HO HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE
de-Marnes, de Saint-Melaine de Rennes et enfin en révêché de Goutances. Il fut en outre aumônier de François de France, duc d'Alençon, frère des rois Charles IX et Henri III, mais il eut le malheur de vivre dans une des époques des plus grands malheurs de la France et du diocèse de Goutances.
La mémoire de ce prélat n'est pas tout à fait avantageuse. Les intéressés aux bénéfices dont il a joui font encore aujourd'hui mille plaintes contre lui. Il y en a quelques-unes de légitimes ; il y en a qui ne le sont pas trop, et le malheur du temps de son épiscopat, les horribles persécutions des hérétiques, les taxes excessives dont le clergé était accablé et un million d'autres raisons semblables mises en quelque considération, pourraient le rendre excusable en bien des choses, et je suis persuadé que les autres gros bénéficiers de son temps n'ont guère mieux fait que lui. Quoi qu'il en soit, ayant, comme nous venons de le dire, été choisi de la cour pour successeur en notre évêché à Etienne Martel, il prit comme lui possession par procureur, le 4e jour de mars 1561, d'où nous apprenons que le siège vaqua seulement neuf mois et trois semaines.
Le 8* du mois de février suivant 1562, il vint en sa ville capitale et épiscopale et fit son entrée solennelle de la même manière que son prédécesseur, excepté que, venant de la chapelle Saint-Maur à la cathédrale, nos mémoires remarquent qu'il n'avait point les pieds nus, mais seulement qu'il marchait à pied, « pedester ambulans » ; sur quoi il est bon de
remarquer qu'en la prise de possession de l'évêché de Coutances, les évêques venant comme en triomphe à la porte de l'église depuis cette chapelle Saint-Maur, où étaient autrefois la porte et les murailles de la ville, étaient montés à cheval, précédés du clergé, comme représentant l'entrée de Jésus-Christ en Jérusalem précédé de ses apôtres. Le seigneur du fief de Gonneville était en obligation de lui tenir l'étrier et, en outre, lui servir d'échanson au repas solennel qui se faisait en cette solennelle fête ; en récompense de quoi, le cheval qui avait apporté le prélat et la coupe N d'or en laquelle avait bu le prélat lui appartenaient. Arthur de Cossé trouva le diocèse en très mauvais état, et il n'était guère en état d'y remédier. L'hérésie de Calvin avait déjà corrompu les cœurs de grande quantité de ses peuples et particulièrement des nobles. Nous trouvons dans les mémoires qui nous ont été communiqués du chapitre que, dès l'an 1554, en l'ahsence de l'évêque, on fut en obligation de faire plusieurs poursuites et diligences contre les huguenots, qui faisaient plusieurs mouvements et entreprises dans le diocèse et surtout à Sainte-Marie-du- Mont', où ils commencèrent leurs insolences. Le chapitre députa vers M. le cardinal de Vendôme *, arche-
1 Ait. de.Valognes.
8 Charles de Bourbon, né le 22 décembre 1523, de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, et de Françoise d'Alençon, (ut élevé à l'archevêché de Rouen en 1550, après la mort de Georges II d'Am boise. Nommé cardinal en 1548, il avait pris le titre de cardinal de Vendôme, qu'il garda tant que vécut son oncle Louis, cardinal de Bourbon, archevêque de Sens. Il se fit, après la mort de ce dernier, appeler cardinal de Bourbon, et c'est sous ce titre qu'il est surtout connu. 11 était frère d'Antoine de Bourbon, roi
vêque de Rouen, sur le conflit de juridiction entre les juges d'église et les royaux à qui en connaîtrait, le parlement attribuant à ces derniers la connaissance du crime d'hérésie. Cependant ces diverses contestations, l'hérésie augmentait toujours sans opposition. Ce qui se passa auparavant le colloque de Poissy 1 fut peu considérable, quoique très affligeant en comparaison de ce qui le suit. « Les troubles, dit M. de « Bras, furent grands pour la Religion en ce Royaume, « en l'an mil cinq cents cinquante huict, par ce que « celle qu'on appelle prétendue reformée, permet que « l'on vive en une trop grande liberté , et que toutes « choses nouvelles plaisent. Le commun peuple fut « assez facilement séduit. Joint que les imposts et « subsides estoyent si excessifs qu'en plusieurs vil- « lages Ton ne faisoit plus aucunes assiettes des « Tailles : mesmes les Décimes estoient si hauts que « les Curez et Vicaires se rendoyent fugitifs, pour « crainte d'estre emprisonnez, et ne se disoit plus le
a service divin en grand nombre de parroisses
« Quoy voyant, aucuns Predicans sortis de Genève se « saisissoyent des Temples et Eglises* ». Au mois d'août de 1561, les hérétiques forcèrent
de Navarre, et, par conséquent, oncle de Henri IV, auquel la Ligue prétendit l'opposer comme roi de France, sous le nom de Charles X. Il mourut en 1590.
1 Le colloque de Poissy s'ouvrit le 9 septembre 1561.
* Nous donnons cette citation et la suivante, que les mss. reproduisent inexactement, d'après le texte même fies Recherches et Antiquitez de la Province de Neustrie, à présent duché de Normandie, comme des villes remarquables d'icelle : Mais plus spécialement de la Ville et Université de Çaen. Par Charles de Bourgueville, sieur du lieu, de Bras et de Brucourt. A Caen. De l'imprimerie de Jean de Feure, 1588, pet. in-4°, p. 162 et 170.
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les portes de la cathédrale, entrèrent dans l'église les armes à la main et firent prêcher publiquement leurs ministres ; mais, Tan suivant 1562, leur fureur alla à l'excès. Elle commença en cette province par Rouen, et, dit M. de Bras, « le Vendredy la nuict, et le Sa- « medy ensuivant tout le jour, huict et neufiemes jouis a de May, mil cinq cents soixante et deux, tous les « Temples, Eglises et Monastères de ceste ville furent « pillez et saccagez, Vitres, et Orgues brisées, et les « Images massacrez, et tous les ornemens des Eglises « qui y furent trouvez pillez, les Chaires, Coffres, « Livres, et tout ce qui estoit combustible fut con- « sumé par feu, et fut fait de si grands dommages, « sans aucun profit, qu'on en estimoit la perte à plus
« de cent mil escus Les meschans qui commirent
« tels et si énormes actes, par l'authorité des Minis~
« très furent si téméraires devenir en la Chambre
« du Conseil en armes, tant de harquebuzes, hallece bardes, que espees, demander à la Justice le salaire « de leurs peines d'avoir fait tels saccagements et « ruines, qui leur fut accordé par l'un des Juges qui « estoit de leur religion. »
Coutances eut son tour au mois d'août de cette même année. Une troupe de scélérats s'en étant rendus maîtres sans aucune résistance, ils enlevèrent, portent nos mémoires, le sieur évêque et une bonne partie des chanoines pour les rançonner comme ils jugèrent à propos, et, en même temps, pillèrent, saccagèrent et brûlèrent tout ce qui appartenait aux ecclésiastiques et catholiques. L'office divin cessa alors
entièrement dans Coutances et ne recommença qu'après l'Edit de pacification1 audit an 1563, assez pauvrement, ne restant plus aucune argenterie dans l'église. Ce qui avait été sauvé et envoyé aux places fortes fut ensuite vendu pour payer les prêts faits au roi. Les chanoines ne portèrent point d'habits d'hiver dans la cathédrale pendant ces années de troubles, partie par pauvreté, partie à cause de l'interruption du commerce des draps; d'ailleurs, les gentilshommes se mettaient en possession des dîmes et se les faisaient bailler par le prix qu'ils voulaient.
Gabriel de Lorge, comte de Montgommery ', et le marquis deColombières', son gendre, étaient les chefs de nos rebelles et étaient toujours accompagnés de coupe-jarrets que M. de Bras qualifie de hardis et insignes meurtriers \ Il n'y a point de lieu en notre basse province où il ne reste quelque marque et quelque mémoire de leurs cruautés. On remarque qu'ils faisaient souffler les prêtres dans leurs carabines et
1 Edit d'Amboise, 19 mars 1563.
■ Le comte de Montgommery, après avoir eu le malheur de blesser mortellement le roi Henri II dans un tournoi, 30 juin 1559, s'était retiré en Angleterre où il embrassa le protestantisme. De retour en France au début des guerres de religion, il se distingua dans la défense de Rouen contre Tannée catholique, et prit une part active à toutes les luttes religieuses jusqu'au jour où il fut fait prisonnier dans Dqnifront, par Jacques de Matignon. Traduit devant le parlement, il fut condamné à mort et exécuté en Grève, le 26 juin 1574. Y. outre les ouvrages relatifs aux guerres de religion en Normandie, la Prise oVarmes de Montgommery en Vannée M. DXXXîVy recueil d'opuscules rares et de documents inédits avec introduction et notes, publiée par le V« R. d'Estaintot. (Société des Bibliophiles normands)»
* François de Bricqueviile, baron de Golombières, tué dans la défense de Saint-Lo, en 1574.
* Recherches et Antiquités, etc., p* 180-181.
leur lâchaient le coup dans la bouche. Ils passèrent parles armes un religieux de l'abbaye d'Àunay1, âgé de 70 ans, parce qu'il ne put leur fournir dix écus qu'ils lui demandaient. Nous avons dit au chapitre de Valognes* la manière dont ils en usèrent avec les Cordeliers de cette ville, et de quelle manière ils en profanèrent l'église paroissiale. Ils en usèrent de même partout ailleurs où ils purent être maîtres.
Ils formèrent le dessein de se cantonner dans notre Cotent in, [qui, par] la fertilité du pays et la proximité d'Angleterre leur parut le lieu du monde le plus commode pour s'y établir en formé de république. C'est ce qui nous parait d'un mémoire qui fut envoyé sur ce sujet à la cour pour représenter à la reine et au conseil qu'il serait nécessaire d'entretenir des forces considérables dans le Cotent in, parce qu'une grande partie des gens du pays étaient pour les Anglais et leur feraient connaître les descentes, les recevraient et leur fourniraient des vivres dans le dessein de s'en servir pour le sujet d'établissement de la susdite indépendance ; que Cherbourg avait besoin d'un bon gouvernement et d'une bonne garnison ; qu'il serait à propos de rétablir le fort d'Omonville* et le fournir de gens dont la fidélité fût assurée, attendu que ce lieu était très commode pour les descentes ; que si ces ennemis s'emparaient de ces deux places en rompant
* Calvados, arr. de Vire.
