DE LÉONOR DE MATIGNON
La famille de ce prélat est très noble, et très ancienne, honorée des plus belles alliances du monde, et, au reste, si universellement connue de tous, qu'il serait inutile d'en écrire la généalogie. On me permettra seulement de dire ici ce que j'ai extrait^ d'un manuscrit conservé en l'abbaye de Saint-Aubin-des- Bois en Bretagne par lequel nous apprenons qu'elle est aussi ancienne que l'établissement de la royauté en cette province.
Nous en apprenons, dis-je, que sur la fin du iv^ siècle, l'empereur Maxime, établissant Conan Meriadec, roi de Bretagne, lui donna pour l'aider au gouvernement quarante-trois seigneurs ou chefs à qui on donna le nom de bannerets ; que ces bannerets furent divisés en trois bandes et que chacun de ces trois audessus de ce nombre de quarante fut établi chef de chaque bande ; que ces chefs de bande étaient distin-
^ Ms. P et M : ici que fai autant...
gués par un nom particulier et nommés Matiberns, c'est-à-dire hauts seigneurs ; que chaque banneret avait sous sa conduite cent chevaliers et conséquemment chaque Matibern commandait à treize ' cents chevaliers et enfin que le premier de ces trois Matiberns ou [chefs] des bannerets, avait nom Matignon, Matinio.
Ce manuscrit, dont j'ai tiré ce que j'ai dit, a pour titre : Hic est liber, sive memoriale antiqiiitatum britannicariim et fimdationis abbatiœ Sancti-Albini Cosconum in hac patria.
Il fut traduit en rimes françaises en 1280, en faveur de Jeanne de Bretagne, épouse de Bertrand Goyon, sieur de Matignon, ainsi qu'il paraît par ces vers :
Et ^ est ce beau livre en latin Que moi prior ^ de Saint-Aubin Jadis de la fondation Des aiels * du sire Goyon, Frater Guillelmus dit l'Amant Ai translaté par le commant De dame Jeanne de Bretagne, De Bertrand Goyon la compagne.
Et fut mil ^ deux cent quatre vingt Que de translater ce m'avint.
Tous les autres faits que je viens d'alléguer sont en
* Les mss. portent: à treize ou quinze centf! chevaliers, ce qui sans doute est le fait du copiste qui, trouvant ce nombre écrit en chiffres dans roriginal, a hésité à voir un 3 ou un 5.
« Ms. M : // est...
3 Ms. M : prieur.
* Ms, P : des ailes.
= Ms. P : Et mil.
propres termes contenus en ce manuscrit, il n'est pas de notre sujet de les rapporter ici. J'ajouterai seulement que ces seigneurs ne portaient point d'autre nom que celui de leur premier Matibern, Matinio, et le donnèrent à cette ville qu'ils firent bâtir, que nous appelons encore aujourd'hui Matignon \ jusqu'à un seigneur qui s'appelait Goyon ou Gouyon, sire de Matignon, lequel vivait du temps du duc Alain, surnommé Barbe torte, lequel fut si distingué dans sa famille :
Que les succedans ^ et natifs De ce illustre personnage N'ont pris en leur race et lignage D'empuis autre nom que Goyon ' Qui est très noble et d'achoison.
Guy, aïeul du maréchal de Matignon, quitta tout à fait ce surnom de Goyon. Jacques, troisième du nom, seigneur de Matignon, à présent vivant et chef de la famille, l'a repris.
Jacques de Matignon, maréchal de France, eut plusieurs enfants de Françoise de Daillon, fille du comte du Lude, entre autres Charles de Matignon. Ce seigneur épousa Léonore d'Orléans, fille de Léonor, duc de Longueville, et de la princesse Marie de Bourbon^ fille de François, comte de Saint-Paul, et d'Adrienne d'Estouteville.De cette noble alliance sortirent plusieurs
i Côtes-du-Nord, arr. de Dinan.
* Ms. M : descendant.
3 Ms. M : Depuis. . . Ms. P : que de Goyon.
enfants, entre autres Léonor, notre évêque, et François*, qui a continué la postérité.
Léonor naquit le dernier mai 1604 au château de Torigny. Il fut destiné à l'église. A Fâge de quatorze ans, il fut nommé abbé commandataire de l'abbaye de Torigny, et, quatre ans après, de celle de Lessay. Pierre de Lancise, chanoine et officiai de Coutances, reçut les bulles de Rome, et, le 24' janvier 1624, en mit en possession M" Raoul Le Pileur, théologal de Coutances , son procureur. Thomas Salet en fut nommé grand vicaire par " ce jeune seigneur, le 15' mai 1624, àj^aris.
Trois mois après la mort de Nicolas Bourgoing, c'est-à-dire au mois de juillet 1625, Léonor de Matignon, qu'on nommait alors le baron de Saint-Lo, fut nommé pour être un des successeurs de saint Lo en notre évêché, étant seulement âgé de vingt et un ans et quelques jours. Il jouit par économat du revenu de cette église, en payant toujours la pension de 2.000 livres créée sur cet évêché en faveur de son cousin le comte de Canisy.
11 continua ses études et, méprisant les grands biens de sa maison qui lui étaient échus par la mort de ses frères aînés ^ en faveur de François son frère, il fut à Rome en 1629 à dessein de s'y perfectionner en la con-
Frarçois de Matignon qui succéda, comme on le verra plus loin, aux biens et dignités de son père, mourut le 19 janvier 1675.
2 Ms. M : Pour.
s Henri, qui mourut à l'âge de 12 ans, et Jacques, comte de Thorigny, qui fut tué en duel par le comte de Montmorencv-Bouteville, le 25 mars
naissance de notre religion et des devoirs du sacerdoce et de Fépiscopat aux pieds du pape Urbain VIII, pontife dont le mérite était si éminent qu'on disait qu'il était né pape : a Vir tantis ornatus virtutibus, ut (( natus pontifex, non factus, videretur ».
