NICOLAS BOURGOING
Il y avait à Paris deux familles du nom de Bourgoing : l'une noble, originaire du Nivernais et célèbre au parlement de France par Jean et Guillaume Bourgoing [et par Jacques Bourgoing], conseiller en la cour des aides, père de François, troisième général des pères de l'Oratoire, assez connu par ses Méditations et autres écrits; l'autre originaire de la capitale du royaume, de laquelle était Edmond Bourgoing*^ prieur des Jacobins de Paris, fameux en l'histoire de la Ligue.
C'est de cette dernière qu'était notre Nicolas, docteur de Navarre. Il était fameux prédicateur et renommé controversiste; il devint par son mérite théologal de Saint-Malo. La réputation en laquelle il était donna envie aux catholiques de la ville de Saint-Lo de
» Edmond Bourgoing, convaincu d'avoir publiquement loué Jacques Clément, religieux de sa maison, pour l'assossinat de Henri III, fut écartelé par arrêt du parlement, le 26 janvier 1590.
l'attirer en leur ville et en ce diocèse. Jean Dubois, procureur du roi en ce bailliage de Saint-Lo, personne illustre pour ses bienfaits à l'église et dont nous avons parlé en son lieu, crut ne pouvoir mieux faire pour soulager ce diocèse et l'église en particulier que de lui procurer M. de Bourgoiug, personnage d'une science éminente et d'une éloquence semblable, pour résister aux artifices des hérétiques. Il négocia donc de telle manière auprès de lui que, après l'avoir engagé à permuter sa théologale de Saint-Malo contre celle de Goutances, il obtint dispense pour y joindre la cure de Notre-Dame de Saint-Lo. Il en jouit assez longtemps et le bien qu'il y fit fut tel qu'on ne l'oubliera jamais. Nous l'avons remarqué en plusieurs actes souscrit en qualité de chanoine théologal de Goutances; ainsi en l'acte de 1615, pour les Gapucins de Goutances, de la donation du lieu où ils sont, il est consentant et souscrit avec les autres, et, en J 620, il stipula pour messire Antoine Fayel, aussi docteur en théologie, curé de Saint-Paul à Paris, dans un contrat de fondation d'un obit le 20" janvier audit an ; il y a pour ce sujet 28 livres de rente.
Après donc le refus que fit le comte de Ganisy de notre évêché et que cet évèché se trouva encore surchargé de 2.000 livres de pension, on songea à le remplir d'une personne de mérite et qui, au reste, ne fit point de difficulté sur la solution de ces pensions, et on jugea très sainement que le curé de Saint-Lo serait un sujet très propre. Il avait réputation de la science et était d'un âge à quitter l'évèché lorsqu'il serait néces-
saire, et n'était point en apparence d'une disposition ni d'un naturel à contredire aux volontés des personnes distinguées qui lui procuraient l'honneur de l'épiscopat, ni à se faire des affaires au sujet de la baronnie de Saint-Lo. Ayant donc été nommé par le roi et ses bulles expédiées à Rome suivant la coutume, il fut sacré à Paris dans l'église des Mathurins, le 9' juillet 1623, par François de Harlay, archevêque de Rouen, assisté de Claude du Reul, évêque de Rayonne et de Henri Roivin \ évêque de Tarse, coadjuteur d'Avranches.
Il se rendit aussitôt à son diocèse et, le 27^ du même mois et an, il prit possession de son évêché en personne en la manière accoutumée. Il tint le siège épiscopal trois mois et quelques jours moins de deux ans, étant mort le 19' avril 1625. Quelques-uns ont cru qu'il avait été empoisonné ; il n'y a pas néanmoins d'apparence. Il fut fort regretté de son chapitre et de son peuple. La manière avec laquelle il s'appliquait aux choses de son devoir et les témoignages qu'il donnait de vouloir marcher sur les traces de M. de Rriroy lui gagnèrent l'estime et l'amitié de tout le monde.
Le chapitre de Coutances était rempli de personnes distinguées par leur naissance, capacité, piété et mérites: Jacques deFranquetot, abbé deHambie, chantre
i Henri Boivin, évêque de Tarse, était fils de Romain Boivin, sieur du Vaurouy, et d'Anne Péricard; coadjuteur de son oncle, François Péricard, évêque d'Avranches. il était destiné à lui succéder, mais il mourut avant lui, le 12 février 1636.
et chanoine ; Charles de Parfouru, chanoine de Vire, archidiacre du Bauptois; Adrien deBriroy, archidiacre du Val-de-Vire, et Gilles Cartel, pénitencier, étaient les grands vicaires pendant la vacance du siège. Jean Le Roux, archidiacre du Cotentin, en était le secrétaire et Pierre de Lancise, trésorier officiai. M. Bourgoing, étant devenu évêque, se fit honneur d'avoir des officiers de ce noble caractère; il n'y apporta aucun changement.
