avec pouvoir de le faire fortifier, et en outre [d'] une compagnie d'arquebusiers
' Arr. rie Saint-Lo.
- Le Tourps périt lui-même à Gonneville, le 22 décembre 1592. V. La Ligue en Normandie, par M. le Vte Robert d'Estaintot, p. 266-267.
3 Ce prince, qui rendit de très g-rands services à la cause de Henri IV, mourut peu de temps après, le 3 juin, des fatigues que lui causa la campagne de 1592.
français à pied, les meilleurs qu'il pourrait choisir. Ce n'était partout que pilleries et brigandages; ceux qui étaient en réputation d'avoir de l'argent, étaient aussitôt réputés royaux par les ligueurs et ligueurs par les royaux, et ainsi infortunés de tous côtés. Ce Nicolas Traisnel, dont nous venons de parler, pourvu du prieuré de Marchésieux, obtint du conseil que la possession qu'il prendrait d'une chapelle de Notre- Dame de Paris, lui vaudrait de prise de possession actuelle de la chapelle de Saint-Manvieu de Marchésieux, attendu que le pays étant tout rempli des soldats du parti contraire, il ne pouvait y avoir aucun accès. Les exemples particuliers seraient odieux. Je les laisse; je me réserve à celui-ci.
Il paraît par plusieurs lettres du duc de Montpensier, du maréchal d'Aumont et d'autres grands officiers de la couronne que l'on conserve en la maison d'Aigneaux, que ces seigneurs d'Aigneaux et de Canisy frères auraient rendu de bons services à la couronne contre les ligueurs. Ils ne remirent néanmoins les places dont ils s'étaient emparés, qu'après avoir obtenu abolition de tout ce qu'ils avaient pu commettre contre la justice et leur devoir. « Aujourd'hui (( 16' mars 1577, porte l'acte, nous sieur de Matignon, « maréchal de France et lieutenant général pour le (( roi en Guyenne, traitant avec les sieurs de Canisy et a de Sainte-Marie d'Aigneaux, capitaines [des places] « de Carentan et de Barfleur, ensemble de celle du (( Pont d'Ouve, leur avons accordé suivant la volonté « du roi et commandement à nous expressément fait
0 par Sa Majesté leur faire donner abolition et aux « leurs dont ils nous ont baillé le rôle signé d'eux, de « toute levée de deniers, impositions, contributions, « exactions, pillages et autres choses par eux com- « mises en la garde des dites places et à raison d'i- (( celles. Fait audit Carentan ledit jour et an susdits. (( Signé : de Matignon. » Et plus bas : « Par monsei- « gneur le maréchal: Arcambault. »
Le roi cependant abandonna le calvinisme dont il avait fait profession et rentra dans la religion de ses pères faisant son abjuration entre les mains de Renault de Beaune, archevêque de Bourges^ et fut reçu à la porte de l'église de l'abbaye de Saint-Denis, 1593. L'année suivante, le 27' février 1594, il fut sacré dans l'église de Chartres ^ et oint de l'huile sacrée de ^aint Martin que l'on garde à Tours. L'histoire en est commune ; je veux néanmoins remarquer ici deux choses : l'une particulière et l'autre publique à la vérité, mais qui nous appartient proprement. La première est que notre évêque qui aimait véritablement son roi et qui demandait incessamment sa conversion au ciel, voulut avoir l'honneur d'assister à son sacre, et nous trouvons que huit jours auparavant, le 19^ du mois de février, M. de Briroy ayant fait une démission verbale de la prébende de Saint-Nicolas entre les mains du roi, ce monarque en gratifia aussitôt Adrien de Briroy, neveu du prélat.
L'autre est que cette conversion de Henri IV et sa
1 Henri IV fut sacré par l'évêque de Chartres, Nicolas de Thou, oncle de l'historien.
réconciliation à Féglise universelle est presque toute due à notre diocésain le cardinal du Perron \ Son grand génie, sa science, son éloquence et ses autres dons extraordinaires l'avaient fait connaître et aimer du feu roi, et son successeur ne l'estima pas moins ; il l'écoutait fort volontiers et enfin l'écouta tant, que Dieu par son moyen lui fit sentir la vérité et l'embrasser.
Le pape Clément VIII, qu'on sait avoir été un pontife d'un très grand mérite et qui connaissait déjà la réputation et les qualités de M, du Perron, sut avec joie qu'il allait à Rome pour la grande affaire de la réconciliation du fils aîné de l'Eglise avec sa mère, que M. d'Ossat avait déjà si heureusement traitée.