9 Mémoires sur le Cotentin, ma. de la Bibl. de Rouen, f , Martainviile, Y 43, p. 101.
* Omooville-la-Rogue, arr. de Cherbourg,,
la chaussée des ponts d'Ouve \ ils se feraient une lie de près de cinquante lieues du meilleur et du plus fertile pays du royaume qu'il leur serait aisé de garder, et que, pour tenir les huguenots en paix, il était nécessaire d'entretenir des garnisons, dans les châteaux de Valognes, de Saint-Sauveur-le-Vicomte, des ponts d'Ouve, de Saint-Lo et de Vire.
Retournons à notre prélat Arthur et remarquons ses démarches. Il était à Coutances, le 3e juillet 1562, ainsi qu'il parait par un acte de ce jour par lequel il parait que Jean Hensé, écuyer, avait été tonsuré en 1550 par messire Pierre Pinchon, évèque de Porphyre. Il y était encore le 30e juillet suivant, où il pourvut un nommé Gilles Ginquemelle de la cure de Glatigny *.
Ce fut le mois d'août qu'il fut pris par les protestants et lui et ses chanoines rançonnés de la manière qu'il plut à ces infidèles ; il se racheta, mais il ne revint pas à Coutances. De crainte d'un pareil accident, il fut se cacher à Granville ; il y était l'onzième septembre ensuivant audit an 1562, et, entre autres choses, il y conféra la cure de Fermanville* à Jean Tollevast, présenté à ce bénéfice par Olivier de Pirou, écuyer. Néanmoins, le 13e du même mois, il était à Coutances, ainsi qu'il parait par la collation de la portion de Gouvets* qu'il donna à Etienne d'Auroy
1 Près Carentan.
* Ait. de Coutances.
* Àrr. de Cherbourg.
* Arr. de Saint-Lo.
DU DIOCÈSE D* GOUTANCES. 117
présenté par Jean Turgot, seigneur de la Ruaudière, ayant épousé Louise d'Auroy, veuve de Gilles Douesse1. Il y tarda peu et retourna à Granville, où, le 20e octobre, il conféra Saint-Vaast* à Paterne des Monts, et le 24* , il fit faire la publication d'un arrêt, fait au synode de l'onze avril 1553, au sujet de vingt notaires apostoliques, qui devaient être en ce diocèse.
Arthur, notre évoque, fut de Granville en son abbaye de Saint-Melaine, auquel lieu, le 25* novembre audit an 1562, il donna et conféra la cure de Cherbourg à Robert Boutran, docteur en théologie et chanoine de Goutances, et, le 30* décembre ensuivant, il créa son vicaire général, sans néanmoins révoquer Guillaume de Grimouviile, messire Louis Dubois, protonotaire apostolique, curé des cures de Cérences et de Vesly, à quoi il ajouta la prébende de Langronne % le 18* jour de janvier suivant, lequel on comptait encore 1562. Bertin Mangon était chanoine et curé de Valognes ; il y ajouta encore l'officialité de cette même ville. Celle de Coutances fut donnée au même M. Dubois.
1 Le ms. du fonds Martainville (Bibl. de Rouen), T 14, désigné dans le catalogue de Frère sou9 ce titre : Recueil des présidents, conseillers et autres officiers de l'Sschiquier et Parlement de Rouen, depuis testablissement de V Etchiquier faxct en fan 1499, jusqu'à présent (1702), contient la note suivante (2« partie du liv. 1«, f. 97) : « Jean Turgot, sieur de La Ruaudière, arrest d'audience du 9 janvier 1555; demoiselle Anne Douesse, sa veuve et Estienne Turgot, sieur de Boisnantier (fils dudict Jean), ayant épousé demoiselle Anne de Tal vende, fille de Ghristoptale, sieur du Buat ; arrest d'audience du 16 novembre 1595. »
1 Arr. de Valognes.
• Cérences, Vesly et Langronne, arr. de Goutances.
118 HI0TOUUR ECCLÉSIASTIQUE
C'est ainsi que notre évêque, sorti des mains de ses ennemis, errait tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, selon qu'il était porté par son inclination particulière, ou par la crainte des ennemis. 11 était de grande dépense, mauvais ménager; il possédait de gros bénéfices, et, comme tous les bénéficiera étaient alors taxés à des sommes considérables et excessives et qu'on exigeait sans quartier, notre Arthur était cotisé à de grosses sommes, à quoi il lui était très difficile de satisfaire. C'est, à mon avis, ce qui a fait que sa mémoire n'est pas demeurée en très bonne odeur dans les monastères dont il a été abbé.
Il est encore regardé présentement à Saint-Jouvinde-Marnes comme le tyran de cette abbaye. Voici ce que m'en écrivait il y a dix ans le prieur Dom Charles Honrade, prieur de ce couvent : « Il n'y a point de « mal qu'Arthur de Cossé n'ait fait à cette pauvre « abbaye ; il l'a pillée jusque dans le sanctuaire. Vous « râliez voir par cet extrait de notre histoire que je « vous envoie : « Arthurus Cossaeus ibidem Constantiensis episcopus omnia pessumdedit, multa detraxit praediaexiis, ceù terram Joci, (appelée à présent Pas-de-Jeu, éloignée de Saint-Jouvin environ de deux lieues, possédée par MM. de Bourgneuf, originaires de Londres) cum justitia et judiciariapotestate; idem ipse monachis bona distrahentibus ultro consensum prebuit, cartas insigniores, reliquias Sanctorum, capsas, calices sex argenteos, candelabra argentea et alia vasa abstulit, dissipavitque, statutis intérim, ut monachos ad meliorem et arctiorem vitam redu-
DU DIOCASB DB COUT AN CBS. 119
a cere videretur, consarcinatis. » Voilà l'idée la moins odieuse qu'on en puisse donner.
Je ne suis pas fort surpris au reste de l'aliénation de cette terre de Pas* de-Jeu, ni de l'enlèvement de cette argenterie. Le roi, par un édit du mois de mai 1563, avait ordonné une aliénation du temporel des ecclésiastiques pour trois cent mille francs, non à leur choix, mais à celui des acquéreurs pour un plus prompt recouvrement de deniers. Cette aliénation ne fut pas seule et ne fut pas seulement à Saint-Jouvin, mais en toutes les autres abbayes et évéchés, comme nous remarquerons souvent. À l'égard des vases d'argent, il était aussi raisonnable de les employer en ces mêmes taxes contre les hérétiques que de les laisser enlever par ces scélérats qui brûlèrent peu de temps après ce monastère.
La reine, après la paix, résolut de faire voir le royaume au roi son fils. Nous remarquerons de ce voyage deux choses : l'une publique, c'est redit de Roussillon1, par lequel il fut réglé qu'on commencerait l'année le 1er janvier, l'an de la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ, et non, selon la coutume de quelques endroits, comme en notre diocèse, le 1" jour d'avril ou le 25e mars l'an de l'incarnation ; la seconde, que nous ne connaissons point qu'il vint à Goutances, mais que nous savons certainement qu'il vint à Saint- Lo, d'où étant allé à Gaen, il transféra le siège pré* sidial de Cotentin et l'unit à celui de cette ville pour
1 I/édit de Roussillon (Isère), est daté d'août 1564.
y rester néanmoins peu de temps à raison de la difficulté qu'il y avait d'aller plaider à Caen1.
À l'égard des ordinations de notre évèphé, j'ai trouvé que, l'an 1560, le 7% 8e et 9e du mois de juin, messire Gilles, par la miséricorde de Dieu évèque de Rouense, ordonna en l'église cathédrale par la permission des grands vicaires, le siège étant vacant.
Le vendredi et samedi saint, 27e et 28e mars 1562, Arthur de Cossé fit l'ordination générale en son église cathédrale tant des ordres mineurs, que majeurs. Il fit une ordination semblable, « diebus Veneris et Sab- « bâti anni bissesti » comme portent nos registres, « in « jejunio quatuor temporum post sacros cineres 25* « et 26* februarii, anno 1 563 ; » et « 1 565 die 26* mensis « julii, reverendissimus in Ghristo pater ac dominus « Arturus de Cossé, Gonstantiensis episcopus, in capella « sui manerii * sacramentum confirmationis et tonsu- « ram contulit. » Nous trouvons la même chose aux années suivantes 1567, 1568 et 1569, d'où nous apprenons qu'il passait en ce temps-là ordinairement les fêtes de Pâques en sa cathédrale. Nous le dirons dans la suite.
Cependant, nous remarquerons que le fruit des voyages du roi par le royaume fut une aversion furieuse que ce jeune monarque conçut contre les calvi-
1 Toustain de Bflly dit en parlant de ce présidial dans ses Mémoires $wr le Cotentin, p. 117 : « Il y resta peu de temps (à Caen). 11 fut renvoyé non A Saint-Lo, parce que cette ville était presque toute hérétique, mais à Coutanoes où il a toujours été depuis en très grande réputation d'intégrité. » Ce Ait Henri III qui transféra définitivement le siège présidial à Coutanceë par des lettres patentes données a Blois au mois de décembre 1580.
* Nos mss. portent : « Sancti Manerii. »
nistes. Il vit presque toute la France teinte du sang qu'ils avaient répandu : ce n'était partout que croix brisées, églises brûlées, autels profanés, bourgs et villes détruites, enfin partout tribulation, et ces pitoyables objets joints aux plaintes qu'on entendait de toutes parts, lui tiraient quelquefois les larmes des yeux et les paroles de la bouche pour détester les auteurs de ces maux. Ce fut assez pour faire naître une seconde conjuration contre sa personne sacrée. C'est l'affaire de Meaux \ on la sait; parlons seulement de ce qui s'est passé chez nous.
L'édit de paix ayant enfin été publié, on remarque que nos huguenots ne le voulaient que pour mieux cacher leurs trahisons. On découvrit une entreprise que le sieur de Pierrepont avait [formée] sur Cherbourg pour le livrer aux Anglais. Il fut pris sur le point de l'exécution et pendu ; il révéla entre autres choses le commerce que Montgommery entretenait continuellement avec les ennemis de la France par le moyen d'un Ecossais.