Le premier acte public où je le trouve après son retour de Rome, c'est en l'assemblée des évêques qui étaient à Paris au commencement de l'an 1631, au sujet de deux livres apportés d'Angleterre, dont l'un avait pour titre : Modesta et brevis discussio alignarum assertionum doctoris KeUisoni in tractatu de Ecclesiasiica Hierarchia, et l'autre : Apologia [pro modo procedendi sanctœ sedis apostolicœ in\ regendis Angliœ Catholicis, tempore persecutionis \ Ces livres furent censurés, et dans la lettre circulaire qui en fut écrite aux prélats de France, nous y trouvons Léonor, nommé à l'évêché de Goutances, souscrit avec trentecinq autres archevêques et évêques.
Il reçut quelque temps après ses bulles et fut enfin sacré, au mois d'août 1633 % en la ville d'Alençon. dans l'église Notre-Dame, par M' François Péricard, évêque d'Avranches, assisté de W Guillaume Péricard, son frère, évêque d'Evreux ^ et de leur neveu Henri Boivin, évêque de Tarse, coadjuteur et futur évêque
' V. Mémoires du Clergé de Fronce jX. II, i^^ partie, p. 106.
- Le Gallia christiana^ t. XI, 905. place ce sacre au 9 octobre 1633.
3 Toustain de Billy a commis une confusion d'ailleurs facile entre les évêques du nom de Péricard, dont deux ont siégé à Avranches et deux à Evreux. François a bien été évêque d'Avranches de 1588 à 1639, après son frère Georges; mais Guillaume, frère des deux précédents, et évêque d'Evreux, était mort en 1613, 11 avait eu pour successeur son neveu François, qui mourut en le.'iG.
d'Avranches *; sur quoi MM. de Saint-Marthe ont remarqué que le fameux Pierre Le Camus, évêque de Bellay, honora cette grande solennité d'un sermon très éloquent \
Le 15* décembre suivant, au dit an 1633, il vint à Coutances et prit possession en personne de son évêché. Il fut reçu de tous les ordres de la ville avec un applaudissement universel, ainsi que nous l'apprenons d'un livre que fit imprimer à Coutances sur ce sujet, en 1634, un nommé Nicolas Hubin \ sieur du Bosbie, lequel est intitulé : La Réjouissance pud ligue sur T entrée de monseigneur V illustrissime et reverendissime messire Léonor de Matignon, évêque de Coutances, dans lequel il explique les trois conditions nécessaires pour faire un bon évêque, savoir la puissance, la science et la bonté, toutes lesquelles se rencontraient éminemment en ce prélat, la première par sa puissante naissance, la seconde par ses travaux et la dernière par la grâce. Il remarque au sujet de la seconde ce que nous venons de dire, qu'il avait été à Rome pour s'y perfectionner aux belles connaissances et aux affaires ecclésiastiques, auquel lieu il avait reçu toutes sortes de caresses et marques de bienveillance du Saint-Père et du sacré collège.
Mais, auparavant de parler de son administration, il
^ Voy. la note de la page 225.
5 Gallia christiana, t. 71, 905 : « In ciijus sacro Petrus Bellicensis episcopus eleganti sermone peroravit. »
3 Frère {Manuel du Bibhogr. norm.) cite un autre ouvrage de Nicolas Hubin, curé de Saint-Gilles, mais ne dit rien de celui-ci.
est bon que nous remarquions quelques particularités que voici : la première est que le chapitre de Coutances ayant reçu la requête du sous-prieur et religieux du prieuré de Saint-Lo de Rouen par laquelle ils avaient exposé « que de tout temps immémorial, eux, leur prieuré et leur paroisse de Saint-Lo et Saint-Jean-sur- Renelle avec leurs dépendances en la ville de Rouen, étaient dépendants au spirituel de l'évêché de Coutances, ainsi comme il apparaissait par leurs lettres et titres, fondations et autres chartes anciennes de leurs archives, par la longue et continuelle résidence que les évêques de Coutances y avaient faite et par la possession en laquelle ils en avaient toujours été, comme il se voyait encore de présent en leur maison épiscopale bâtie par eux, ainsi que par leurs armoiries qui étaient tant aux vitres du chœur qu'à la nef de l'église et ailleurs, et anciennes sépultures desdits évêques ; sur quoi le dit chapitre ayant en 1629 député à ce sujet M^ Jean Corbet, bachelier en théologie, chanoine de Coutances, et l'un des vicaires généraux pendant la vacance du siège, et ce grand vicaire leur ayant indiqué quelque jour pour faire ladite visite de leur prieuré, qui était le 20" janvier de ladite année 1629, il s'y transporta, et ayant pris pour greffier M. François Le Bas, avocat au siège présidial de Coutances, et receveur des aides de cette ville pour l'absence de l'ordinaire, et revêtu de surplis, étole, aumusse et bonnet carré, il entra dans l'église et dressant procès-verbal de la visite, il dit qu'il avait entendu la messe con-
« veuluelle, visité le sanctuaire \ fait l'ostension du u saint sacrement, qu'il avait trouvé dans une petite u tasse d'argent, mise et enclose dans une petite cus- (( tode de cuivre, vieille, rompue et malhonnête; avait a ensuite visité les lieux où étaient les saintes reli- (( ques, qu'il avait trouvées dans des châsses vieilles « et rompues, savoir deux chefs, l'un de &aint Lo et « l'autre de saint Romphaire, avec plusieurs ossea ments desdits saints, ainsi que de saint Fromond, « le cornet de saint Edmond, roi d'Angleterre, et la (( ceinture de sainte Anne ; était entré de là dans la « sacristie, avait vu les livres et les ornemens en petit » nombre, spécialement de rouges; avait fait la visite (( de toute l'église, avait remarqué qu'en divers en- « droits les vitres étaient rompues; avait fait par après « sonner la cloche du chapitre, où étant entré et pris la c( première place, il avait fait un discours sommaire sur (( la règle de ces chanoines réguliers et leurs devoirs 'i en général, les avait fait tous appeler les uns après « les autres par nom et surnom, donné règlement (( et fait enfin toutes autres choses appartenantes à (( supérieur qui a droit de visite, sans aucune oppo- '< sition ni contradiction, dont il avait dressé son pro- « cès-verbal dont voici un article : « Enquis s'ils ne « reconnaissent pas le seigneur évêque de Coutances u pour leur naturel et ordinaire supérieur pour le (( spirituel et s'ils ne promettent pas d'en prendre a collation des bénéfices^ démissoires et autres pou-
• Ms. M : le sacraire.
