Î06 HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
a dequoy les redevables tenans biens et héritages dépeiidans desdits Evesché, Eglises Cathédrale, Abbatiales et Paroissiales, mesmes desdits Hospitaux, Prieurez et Chapelles, sçachans ladite combustion et perte desdites lettres, titres et enseignemens, ont depuis dénié et dénient et ne veulent reconnoistre ny payer lesdites rentes et arrérages d'icelles, droits et devoirs, dont les precedens Evesques, Chapitre, Abbez, Prieurs, Curez, Chapelains, Trésoriers et Marguilliers desdites Eglises jouyssoient auparavant desdits troubles, tellement que la pluspart desdites rentes sur lesquelles lesdits Ecclésiastiques, Trésoriers et Marguilliers ont à supporter grandes charges, se trouvent mises en contredit, et totalement déniées. A raison dequoy, plusieurs desdites Eglises et Maisons Ecclésiastiques sont tombées et tombent de jour en jour en riiine, et n'y a moyen de satisfaire aux charges d'icelles, pouvoir faire célébrer le divin Service : Tendans lesdits Evesque et Députez par leur dite requeste à ce qu'il leur soit sur ce pourveu tout ainsi qu'il auroit esté cy-devant fait en cas semblables aux Evesques de Bayeux, Abbé de Montebourg, Chanoines de la Sainte Chapelle à Paris, et plusieurs autres ecclésiastiques de ce ressort. Et outre déclarer que lesdits redevables ne pourront eux aider de prescription pour le temps desdits troubles et guerres civiles, conformément aux Edits et dispositions du droit : en laquelle ne sera compté ni compris le temps encouru depuis ledit an 1561. » La cour lui accorda
les fius d'une demande si juste, et ordonna que les registres desdites églises, comptes, papiers, titres, journaux, enseignements et dernières quittances, serviraient de lettres et possessions aux demandeurs, que lesdits redevables ne pourraient se servir de prescription pendant lesdits troubles et se retireraient vers lesdits demandeurs pour compter à l'amiable, ou qu'autrement ils y seraient contraints par toutes voies. Cet arrêt qu'on pourra voir, dans son intégrité*, dans les Mémoires du clergé^ où l'on a jugé à propos de l'insérer, tome III, page 323, est du 5^ décembre 1598 et l'on ne saurait trop dire quelle en fut et est encore l'utilité.
Nous avons pu remarquer en tout ce que nous avons vu de ce qui se passait en cet évêché avant l'épiscopat de M. de Briroy, que, sans parler de l'ignorance, il y avait quatre grands défauts en nos ecclésiastiques, la pluralité des bénéfices, la non-résidence, la simonie et la confidence. Dieu fit la grâce à notre évêque d'en purger la maison de Dieu commise à sa garde. On n'eut plus de dispense accordée au sujet des deux premiers ni de dévolu pris au sujet des deux autres. Et on remarque que c'est le premier évêque qui ait voulu que les confidentiaires soient publiquement
1 En voici le titre : « Arrest du Parlement de Rouen du a décembre 1598, rendu au prof.t de M. CEvesque et Clergé du Diocèse de Constances, portant que les Registres, Papiers, Journaux, Titres, Enseignemens et dernières Quittances qui leur sont demeurées après les guerres, leur serviront de lettres et possessions à V advenir ; pour se faire payer des cens, rentes, droits et devoirs à eux deus, sans que les redevables se puissent ayder de prescription ou possession au contraire pour le temps des troubles. » Nous avons reproduit, d'après le texte même des Méynoires du Clergé, le passage cité inexactement par Toustam de Billy.
excommuniés tous les dimanches aux prônes des grandes messes.
N'étant encore que grand vicaire d'Arthur de Cossé, il avait remarqué qu'il ne se trouvait presque plus de livres pour la célébration du service divin, et le très peu qui en restait était dans un si mauvais ordre qu'il était presque impossible de s'en servir ; aussi il s'attacha très soigneusement à en fournir à son diocèse. On vit donc bientôt de lui des bréviaires nouveaux, des missels, des rituels, processionnaires, catéchismes, prières et autres livres nécessaires pour le public et les particuliers, Tinstruction et édification de tout le monde.