Il était impossible que lui, Montgommery, Colombières et Agneaux1 pussent demeurer eji paix et, comme ce dernier était gouverneur de Saint-Lo, il fallut, suivant les ordres et les conseils de la reine, que le sei-
1 Coligny avait formé le plan d'enlever la cour qui se trouvait à Meaux, 29 septembre 1567.
* Toustain de Billy reconnaît d'ailleurs, dans ses Mémoires sur le Cotentin, ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martainville, Y 43, la modération du dernier : « Les désordres, au reste, furent moindres qu'ils n'avaient été à c Caen et ailleurs, parce que le seigneur de Sainte-Marie-d'Aigneaux, chef « de ces novateurs et gouverneur de la ville, était d'un naturel plus « doux et tel que les emportements et les violences ne lui plaisaient pas. »
gneur de Matignon1 usât de plus d'adresse que de force, on les ménageait parce qu'on appréhendait le trouble. L'entreprise de Meaux ayant été suivie de la guerre, et le fond de cette guerre ayant été porté en Poitou après la journée de Saint-Denis ', y entraînèrent nos gens d'armes, les catholiques sous la conduite du maréchal de Brissac et du seigneur de Matignon, nos huguenots sous celle dé Montgommery et de Colombières. Celui-ci, avant que de partir, voulut encore signaler son nom par une bravoure contre nos ecclésiastiques, ainsi qu'il est marqué dans le registre du secrétariat dont nous avons rapporté les propres termes dans notre Histoire générale, page 153, et que voici encore pour épargner la peine à nos lecteurs d'y recourir : « Hac die dominica sacra quadragesimee « in brandonibus septima mensis martii 1566, domi- « nus de Colombières una cum suis satellitibus hora « 8* de mane hanc civitatem aggressus est et secum « plures in sacro sacerdotii officio constitutos ducere « fecit apud Carentonium et in carcerem mittere prae- « cepit, in quo per quindecim dies catenis ferreis
* Jacques de Matignon, un des personnages militaires les plus importants de la seconde moitié du xvr* siècle, prit part sous Henri II aux guerres de la France contre Charles-Quint et Philippe II . Lieutenant général en Normandie, pendant les guerres de religion, il lutta énergiquement contre les protestants dans cette province ; entre autres faits, ce fut lui qui prit Montgommery dans Domfront en 1574. Maréchal de France et lieutenant général en Guyenne, il maintint cette province dans l'obéissance du roi, en la défendant à la fojs contre la Ligue et contre Henri de Navarre. Ce dernier, devenu roi de France, trouva à son tour i.n ferme appui dans l'illustre maréchal qui eut la joie de voir pacifiée la France si courageusement servie par lui dans toutes ses épreuves. Il mourut à l'âge de soixante-douze ans» le 27 juillet 1597.
1 La bataille de Saint-Denis eut lieu le 10 novembre 1567.
« inferratos detinere mandavit, et advenientibus die- « bus 15* et 16* mensis pradicii cathedrasetsediliaac a omnia et singula in ecclesia praedicti loci de Caren- « tonio ex jussu dicti Colombières ambusta et concre- « mata fuerunt, campanasque dictae ecclesiae descen- « dere et in suo castro transportare fecit et domini « gubernatores Villae-Armois et Sancti-Martini, die Mera carii 23* dicti martii, dictum de Colombières et « suos satellites repulsarunt et ex eis quosdam occi- « derunt. »
Cependant notre prélat, président au synode pascal de 1565, ordonna que toutes provisions sur bénéfices seraient représentées et homologuées en son secrétariat pour en reconnaître les abus et y remédier, s'il était possible. Pour à quoi satisfaire, Jean de Ravalet, abbé commendataire de Hambie, représenta ses provisions de cette abbaye datées de 1 561 ; Claude de Vieux- Pont, clerc, celles de l'abbaye de Saint-Sever qu'il avait en commande dès l'an 1554'; Guillaume Le Chartier, celles du prieuré de la Bloutière, qu'il avait aussi en commande, datées de 1556 ; François de B oui H ers *, celles de Blanchelande, de 1559; Jacques de Grimouville, celles de Saint-Sauveur-le- Vicomte, de 1552. Louis Dubois fit registrer les lettres de Rome de 1540, par lesquelles il lui était permis de posséder trois cures en même temps, comme effectivement il les possédait
* Toustain de Billy ajoute ici aux renseignements donnés sur cet abbé par le Gallia christiana qui n'avait trouvé de mention de lui que pour les années 1(60 et 1583.
• François de .Boulliers céda en 1575 l'abbaye de Blanchelande à Philippe Troussey et devint ensuite évèque de Fréjus.
avec un canonicat. Jacques Le Marquetel, prêtre, chantre, curé de Monthuchon1 et de Vesly, remontra qu'au temps de la stérilité « et seditionum omnia sua « bona mobilia et provisiones beneficiorum fuerunt « totaliter combusta, cremata, vastata et furata, prout « notorium est. »
Ceci, avec plusieurs autres déclarations semblables, se passa en 1566, et, en 1567, Arthur de Cossé, notre évèque, présida encore au synode de Pâques et ordonna que les doyens feraient deux fois par an la visite des manoirs presbytériaux et que les curés seraient tenus leur payer cinq sous par chaque visite. Il ordonna encore que les vicaires prendraient tous les ans au temps du synode pascal des lettres de vicaire signées et scellées pour lesquelles les vicaires des curés qui ne résidaient point paieraient au sceau seize sous tournois et au secrétaire cinq sous, et ceux dont les curés résidaient actuellement, cinq sous pour le sceau et deux sous six deniers pour le secrétariat, sauf à augmenter ou diminuer le prix, ainsi qu'il aviserait bien.
C'était encore un mouvement perpétuel de notre évèque. Au commencement de cette année 1567, il était encore à Goutances, ainsi qu'il parait par les collations et provisions de divers bénéfices tant par visa qu'autrement, faites par lui. Le 4* janvier, il était à Lessay, où il agréa et ratifia une pension créée en cour de Rome en faveur de Louis du Lis sur Archi-
* Arr. de Goutances.
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ticliû, curé de Daye \ « Hac die 27* januarii, praedic- « tus dominus a sua abbatia de Exaqueio regressus « fuit in hanc civitatem Constantiensem. » Le jour précédent, il avait établi commissaire examinateur des bénéfices et vicaires ce même Boutran, docteur en théologie et chanoine, dont nous avons parlé. Le 18' avril, il donna la dignité de scholastique et le canonicat qui y est joint à Nicolas de Pierrepont et, le 19% disent les mêmes mémoires : « Dominus episcopus Gonstantiensis ab hac civitate Constantiensi hora undecima de mane recessit », pour aller à Saint-Melaine.
Le diocèse, en son absence, était gouverné par ce maître Louis Dubois, dont nous avons parlé, qui avait succédé à Ravalet, comme celui-ci à Guillaume de Grimouville. La mémoire de ce seigneur doit être chère au chapitre de Cou tances, ayant fondé par 25 livres de rente l'office de la Transfiguration. Voici les termes de l'obituaire sur ce fait : « Àugustus : Servitium solemne de Transfiguration « Domini de fundatione Guillelmi de Grimouville, « canonici et officiai is Gonstantiensis, vicarii gène- < ralis Stephani Martel. »
Il y avait alors, en la paroisse de Briqueville-sur-la- Her1, un curé qui voulait très bien percevoir le revenu de son bénéfice, mais qui refusait absolument de dire la messe et d'administrer les sacrements à ses paroissiens, nonobstant les injonctions qu'on lui faisait. On
1 Saint-Jean-de-Daye, arr. de Saint-Lo.
* Arr. de Coutances.
le fit venir à Coutances, et le grand vicaire Louis Dubois, le 14e décembre 1567, lui fit cette dernière injonction que nous trouvons insérée dans le registre du secrétariat :
« Hac die 14* praedicti mensis decembris, anno « 1567, Constantiis, in mea secretarii subsignati tes- « tiumque infrà signatorum praesentia, nobilis et « circumspectus vir Ludo vi eus Dubois, presby ter, vica- « riusque gênerai i s in spiritualibus et temporalibus « reverendissimi in Christo patris ac domini Arturi de (( Cossé, miseratione divina Constantiensis episcopi, « magistro Petro Cirou, presbytero, curato ecclesiae parce rochialis de Briquevilla suprà mare, praesenti, sanc- « tam missam et sacramenta ecclesiastica suis parro- « chianis contemnenti, viva voce injunxit quatenùs « haberet idem Cirou sanctius consilium insequens et « sanctam missam in sua ecclesia diebus dominteis et « aliis diebus festivis celebraret et sacrajnenta eccle- « siastica suis parrochianis ministraret, ad pœnam car- « ceris, suspensionis, excommunicationis et praedicti « beneficii [privationis], quod praefato domino Cons- « tantiensi episcopo idem Cirou promiserat antequam « per dominum sibi idem beneficium contuleretur (sic), « praesentibus Bertrando du Breuil canonico et aliis. »
Ce Cirou, plus que demi huguenot, me fait souvenir de ce que dit M. de Bras lui-même, page 246, qu'en qualité de lieutenant général du bailli de Caen, faisant la visite de l'université de Caen en 1564, il trouva que M. Nicolle le Valloys, recteur de l'université, M. Geffroy le Laboureur, principal et proviseur du
collège du Bois, et messire Gilles de Hoitteville, doyen aux arts, étaient prêtres et huguenots et les deux derniers mariés, et Hoitteville était ministre, tous trois, si fiers et si redoutables, qu'on n'osait leur dire mot \ Il y en avait bien d'autres, du nombre desquels était notre Cirou.
Nous avons vu ci-dessus qu'en 1 561 , le clergé s'obligea de payer en l'acquit du roi pendant six ans 1.600.000 livres*. Ces six ans ne finissaient que le dernier décembre 1567. Comme, pour perpétuer cette charge, les syndics et députés du clergé avaient, dès le mois précédent, 22e novembre 1 567 , passé un nouveau contrat avec le prévôt de Paris et les échevins, par lequel le clergé s'obligeait de leur payer encore à l'acquit du roi 630.000 livres, au lieu de pareille rente constituée à l'hôtel de ville par Sa Majesté, ladite rente racquitable dans dix ans par 7.560.056 livres*, à quoi le pape Pie Y par sa bulle du 1er jour d'août 1568, ayant ajouté permission de faire vendre du temporel de l'église jusqu'au fonds de 150.000 livres de rente, on n'en fit point aucun scrupule. « Aujourd'hui, 6tt « novembre 1568, porte notre registre, à huit heures « du matin, M. le vicaire général a reçu des lettres
1 Ce passage, altéré dans les mss., a été corrigé d'après le texte des Recherches et Antiquité* de l'Université de Caen, p. 247*246, dont il n'est d'ailleurs que le résumé.
• Mémoires du Clergé de France, t. IV, p. 387 : Contract passé à Saint' Germain-en-Laye le 21 octobre 1561, entre le Roy et les Députez de rassemblée du Clergé tenue à Poissy en 1561, dit le Contract de Poissy; etc.