Jamais affaire n'a été plus grande, ni plus éclatante. Ces deux excellents hommes, je veux dire MM. d'Ossat et du Perron, la négocièrent avec tant de prudence que toute l'Eglise et le royaume en reçurent une satisfaction toute extraordinaire. Elle fut telle à Rome que si le roi avait dès lors voulu demander le chapeau de cardinal pour M. du Perron, le pape l'aurait accordé, a Sire, » écrivait M. d'Ossat au roi dans la lettre du 4" novembre 1591, « Monsieur le cardinal « de Toleto s'est laissé entendre plusieurs fois, que « s'il plaisoit à vostre Majesté escrire au Pape de faire « Cardinal Monsieur du Perron, Sa Saincteté le feroit « volontiers à la première promotion qui se fera à « ces quatre temps du mois de Décembre prochain,
Jacques Davy du Perron, évêque d'Evreiix en 1591, cardinal en 1604, était né à Saint-Lo en 1556.
« adjoustant de plus qu'il sçavoit bien ce qu'il disoit, (( et qu'il ne parloit point sans fondement ; et, m'en v( parlant à moy-même, m'a exhorté d'en escrire à (( vostre Majesté, etc/ » D'ailleurs, Henri IV reçut M. du Perron à son retour de Rome d'une manière qui témoignait très parfaitement la satisfaction qu'il avait de ses services. « J'y arrivay donc, » écrivit à monseigneur le cardinal Aldobrandin M. du Perron, aussitôt après son retour en France auprès du roi, « le vendredi cinquième de juillet, estant sa Majesté à (( Amiens, où je fus receu d'elle avec des caresses « extraordinaires, car il m'embrassa par cinq ou six « diverses reprises et témoigna plusieurs fois aux « assistants, combien je l'avois dignement servy (il lui (( pleut de parler ainsi) et combien il se sentoit content « de mon labeur, et plein de désir de le recon- « gnoistre^. »
Je ne prétends pas écrire la vie ni faire l'éloge de ce grand homme, mais je ne crois avoir pu ni dû me dispenser de rapporter le peu que je fais, puisque c'est à son heureuse négociation que nous fûmes redevables d'avoir enfin eu un évèque. Ce fut le 7^ septembre 1597, que, toutes sortes de difficultés levées, les bulles venues de Rome, Nicolas de Briroy fut sacré évêque de Coutances en l'église de Saint-Germain-des-
' Lettres de nUustrissime et Reverendissime Cardinal d'Ossat, évesque de Bayeux, an Roy Henr-y le Grand, et à Monsieur de ViLeroy, depuis l'année M.D.XCIV, jusques à Vannée M.DC.IIH. Paris, 1624, in-fol., p. 81.
* Ambassades et Negotiations de l'Illustrissime et Reverendissime Cardinal du Perron... Paris, 1623, in-fol., p. 48, lettre datée de Pans le 24 juillet 1595.
Prés par M. l'évêque d'Amiens, assisté de ceux de Digne et de Beauvais \
Au mois de décembre suivant, il prit possession de son église ; mais, comme le témoignent les mémoires du chapitre, d'une manière fort sommaire et sans cérémonie, tant le monde était dans la misère et l'accablement. Ce fut néanmoins avec la joie et l'applaudissement universel, non-seulement des habitants de la ville épiscopale, mais en général de tout le Gotentin qui connaissait ce prélat, lequel d'enfant de cette église en devenait le père et qui espérait de lui toutes sortes de consolations. On n'en fut pas trompé, et si le ciel, en donnant à la France le roi Henri IV, lui donna un libérateur et un restaurateur, de même en donnant au Gotentin Nicolas de Briroy pour évêque, il lui donna un véritable restaurateur de la piété et de la justice et un père très affectionné dont le zèle ne cédait en rien au zèle de ces grands hommes qui en furent les premiers évêques.
Il avait été plus de 20 ou 30 ans vicaire général. Nous avons pu remarquer qu'il était presque lui seul chargé du poids des affaires publiques. Il connaissait très particulièrement les besoins de chacun ; il avait le zèle de vigilance, la charité et les autres vertus nécessaires à l'épiscopat, et ainsi personne n'eût été plus capable que lui d'être élevé en cette haute
' Geoffroy de la Marthonie, évêque d'Amiens de 1377 à 1617; Claude Coquelet ou de Coquels, aumônier de Marguerite de Valois, évêque de Digne de 1387 à 1602 ; René Potier, évêque de Beauvais de 1593 à 1516. A ce dernier succéda, de 1616 à 1650, son frère Augustin Potier, qui jouçi un rôle en 1643 dans la cabale des Importants.
dignité. Aussi, depuis cette élévation, tous ceux qui ont parlé de lui en ont fait mention comme d'un prélat donné véritablement de Dieu par un acte particulier de sa providence sur ce diocèse pour consoler son peuple et l'encourager dans ses misères, et rétablir le bon ordre et la discipline ecclésiastique.