C'est ce qu'il témoigne lui-même dans les lettres pastorales qu'il en écrivit à son clergé sur ce sujet et qui servent comme de préfaces à ces livres, assurant que depuis qu'il avait été appelé au gouvernement de ce diocèse, son plus grand soin avait été non-seulement de donner des bréviaires, mais de se conformer autant qu'il le pourrait faire à celui de Rome, sans néanmoins altérer en rien l'ancienne méthode de chanter reçue et usitée en ce diocèse depuis plus de deux cents ans, dessein qui avait été projeté par Arthur de Cossé son prédécesseur, mais empêché par la mort, et que même il aurait exécuté, il y avait longtemps, s'il n'en avait été empêché par les guerres civiles, parce qu'il savait bien qu'on manquait tellement de bréviaires, qu'il y avait très peu de prêtres qui en eussent d'entiers; pour à quoi remédier, il avait commis des personnes doctes et expérimentées pour cette
commission et ce renouvellement, par le soin et la vigilance desquelles l'ouvrage se trouvant en état, il croyait le devoir donner au public.
« Gum primum ad episcopalem dignitatem assumpti (( sumus, y) dit-il en Tépître qui est à la tête de soi? Missel, « nihil nobis potius fuit quam ut divinuîn cultum heresium saevitia partim intermissum revocaremus, partim neglectum restitueremus, efficeremusque ut sacerdotes et clerici nobis subditi, quibus ex officio incumbit pro populi sainte apud Deum preces fundere et ex quorum ore ipsemet Deus laudes requirit, ad debitum persolvendum officium studiosius et religiosius animum adjungerent. Incubuimus ut breviaria, missalia, processionalia, diurnalia, horae novis typis excuderentur. Non sine Deo breviarium diu ab omnibus expectatum, mendis repurgatum et meliori quam anteà ordine dispositum, tandem in lucem prodiit ; quo opère féliciter absoluto^ ad missale quam primum addendum mentem cogitationemque convertimus, ut eadem prorsùs divini officii recitandi et rei divinae faciendae ratio haberetur. »
Il nous reste encore deux manuels de ce grand évêque, l'unde 1601, si je ne me trompe^ et l'autre de 1616. Ce dernier est plus ample que le premier. Il est aussi rempli de doctrines et de belles instructions sur les devoirs des curés et des prêtres et sur la connaissance de l'état et de l'administration des sacrements. Il fit cette seconde impression du manuel parce qu'il n'y en avait plus des premiers, « distractis
« jam et coemptis uaiversis exemplaribus », à quoi il ajouta, comme il le dit lui-même en sa préface ad clerum Comtantiensem a multa de institutione, « dignitate, materia et forma, usu et utilitate sacra- « mentorum ex sacrosanctis conciliis et doctoribus (( sanctae ecclesiae decerpta, quae in veteri a nobis « edito desiderabantur, sine quibus ipsa haic sacerdo- « talis muneris seu artis artium praecepta egena certe « et imperfecta videbantur. »
On s'est toujours heureusement servi de ces livres jusques à l'épiscopat de MM. de Lesseville et de Brienne, qui les ont mis en meilleur ordre et les ont fait réimprimer en leur temps, comme nous dirons en leurs chapitres ; mais je veux dire ici que les instructions de M. de Briroy sont telles qu'on les peut désirer, courtes, nettes, simples et tout à fait satisfaisantes.
Contre Tabus général de ce temps-là, il a toujours pensé à ne se fier qu'à lui-même pour le régime de son troupeau ; quoiqu'il eût d'excellents officiers, il résidait toujours et n'a jamais cru pouvoir se dispenser d'une obligation qu'il croyait être du droit divin.
L'usage du sacrement de confirmation avait été presque aboli dans ce diocèse. On ne le donnait quasi qu'à ceux qui étaient près de recevoir la tonsure. M. de Briroy renouvela la pratique de ce sacrement. « Il a toujours résidé », dit François des Rues parlant de notre évêque, « et réside actuellement en son u évêché, faisant les fonctions, visitant les paroisses
« d'icelui, où l'on estime qu'il a conféré le sacrement « de confirmation à près de trois cent mille per- (( sonnes. » Tl avait dit un peu auparavant en traitant de notre ville : a Le 76' évêque de Coutances est Ni- « colas de Briroy, pasteur très digne de sa charge « tant pour son intégrité de mœurs que pour la libé- « ralité dont il use envers les pauvres, étant un des (( plus aumôniers de la France, selon son revenu, et (( lequel a fait une infinité d'autres œuvres pieuses « qui témoignent assez sa prudhomie. »
Cette charité pour les pauvres dont parle des Rues était telle que difficilement on en trouverait de semblable ; à peine se réservait-il le nécessaire. Lorsqu'il mourut, on ne lui trouva que 19 sous* et si peu d'autres biens meubles et immeubles que ses héritiers y renoncèrent. On fut obligé de vendre le peu qu'il avait pour fournir à ses frais funéraires. L'odeur de cette grande charité se répandit par toute l'Eglise ; le pape la connaissait, et lorsqu'il apprit la mort de notre charitable évêque, il le qualifia du beau titre de père des pauvres: « In publico consistorio propter « eximiam vitae probitatem », disent MM. de Sainte- Marthe, (( meruit a Paulo V pontifico decorari titulo « patris pauperum ^ » .