* Ibid., p. 393 : Contract passé le vingt-deuxième novembre 1567, entre
des Syndics et Députez généraux du Clergé de France establis à Paris
et les Prévost des Marchands et Eschevins de la ville de Paris
<c patentes du roi pour des nouvelles taxes par les « mains du sieur de Fierville, receveur des décimes, « datées de Paris le 3e octobre, avec l'état de ce que « chacun en devait porter. » — a Hac die sabbati, 6* « novembris, dominus vicarius generalis, hora octava « mane, recepit litteras patentes domini nostri régis a per manus domini de Fierville, receptoris décima- « rum, concessas Parisiis 3° oc to bris, una cum rotulo « cum praedictis litteris. »
Les années 1568 et 1569 sont remplies de grands événements pour l'histoire universelle; il n'y en a presque point de particuliers pour .notre diocèse. « Hac die nona junii, porte notre registre sur l'année « 1568, hora V post meridiem, dominus adiit hanc « civitatem. » Il s'en retourna par après et revint le 22e septembre suivant : « Hac die 22* decembris, hora « quarta post meridiem, dominus adiit hanc civitatem « suam. »
L'année suivante 1569 n'a pas d'événements plus considérables. Tantôt il était à Lessay, tantôt à Saint- Melaine, autrefois ailleurs, sans dire en quel lieu, et d'autres fois il revenait à Coutances, ce que son secrétaire Richard Va tin, chanoine et curé de Geffbsses1, ne manquait pas de marquer ainsi : « Die 16* januarii dicti anni 1569, dominus adiit suam abbatiam de Exaqueio ; ab eadem regressus est die 20* ». On voit par là qu'il n'était pas longtemps en un lieu. Auparavant que de partir, le 12e du même mois, ce registre
•Àrr. de Coutances.
témoigne qu'il avait choisi, le 12e janvier, Miche Hacquart, principal du collège de Cou tances, pour faire l'oraison du synode prochain et enregistrer cette commission. Le 5* de février suivant, il donna , l'archidiaconé de Coutances, qui vaquait par la mort du nommé Honnequin, à François d'Equilly. Le dernier de décembre, il conféra de plein droit à Martin Maignard celui duBauptois, vacant par le décès de feu François Languillier. M. Dubois, son grand vicaire, était archidiacre du Val-de-Vire, et Bertin Mangon, curé de Valognes, Tétait du Cotentin.
Au mois de janvier 1570, nous trouvons que notre évêque Arthur de Gossé, pour satisfaire aux taxes de son diocèse, vendit et aliéna par le prix de 1441 livres le manoir épiscopal de Valognes et qu'un nommé Le Geay, sieur de Cartot, le mit à prix et [qu'il fut] à lui adjugé par les commissaires députés du conseil à ce sujet. Voici quelques termes de l'acte qui en fut dressé, le 26* jour de janvier 1570 : « Nous les commissaires « subdélégués en la ville de Rouen pour les diocèses <( de Normandie au sujet de l'aliénation du temporel « des bénéfices desdits diocèses, savoir faisons à tous « qu'il appartiendra que messire Arthur de Gossé, a évoque de Coutances, cotisé pour son dit évèché à « quatre cents louis d'or sol, nous aurait exposé et a mis en vente comme le moins dommageable à son « église et évèché le vieil manoir l'Évèque, ainsi qu'il « se contient en maison, cour et jardin, etc., con- « tenant environ quatre vergées de terre et cinq « perche3 entre le petit jardin de devant qui contient
(( demi-vergée, le tout tenu du roi * à cause de sa châ- « tellenie de Valognes, exempt de toutes rentes et
servitudes, le tout en très mauvais état et estimé à « 60 livres de rente et vendable au denier vingt par
M" Louis Dubois, sieur de Cérences, archidiacre du « Val-de-Vire, chanoine de Coutances, grand vicaire « et officiai dudit Coutances, et Bertrand du Breuil, « aussi chanoine dudit Coutances, procureurs spéciale- « ment constitués en cette partie, et outre ladite « somme, ledit enchérisseur serait tenu faire bâtir « une grange au presbytère de Valognes de cinquante- « deux pieds entre les deux pignons et vingt-quatre de « clair, à chaux et à sable, couverte d'ardoise pour y « engranger les dîmes que l'évêque perçoit audit lieu « de Valognes avec le curé, laquelle serait prête avant « l'août prochain, et à la charge aussi de faire réparer « la chapelle dudit manoir, et serait comparu François « Le Geay, sieur de Car tôt, lequel, après plusieurs « enchères, avait mis le tout à la somme de 1 445 livres « tournois, lequel lui avait été adjugé, attendu qu'au- « cun n'aurait voulu enchérir, etc. » On sait au reste que ce manoir et le fonds ne demeura pas à M. Le Geay ; on le retira et feu M. Àuvray le fieffa à feu M. l'abbé de La Luthumière, lequel y fit bâtir ce beau séminaire que nous y voyons.
Cette même année 1570, Arthur de Cossé, notre évêque, permuta son abbaye de Saint-Melaine contre celle du Mont-Saint-Michel. Un nommé François Le
1 Ms. M. : « Contenant environ U vergées, le tout tenu du roi », etc.
Roux était abbé du Mont ; cette affreuse solitude au milieu de la mer n'était point de son goût; Saint- Melaine lui plaisait mieux et notre évêque et lui s'accommodèrent. Arthur en obtint sans peine l'agrément et en prit possession le 6e jour de juin 1570, sans attendre ses bulles de Rome.
Le manuscrit de cette abbaye du Mont-Saint-Michel que j'ai vu et dont j'ai pris un extrait, traite mal cet évêque. Il dit qu'Arthur de Cossé, évêque de Coutances, étant devenu maître de l'abbaye, fit beaucoup de mouvements et de bruits; qu'il fut presque toujours en dispute avec le prieur et les moines; qu'il vendit la plupart de l'argenterie, sous prétexte de payer les taxes imposées par le roi ; qu'on s'en plaignit aux cardinaux de Bourbon et de Lorraine, lesquels le réprimandèrent, lui défendirent de molester les moines et commandèrent de laisser les choses en l'état qu'elles étaient; qu'il ne s'en comporta pas mieux; que, pendant qu'il fut commendataire de ce lieu, il n'y avait fait autre chose que d'en prendre le gros revenu et faire peindre sou portrait sur la vitre, qui est au haut de la lanterne du chœur avec ses armes au-dessous; qu'il fit un jour venir au Mont un orfèvre et fit marché avec lui pour la crosse, calice d'or et autre chose de grand prix, à quoi le prieur1 s'opposant et venant de ver bis ad verbera, ce sont les termes, donna au prélat un si grand soufflet qu'il le renversa contre la muraille, et les moines, s'unissant alors au prieur, ce
t Jean de Grimouville, qui fut nommé en 1573 abbé de la Luzerne. V. Histoire générale du Mont-Saint-Michel, etc., t. Ier p. 270-271.
fat à l'abbé à s'enfuir; qu'il emporta néanmoins le calice d'or donné par un de ses prédécesseurs nommé Robert Jolivet; et il y a plusieurs autres plaintes semblables qui ne méritent pas être rapportées1.
Il y a de l'exagération en tout et même de la fausseté, par exemple qu'au monastère de Sa in t-Jou vin -de- Marnes, Arthur de Gossé fit démolir le dortoir, la chambre commune, bibliothèque, chapitre, couverture et planchers, afin de bâtir son logis abbatial, et voici les termes de la lettre du père Dom Charles de Gonrade, duquel j'ai parlé : « Il n'y a nulle apparence qu'Arec thur de Cossé ait détruit les bâtiments des religieux, « comme l'assure l'histoire du Mont-Saint-Michel; « car il est constant que le chapitre, qu'elle met au « nombre des bâtiments détruits, subsiste encore dans ce sa beauté, aussi bien que les cloîtres, depuis 1476 a qu'ils furent bâtis par Pierre d'Amboise. Pour ce « qui est des dortoirs, ils ont été détruits par les « calvinistes qui y mirent le feu aussi bien que dans « tous les autres bâtiments du monastère. Les seuls <( lieux qui se trouvèrent voûtés résistèrent aux flam- « mes. »
Je l'ai déjà dit : je ne prétends pas excuser cet abbé, qui priva aussi le Mont-Saint-Michel de cette maison et de ce collège que tiennent maintenant les Jésuites à Caen et qu'achetèrent des marchands pour en faire leurs magasins, ainsi que dit M. de Bras, page 223 ; le
1 V. le Livre des recherches du Mont-Saint-Michel, etc., par Thomas Le Roy, publié par M. B. de Beaurepaire dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXIX, p. 654-555.
malheur des temps en était la cause ; les autres abbés et supérieurs des communautés n'en faisaient pas moins.
Saint-Pair est une baronnie en ce diocèse proche Granville, laquelle appartient aux abbés et religieux du Mont-Saint-Michel. Il y a dans la paroisse Saint-Planchers * un manoir abbatial nommé l'Oiselière. Ce lieu sembla si agréable à notre évoque que, depuis qu'il fut abbé du Mont- Saint-Michel, il y demeura presque toujours et, s'il venait en sa ville épiscopale, c'était pour y demeurer très peu et s'en retourner à son Oiselière. Ainsi, il y était le 12* mars 1570, auquel jour et lieu il donna à Louis de Saint-Gilles, que nous verrons bientôt évoque de Porphyre et son suffragant, l'archidiaconé de Coutances vacant par la démission de Jean de Ravalet*, à qui on venait de donner l'abbaye de Hambie et la cure de Monthuchon B par la résignation simple de Jacques Le Marquetel, qui mourut bientôt après.
Mourut aussi en ce temps-là Louis Dubois, archidiacre du Val-de-Vire, chanoine, officiai et grand vicaire d'Arthur de Gossé, les bénéfices et offices duquel furent donnés à diverses personnes. Sur la fin du mois d'août, on fait mémoire de lui en la cathédrale par deux obits par an pour lesquels il a donné 15 livres de rente.
Par cette mort, Jean de Ravalet demeura seul grand
1 Saint-Pair et Saint-Planchers, arr. d'Avranches.
» Le Gallia christiana fait remonter à Tannée 1561 la nomination de Jean de Ravalet, mais on a vu plus haut que Toustain de Billy donne Gilles de Vaunorel comme successeur immédiat de François de Lautrec.
* Arr. de Coutances .
vicaire et chargé du soin de tout l'évêché. Il substitua Guillaume Le Prévost, chanoine, trésorier de la cathédrale, à Nicolas de Briroy, chanoine et receveur des décimes .
Je ne remarquerai plus que ce qui est dit au 17* octobre de cette même année 1570: « Hac die facta
est littera receptionis magistri Guillelmi Jacquet in « fratrem et servumDomus DeiConstantiensis, cui re- « ceptioni dominas episcopus suum assensum simul « et consensum dédit. » Le 25* février 1571, il était à Coûta aces, mais nous trouvons que le 19' mars, il était à F Oiselière où il conféra la pénitencerie à Toussaint Hervieu à lui résignée a causa permutationis » de la cure de Saint-Ebremond de Bonfossé l par Pierre de Thiboutot.
« Die 2â octobris, receptae fuerunt per manus magis- « tri Joannis Le Hoguais litterae patentes domini nostri « régis, datae sexto augusti, mentionantes de una « décima die prima octobris praedicto nostro régi sol- « venda una cum decimis ordinariis, prosignatae « Charles et post Brulart. » L'évèque revint à Coutances le dernier du même mois; il y tarda peu, mais il retourna le 6e décembre avec M. de Matignon qui avait eu ordre que la paix fut observée, s'il se pouvait, dans ce canton, et de presser surtout le paiement des décimes tant ordinaires qu'extraordinaires. Nous verrons dans la suite bien des nouvelles semblables.