Il faisait par lui-même ses fonctions autant qu'il lui était possible ; aussi la plupart des expéditions de son temps sont de lui-même et en son nom, dans lesquelles il est à remarquer que personne n'était pourvu d'aucun bénéfice sans qu'il eût fait auparavant profession par un acte particulier de la foi catholique. Ainsi, dans les provisions d'un nommé Louis Gendrin pour la première portion de Gouvets \ datées du dernier de juillet 1623, qui sont les premières où nous trouvons le nom de notre évêque, il y est fait une mention expresse de la profession de sa foi et autres exemples qui seraient ennuyeux. Par acte du 13^ décembre de cette même année 1623, Jean de Grimouville, chanoine de Coutances, fut par lui établi officiai de Valognes et grand vicaire dans toute l'étendue de cette officialité. Par un autre acte du 16° mai 1624, Gilles Cartel, aussi chanoine, fut étabh vicaire général dans toutes les formes. Le 1" septembre 1624, il pourvut par forme de visa Louis Clerel de la pré-
' Ait. de SahU-Lo,
beude de Besneville ' et de l'archidiaconé de Goutances, à lui résigné en cour de Rome par Michel Clerel, et enfin le dernier acte que j'ai vu de lui est la collation de la chapelle Saint-Eutrope en l'église cathédrale, faite le 7*" avril 1625 à Richard Vallée sur la résignation de Charles Vallée.
La mémoire de Nicolas Bourgoing est demeurée en vénération en son chapitre. Le Livre noir le qualifie de très docte: « Nicolaus Bourgoing, vir doctissimus ». Il a fait plusieurs fondations en son église cathédrale, qui y rendront son nom éternel, entre autres l'office double de Sainte-Geneviève avec une messe des défunts au lendemain et le salut qui se fait le jour de Pâques en cette même cathédrale, après tout l'office fini. Voici les termes de l'obituaire au 4° article du mois de janvier : u Officium duplex et solemne de « sancta virgine Genovefa cum missa defunctis in « crastinum celebranda, ex fundatione reverendis- « simi in Ghristo patris et domini Nicolai Bourgoing « Gonstantiensis episcopi, doctoris theologiae et civis (( Parisiensis, pro quo distribuitur summa quadraginta « librarum, et non moveatur a die décima nona apri- « lis, hora nona matutina, anno Domini 1625. Anima « ejus requiescat in pace ».
Nous lisons de même au 23^ article du moisd'avriP : « Piis operibus ac dono reverendissimi in Ghristo pace tris et domini Nicolai Bourgoing, Gonstantiensis
' Arr. de Valognes.
2 Ms M : Nous lisons de L'année 1626, au 23® article^ etc.
episcopi, doctoris theologiae ac civis Parisiensis, dicitur Salve post totum officium completum sacratissimae Resurrectionis Domini nostri Jesu Ghristi et sequitur; hora sexta dominus cantor et archicori iu choro cappis sericis albi coloris induti, iiitoneut responsorium hœ dies^ deiiide prosequantur alii de choro egredientes; postea cum organo et musica cantabitur Te Deum^ in cujus fine dicetur Benedicamus patrem et filium, etc.^ cum oratione : Concède^ misericors Deus^ fragilitati nostrœ prœsidium ut qui sanctœ Dei genitricis memoriam agimus^ intercessionis ejus auxilio a nos tris iniquitatibus resurgamus. Per eumdem Christum dominum nostrum. Deinde 0 fdii et fUiœ cum versu et oratione : Gratiam tuam^ quœsumus, Domine^ mentibus nostris infunde^ ut qui angelo nunliante fiUi tui incarnationem cognovimus , per passionem et crucem ejus ad resurrectionis gloriani perducamur. Per Christum dominum nostrum. Amen, Postremo De profundis cum oratioiiibus assuetis, quibus dévote peractis, dicetur : Euo sum resurrectio. Tandem in introitu chori fiât distributio. >> Cette distribution est de 17 livres, suivant qu'il est porté dans ce compte de 1661 par nous tant de fois cité.
Après la mort de M. de Bourgoing, son inhumation et les services accoutumés, le chapitre s'étant assemblé, nomma pour vicaires généraux et autres officiers pendant la vacance du siège les mêmes personnes qui l'étaient avant et pendant son épiscopat, lesquelles se
gouvernèrent avec tout le bon ordre et la prudence possible.
Cette vacance fut de plus de huit ans à compter depuis la mort de M. de Bourgoing, le 19" avril 1625 jusqu'au mois d'août 1633, que M. de Matignon, son successeur, fut sacré comme nous allons dire.