On peut dire que, depuis plus d'un siècle, la non-
• Gallia chinstiana xi, 904, note : « Tantaerat ejus in pauperes charitas, ut obeunti asses duntaxat novemdecim superfuerint, ac divenditae publiée modicae suppellectiiis ad tuneralium onera pretium non suffeoerit. »
- Le texte du Gallia christiana, xi, 904, diffère de celui de Toustain de Billy : «... in publico consistorio ob eximiam ejus caritatem et largitioniim copiara, meruit a Paulo V pontifice maximo decorari titulo patris pauperum... >•
résidence de nos évêques avait fait naître le libertinage et le libertinage avait enfanté l'impiété. La vertu et la présence de M. de Briroy fit tout le contraire. Qu'on se donne la peine de lire et de réfléchir sur ce que nous avons dit et rapporté en notre Histoire générale de l'établissement des Capucins de Goutances\ J'ose dire que la piété, la charité, le zèle et la recherche de la gloire de Dieu, paraissaient tout entières dans l'évêque, le chapitre, les gentilshommes, les bourgeois et autres, comme dérivés du chef et répandus en tous ces membres. Je ne rapporterai pas ici les règlements qu'il fit en 1607 pour les prieur et religieux pauvres et administrateurs de l'Hôtel-Dieu de Goutances; il n'y en a pas un néanmoins qui ne soit un témoignage de la grande prévoyance et de la sagesse de notre prélat. Les religieux qui n'aimaient pas le bon ordre et la dépendance en emportèrent ; mais le parlement, reconnaissant également l'équité de ces règlements et l'autorité d'où ils émanaient, les confirma par son arrêt du 10^ avril 1609.
Le 7^ février 1612, le chapitre de Goutances, suivant la requête de son promoteur, au 5' jour du chapitre général tenu à l'ordinaire après la fête de la Purification, fit et approuva plusieurs belles ordonnances touchant l'ordre et la célébration du service divin, toutes lesquelles sont un beau témoignage de la piété et du zèle de cet illustre corps. Nous en avons autant, signé Le Roux, et peut être en donnerons-nous
1 V. Mémoires sur le Cotentin^ ms. de la Bibl. de Rouen, f. Mai'taiiivillo, Y 43, p. 9-2-9o.
autant en notre recueil. Nous remarquerons ici seulement qu'il commenci^ ainsi : « Le promoteur du vé- (( nérable chapitre de l'église cathédrale de Goutances, « pour le devoir de son office, requiert avec toute a humilité et révérence à révérend père en Dieu (( monseigneur Tévêque de Goutances, président audit '( chapitre et à MM. les chantre, chanoines et autres, (( ayant office et dignités en ladite église, afin que le (( divin service soit célébré, continué et maintenu en (( icelle église, à l'honneur et gloire de Dieu et sui- « vaut l'intention des gens de bien, qui ont fondé, (( doté et augmenté ladite église; que les statuts et (( ordonnances qui ont été ci-devant faites sur l'ordre « et manière de faire dire et célébrer icelui en la- « dite église soient inviolablement gardés et obser- « vés, etc. »
Il y a pour chaque personne un article de réquisition et ordonnances : la première regarde le chantre à ce qu'il ait à résider et ensuite de tous les autres. Il est seulement à remarquer qu'ayant été requis (( que M. le trésorier, ou son clerc en son absence, a continue à parer et décorer l'autel et lieu où l'on (( célèbre l'office de la messe, secimdvm diei et tem- (( poris exigentiam^ resserrer les ornements et dresser « iceux ainsi qu'il appartient, et tenir les lieux « qu'ils ont accoutumé d'être mis, bien fermés en- « semble; qu'il en soit fait fidèle inventaire, ainsi que (( des calices, linge et argenterie de ladite église, « lequel inventaire, dont M. le trésorier aura un duf( plex, mondit seigneur de Goutances un et ledit
a chapitre aussi ua duplex duement signé, à ce qu'il (( n'y ait aucune chose perdue ou adirée el que le (( tout soit conservé fidèlement et que l'on puisse « reconnaître ce qu'il y manque et ce qu'il y est « nécessaire d'y pourvoir. » Voici la réponse qui fut faite : « M. de Lancise, trésorier, a déclaré qu'il oppose (( formellement sur le contenu eu l'article ci-des- « sus ». C'est le seul que j'ai vu opposant à aucun des articles de cette réquisition.