Le 2* jour de mars 1572, Arthur de Cossé partit de
* Ait. de Saint-Lo.
DU DIOGÈSB DE COUTA NCES. 135
l'Oiselière pour aller à Paris. Il en revint sur la fin d'avril suivant, et cependant Louis de Saint-Gilles avait été sacré à Paris évêque de Porphyre, le 2' février de cette même année 1572, par messire Antoine Le Cirier évêque d'Avranches \ assisté de Jean de Hangest, évèque de Noyon1, et d'André Dormy, évêque de Bellay1. Notre prélat lui avait procuré cet honneur et obtenu ses bulles en cour de Rome pour cet évêché de Porphyre, dès le V octobre de l'an précédent 1571, et le pape Pie Y lui avait adjugé 500 livres de pension sur l'évêché de Coutances, dans lequel, du consentement de l'ordinaire, il serait obligé d'exercer toutes les fonctions épiscopales. Ceci est extrait du registre des insinuations de l'an 1571 et 1572, qui est entre les mains du sieur de Villodon.
Jusqu'alors les ordinations dont nous avons les mémoires avaient presque été toutes faites par notre évêque, mais, depuis, messire Louis de Saint-Gilles les fit. « Anno Domini 1570, die penultima mensis « octobris, dominus in sua capella manerii de Avi- « cularia, in parrochia de Sancto-Pancratio* su& Cousce tantiensis diœcesis, sacramentum confirmationis et « tonsuram contulit Henrico de Saint-Germain et « Richardo Helaine . »
* De 1560 à 1575.
* Jean de Hangest, chanoine et archidiacre d'Evreui, succéda à révêché de Noyon, en 4525, à son oncle Charles de Hangest, qui se réserva le droit de faire office d'évêque, et fut aussitôt nommé vicaire général par son neveu. Il mourut en février 1577. Gallia christiana, IX, 1022-1024.
> Il y a là sans doute une erreur de copiste. Le Gallia christiana ne cite aucun évêque de ce nom,
* Saint-Planchers.
Mais en Tannée 1572, le vendredi dernier de février et le samedi 1er de mars, M. de Porphyre fit l'ordination générale en l'église cathédrale : a Ordinati in mi- « noribus et sacris ordinibus in insigni ecclesia a cathedrali Constantiensi per reverendissimum in « Ghristo patrem et dominum Ludovicum de Saint- « Gilles, miseratione divina Porphiriensem episco- « pu m, de licentia ta m en et permissu venerabilis « viri magistri Joannis de Ravalet, abbatis commence datarii abbatiae seu monasterii beat» Mariae de « Hambeia ordinis sancti Benedicti Constantiensis diœ- « cesis, vicarii gênerai is in spiritualibus et temporale libus reverendissimi in Ghristo patris ac domini « Arthuri de Cossé miseratione divina Constantiensis « episcopi, celebratis diebus Veneris ultima mensis « februarii et Sabbati prima martii in jejunio quatuor « temporum post sacros cineres anni bissexti Domini « 1572. »
Les vendredi et samedi 21' et 229 de mars suivant, « ante dominicain in Passione », il fit au même lieu une semblable ordination, une autre semblable aux quatre-temps de la Pentecôte, le dernier jour du mois de mai suivant, et du mois de décembre le 20 * dudit mois.
Nous parlerons des autres ordinations en leur lieu ; nous ajouterons ici ce que nous trouvons de plus de Tan 1572, le voici : « Aujourd'hui, porte notre re- « gistre , 7 août 1 572 , il a été mis et délivré par « M* Richard Vatin, prêtre et chanoine de Cou- * tances, secrétaire de monseigneur l'évêque dudit
« lieu de Cou tances, entre les mains de noble homme « M" Nicolas de Briroy, chanoine dudit lieu, lettres « patentes signées : Par le roi en son conseil, Brulart, « scellées de cire jaune, données au château de Bou- « logne le 18* juin an prédit, par la teneur desquelles « il est mandé par Sa Majesté au sieur évêque de <( Coûta nces et députés du clergé dudit diocèse, faire c département de la somme de 141 1 livres tournois en « laquelle le dit diocèse a été cotisé, sur les bénéfice ciers d'icelui, exceptés les cures et offices desquels « les bénéfices ne valent que 400 livres de revenu, « payables au jour convenu auxdites lettres. Ence semble deux lettres missives envoyées par les syn- « dics du clergé de France établis à Paris auxdits « évoques et députés, signées Vialard, données à Part ris audit an le 28* juillet, lesquelles lettres paa tentes et missives avaient été baillées par monsei- « gueur le vicaire général dudit seigneur évêque de « Coutances audit Vatin pour icelles délivrer audit a Briroy, pour faire le contenu en icelles. »
Nous ne remarquerons plus ici pour cette année que la collation que fit notre évêque de la cure de l'Hôtel-Dieu de Saint- Lo au sieur Léonard Trahel, prêtre, présenté par le prieur et religieux de l'abbaye de Saint-Lo, n'y ayant point alors d'abbé, laquelle collation est du 5* jour de mai, et pour Tannée suivante que « hac die 7a januarii 1573, dominus adiit hanc civitatem hora quarta post meridiem » ; que le 8* octobre du même an, fut apporté par Pierre du Boscq, bourgeois de Coutances, et par lui mis entre
les mains de M. Hervieu, vicaire substitut de monseigneur de Cou tan ces, un patent des Etats pour être tenus à Rouen le 15e novembre prochain, icelui patent donné à Paris le 20* septembre dernier, et enfin que le 30e de décembre Louis de Saint-Gilles, prébende de Saint-Nicolas1, et Nicolas de Briroy, prébende de Vaultier, permutèrent entre les mains de l'évêque.
Ce sont bagatelles en comparaison de ce qui se passa l'an suivant 1574, que j'oserai nommer Tannée climatérique de notre diocèse en ce qui regarde la * religion. Le comte de Montgommery avait évité la Saint-Barthélémy et s'était retiré en Angleterre, et, ayant équipé une flotte, il ne cherchait pour revenir que le temps de quelque mouvement en France. Ces troubles ou mouvements arrivèrent par les brouilleries de cour qui obligèrent de faire arrêter le roi de Navarre, le duc d'Alençon et quelques autres grands du royaume8. Les huguenots ne manquèrent pas de se faire de la partie et de prendre les armes inopinément de tous côtés.
Ce fut alors que Montgommery descendit au port de Linyerville8, comme nous avons dit ailleurs, se saisit de notre évêque et de ce qu'il put de chanoines, les mena à Saint-Lo et les traita de la manière que nous avons dit dans notre histoire générale4, en par-
1 Saint-Nicolas de Contances.
« Le jeudi 8 avril 1574.
3 Commune de Gouville, arr. de Coutances.
* « La manière dont ils traitèrent le prélat est abominable. Ils le promenèrent par les rues monté sur un âne, la face tournée vers la queue, qu'ils l'obligèrent de tenir au lieu de resnes de bride. Ils le couvrirent d'une vieille jupe au lieu de chape, avec une espèce de mitre de papier, accompagné de ces ecclésiastiques en équipage non moins ridicule et
tant de cette ville, et que nos guerres ouvertes pour la religion finirent par la prise de Saint-Lo et de Carentan et par la mort de Colombières et de Montgommery \ ainsi que nous l'avons expliqué en cette histoire de Saint-Lo et de Carentan.
Auparavant ceci, le 1** de février 1 574, fut, dit notre registre, apporté et mis aux mains de M. le grand vicaire ou son substitut, par noble homme messire Augustin Raucher, chanoine de Bayeux, procureur du sieur Salvage, des lettres missives données à Saint- Germain-en-Laye, le 6* janvier 1574, signées : « Vos confrères les cardinaux de Lorraine et de Bourbon » , sur le dos desquelles était écrit : « A M. Tévêque de Goutances ou son grand vicaire ou députés du clergé de Goutances », ensemble le contrat fait entre le roi, les susdits prélats et ledit Salvage, du 28e octobre dernier, avec la caution baillée au roi par ledit Salvage de répondre de la recette contenue auxdits contrats, de quoi fut baillé récépissé par Hervieu, vicaire subs-
suivi de toute la canaille de la ville qui à l'envi l'un de l'autre leur chantaient mille injures et leur faisaient toutes sortçs d'insultes.
a Ils n'en retirèrent pas tout le profit qu'ils en espéraient. Ce qui restait de catholiques et même de protestants honnêtes et moins emportés eurent horreur de ces insolences ; on trouva moyen de déguiser le prélat en valet de meunier, lequel conduisant un âne chargé de blé, sortit en cet équipage de la ville et alla jusqu'au pont de Vire, proche l'Hôtel-Dieu, où il trouva des cavaliers qui l'attendaient et le conduisirent à Grandville. » Mémoires sur le Cotentin, ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martainville, Y 43, p. 158.
* François de Briqueville, baron de Colombières, périt le 10 juin 1574, en défendant Saint-Lo contre M. de Matignon ; quant au comte de Montgomme ry, assiégé dans Domfront par Matignon, il se rendit le 27 mai ; traduit devant le parlement de Paris, il fut condamné à mort et exécuté le 26 juin 1574. V. sur ces événements : La prise alarmes de Montgommery en Vannée M. D. LXXIV, recueil d'opuscules rares et de documents inédits, publiés pour la Société des Bibliophiles normands par le V«* R. d'Estaintol, 1872.
titut, avec assurance de communiquer le tout audit seigneur évêque et au clergé pour après faire certaine réponse.
Le 20* avril suivant 1574, furent encore apportées et mises entre les mains de Va tin, secrétaire, pour l'absence du seigneur évêque de Coutances et de ses vicaires, par Robert Becquet, un paquet contenant un mandement du roi donné à Paris le 2' mars précédent, signé Imbert, et scellé de cire verte, des lettres missives des syndics du clergé dudit jour, signées du Pas et un état ou département dé trois décimes ordinaires et de la nouvelle décime ou taxe avec autres frais contenus audit état, aussi signé du Pas.
Le 22- août de la même année, fut encore apporté au secrétariat de l'évêché par un nommé Denis l'Estumier, messager, une commission de la reine régente datée du 1" jour du même mois, signée Potier, et scellée de cire jaune, pour faire la levée de 10.640 livres tournois payables au 1" jour de septembre prochain, somme à laquelle le diocèse avait été cotisé pour sa part d'une subvention extraordinaire.