« voirs selon le temps, ont répondu qu'ils ont défense « à eux faite de prendre les choses susdites ailleurs à (( peine de nullité et autres peines au cas apparte- « nantes. »
M. Corbet, ayant été occupé presque toute la journée à la visite du prieuré de Rouen, avait remis celles des paroisses ^ à un autre temps ; elle fut négligée, ce que remarquant les grands vicaires de Rouen, ils voulurent se servir de l'occasion et faire cette visite. Les religieux s'y opposèrent, appelèrent comme d'abus et en donnèrent avis à M. de Matignon, sitôt qu'il eut pris possession de son évêché. Ce prélat aussitôt présenta sa requête au parlement et exposa « le droit des « évêques de Goutances sur ce prieuré de Rouen et « les paroisses y annexées, tendant à ce que vu les « pièces et titres attachés à cette requête et autres (( qu'il était prêt à produire, il fût maintenu lui et « ses successeurs es droits de ses prédécesseurs, reçu « partie dans l'instance d'appel comme d'abus inter- « jeté par les religieux de cedit prieuré et cependant (( fût fait défense audit archevêque et à ses officiers (( d'y faire aucune visite. » Sur quoi la cour, par son arrêt du 20" décembre 1633, faisant droit et lui accordant les fins de sa requête, ordonna qu'elle serait communiquée à partie, ce qui fut fait trois jours après, et ils y acquiescèrent.
C'est ce qui nous paraît par un acte authentique exercé en la ville de Saint-Lo le 4* jour de mai 1634,
1 De Saint-Lo, église distincte de celle du prieuré, et de Saint-Jeansur-Renelle.
par lequel Léonor de Matignon, notre évêque, connaissant le mérite et la capacité de noble homme M° Pierre de Boisyvon, seigneur du lieu^ conseiller clerc au parlement de Rouen \ le créa son grand vicaire et officiai audit Saint-Lo de Rouen et paroisses adjacentes et territoires » pour y gérer, » porte Tacte, « juger, condamner, absoudre et faire toutes autres « fonctions qui à vicaires généraux et officiaux appar- (( tiennent, et ainsi que lui constituant aurait pu faire. » Nous avons les lettres patentes du roi sur ce sujet, par lesquelles Sa Majesté ratifia le choix de M. de Boisyvon et lui accorda le même pouvoir qui lui avait été donné par notre évêque ; nous les omettons.
Nous citerons ici deux actes très authentiques qui regardent notre église et dont le premier est un témoignage du zèle du chapitre pour cette même église et du respect qu'ils avaient pour la mémoire du cinquième de leurs évêques, le bienheureux saint Lo.
Ils surent qu'une partie au moins des reliques de ce saint prélat reposait en la ville d'Angers dans une cathédrale qui est consacrée à sa mémoire et qui en porte le nom. S'étant donc assemblés en chapitre, ils députèrent vers le chapitre de Saint-Lo d'Angers deux personnes de mérite, MM. Campion, chanoine, et Louaintier, curé de Saint-Nicolas de Goutances, pour en obtenir quelques portions et en enrichir son église. Voici mot pour mot ce qui se passa en cette célèbre action :
i II a rempli cette charge de juillet 1621 à juillet 1651, date de sa mort.
« Le lundi, 9' jour d'août, l'an 1632, MM. les doyen, « chanoines et chapitre de l'église royale et collégiale (( de Saint-Lo-lez-Angers, les personnes vénérables (( et discrètes, MM'^* François Thiom \ doyen, Urbain (( Carré, chantre ; Etienne Le Royer, Jean Davy, Nicolas « Paroisse et René Pouvert, soussignés, assemblés en (( leur chapitre ordinaire pour délibérer de leurs « affaires, ledit sieur doyen a présenté à mesdits u sieurs une lettre de la part de MM. les vénérables (( chanoines et chapitre de l'église cathédrale Notre- « Dame de Goutances, à lui présentée samedi dernier (( par noble et discrète personne messire Jean de Cam- (( pion, prêtre, curé de Néhou, prieur commendataire « de SaintJean-de-Montrond, et chanoine prébende en « ladite église, député dudit chapitre, quant à l'effet u ci-après; lequel serait entré en chapitre accompa- (( gué de vénérable et discrète personne messire Thomas « Louaintier, aussi prêtre, curé de l'église Saint-Nico- (( las de ladite ville de Goutances, lequel sieur de Gam- « pion a persisté aux fins de ladite lettre par laquelle « lesdits sieurs de Goutances prient MM. de ce cha- (( pitre de leur faire part de quelques reliques de (( M. saint Lo, jadis évêque de Goutances, qui reposent (y en cette église. Sur quoi, mesdits sieurs délibérants, (( vu la prière et dévotion que mesdits sieurs de Gou- « tances ont à leur saint patron, ont été d'avis et « promis d'accomplir leur prière et, pour ce faire, (( ont chargé M. le chantre fabriqueur de faire trouver
* François Thyon, d'après le Gallia christiana, XIV, 544, qui le signale en Tannée 1624.