Monseigneur l'évêque de Porphyre, Philippe Troussey, abbé de Blanchelande, avait fait toutes les ordinations jusqu'au sacre de monseigneur de Briroy, mais depuis nous ne le trouvons plus dans nos mémoires. Notre évêque était encore à Paris au commencement du mois de décembre qui suivit son sacre et notre registre porte que « die 5^ mensis decembris (( 1597, reverendissimus in Christo pater et dominus « Nicolaus de Briroy, Dei gratia episcopus Constance tiensis, concessit litteras demissorias personis infrà « scriptis. »
M^ais nous trouvons que, depuis son retour, toutes les ordinations furent faites par lui dans le cours de ses visites dont nous allons bientôt parler. Il donnait assez souvent la tonsure et les quatre moindres ordres dans les abbayes, prieurés ou autres lieux semblables, mais il faisait toujours les ordinations générales, dans sa cathédrale.
Jacques de Serres*, du diocèse de Viviers, était alors abbé de Montebourg; Jacques de Cerceau^ l'était de Saint-Sauveur; Philippe Troussey, de Blan-
1 Jacques de Serre fut député aux États généraux tenus à Paris en 1593. Gallia christiana, xi, 930.
s Ms. P. Jacques Carreau. Ms. M. Jacques Cerveau.
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chelande; Pierre, de Lessay', et M. de Tourl avilie, de Hambie. Je n'ai pu découvrir les autres. Nos vicaires généraux étaient MM. de Tourlaville, Turgot, Bernard et du Quesney. Le 30' janvier 1595, noble homme Michel Clerel avait été pourvu par M. de Briroy de l'archidiaconé de Coutances. Un nommé Pierre Aubril avait pris un dévolu sur l'archidiaconé de Cotentin, possédé par Bertin Mangon, prétendant qu'il avait en même temps plusieurs bénéfices incompatibles. M. de Briroy, par l'autorité du roi sur le litige, les en priva tous deux et le donna à Jean Le Roux. Charles de Parfouru fut aussi pourvu par le même prélat de l'archidiaconné du Bauptois et Pierre Lancise de celui du Val de-Vire. C'est l'état où était l'Eglise et le diocèse de Coutances, avant" que M. de Briroy en fut assuré évêque.
Ce bon prélat, pour travailler plus sûrement à connaître les besoins de son diocèse et y remédier, crut qu'il fallait les connaître et les voir de ses propres yeux. Aussi, pendant que l'âge lui permit, il visitait tous les ans son diocèse, une partie en une saison, et une autre partie en Tautre, prêchant, catéchisant, enseignant partout de paroles et d'exemple la véritable piété. On remarque la douceur et le caractère de son esprit dans les corrections qu'il était obligé de faire de temps en temps, et que sa plus grande application
1 Le Gallin christiana, xi, 921, dit qu'après la mort dfi Lancelot de Matignon, !«'■ janvier 1588, il n'y eut pas d'abbé jusqu'en i619, « quo defunclo sedes vacavit ad annum Ifil9 .« — Le ms. M nomme cet abbé Pierre aux Oubeaux,
« Les deux mss. portent sans que.
était de rétablir en son diocèse l'ancienne discipline de réglise et le bon ordre, conformément aux décrets des conciles et spécialement de celui de Trente, qu'il avait vu commencer et finir \ et de celui de Rouen où il avait assisté ". La pureté de sa vie et le bon exemple étaient les moyens efficaces dont il se servait. Il remarqua une pauvreté extrême dans toutes les églises de son diocèse. Les hérétiques et les impies s'étaient emparés du plus beau et du meilleur ; les titres avaient été dérobés et brûlés pour la plupart, et lorsqu'on pouvait découvrir quelques enseignements des anciens revenus, on s'en défendait par le moyen de la prescription. Pour remédier à ces désordres, notre évêque, tant en son nom qu'en celui de son chapitre et de son clergé, présenta requête au parlement de Rouen, expositive « qu'à raison des troubles et guerres civiles (( advenues, et qui ont esté en ce Royaume, princi- (( paiement audit diocèse de Goutances depuis l'an « 1561, les lettres, titres et enseignemens concer- (( nans les droits, dignitez et libertez, tant de ladite (( église Cathédrale que des Eglises Abbatiales, Parois- (( siales^ mesmes des Prieurez, Bospitaux, Trésors et u Chapelles du Diocèse, ont esté la pluspart perduz, « égarez, les autres rompus, cassez, bruslez par les '( gens de guerre, qui ont tenu garnison ei fait leur « corps de garde tant ausdites Eglises Cathédrale (( que Paroissiales et Maisons ecclésiastiques, à raison
1 Le concile de Trente, réuni par Paul III en 1545, ne termina son œuvre qu'en 1563, mais ses sessions avaient été interrompues à plusieurs i éprises.
- En 1581, comme on l'a vu plus haut.