Auparavant, je veux dire le jour de la Pentecôte, 20* de mai de cette même année 1574, le roi Charles IX mourut; ainsi son frère Henri III, roi de Pologne, quitta le royaume de Pologne et arriva à Lyon le 6e de septembre ; mais on dit que ce n'était plus ce vaillant duc d'Anjou foudroyant les huguenots aux plaines de Moncontour et de Jarnac, et ainsi le royaume ne fut pas plus sa us troubles dans la suite, qu'il ne l'était auparavant.
Nous le verrons; nous dirons en attendant que, pendant le siège de Saint-Lo, le 10* du mois de mai, l'archidiaconé du Val-de-Vire et la petite prébende de Trelly ayant vaqué par la mort de Jean Dubois, elles furent données par le vicaire substitut Hervieu au nommé Roger Le Gallois ; que ce Hervieu étant mort le 23* juillet suivant, la pénitencerie et la prébende de Saint- Louet dont il était titulaire, furent données à Guillaume Troussey; que le 20* octobre suivant, Robert Fabien, chanoine et prieur de Heauville \ fut substitué vicaire par M* Ravalet; que le 19e mai auparavant et en cette même année 1574, [Nicolas de Briroy] fut pourvu de l'archidiaconé du Bauptois par la résignation de Julien Quersent ou Mersent ; que les évèques de Coutances étaient tellement maîtres de l'Hôtel- Dieu de Saint-Lo qu'on n'y recevait aucun religieux ni desservant sans leur consentement ; ainsi Robert Le Chipé de la paroisse de Saint-Jean-des-Baisans, diocèse de Bayeux1, n'y fut reçu le 66 novembre de cette même année que de l'agrément de son vicaire général dont on lui délivra lettres consensus et assensus, et enfin que, cette année, on ne vit point l'évèque en sa ville épiscopale depuis l'affront qu'il y avait reçu.
Il y vint le 20e janvier 1575 et, le 3e février ensuivant, il établit commissaire examinateur pour les béné-
1 Ait. de Cherbourg.
* Arr. de Saint-Lo. La séparation des diocèses de Bayeux et de Coutances était exactement formée par la Vire, sauf que la ville de Saint-Lo et son territoire situés à Test de cette rivière faisaient partie du derniej de ces diocèses. C'est ainsi que la paroisse dé Saint -Jean-des-Baisants, placée à peu près à mi-distance de la Vire et de la Dromme, appartenait au diocèse de Bayeux.
tices et vicariats, scientifique personne, comme parlent nos registres, Robert du Moulin, docteur en .théologie et chanoine de la cathédrale, et, le même jour, il le commit, lui et M. de Briroy, pour faire la visite de l'Hôtel-Dieu de Coutances, après quoi il se retira en son manoir de l'Oiselière, auquel lieu, le 17e de mai au même an 1575, il créa M. de Briroy son vicaire général, tant au spirituel qu'au temporel, de tout son évêché, sans néanmoins révoquer M. de Ravalet. Nous en avons vu les lettres ; en voici une partie : « Arthu- « rus de Cossé, miseratione divina Gonstantiensis « episcopus, necnon abbas sanctissimae Trinitatis de « Exaqueio, Sancti-Jovini-de-Marnis et Sancti-Michae- « lis in periculo maris, universis présentes litteras « inspecturis et audituris sa lu te m in Domino. Notum « facimus quod de fi de, integritate, vita, honestate, a diligentia et in pluribus rébus agendis experientia, a nobilis et circumspecti viri magistri Nicolai de « Briroy, presbyteri, archidiaconi archidiaconatus de <( Baptizio et canonici in ecclesia Constantiensi ca- « thedrali, plurimum in Domino confidentes, speran- « tesque quod ea, quae illi duxerimus committenda, « fideliter et sollicito animo et studio curabit adim- <( plere omnibus melioribus via, jure et forma, quibus « melius et effiçacius potuimus et debuimus possu- « musqué et debemus, eumdem de Briroy, nostrum « tam in spiritualibus quam in temporalibus, in nos- « tra cathedrali ecclesia et tota diœcesi, vicarium « generalem et specialem fecimus, creavimus et ins- « tituimus, tenoreque prasentium facimus, créa mus
« et instituimus, dantes et concedentes eidem Nicole lao de Briroy plenam et omnimodam potes ta te m, auo a toritatem et mandatum spéciale Domine nostro ad « praedictam ecclesiam nostram et diœcesira Cons- « tantiensem in omnibus quae pertinent ad nostram « dignitatem et auctoritatem episcopalem in spiritua- « libus et temporalibus quae ad vicarium de jure a transferri et transmitti soient et debent. » Le surplus n'est qu'une plus ample explication de ce pouvoir donné et concédé sans aucune réservation. Depuis ce temps-là, M. de Briroy gouverna le diocèse, M. de Ravalet et quelques autres n'étant grands vicaires que ad honores et [pour] faire ce qu'ils voulaient.
Notre évêque eut le déplaisir d'apprendre que les calvinistes s'étaient saisis du Mont-Saint-Michel et de son abbaye, et eut aussi, peu de temps [après], la joie desavoir que le seigneur de Matignon les en avait dénichés, y étant entré de la même manière qu'eux, c'est-à-dire par intelligence, car Ja force aurait été inutile contre cet inébranlable rocher1.
Le 23 * de mars de cette même année 1575, noble homme, porte notre registre, Guillaume Le Tellier, sieur de la Mancelière, a apporté et mis entre les
1 C'est en 1577, le 28 juillet, et non en 1575, que le sieur de Touchet s'empara par surprise du Mont-Saint-Michel. Il en fut délogé dès le lendemain, par Louis de La Moricière, sieur de Vicques, enseigne de M de Matignon. Voir sur cette affaire qui a été chantée par le poète avranchois, Jan de Vilal, le Livre des curieuses recherches du Mont-Saint- Michel, etc., par Thomas Le Roy, p. 561-563 ; VHistoire générale du Mont- Saint-Michel, pat dom Huynes, t. Il, p. 127-131. — Voir aussi Le vray discours de la surprise et reprise du Mont-Saint-Michel, advenue le 22» juillet dernier passé, publié par M. le vie. d'Estaintot pour la Société des BibHopkiles normands.
mains de M. Richard Vatin, secrétaire de M. de Coutances, un cahier moulé contenant mémoires et instructions suivant lesquelles seront faites les adjudications des choses mises en vente par les bénéficiera de ce royaume, signés de Pilles, avec deux paires de lettres missives, Tune signée Brulart, datée de l'onze de mars an présent, Vautre signée de Pilles, du 10e jour et an.
Item, le 4e juin, par ledit Le Tellier, a été mis entre les mains dudit Yatin un patent pour faire tenir à M. de Cou tances, donné à Paris le 9* mars, faisant mention de faire nouvelle assiette, selon le contenu en icelui, avec un rôle en papier contenant le nom des bénéfices omis à taxer.
Item, l'onze dudit mois, autre patent en forme de rôle, daté de 1575, le 23e février, signé du Pas, avec deux paires de lettres missives souscrites, l'une de Philippe de Castille, et l'autre des syndics de France, signée du Pas, donnée à Paris le 6* mars, et l'autre le 24e février.
Le 9e novembre, a été apportée par M* Jean Puisant, trésorier et chanoine de laquelle cathédrale, une commission adressée à Monseigneur, datée de Paris, le 9e mai 1575, signée : Par le roi en son conseil, du Bois, pour faire nouvelle taxe, jouxte rattache avec la commission rendue audit Paisant pour être mise entre les mains de M. de Briroy, vicaire général.
Depuis que M. de Saint-Gilles fut sacré évêque de Porphyre et créé suffragant de notre évèché, il fit toutes ordinations communes aux temps prescrits par
l'église. Cette année 1575, il en fit une à la manière ancienne. Il commença le 19* avril en l'abbaye de Lessay, le 20* en l'abbaye de Saint-Sauveur-le- Vicomte le 21e à Barneville, le 22* aux Pieux, le 23* à Cher* bourg, en l'église paroissiale, le 25e à Valognes, le 26* en l'abbaye de Montebourg, le 27e en la chapelle du manoir de Bouteville1. Je cite cette ordination per turnum, parce que je la crois la dernière de cette espèce, n'en ayant point trouvé de semblable en nos registres.
Cette même année, si nous en croyons M. Le Prévost, le 2* de février, notre évèque prêta le serment ordinaire à l'église et à l'archevêque de Rouen en la forme qui suit : « Ego Arthurus de Cossé, episcopus « Constantiensis, veneraljili ecclesiae Rothomagensi ac c reverendissimo patri ac domino Carolo, cardinali « Borbonio, archiepiscopo, ac ejus successoribus ca- « nonicè instantibus, reverentiam et obedientiam me « perpetuo exhibiturum promitto et manu mea cop~ « firmo actum esse. »
Nous finirons cette année par remarquer que Jacques de Grimouville, abbé de Saint-Sauveur \ étant moi-., eut pour successeur Jacques de Cerceau \ pourvu en cour de Rome de cette abbaye ; que Ravalet [qui]
1 Ait. de Valognes.
* Le ms. P. dit de Montebourg, ce qui est une erreur ; le ma. M. supprime ce passage. Le Gallia christiana, XI, 925-926, donne en ces termes la date précise de la mort de Jacques de Grimouville : « Humatur ad pedes majoris altaris cum hoc epitaphio : Jacobus de Grimouville, prêtbyter, dura viveret, abbat commendatarius qui obiit 17 novembre 1573.
• Gallia ckristiana, XI, 926. Le ms. P. dit : Jacques Cerreau ou Cetrau; le ms. M. Jacquet Ceruau ou Cetrau.
146 HISTOIRE ECCLÉ8IAST1QUE
était abbé de Hambie, et Louis de Saint-Gilles, archidiacre de Coutances et évêque de Porphyre, étaient à Valognes, auquel lieu le dernier, par la permission de l'autre, fit acolyte Jacques Le Long, curé de Hardinvast1.
L'année 1576 fut très funeste au siège épiscopal de Coutances par la perte de la baronnie de Saint-Lo et l'aliénation qu'en fit Arthur de Cossé, notre évêque. Nous en avons parlé, dans notre histoire générale, au chapitre de Saint-Lo; il n'est pas nécessaire de la rapporter ici. Nous donnerons, si Ton veut, la copie du traité fait entre monseigneur notre évêque et M. de Matignon pour cela.
Nous avons au reste peu de choses dignes de considération au surplus de cette année et des suivantes. Le 29* mars 1576, « dominus existens Gonstantiis », il conféra de plein droit la petite prébende de Trelly ' àM-Nicolas duQuesney. Le 7e de mai, son grand vicaire conféra l'archidiaconé du Val-de-Vire à messire René de Corville sur la résignation simple de Roger Le Gallois. Le 3* novembre, Arthur étant à Coutances, il conféra la cure de Cambernon* à Richard Dubois. Le 5# décembre, il conféra la cure de Sainte-Croix-du- Bocage *, à messire Toussaint Le Révérend, et lui fit à la manière accoutumée prêter le serment de fidélité,
1 Ait. de Cherbourg.
• Air. de Coutances.