un orfèvre à deux heures après-midi de ce jour pour descendre et ouvrir ladite châsse qui est sur le grand autel de ladite église dans laquelle sont lesdites reliques; et sur lesdites deux heures aprèsmidi dudit jour, mesdits sieurs se sont derechef assemblés et ont fait descendre ladite châsse et transporter en leur chapitre, et en leur présence et desdits sieurs de Campion et Louaintier et de plusieurs habitués de cette église, aurait été fiait ouverture de ladite châsse par honorable homme René Boyvin, maître orfèvre en cette ville, et dans icelle ont été trouvés deux grands paquets d'ossements enveloppés de linge blanc et couverts de deux peaux de cuir blanc au-dessus, lesquels paquets ont été tirés de ladite châsse et sous chacun d'iceux a été trouvée une lame de plomb pliée sur l'une desquelles étaient gravés ces mots : Lauthoni^ Romphariiy Coronarii^ dans laquelle lame de plomb ont été trouvés deux morceaux de parchemin enveloppés dans un morceau de linge, en l'un desquels est contenu ce qui suit : Tempore Fulconis Andegavorum comitis et domini Huberti episcopi \ reseratae sunt pariter hae duae capsae a domino Primoldo abbate Sancti-Albini % praesentibus suis quibusdam monachis, et jussu ipsius comitis inventée intus reliquiae multo tutius sunt
1 Foulques Nerra, comte d'Anjou, de 987 à 1040. — Hubert de Vendôme, évêque d'Angers, de 1010 à lon.
2 (( Primoldus, alias Primasius, abbas renuntiatus est anno 1027; e Chronico S. Albini. Is est qui reliquias invenit S. Lanthonis, in capsa depositas; e chart. S. Laudi, inter Baluzii schedas.... Obiit, ex abbatiae nécrologie v non. Julii, ut videtur, 1036. » Gallia christianaj XlV, 607.
u repositae in locum noviter ab eodem comité instruc- (( tum iû honorera ipsorum sanctorum cum decenti u totius monasterii devotione; sedet scripta in singu- « lis capsis inventa taliter notificabant sanctorum « nomina » ; et une ligne au-dessous est écrit : cv Hic (( sunt corpora sanctorum Marculphi et Gariulphi de « pago GoQstantino », et plus bas : « Factum decimo « calendas octobris »; et icelui paquet qui était en la (( partie de derrière de ladite châsse ayant été déve- (( loppé par le même sieur doyen avec les cérémonies <( comme dessus, s'y sont trouvés plusieurs autres « reliques et ossements desquels en ont été tirés deux, (( savoir : l'os de l'épaule et une parcelle d'un os de (( hanche, lesquels avec les trois ci-dessus ont été « mis et enveloppés en un linge blanc pour être liés « et scellés du sceau de M. le doyen et être délivrés (( aux mains dudit de Gampion pour les transporter en (( ladite église de Goutances et là être révérés. Et, en « outre, en ladite châsse a été trouvé un autre mor- « ceau de parchemin où est écrit ce qui ensuit : « Reli- « quiae hujusmodi visitatae. per nos Joannem de la « Vignole, domini nostri régis in parlamenti curia « Parisiensi consiliarium Andegavensem et ejus eccle- (( siae Sancti-Laudi decanum, Guillelmum Glerembaut, u cantorem Andegavensem, praedictae ecclesiae cano- (( nicum \ Joannem de la Feaute etiam régis consi- (( liarium ac in prsefata parlamenti curia inquaestarum
' Le texte du ms. P donne seulement : .... conciliarium Andegavensem et ejus ecclesise prœfatse canonicum; il supprime ainsi la mention de Glerembaut.
a praesideiitem, Joaiinem Josian, Joaanem Pouquet, M Henricum Castié, Joauuem Brelé et Hardorinum a Brehier ', hujus prsefatae ecclesiae canouicos, et fue- « runt repositae in hujusmodi capsa de novo reparata « et in eadem capsa fuerunt loculis plumbeis repositae a et conditae die 2r mensis decembris 1474. » Ce (( fait, lesdites reliques restées ont été renfermées dans (( le reliquaire où est la vraie croix et le chef dudit « saint Lo et autres, attendu que mesdits sieurs veulent « faire réparer les fractures qu'il a fallu faire à l'ou- « verture de ladite châsse, et en témoignage de tout a ce que dessus, le présent procès-verbal a été fait et « signé de mesdits notaires capitulaires par leur com- (( mandement, et scellé des sceaux du chapitre et de (( M. le doyen pour être délivré audit sieur de Gam- « pion, député dudit chapitre de Coutances, pour plus « ample témoignage de la vérité desdites reliques ^ « Fait au chapitre dudit Saint-Lo les jour et an que « dessus. Signé : Thiom, Le Royer, Davy, Paroisse, (( René Pouvert. Par le commandement de mesdits « sieurs du chapitre dudit Saint-Lo, signé : Viguet », avec deux sceaux de cire rou2:e.
M. Gampion tarda peu à Angers après son expédition, et étant de retour à Goutances, il rendit compte
' Le ms. M dispose et orthographie différemment ces noms : Johannem
Delafaute Johannem Brelay et Matdorinuru Briihier hujus prxfatse
ecclesjx canonicos et Johannem Josian, Johannem Pouquet, Henricum Casiie et fuerunt repositœ
« Ms. M : et scellé des sceaux dudit chapitre de Coutances pour plus ample témoignage de la vérité desdites reliques ont été scellées du M. le doyen pour être délivrées audit sieur de Campion, député du chapitre.
