‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances (volume 3)Chapitre 37 sur 66 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

qui ne saurait venir à la pensée de personne, c'est d'élever un doute sur la véracité de l'historien. Il a pris soin de se mettre à l'abri d'un pareil soupçon, en composant un recueil des actes qu'il avait sous les yeux; il y renvoie à tout instant. Malheureusement, on a perdu la trace de cet ouvrage qui serait si utile aujourd'hui *...

« Un flair délicat qui fait trouver sûrement les bons endroits, une patience infatigable, capable même de grandir avec les difficultés rebutantes de la tâche ; ce sont là les conditions premières et indispensables pour être un compilateur de quelque mérite. Il y a une qualité sans laquelle les autres perdraient toute valeur ; c'est une certaine sagacité naturelle, qui se perfectionne, s'affine par l'exercice, et devient d'une extrême habileté à discerner jusqu'aux moindres altérations subies par les textes. Sans elle, on court risque de tomber dans quelque erreur grossière, comme celle des traascripteurs du nécrologe de la Perrine, « qui font vivre

un certain Gilles quarante ans après sa mort, et l'ont

fait bienfaiteur d'une maison dont on ne parlait pas

encore pendant sa vie. » Toustain possède au plus

haut degré cette qualité maltresse de la paléographie.

Il s'est familiarisé de longue étude avec Içs pariœ lecr

1 Ibid., p. s*-**.

XXXll INTRODUCTION.

tiones et les ertores librariorum. 11 connaît mieux que personne, pour l'avoir bien des fois constatée, l'ignorance ou là frivolité ou la malice de ces copistes de la fin du quatorzième siècle et du commencement du quinzième qui prennent les G pour les E, ou qui de la majuscule R font au hasard Robert, Raoul ou Richard; de la majuscule H, Hugues ou Henri* de la lettre E, Egidius au lieu d'Eustachius. Il a horreur de ce qu'il nomme le galimatias et ne s'y laisse pas prendre.

« S'il y a une chose qui lui agrée aussi peu, c'est l'exagération, le manque démesure1...

« Son style ne mérite pas d'éloges; il est générale- <ment négligé; la construction grammaticale elle-même n'y trouve pas toujours son compte. La phrase est tantôt heurtée, tantôt «traînante et surchargée d'incidences. Toustain avait conscience de ce qui lui manquait sous ce rapport. Daàsla léttredéjà citée qui accompagnait l'envoi de l'Histoire deSatnt-Lo, il dit à l'intendant Foucault : « J'espère que vous aurez la bonté d'excuser la grossièreté de mes expressions et 4c mon style. Je suis icy rusticusinter rusHcè*»; je n'y peux estre poli, n'y ayant de conversation qu'avec les bois, les rochers et les bestes sauvages. fr C'est une réminiscence poétique, stabula alta ferariàn, et il faut prendre les mots

1 lbid., p. 25*26.

INTRODUCTION . XXXUI

dans le sens qu'ils avaient au xvn° siècle, pour ne pas juger Toustain un peu trop sévère contre lui-même. La vérité est que ce curieux prend tant de soin des choses qu'il ne lui reste pas le loisir de s'occuper des mots; ils s'arrangent comme ils veulent sous sa plume. Il affectionne outre mesure les tournures latines, avec lesquelles il est très familier, et prend souvent les termes dans une acception rigoureusement étymologique dont notre langue ne s'est pas toujours accommodée1...

« Ne cherchez pas dans Toustain l'art délicat des transitions. C'est ce dont il se met le moins en peine. Les années se suivent sans interruption aucune, et se ressemblent en ce qu'elles produisent toutes une moisson plus ou moins abondante de chartes et de fondations mêlées de quelques événements publics.

« Le récit est bref et s'étend rarement jusqu'à l'ampleur de la description. Cependant des pages telles

que le naufrage de la Blanche-Nef sur les récifs de Barfleur ou la relation du siège de Saint-Lo, en 1574 , prouvent que l'auteiû» pouvait réussir en ce genre.

« Il ne tenait certainement qu'à lui de polir et d'orner son style. Il s'était préparé à écrire par de solides études. C'est un humaniste de la bonne époque; il

* Ibid., p. tl.

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