» Ait. de Coutances.
* Ancienne paroisse, aujourd'hui réunie à Theurteville-Bocage, air. de Valognes.
obéissance, et résidence, et le 14* du même mois, la prébende d'Urville ' à Guillaume Eude.
L'évêque, comme il paraît par ces actes et par plusieurs autres que nous omettons par exprès, venait quelquefois en sa ville épiscopale, mais sa résidence ordinaire était son manoir de l'Oiselière. Il y passait ses jours le plus agréablement qu'il pouvait, aliénant du temporel de son évèché et de ses abbayes à proportion des taxes qui lui survenaient.
Le collège où sont maintenant les Jésuites à Caen était un hospice que le fameux Robert du Mont avait fait construire en 1172 pour ses religieux, ainsi qu'on le voit écrit encore en lettres gothiques sur la porte de l'escalier par lequel on monte dans les chambres : « Ro-
bertus, abbas Montis-Sancti-Michaelis, hanc domum fieri fecit », dans lequel lieu, depuis l'établissement de l'université à Caen 1437,' il y avait eu un collège pour les religieux de ce même monastère. Arthur de Cossé le vendit à des marchands pour leur servir de magasin.
Voici ce qu'en dit M. de Bras, p. 223 de ses Antiquités de Caen : « Et suis esté tout esmeu que puis viron « huict ou dix ans le sieur Abbé du Mont S. Michel, « ait faict vendue du collège du Mont que l'un de ses oc prédécesseurs Abbez avoit faict bâtir pour servir de « Collège et usage dessusdits, qui est l'une des plus « belles et amples maisons et propres pour ce faict, « de l'Université, comme aussi il y a eu tousjours un
1 Ait. de Valognes.
« bon Collège, et de présent ne sert que d'un maga- « zin à marchands, il est encore bien aisé selon mon « ad vis de faire casser telle vente. »
Notre évêque était à Paris au mois de juin de l'an 1577, et, le 20* de ce mois, il créa son vicaire général, tant en son évêché que par toutes ses abbayes, noble homme maître Thomas Fayel, clerc, principal du collège de maître Gervais1. Nous avons trouvé quelques collations de bénéfices et des démissoires donnés par ce Fayel en cette qualité. Nous en avons aussi vu d'un nommé Jacques David, chapelain de l'église de Saint-Maurille d'Angers ; ce qui nous fait connaître que notre évèque avait alors quatre grands vicaires ; mais MM. de Ravalet et de Briroy faisaient tout, particulièrement le dernier; les expéditions ordinaires au nom des autres sont rares. Il fut encore, le 14* octobre de cette même année 1577, établi graod vicaire de l'abbaye de Lessay, et noble homme Bernard de Juvigny, doyen de l'église d'Avranches, Tétait du Mont- Saint-Michel.
Nous remarquerons encore : 1° que Christophe de Bassompierre, chevalier, seigneur du lieu, était enregistré seigneur de Saint-Sauveur-Lendelin * et le
• Gervais Chrétien, originaire de la paroisse de Vendes, au diocèse de Bayeui, chanoine de l'église de Paris, premier médecin du roi Charles V, fonda à Paris, Tan 1370, le collège dil de Mattre-Gervais affecté aui étudiants du diocèse de Bayeux, et composé de vingt-six boursiers, divisés en deux communautés, de théologie et des arts. Charles V y établit aussi deux boursiers en mathématiques, dont l'un devait faire des leçons publiques en ce collège, et l'autre, aux grandes écoles des Quatre-Nations (Moréri, Dict. v» Université de Paris). Ce collège était situé rue du Foin-Saint-Jacques.
• Àrr. de Goutances.
Vicomte1 et baron de Néhou, et qu'en cette dernière qualité, il présenta le 10e juillet 1578, Pierre Cabart à la chapelle de Néhou à raison de l'inhabileté du chapelain nommé Pierre Groult, lequel fut trouvé être marié ; 2° que Bon de Broé, conseiller au parlement de Paris, était abbé commendataire de Montebourg ; 3° que M. de Briroy substitua vicaire général Nicolas Bernard, chanoine ; 4° que, conformément à ce qu'en avait mandé par lettres le seigneur évoque au sieur de Briroy, le 7' mai 1580, il commit pour autant de temps qu'il plairait audit seigneur évèque, promoteur en l'officialité de Coutances, messire Robert du Moulin, chanoine dont nous avons déjà parlé; 5e qu'y ayant eu un jubilé ou indulgences publiques ad instar, par ordre de l'évêque les aumônes qui en provenaient furent distribuées par moitié entre les Jacobins de Coutances et les Cordeliers de Granville, pour la réédification de leurs monastères; 6° enfin, que deux grands ecclésiastiques de ce diocèse moururent, savoir : messire Louis de Saint-Gilles, évèque de Porphyre, et messire Jean de Ravalet, abbé de Hambie, chanoine et grand vicaire, ainsi qu'il parait par les provisions à leurs bénéfices qui étaient à chacun trois ou quatre. M. de Saint-Gilles eut pour successeur messire Philippe Troussey, abbé de Blanchelande et aussi évèque de Porphyre, et M, de Ravalet, Jean de Tourlaville f. Nous en parlerons bientôt.
* Arr. de Valognes.
* Jean de Tourlaville ne paraît pas avoir conservé longtemps l'abbaye de Hambie. On lit en effet dans le Gallia christiana, xi, 933 ; « Murant
En attendant, nous remarquerons un long réquisitoire présenté par le susdit du Moulin, promoteur, le 25e août 1580, et répondu au même jour et an. Ce réquisitoire, qui regarde presque uniquement les archidiacres, explique leurs devoirs et tend principalement à ce qu'il faut ordonner : « que les archidiacres eus- « sent à faire régulièrement leurs visites par eux- « mêmes sans empêchement légitime, conformément * aux décrets, l'expérience faisant connaître de quelle « utilité, ou plutôt nécessité, sont ces visites pour la « conservation de la foi, la correction des mœurs et (( la bonne discipline de l'Eglise en tout temps, mais « spécialement en celui des troubles ; requérant ledit « promoteur à ce que lesdits archidiacres aient à « s'informer diligemment en chaque paroisse des qua- « lités, vies et mœurs et doctrine non-seulement des « clercs, maisencoredes particuliers de chaque paroisse; « que l'archidiacre en faisant sa visite aie à prêcher « les peuples, prenant pour thème ou argument de « son discours quelque point de morale pour leur « apprendre à bien vivre ; qu'ils aient à examiner si « le saint sacrement est conservé dans un lieu décent « et s'il est renouvelé de temps en temps, s'il y a un « ciboire, un tabernacle, des vases pour les saintes « huiles \ si les mariages sont célébrés conformément « aux statuts après la publication de trois bans en
commandai) obtinuit cessions Caroli de Bourbon archiepiscopi Rotomagensis et cujusdam nepotis Johannis decessoris qui ambo jus suum ei cesserunt. »
1 Ms. P. hosties.
« présence ou du consentement des pasteurs, s'il y a « registres de baptêmes, mariages et inhumations et « autres choses semblables ; qu'ils aient en outre à « voir toute l'église, si elle est nette et selon les règles « de l'honnêteté et de la décence, s'il y a une sacristie, « des cloches et s'il y a besoin de réparation en quel* « ques endroits ; qu'ils aient à s'informer s'il n'y a « point des clercs ou même des laïques simoniaques « ou des confidentiaires ; s'il n'y a des ornements, « chappes, chasubles et autres choses nécessaires au « culte divin ; si les biens de l'église n'ont point été « vendus ou aliénés ; s'il y a procès-verbal ou registre « des titres, revenus et autres biens de chaque église; « si les comptes sont exactement rendus ; si les fêtes « des confréries se passent honnêtement sans ivroa gnerie et danses ; s'il ne s'y commet point de fripon- « neries ; si le vicaire n'a point de bénéfice qui requiert « résidence, auquel cas il faudrait l'y renvoyer; si « les curés prêchent et enseignent la foi catholique ; « si les frères mendiants sont honnêtes, modestes, « obéissants ou immodestes, réfractaires, fréquentant « des personnes de mauvaise doctrine, de la nouvelle « secte qui est un horrible athéisme ou d'autres per- « sonnes de méchante vie; si les clercs ou les laïques « ne sont point scandaleux par leurs jurements, blas- « phèmes, incestes, adultères, usures et autres crimes « semblables, et qu'enfin lesdits archidiacres eussent « chaque année à la fin de leurs visites à représenter « au seigneur évêque leurs procès-verbaux signés « d'eux et de leurs greffiers, avec exactitude et en vue
« de celui «qui diligit justitiam etodit iniquitatem » : « outre qu'en [dil] ayant jusqu'à présent « patientia irra « tionabilis vitia seminat, negligentiam nutrit, et non « solum malos sed otiam bonos ad malum invitât. » Et au bas de ce réquisitoire, qui est en latin et que j'espère donner en original ' dans notre recueil, est l'ordonnance de l'évêque en ces termes :
« Visa per nos Arturum de Cossé, episcopum Cons- « tantiensem, praesentt supplicatione, et attendendo <( contenta in ea : mandamus et in virtute sanctse obe- « dientiœ praecipimus omnibus et singulis Archidia- « conis nobis subditis, quatenus peracto cursu suae « visitationis, Nobis aut Vicario nostro generali ac « Promotori fidelibus tradant scriptis quœcumque c« invenerunt emendanda ac correctione digna in suis a territoriis, ut postea auctoritate nostra secundùm « casuum exigentiam provideatur. » Signé : Arthur de Cossé» évoque de Cou ta aces.
Cette même année, notre évèque donna son consentement à ce que l'église de Yalognes fût érigée en collégiale ainsi que nous avons dit en notre histoire générale en parlant de cette église de Valognes et de sa ville.
L'année 1581 est illustre parle très célèbre concile provincial de Normandie tenu à Rouen par l'éminentissime Charles, cardinal de Bourbon archevêque de cette ville. La plupart des évoques et des autres
1 Le texte latin de cette pièce et le visa d'Arthur de Cossé ont été publiés par D. Bessin dans Concilia Rotomagensis provincùe, 2* partie, p. 601-003.
prélats qui de droit ou de coutume sont obligés d'assister à ces sortes d'assemblées ne manquèrent pas de s'y trouver. Il avait été indiqué pour le premier dimanche de l'Avent de Tan précédent, mais le seigneur archevêque s'étant trouvé incommodé, le concile fut différé jusqu'au mois de mai de cette année 1581 .