au chapitre de sa négociation, suivant l'acte dont voici
copie :
« L'an 1632, le 18' jour d'août, devant M. Merlet, président, [en] présence de MM. deBriroy, Le Pestour, desisles, de Paulmier, Le Pileur, Gorbet, Gampion, Mortaing, prêtres, Mangon, Gourcy et de La Luzerne, chanoines, le sieur de Gampion a présenté au chapitre certain acte en parchemin en forme de procèsverbal daté de lundi 9' du présent mois, duement signé [et] scellé, contenant comme ledit jour les sieurs doyen, chanoines et chapitre de l'église royale et collégiale de Saint-Lo d'Angers avaient fait ouverture d'une châsse qui est sur le grand autel de leur église et trouvé dans icelle • deux paquets d'ossements des corps de saint Lo, de saint Romphaire, saint Goronaire, saint Marculph et saint Gariulph, aux fins d'en départir quelque portion à cette église, suivant la prière qui leur en avait été faite par la teneur des lettres missives que le chapitre leur avait adressées à cette fin; a aussi présenté un paquet enveloppé de papier, clos et cacheté de chacun côté d'un cachet de cire rouge, dans lequel il a dit être quelques morceaux desdits ossements qui ont été pris de ceux ci-dessus et lui ont été baillés et délivrés par lesdits sieurs du chapitre d'Angers pour apporter céans. Sur quoi, après que lecture a été faite dudit procès-verbal et des lettres missives dudit sieur Le Royer, chanoine et procureur dudit chapitre, ledit paquet a été porté et mis dans le reliquaire en attendant qu'il sera fait des chasses pour mettre les-
« dits ossemeuls à rornemeiit et décoration du grand « autel, pour être ouvert le jour et fête Saint-Lo pro- (( chain venant, et ordonne que ledit procès-verbal (( sera transcrit au présent registre. Fait comme des- « sus. Signé : Authouard, greffier. »
Nous avons extrait des registres du secrétariat de l'évêché de cette ville un acte de cette même année 1632, qui est au nombre de§ démissoires accordés et des ordinations que j'ai cru ne devoir pas omettre ici. M. de Matignon n'était jusqu'alors que sous-diacre; il avait obtenu dispense pour être fait diacre et prêtre extra tempora, et, par cet acte, il prend un démissoire pour être promu à ces ordres par tel prélat qu'il lui plaira choisir, a Die 10' mensis februarii 1632, illustrissimo acreverendissimo domino de Matignon, subdiacono, inviclissimi Francorum régis consiliario, electoGonstantiensi episcopo, sanctissimaeque Trinitatis abbatiae seu monasterii de Exaqueio ejusdem diœcesis abbati perpetuo commendatorio, salutem in Domino. Ut a quocumque domino antistite catholicse vitae, canonicèque promoto et a sui officii exercitio ^ non suspenso, gratiam et communionem sanctae Sedis apostolicae obtinenti, ad sacros diaconatus et prèsbyteratus ordines, temporibus jure permissis, extra tempora jure statuta, dominicis seu aliis de praecepto ecclesiae festivis diebus continuis vel interpellatis, anni curriculo non expectato, minusque servatis
1 Les mss. portent : a sui officii officio immo exercitio.... Le scribe avait écrit officio par erreur; au lieu de biffer le mot. il l'a laissé, mais s'est corrigé en ajoutant immo exercitio, ou plutôt l'exercice.
« ad id a concilio Tridentino designatis iuterstitiis, « mediante liceniia, tibi domino Leonorio de Mati- (( gnon in romana curia apud Sanctum-Petrum, die ca- « lendas martii anno millesimosexcentesimovicesimo (( octavo, concessa, ut latius ineadem continetur, pos- (( sis et valeas te facere promoveri; eidem domino « antistiti catholico quem ad hoc adiré malueris, con- <( ferendi tibique domino Leonorio ab eo recipiendi (( hujusmodi sacros diaconatus et presbyteratus ordi- ({ nés licentiam impertimur atque in Domino conce- « dimus facultatem. »
La première ordination que fit notre évêque après son sacre et sa prise de possession personnelle, est marquée dans les registres du secrétariat la même année 1633, aux quatre-temps de décembre sous ce titre : « Ordinati in minoribus et sacris ordinibus per « illustrissimumac reverendissimum dominum Leono- « rium de Matignon, episcopum Gonstantiensem in « ecclesia cathedrali Gonstantiensi diebus Veneris et « Sabbati [1 6" et] 1 7^ decembris, anno 1 633 . )> Ce même registre remarque encore en ces termes, sur cette même année, que le lundi 26° jour de décembre 1633, (( illustrissime et reverendissime père en Dieu, messire a Léonor de Matignon, par grâce divine et du saint « siège apostolique évêque de Goutances, a conféré le « sacrement de confirmation à grand nombre de peuple « en l'église cathédrale dudit lieu. »
Il arriva par après, je veux dire quelque temps après, une nouvelle occasion à notre prélat de faire paraître son zèle et son affection pour son épouse, sur quelque
difTérendparticulierqu'eurenldeux religieux du prieuré de Saint-Lo de Rouen, l'un nommé Thomas Avice, curé de la paroisse de Saint-Lo, et l'autre Nicolas Gaumont. Ce dernier traduisit Avice devant l'official de Rouen, de quoi ayant porté sa plainte au parlement, la cour, par son arrêt du 24^ mai 1636, fit défense audit Gaumont et à tous les autres de faire aucune poursuite sur ladite action devant ledit officiai, jusqu'à ce que par la cour en eût été autrement ordonné. Nous trouvons en outre que l'official de Rouen ayant, nonobstant ce que nous venons de dire, déclaré suspens a divinis ce même Avice, il en porta sa plainte au parlement et en appela comme d'abus. La cour enjoignit au grand vicaire de l'archevêque de Rouen de donner l'absolution ad cautelam audit Avice avant midi, et, à faute de ce faire, ordonna qu'il sera absous par messire Georges duFay\' conseiller ecclésiastique, sans préjudice du droit de juridiction. Ce fut le 27" octobre 1638.
Ce droit de juridiction fut si public et si reconnu à la cour et par tout Rouen que M. le procureur général^ et M. de Golleville, son fils, voulant faire dire la messe et avoir une chapelle en leur maison, ne s'adressèrent pas à d'autres pour cela qu'au seigneur évêque de Coutances^ ainsi qu'il paraît par l'acte dont voici copie : « Nous, Léonor de Matignon, évêque de Cou-
1 Georges du Fay, sieur de la Haye-au-Vidame, prieur du Plessis- Grimoult, fut conseiller clerc au parlement'de Normandie de 1625 à 1651.
2 Georges Sallet, sieur de Quilly, qui exerça les fonctions de procureur général au parlement de Normandie de 1632 à 1641. Il eut deux fils : Alexandre Sallet, sieur de Golleville, et Georges Sallet, qui fut abbé d'Ardenne, au diocèse deBayeux.