Dieu donna la consolation à M. de Briroy de voir son diocèse rempli de grands hommes en piété, charité et mérite, tous imitateurs de leur évêque. Tant que la ville et ce diocèse de Goutances subsisteront, la mémoire de messire Jean de Tourlaville, abbé de Hambie, chantre et chanoine de la cathédrale, sera en bénédiction et avantageuse à ses habitants; c'est lui qui a fondé le collège de Goutances. Qu'on se donne la peine de voir notre Histoire générale' au sujet de ce collège et au sujet de l'aqueduc de Goutances pour l'entretien duquel il donna 71 livres de rentes G'est ce sei2:neur dont il est tant fait mention dans l'obituaire de la cathédrale, lequel, au mois de décembre de 1579, fonda l'office de Sainte-Barbe par 36 livres de rente et, le 2' juin 1593, celui de la Visitation aussi
1 Mémoires sur le Cotentin, ms. de la Bibl. de Rouen, fonds Martainville, Y 43, p. 98-99.
2 Ibid. Toustain de Billy parle longuement, p. 56 et suiv., de cet aqueduc qu'il appelle « une des raretés de sa province >». Vers la fin, p. 5ii, il dit : « Par contrat du mardi 6 décembre 1586, noble et discrète personne W^ Jean de Tourlaville, prêtre, abbé de Hambie, chanoine et chantre de Goutances, donna le fonds de 120 livres de rentes pour aider aux gages du fontenier et aux réparations et entretien des tuyaux ».
par 36 livres de rente, et résigna son canonicat à messire Jacques de Franquetot, conseiller et aumônier du roi, qui a fondé en la cathédrale le service de l'Octave du Saint-Sacrement par 300 livres de rente foncière, suivant le contrat du 18° septembre 1647 \
Outre ce que nous avons dit en parlant des Capucins de Goutances, M. Le Roux archidiacre du Cotentin, a fondé en la cathédrale l'office de Saint-Jean-Baptiste solennel de sa nativité, des obits pour ses père et mère et pour un nommé Féret et a donné 16 livres de rente par chaque obit, et M. de Parfouru un autre. M. Glerel a donné 17 livres 10 sous de rente à l'église cathédrale.
Ce M. de Parfouru, qu'il avait fait son archidiacre du Bauptois et Adrien de Briroy, archidiacre du Valde-Vire, son neveu, furent créés ses grands vicaires, mais uniquement pour leurs mérites, et tous généralement ses amis et les personnes de son conseil et ses offtciers étaient personnes distinguées par leurs mérites et leurs vertus, ainsi qu'il paraît, parce que nous avons dit de ces deux et par la connaissance que nous avons des autres.
Aussi inspirait-il la piété et la dévotion à tout le monde et ne laissait passer aucune occasion qu'il ne le fit paraître. On remarque que, dès l'an 1581, il
1 Ou cette date est une erreur de copiste, puisque Jacques de Franquetot, aumônier du roi et cliantre de l'église de Goutances, est mort le 2 avril 1626, ou Toustain de Billy l'a confondu avec son neveu, qui s'appelait de même Jacques de Franquetot, et qui fut aussi chantre de 1626 à 1664. Voy. Gallia christiana, XI, 911,
se fit inscrire en la confrérie de l'Annonciation de la Sainte-Vierge, instituée en l'église paroissiale de Saint-Nicolas de Goutances, et que, le 12' de juin 1596, s'étant faite une procession générale par les soins de frère François Hélye, prêtre, curé de Saint- Pierre de cette ville pour mettre la première pierre de la chapelle de la Roquelle, ce bon prélat y assista et fit cette action avec tant de zèle et de dévotion qu'il édifia tout le monde et qu'elle mérita que la mémoire s'en soit conservée dans les registres publics.