Les actes de ce célèbre concile sont si publics en latin et en français que j'en parlerais inutilement1. Il serait seulement à souhaiter qu'ils fussent aussi bien observés que connus. Les évoques de Bayeux, Evreux, Séez et Lisieux \ tous prélats très distingués, y assistèrent ; Avranches était vacant ', et Arthur de Cossé, notre évèque, ne pouvant ou ne voulant y aller, y envoya un excellent procureur, M. de Briroy, son vicaire général. Ce vicaire est si distingué et si connu et considéré que les mémoires mêmes de l'évêque marquent les jours de son départ et de son retour : « Die lunae décima aprilis mensis, dominus de Briroy « discessit ab hac urbe Constantiensi pro adeundo « Rothomagensi concilio et substituit dominum du o Moulin, doctorem theologum, usque ad suum re- « ditum... Die lunae 22e maii, hora circiter prima « pomeridiana, dominus de Briroy rediit a concilio « provinciali in urbe Rothomagensi celebrato in hanc « civitatem Constantiensem. »
1 V. Dom Bessin, Concilia, etc., 1™ partie, p. 197-234.
* Mathurin de Savonnières, évèque de Bayeux ; Claude de Saintes, évèque d'Evreux; Louis du Moulinet, évèque de Séez; Jean de Vasaé, évèque de Lisieux.
s Augustin Le Cirier, évèque d'Avranches, était mort U 23 mars 1580. Georges Péricard, son successeur, ne reçut ses bulles de Rome qu'en
Je ne saurais dire par quelles raisons Arthur notre évèque ne fut pas à ce concile, car certainement il était alors en son diocèse, ainsi qu'il paraît par l'acte de la collation de la deuxième portion de Néhou, datée de l'onze avril au dit an 1581, à un nommé Thomas Garel, laquelle, ainsi qu'il est contenu en cet acte, Guillaume Troussey, chanoine et pénitencier de la cathédrale de Cou tan ces, détenait injustement. Il quitta bientôt tout, étant mort peu après, ainsi qu'il nous parait par la collation de plein droit que M. de Briroy fit de la prébende et de la dignité à un nommé Guillaume Blouvel.
Le 4° jour de juin dudit an 1581, Arthur de Cossé, notre évèque, était en son abbaye de Saint Jouvin-de- Marnes, ainsi qu'il se justifie d'un acte daté de ce lieu et de ce jour, par lequel il donna la cure de Lingreville1, pro prima^ à Robert Guérin, laquelle avait vaqué par la mort de Robert Héron. Les affaires pressantes de cette abbaye auraient pu l'obliger d'y aller plutôt qu'au concile provincial. Il en était de retour et était en son manoir de l'Oiselière le 21e juillet suivant; la collation par visa de la cure de Vasteville * à un nommé Pierre Le Flambe nous en est un certain témoignage. Je reremarquerai encore qu'un nommé Georges Esnault ayant obtenu en cour de Rome un dévolu sur Pierre Lancise de l'archidiaconé du Val-de-Vire « propter si m on i a labens aut pacta illicita simoniam redolentia », M. de Briroy donna collation de cet archidiaconé à
1 Arr. de Coutances.
' Arr. de Cherbourg.
Esnault « ad conserva tionem juris » ; néanmoins, dans la suite, Esnault paya. Mais il est temps que nous nous entretenions un peu de choses plus relevées.
Henri III, allant en Pologne et passant par la Lorraine, y vit la princesse Louise de Lorraine, ' fille du comte de Vaudemont et nièce du duc ; il l'aima sans le dire; mais, le lendemain qu'il fut sacré roi de France, le 16* février 1575, il l'épousa. Cette princesse, qui ne s'était pas attendue à tant d'honneur, avait donné son affection à un prince allemand frère du comte de Salms et l'amour qu'elle avait pour lui fit, à ce qu'on dit, un tel effet sur elle qu'elle en sécha debout, devint dans une maigreur étonnante et stérile. C'était un chagrin mortel pour le roi ; il eut recours à celui qui sait consoler les affligés quand il lui platt, et voulut que tous les gens de bien de son royaume joignissent leurs prières aux siennes pour obtenir de Dieu un fils héritier de la couronne. Il en écrivit à notre évèque ce qui suit : « Notre amé et féal, Tune a des choses que nous avons la plus désirée et requise « à notre Seigneur/ à nos particulières prières et orai- « sons depuis notre heureux mariage et semblable- « ment les reines notre honorée dame et mère et « notre très chère et amée compagne, a été qu'il lui « plût nous donner un fils, sachant bien que la grâce « de la génération, comme toute autre grâce, dépend
1 Louise de Lorraine, née le 30 avril 1553, de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudemont et plus tard duc de Mercœur, et de Marguerite d'Egmont, épousa Henri III le 15 février 1575, et mourut le 29 janvier 1601. fille avait été élevée par la comtesse de Salms.
de lui. Mais ne l'ayant encore pu obtenir de sa bonté, et étant bien certain que souvent ce qu'un seul ou un petit nombre de priants ne peuvent impétrer, plusieurs ensemble en grand nombre priants en union de foi, de charité et de dévotion, comme par une force qui lui est agréable, l'emportent et l'obtiennent, nous avons estimé qu'il serait bien à propos et convenable à notre sainte intention de nous aider des moyens dont nous savons que quelques-uns de nos prédécesseurs rois ont heureusement usé en pareil cas, c'est de demander le secours des prières et oraisons publiques de tout le clergé de l'Eglise gallicane, et généralement de tous nos bons, loyaux et fidèles sujets, attendu que le fruit que nous en espérons n'est point pour notre particulier contentement et consolation seulement, mais pour le bien et le repos universel de toute la France, pays et provinces de notre obéissance. C'est pourquoi nous avons avisé de vous faire la présente comme aussi à tous autres archevêques, évoques et prélats de ce royaume, pour vous avertir que notre volonté est qu'un an durant à commencer au premier dimanche de l'avent prochainement venant jusqu'à pareil jour l'an révolu, vous ferez en chacune de vos églises cathédrale, collégiales et conventuelles par chacun jour après vêpres ou autre heure qui vous semblera plus commode, procèssions et supplications extraordinaires avec les plus dévotes, plus saintes et plus urgentes prières, suffrages et oraisons appropriées à cette fin que vous
« saurez bien choisir, et les prescrire et ordonner à (i tous gens d'église qui sont sous votre charge, et aux « églises paroissiales tant aux villes closes que par « la campagne aux jours de dimanches et fêtes recom- « mandées afin que le peuple n'en soit point distrait « de ses œuvres manuelles. Semblablement que vous, « vos prédicateurs et théologiens en leurs prédications « ordinaires, les curés ou vicaires en leur prônes les « jours de dimanche admonestent, exhortent tous « gens d'église à célébrer le plus souvent qu'il leur <( sera possible le saint sacrifice de la messe avec les « collectes appropriées à cet effet, et toutes autres « sortes de gens, hommes et femmes, à se mettre en « bon état et se préparer pour communier au précieux « corps et sang de notre Seigneur en accompagnant « leurs prières de jeûnes et aumônes et autres « bonnes œuvres méritoires chacun selon sa puissance, « afin que leurs oraisons aient plus de force et d'effi- « cace pour émouvoir la bonté et la clémence de notre « Dieu, comme aussi de notre part nous sommes bien « délibérés de n'omettre devoir quelconque à nous « possible en cet endroit, et espérons que tous ceux « de notre suite, qui aimeront le bien de notre service « et notre contentement, s'efforceront de faire le sem- (( blable avec ce que nous y aurons et y tiendrons la « main, afin qu'il plaise à la bonté divine exaucer nos « prières conjointes ensemble et nous faire sentir le « fruit de sa sainte bénédiction. En quoi, pour ce que « c'est une chose qui appartient à l'honneur et à la « gloire de Dieu, au bien de notre service, au béné-
« fice, paix et repos de nos sujets, nous promettons « pour l'obligation que vous y avez de tout droit « divin et humain qui la vous commande que vous a ferez votre plein et entier devoir, et néanmoins « nous vous en prions, et nous vous enjoignons très « expressément que vous vous y employez avec tout « le soin et affection et diligence possible et que la « chose le requiert, ainsi qu'elle est de soi louable « et que nous l'avons grandement à cœur, ayant fait « dresser un mémoire de Tordre et des prières propres « à implorer de Dieu la grâce que nous lui deman- « dons et désirons de sa bonté, lequel nous vous « envoyons avec la présente pour la faire mettre en « exécution ainsi que vous aviserez pour le mieux. « Donné à Paris, le 22* octobre 1581. Signé Henri, et 9 pi us bas Brulard en paraphe » , et sur le dos était écrit : « À notre amé et féal conseiller l'évèque de Coutances « ou à son grand vicaire. »
Suit par après à titre de mémoires de Tordre et des prières qui semblent propres à implorer l'aide de Diev pour les susdites lettres que le roi écrit aux prélats et évoques de France :
« Premièrement, semble fort expédient qu'en toutes « églises cathédrales, collégiales et conventuelles, tous « les jours après vêpres, se fassent les processions et « aux parrochiales les dimanches et fêtes comman- « dées, auxquelles se chantera la litanie entre les « versets de laquelle se dira posément avec dévotion « et à genoux, si la commodité du lieu où se trouvera « la procession lors du veraet le permet, et répétera*
« t-on trois fois ce qui suit : « Ut régi nostro Henrico
« christianissimo filium regni Franoorum heredem
« fructuosum concedere digneris, te rogamus; audi
<c nos. »
« Aux autres jours, se chantera le répons : « Ada- « periat Dominus cor vestrum in lege sua, etc... Peto, « Domine, ut de vinculo improperii hujus absolveas « me aut certe de super terrain eripias me ; ne remi- « niscaris delicta mea, vel parentum meorum, etc... « Dominator Domine cœlorum et terras, creator aqua- « rum et universte creatura , exaudi orationem serti vorum tuorum. f. Tu Domine, cui bumilium semper « et mansuetorum placuit deprecatio , exaudi oratio- « nem servorum tuorum. »
« Le psaume Exaudiat, le dernier verset duquel : <( Domine salvum fac Regem , sera répété trois fois à « genoux et en toute dévotion » .
« Les jours de samedi se diront les répons de l'É- « glise composés en l'honneur de Notre-Dame. A la « fin des prières se chantera le verset : Uxor tua « sicut vitis abundans ; le répons, in lateribus domus « tua) ».
ORATiO
« Rex regum Deus, qui pro salute mundi ex utero « intemeratae virginis filium tuum nasci voluisti, da « christianissimo régi nostro Henrico tibi placentem « filium ad regni Francorum prosperitatem et pacem. « PerDominum nostrum, etc., laquelle môme orai-
« son sera tous les jours ajoutée en toutes les messes, « tant hautes que basses avec les subséquentes. »