« tances, avons continué à M. de Golleville la permis- (( sion que nous avions ci-devant donnée à feu M. le « procureur général son père de faire dire et célébrer « la messe dans la chapelle ou oratoire qui est dans sa (( maison à Rouen, sous notre dépendance. En témoin (( de quoi, nous avons signé la présente de notre (( main et fait contresigner par notre secrétaire. En (( notre palais de Saint-Lo, le 20^ octobre 1643. Ainsi « signé : Léonor de Matignon, évêque deCoulances. » Et plus bas : a Par mondit seigneur : de Portel. »
Le surplus du diocèse était cependant dans une grande tranquillité, sous la conduite et le bon ordre de Léonor de Matignon; et comme ce seigneur n'ignorait pas que la conservation de ce bon ordre consiste dans la connaissance des règles de son devoir et dans l'observation de ces règles, il s'appliqua particulièrement aux devoirs d'un bon évêque.
Ces statuts qui ont été renouvelés de nos jours par monseigneur deBrienne, notre très illustre prélat, sont l'ouvrage du seigneur de Matignon. Je ne prétends pas en faire l'éloge; ils sont entre les mains de tout le monde. Chacun en peut juger selon son affection et son goût; mais j'estime qu'on ne pouvait les faire avec plus de justesse et de discernement.
Il se trouvait peu ou point d'exemplaires des anciens statuts du diocèse. Du peu qu'il en restait, il y en avait qui ne pourvoyaient pas aux nécessités présentes qu'on n'avait pu prévoir; il y en avait aussi dont le siècle ne permettait plus l'usage; et ainsi Léonor de Matignon, ayant égard aux mémoires
recueillis par les archidiacres dans le cours de leurs visites et aux avis de plusieurs bénéficiers zélés pour la gloire de Dieu et la discipline de l'Eglise, au synode pascal tenu le 21" avril de l'an 1637, et de son pontificat le quatrième, il publia ces beaux statuts avec les termes et les raisons les plus pressantes qu'il fut possible pour engager les ecclésiastiques de son diocèse à les observer, quoique, à vrai dire, la justice en soit telle qu'on ne peut s'en dispenser sans renoncer à tous sentiments de religion \
Il y a donc : 1° la résidence actuelle des bénéficiers en leurs bénéfices, doctrine si peu connue aux siècles précédents; 2° la nécessité de l'instruction et par la parole et par l'exemple; 3° l'observation exacte des jours de fête; 4" l'honneur et la décence de la maison de Dieu ; 5° la connaissance et la pratique des sacrements; 6° le culte et le respect que l'on doit avoir pour Dieu; 7° il voulut que tous les premiers dimanches de chaque mois, on lût au prône de la messe paroissiale deux chapitres de ces statuts, de manière que, pendant le cours de l'année, ils fussent tous lus et connus d'un chacun, et ce, à dessein non seulement de faire connaître au peuple ses obligations particulières, mais principalement afin que les paroissiens, apprenant par cette lecture les devoirs de leurs pas-
* D. Bessin, Concilia Rotomagensîs provincix, 2e partie, p. 575 et suiv. : Statuts et Règlements faits par Monseigneur V illustrissime et reverendissime Leonor de Matignon, Evégue de Cousta/ices : au Synode de son Diocèse, tenu le vingt et unième d'Avril MDCXXXVI, renouveliez et augmentez par Monseig?ieur iillustvissime et reverendissime Chûrles-François de Lomiiuie de lirienne, Evêque de Coustances, en son Synode tenu le dix-neuviL".e de Mai MDCLXXVI.
teurs et de leurs autres ecclésiastiques, ils fussent en même temps et les témoins de leur obéissance à ces statuts comme les censeurs publics des manquements qu'ils y apporteraient.
La piété fleurissait de tous côtés sous un si digne prélat. On voyait de toutes parts des personnes de mérite de l'un et de l'autre sexe abandonner avec joie tous les avantages qu'elles pouvaient avoir dans le monde pour suivre Jésus-Christ, fonder des monastères, ou s'y enfermer pour la gloire de Dieu, ainsi qu'il paraît par les couvents des Capucins' et de la Protection* à Valognes, des filles de Sainte-Marie à Carentan, des Pénitents' à Saint-Lo , des Hospitalières* et des Bénédictines^ à Coutances, comme nous l'avons remarqué de ces monastères en leur lieu.
^ « Les Capucins furent établis à Valognes en 1630, parles soins et <>. piété de trois nobles seigneurs, savoir : Adrien Poirier, écuyer, sei- « gneur d'Amfreville; Robert de Franquetot, écuyer, seigneur de Grete- « ville, lieutenant général du bailli de Cotentin, et président au présidial « de Coutances, et Robert Le Fèvre, écuyer, seigneur de la Fèvrerie; ce '< dernier donna le tonds sur lequel ils sont, et les autres contribuèrent « avec zèle au bâtiment. La première pierre fut bénite par M. Corbet, « grand vicaire de Coutances, et placée par le seigneur d'Amfreville, le « dernier jour d'avril 1633. » Voy. Mémoires sur le Cotentin, p. 203.
- Le couvent des Bénédictins de Notre-Dame-de-Protection fut établi d'abord à Cherbourg, en 16:24; il fut transféré à Valognes en 1631. L'église fut consacrée en 1648, par Claude Auvry.
3 Le monastère et l'église des Pénitents du Tiers-Ordre furent établis en 1630 par le sieur du Bois, procureur du roi de la ville de Saint-Lo.
* Marthe de Malherbe, vejive de François de Sarcilly, fonda le monastère des religieuses bénédictines de Coutances, le 14 mai 1633, sous le titre de l'Annonciation de Notre-Dame. La première supérieure fut dame Gabrielle de Sarcilly de Brucourt, religieuse de Vignart (maison-mère).
5 Les religieuses hospitalières furent appelées du couvent royal de Vernon, par acte du 2b mai 1643, ratifié par l'assemblée de la maison de ville de Coutances le 26 août, par le chapitre de hi même ville le 28, approuvé par le roi le 18 juin 1644, et par le parlement de Rouen le 6 juillet 1645. Les religieux de Saint-Augustin , entre les mains desquels
Auparavant, l'épiscopat de Léonor de Matignon, le manoir épiscopal de l'évêché de Coutances était du côté gauche du chœur de la cathédrale. Le temps, le malheur des guerres l'avaient ruiné. Il ne le put souffrir, et ainsi il résolut de le bâtir de neuf, non au lieu où il était, mais en place de l'ancien château de la ville, au côté droit de l'église. Il le Fit d'une manière digne de lui, à la moderne et de la manière que nous le voyons aujourd'hui, à la réserve de quelques aménagements qui y ont été ajoutés par ses successeurs, pour leur commodité et embellissement de la place que je puis dire avec vérité la plus belle du pays, où l'on voit encore de grands restes de cet ancien château, de ses murs et de ses fortifications.