Enfin le terme de ses travaux et le temps de leur récompense étant venu, il mourut le 22' mars 1620, âgé de 94 ans, tous lesquels il avait passés dans une pureté de cœur et de corps vraiment angélique. Nos mémoires, parlant de la mort de M. de Briroy font son éloge en trois mots : « Sancto fine quievit )>^ex\e Livre noir du chapitre en deux termes : « Vir integerri- 0 mus». Son corps fut inhumé dans le chœur de sa cathédrale sous un tombeau de marbre blanc sur lequel on avait gravé l'épitaphe suivante; mais ce monument ayant été cassé et les morceaux de ce marbre jetés derrière l'auteP, on ne trouve plus cette épitaphe que dans les livres :
1 « Le tombeau de marbre de feumessire Nicolas de Briroy, évesque de Goutances, étoit dans le chœur de l'église avec quelques autres de ses prédécesseurs. M. de Brienne les fit ôter lors du sacre de M. l'abbé Gaillard, qui étoit chanoine et théologal, évesque d'Apt. Son épitaphe qui étoit gravée sur ce marbre, celles d'Algare et de Hugues de Morville, sont imprimées dans le livre de feu M. Morel. » Toustain de Billy, Mémoires sur le Cotentin, ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martainvilje, Y 43, p. 75.
D. 0. iM.
Piis manibus reverendissimi D. D. Nicolai de Briroy, Gonstantiensis episcopi vigilanLissimi, relifiionis pielatisque avitae et patriaeservatorisfidelissimi.qui quatuor etnonaginta annos agens, in episcopatu très et viginli, féliciter obdorraivit in Domino 22' martii 1620. Ad sanctitalis aram monamentum hoc pietatis et liberalitatis posteritatimandanduni,Adrianus, ex fratre nepos, hujus ecclesias archidiaconus et canonicus, dat, dicat et consecrat, 1 62 1 .
Il fut évêque de Coutances depuis son sacre en 1597, le 7' de septembre, jusqu'au dit jour, 22' mars 1620. Il avait été nommé du roi neuf ans auparavant, mais il avait gouverné le diocèse presque seul depuis le 7' mars 1575* que M. de Cossé par la connaissance et l'assurance, ainsi qu'il le disait, de sa fidélité, intégrité, bonne œuvre, honnêteté, diligence et expérience, l'avait choisi pour son vicaire général, de vicaire substitut qu'il était auparavant.
Il a fondé en sa cathédrale le service double et solennel de la Translation de Saint-Nicolas au 9' du mois de mai, à la fin duquel on est en obligation de chanter le Libéra ei\e de Profundis avec les oraisons accoutumées sur son tombeau, pendant lequel se doit faire la distribution de 30 livres. Il y a encore un service et un obit pour lui le jour de sa mort, 22' mars, pour lequel il y a 22 livres de distribution et 25 sous pour les pauvres, et enfin deux autres de 15 livres de distribution chaque pour le repos des âmes de Jean
i La date donnée plus haut, p. 142, est celle du 17 mai. Le ms. M. dit ici le 17 mars.
et Adrien de Briroy ses frère et neveu. Voici les termes du nécrologe de la cathédrale au mois de mars : « Obiit, reverendissimus in Christo pater et dominus Nicolaus de Briroy, Gonstantiensis episcopus, parentes ipsius amici et benefactores. Pro quo 221ibras super communia videlicet capiendas et pauperibus 25 solidos et non inoveatur a die 23^ martii nisi dominica fuerit. » Trois articles après, nous lisons : Commemoratio reverendissimi in Christo patris ac domini de Briroy, Gonstantiensis [episcopi], exfundatione Nicolai Michel, scutiferi, domini temporalis du Hamel, pro qua dictus Michel dédit summam 21 librarum super communia capiendam et distribuantur 25 solidi; non moveatur a die 24^ martii nisi dominica fuerit. » G'était son filleul. Au mois de mai, dernier article : « Servitiuni duplex et solemne de Translationesancti Nicolai ex fundatione reverendissimi in Ghristo patris ac domini Nicolai de Briroy, Gonstantiensis episcopi, ad utrasque vesperas, matutinam et missam, continue, prae manibus, et non moveatur a die nona maii, nisi festum Ascensionis domini impediat, quia tune celebrabitur in crastinum. Gantabitur Libéra me, Domine^ et de Profundis^ cum orationibus solitis per canonicum, tum officium exercenlem super sepulcrum ejus in choro ecclesiae, et iterum distribuatur summa 36 librarum super communia capienda ».