Les Mémoires du Clergé nous apprennent qu'il assista à deux assemblées tenues à Paris pendant son pontificat aux années 1635 et 1645, et nous lisons son nom en divers contrats entre le roi et le clergé, au sujet des décimes, et du même clergé avec les receveurs de ces décimes sur le même sujet. C'est [tout] ce que nous en dirons; mais, comme notre prélat eut part à quelques autres résolutions qui furent prises en ces assemblées, je prie mes lecteurs de vouloir bien souffrir que j'en insère ici quelque chose et que je dise : T qu'il fut décerné que les archevêques avaient droit de faire porter la croix devant eux et de prendre les autres marques de leur dignité dans toute l'étendue de leur province, ainsi qu'en avait usé le feu cardinal
était l'Hôtel-Dieu de Coutances, se trouvant dépossédés, protestèrent; un accord fut consenti entre eux et les religieuses hospitalières.
du Perron, archevêque de Sens, qu'on avait vu souvent assister aux disputes de Sorbonne avec sa croix, et ainsi que M. l'évêque d'Apt n'avait pas lieu de s'opposer à ce que monseigneur l'archevêque d'Aix en usât ainsi au diocèse d'Apt; T on y approuva la Bible polyglotte de M. Le Jay*; 3" on y défendit aux évêques de faire aucunes fonctions épiscopales hors de leur territoire sans la permission de l'évêque diocésain ou de ses grands vicaires en son absence ; 4° on y statua que les pensions ordonnées par le clergé aux ministres convertis ne seraient délivrées que sur l'attestation de vie et de mœurs de leur évêque ; 5° que les mariages des princes du sang de France habiles à succéder à la couronne sont nuls sans le consentement dy roi ^ On y fit encore plusieurs autres règlements dignes de la grandeur des évêques qui les composaient, mais ce qui se passa à l'égard des évêques des villes d'Amiens [et de Léon] n'est pas plus de notre sujet que [ce que] nous venons de dire. Il mérite néanmoins notre curiosité; on en jugera.
Messire François Le Fèvre, évêque d'Amiens^ faisait la visite de son diocèse, et fut prié par les habitants
^ Guy Michel Le Jày ou Le Geay, avocat au parlement de Paris, mort le 10 juillet 1675. Sa Bible polyglotte, en 10 vol, in-fol., fut publiée de 1628 à 16^5, par le libraire Antoine Vitré. V. l'approbation de la Bible polyglotte, Mémoires du Clergé de France^ t. Il, i^^ partie, p. 129-131.
« Cette décision avait été prise sous la pression de Richelieu, qui voulait faire déclarer nul le mariage contracté, malgré la défense du roi, par Gaston d'Orléans avec Marguerite de Lorraine. Le pape Urbain YIII refusa de ratifier la décision de l'assemblée.
3 François Le Fèvre de Caumartin fut nommé évêque d'Amiens en 1617 et mourut le 27 novembre 1652. Il était fils de Louis Le Fèvre de Caumartin, garde des sceaux, et de Marie Miron.
d'une paroisse nommée la Rue de leur faire restituer au moins en partie les reliques de saint Wulphy \ lesquelles pendant les guerres des huguenots, ils avaient mises en dépôt au monastère de Saint-Sauvede-Montreuil. Ce prélat se disposant à exécuter une si juste demande, du consentement des religieux, les habitants de Montreuil s'unirent contre lui, sonnèrent les cloches, entrèrent en armes et comme furieux dans l'église, où était cet évêque en rochet, camail et étole comme venant d'administrer le sacrement de confirmation, le maltraitèrent de paroles et même de corps dedans et dehors l'église et l'auraient apparemment tué sans le commandant d'un régiment qui y était en garnison, lequel y> accourut avec ses soldats et tira le prélat de leurs mains. L'assemblée, ayant appris cette violence, en fit son affaire et obligea les habitants de Montreuil de lui en faire toute la satisfaction qu'il en souhaita. Le clergé de cette ville, accompagné du majeur et des échevins, porta solennellement les reliques de saint Wulphy en un lieu du faubourg préparé pour ce sujet. Les principaux auteurs de la sédition y assistèrent en habits de pénitents, demandèrent publiquement pardon au grand vicaire d'Amiens qui y avait été envoyé, subirent toutes les pénitences et peines temporelles qui leur
' Nos deuxmss. ont défiguré les noms de saint Wulphy et dn saint Sauve. Le ms. P écrit le premier Tolsy et Wulsy, le second Sauvre; le ms. M écrit le premier Tolfy et Wolfy et le second Savare. Voici le texte du Gallia christiana, X, i209-1210 : « ... quum ut civium oppidi « de Rua precibus obsequeretiir, partem reliqniaium corporis sancti « Wlflagii confessoris urbis pationi, quod in monasterio sancti Salvii « depositum erat, ipsis tradere statuisset.... »
furent imposées, rendirent ce qu'on voulut des reliques, fondèrent à perpétuité une messe en l'église d'Amiens au jour et fête de saint Wulphy qui est le 6° juin par 120 livres de rente, et enfin reçurent l'absolution de l'interdit et autres censures qu'ils avaient encourus..
L'autre affaire est telle. René de Rieux, rejeton de cette noble et illustre famille de Bretagne qui a donné tant de héros et de maréchaux de France \ était évêque de Léon" et eut le malheur de n'être pas des amis du cardinal de Richelieu. Ce seigneur était non seulement évêque de Léon, mais encore maître de la chapelle du roi. Il fut accusé d'avoir plaint les malheurs de la reine-mère et de n'avoir pas approuvé l'ingratitude et les violences de ce minisire contre sa souveraine. C'en fut assez pour le perdre. L'ayant su, il se retira en Flandre. On lui fit son procès ; on l'accusa du crime de lèse-majesté ; on lui donna des commissaires ; il fut déposé^ et on nomma Robert Cupif* à sa place.
Mais enfin, ce terrible ministre étant mort, il fut
1 II faudrait ajouter et de Bretagne, car la famille de Rieux n'a donné à la France que deux maréchaux, Jean de Rieux en 1397 et son fils Pierre de Rieux en 1417, qui lors de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons, servit activement la cause du Dauphin, plus tard Charles VII. — René de Rieux était fils de René de Rieux, seigneur de Sourdéac, qui se dévoua à la cause de Henri IV, et de Suzanne de Saint-Melaine.
* Saint-Pol-de-Léon, dép. du Finisterre.
•J René de Rieux fut déposé en 1635.
•* Cupif était archidiacre, officiai et vicaire général deQuimper-Corentin. Il ne se soumit pas à la sentiMice du 6 septembre 1646 et se fit maintenir, par arrêt du conseil, dans la possession de l'évêché de Léon, qu'il ne quitta que lorsque le roi l'eut transféré, en 164S, à celui de Dol.
DU DlOCÈSt DE COLTANCES. 255
permis de se plaindre et de demander justice. René de Rieux s'adressa pour ce sujet aux prélats de l'assemblée de 1G45, entre lesquels était le nôtre. Le clergé en fit son affaire et, s'expliquant par la bouche de Charles de Montchal, archevêque de Toulouse', remontra à la reine Tinjure faite à l'épiscopat en la personne de l'évèque de Léon. Cette princesse écouta la voix des prélats et ordonna à son ambassadeur à Rome de soutenir de son autorité les négociations du sieur doyen de Saint-Géran que le clergé de France y avait envoyé exprès. Ainsi Sa Sainteté ayant par un bref du 23^ décembre 1645 nommé de nouveaux commissaires, ils jugèrent le 6' septembre 1646 que messire René de Rieux avait été mal et injustement condamné, était innocent des crimes à lui imputés, serait renvoyé en son évêché où Cupif avait été mal à propos et contre les règles de justice placé, icelui Cupif condamné aux dépens ".
Quelque part qu'eût eue Léonor de Matignon à la poursuite de cette sentence, la fin ne nous en regarde plus. Il n'était plus notre évêque au temps qu'elle fut donnée. L'évêché de Lisieux, qui est d'un plus grand revenu, ayant vaqué, le roi le lui donna ^ et ainsi le reste
* Charles de Montchal jiit^sidait cette assemblée de 16 'i5. Renommé pour son érudition, qu'attestent ses travaux sur l'historien Eusèbe. il fut d'abord chanoine d'Angoulême, abbé de Saint-Amand, et obtint en 1628 l'archevêché de Toulouse, vacant par la démission du cardinal de la Vallette, dont il avait été le précepteur. Il mourut en 1651.
- V. sur cette affaire, les Mémoires du Clergé de France, t. 1, partie I, p. 42-58.
3 11 fut nommé évêque de Lisieux en août 1648 et mourut le 14 février )680.
de sa vie, qui a été environ de trente-quatre ans, n'est plus de notre sujet.
Il a été seulement notre évêque treize ans. On peut voir, par le peu que nous en avons dit, qu'il a fait en ce diocèse de très grandes choses ; aussi son nom y est-il demeuré en vénération. L'église de Goutances et tout le Cotentin le perdirent avec un sensible regret; sa douceur naturelle et son affabilité lui avaient gagné le cœur de tous les ecclésiastiques et de ses diocésains. Lorsqu'il nous quitta, les armes de la ville de Goutances furent dépendues des places publiques où elles étaient, portées en la maison de ville et couvertes de drap noir en signe de deuil et du chagrin qu'avaient tous les états de perdre un si bon et si sage prélat.
La grandeur de sa naissance lui attirait les respects de tout le monde et sa douceur naturelle lui gagnait les cœurs. J'ai vu quantité d'épigrammes et d'autres vers latins et français faits à sa louange, aussi bien que diverses épîtres dédicatoires. Il n'y en a pas une où ces caractères de grandeur et de bonté naturelle n'aient été remarqués.
Enfin nous finirons le chapitre par les termes du Mercure galant du mois de février 1680 en parlant de la mort de ce prélat qui avait, comme l'on sait, l'honneur d'être de l'ordre du Saint-Esprit : « On a perdu, (( dit-il (dans l'ordre), un Gommandeur des plus an- (( ciens, en la personne de Messire Léonor de Mati- « gnon\ ancien Evesque de Lisieux,mort à Paris âgé
' C'est en 1677 que Léonor de Matignon se démit de l'évêché de Lisieux et des deux abbayes de Lessay et de Torigny en faveur de son neveu
de soixante et seize ans. Il était fils de [Charles] de Matignon et de Henriette (c'est Léonor) d'Orléans et Petit Fils du Maréchal de Matignon et de Marie de Bourbon, tante de Henry le Grand. Son mérite le fit élever fort jeune à l'Episcopat. Il fut Evesque de Goutances d'abord, et l'a été ensuite de Lisieux, où il a toujours soutenu l'honneur de son caractère avec autant de sagesse que de dignité. Mille occasions l'ont fait connoistre aussi généreux Amy qu'il a toujours esté bon Parent. Il s'est dépouillé de tous ses Biens Ecclésiastiques longtemps avant qu'il soit mort en faveur de M. l'Abbé de Matignon, son Neveu, sur lequel il a fait tomber deux Abbayes et l'Evesché de Lisieux, que ce Prélat gouverne aujourd'huy avec tant de gloire. Il avoit cédé son droit d'Aînesse à feu M. de Matignon son Frère, Lieutenant du Roy en Normandie, et asseuré toutes ses Terres à ses Neveux \ »
Léonor II de Matignon, second fils de François de Matignon et d'Anne de Malon de Bercy. Ce prélat fut encore aumônier du roi. Il mourut âgé de 77 ans, le 14 juillet 1714.
1 Le Mercure galant, février 1680, p. 273-275.