Il y eut encore en son diocèse plusieurs personnes de science, de mérite et de distinction, outre celles dont nous avons parlé et entre lesquelles nous ne devons
pas oublier le père François Feuardent, cordelier. Il était de la paroisse de Grouville \ d'une famille noble, laquelle subsiste encore en plusieurs branches. Il faudrait être étranger dans la république des lettres pour ne le pas connaître. Ses savantes notes sur saint Trenée qu'il fit imprimer^ ses commentaires sur les épîtres de saint Pierre, saint Jacques, saint Jude et saint Paul à Philémon, sur Job, Ruth, Esther et Jonas, et autres ouvrages que nous avons de lui, seront à jamais des témoignages de sa grande érudition et de la connaissance qu'il avait des langues et de la théologie et feront honneur au diocèse.
Il avait une aversion extrême des novateurs ^ Il s'attacha fortement à les combattre par la langue et par les écrits. Je ne citerai que celui qui a pour titre : Entremangeries et guerres minisirales^^ qu'il dédia à son évèque M. de Briroy et qu'il composa particulièrement contre un ministre de Carentan, nommé Brouaut*. i
On remarque encore entre les savants de ce diocèse un nommé M. Pierre de Venues, prêtre de la paroisse
1 Ile de Jersey.
- Feu-Ardent ne fut pas seulement un adversaire résolu des protestants. Il embrassa avec ardeur le parti de la Ligue et se distingua par la violence de ses prédications contre Henri III et Henri IV. Il mourut le le' janvier 1610.
3 Voici, d'après Frère [Manuel du bibl. norm.)^ le titre exact de cet ouvrage : Entremangeries et guerres mimstrales, c'est-à-dire contradictions, ivjures^ condamnations et exécrations mutuelles des ministres et prédicans de ce siècle, par le frère Feu-Ardent ; Caen, par Tite-Haran, 1601, pet. in-8. — Une édition plus complète a été publiée à Paris, 1604.
* Jean Brouaut, s«" de Sainte-Barbe, médecin et ministre protestant, né à Carentan.
de Saint-Denis-le-Vestu\ professeur en philosophie et en mathématiques au collège de Lisieux à Paris, et excellent prédicateur, lequel par son mérite devint théologal de Vannes et curé de Hennebont', et encore un autre nommé Nicolas Gosselin^ de la paroisse du Pont-Farcy\ si excellent en mathématiques, qu'il fut un des savants choisis par le pape Grégoire XIII pour la réformalion du calendrier et que Henri IV le fit garde de la bibliothèque du collège de Glermont, pendant l'éloignement des Jésuites. Il mourut peu de temps après, âgé de quatre-vingts ans.
* Arr. de Coutances.
2 Pierre de Venues, prêtre du diocèse de Coutances et bachelier en théologie de la Faculté de Paris, pourvu par l'évêque de Vannes de la paroisse d'Hennebont (Saint-Gilles), le 29 décembre 1608, accepté par l'abbesse de la Joie le 9 janvier suivant, prit possession le 11 janvier 1609. Nommé chanoine théologal par l'évêque le 29 avril 1609, il tut installé le 1er lyiai. En 1613, le 19 octobre, il résigna sa paroisse entre les mains du pape en faveur de Pierre Morice, du diocèse de Coutances, pour devenir recteur de Baden (près Vannes). 11 prit possession de cette paroisse, le 24 décembre 1613. Il fut en même temps vicaire perpétuel de Saint-Pierre de Vannes, du 4 juin 1613 au mois de mai 1615. 11 mourut au mois de janvieV 1616, et fut inhumé dans l'église cathédrale. (A'o^e communiquée par Vévêché de Vannes.)
3 Bayle fait mention, dans son Dict. liist. et critique, t. Il, p. 570, édit, .!ii 1730, d'un mathématicien du nom de Jean Gosselin. « Il était, dit-il, de Vire et fut gai'de de la Bibliothèque du Roi. 11 composa entre autres ouvrages une Table de la réformation de l'an, et une Version française du calendrier grégorien. » Il semble être le même personnage que le Nicolas Gossehn de Toustain de Billy.
* Dépt. du Calvados, arr. de Vire et sur la rivière de ce nom.