‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de Coutances (volume 3)Chapitre 49 sur 66 · SECRETA · texte numérisé non relu

SECRETA

« Oblata quaesumus munera , Domine , sanctifica et « incarnationis unigeniti filii tui suffragante mysterio, christianissimo régi nostro Henrico sanctae i ado lis filium misericorditer largiri digneris. »

POSTCOMMUNIO

« Satiati muneribus sacris quaesumus, Domine Deus « noster, da christianissimo régi nostro Henrico opta- « tum filium regni Francorum heredem fructuosum. « Per Dominum1, etc. »

Le mardi 28e novembre audit an 1 58 1, tout ce que dessus fut enregistré et, en même temps, on travailla à en faire des copies qui furent envoyées dans toutes les villes, bourgs, paroisses, abbayes et prieurés du

1 Le Registre des délibérations capihdaires pour les années 1580-1582, conservé aux Archives de la Seine-Inférieure, 6 2174, contient la copie des lettres du roi Henri III , adressées au cardinal de Bourbon , sous la date du 25 octobre 1581. Cette copie présente avec la nôtre quelques différences de forme motivées sans doute par la qualité de celui auquel ces lettres sont adressées; elles sont d'ailleurs sans importance. Le texte des prières est plus long; mais nous avons cru suffisant de nous en tenir à celui de Toustain de Billy. Nous avons toutefois tiré de ces textes du registre quelques corrections.

Ces prières ne furent pas acceptées sans observations par Je chapitre de Rouen, et l'analyse de ce registre, donnée par M. Ch. de Beaurepaire dans Y Inventaire sommaire des Archives de la Seine 'Inférieure, série G, t. 11, p. 273, contient la mention suivante : « Difficultés à ce « sujet parce que le roi paraissait commander à l'Église et introduisait « des changements à l'office dans des parties essentielles ; on écrira à a Monseigneur, qui consultera les évoques et la Faculté de théologie de « Paris; lettre de l'archevêque; formulaire des prières ordonnées par ce « prélat, qui se diront pendant un an. »

diocèse et les prières furent faites avec toute l'exactitude qu'on put, mais Dieu en avait disposé autrement. La première chose qui se présente pour Tannée 1 582, c'est ,cet extrait de nos registres : « Aujourd'hui 24e février 1582, Simon Croisé a présenté à noble et circonspecte personne M* Charles Bernard, chanoine de Cou tances, grand vicaire de révérend père en Dieu et seigneur, monseigneur l'évêque de Coûta aces, un patent et lettres missives de Sa Majesté tendant au paiement d'une décime extraordinaire par eux demandée au terme de mars prochain, lequel sieur Bernard après avoir reçu et lu ledit patent portant date du 30e janvier dernier, et ladite missive de l'onze de ce présent mois de février, a fait réponse que le clergé du diocèse est si pauvre et nécessiteux qu'à toute peine il peut satisfaire aux décimes ordinaires et que cette présente affaire est de telle importance que lui seul n'y pourrait mettre la main en l'absence du clergé, lequel il fera, assembler pour en délibérer au plus tôt que faire se pourra. En témoin de quoi, ledit sieur a fait signer la présente par le secrétaire ordinaire dudît sieur « évêque, et icelle délivrer audit Croisé ledit jour et '< an que dessus. »

La deuxième est une lettre du roi adressée à notre évèque ou à son grand vicaire par laquelle Sa Majesté désire savoir les noms des personnes qui possèdent des bénéfices de sa part. Voici cette lettre et sa réception : « Die undecima augusti, Cpnstantiis, coram nobis « Carolo Bernard, vicario substituto npbilis et circum»-

« specti viri et magistri Ni col ai de Briroy, vicarii gene- « ralis domini episcopi Constantiensis , comparuit « Robertus Fougère, agaso domini nostri régis, qui « nobis exhibuit quasdam litteras a majestate prédit dicti nostri régis deditas, quarum ténor sequitur et « est talis.

De par le roi,

« Notre amé et féal, il est très requis et nécessaire

« que toutes charges et dignités ecclésiastiques soient

« régies et administrées par bons et saints personnages,

« la vie, mœurs, probité et religion desquels puissent

« servir de miroir et exemple à tous les autres, à

« quoi nous estimons avoir été très bien et dignement

« pourvu en notre royaume, tant en l'honneur de

« Dieu en décharge de notre conscience que pour le

« bien et utilité publique. Toutesfois, parce que la

« malice des temps et les guerres passées qui ont

« couru en notre royaume, peuvent avoir empêché

« l'exécution de nos bonnes intentions, nous désirons

« pour mieux nous éclaircir de la vérité, savoir les

« noms et qualités de tous ceux qui sont pourvus des-

« dites abbayes, prieurés et autres bénéfices de votre

« diocèse qui dépendent de notre nomination, et ce,

« dans le 16* septembre prochain, et vous ferez chose

« qui nous sera très agréable. Ecrit à Fontainebleau,

« le 28e juillet 1582. Signé, Henri, et plus bas : de

*< Neuf ville, eh paraphe. » Et sur le dos est écrit :

« A notre amé et féal conseiller Tévêque de Cou-

« tances ou à son grand vicaire* »

La troisième, c'est la lettre du cardinal de Bourbon à notre prélat ou à son grand vicaire concernant les publications du concile de Rouen en ces termes :

a M. de Coutances, puisque Dieu nous a fait cette « grâce de voir notre concile provincial en état qu'il « ne reste plus que l'exécution qui est la perfection « de l'œuvre, c'est en quoi nous devons travailler afin « de recevoir le fruit de la bonne intention et espèce rance que nous avons en cela à la gloire de Dieu et « réformation des églises de notre province. Comme « je m'assure, vous n'y oublierez rien de votre part, « et, pour cette occasion v sitôt qu'il a été achevé « d'imprimer, je me suis acheminé en cette ville, où « ce matin à l'assemblée ou synode du clergé de mon « diocèse, je l'ai moi-même publié et fait entendre le t( désir que j'ai de le voir entièrement observé en « cette province, tant en général qu'en particulier ; « au moyen de quoi j'ai pensé aussi être de mon de- « voir de vous l'envoyer ; et en outre la lettre que vous « y verrez que je vous écris en général fort amplece ment, j'ai bien voulu vous faire cette particulière « pour vous prier comme j'ai fait bien affectueuse- « ment, M. de Coutances, le faire pareillement puce blier par tout votre diocèse ; le faisant afficher aux « principales portes de l'église et le mander à vos « doyens ruraux, qui en avertiront les abbés, prieurs « et curés de leurs doyennés, afin que personne n'ait « excuse de ne l'avoir pas vue. Je vous enverrai de « brief une copie des lettres que nous avons obtenues « du roi pour la levée des deniers touchant nos sémi*

« naires, de l'établissement desquels nous faut aviser « chacun en son diocèse, comme de tenir la main à « l'exécution dudit conseil, à quoi je suis résolu de « n'en perdre rien et de le faire diligemment obser- « ver en tout mon diocèse avec l'aide de Dieu, lequel « je supplie de vous donner, M. de Coutances, ses « grâces. A Rouen, le six de novembre 1582, votre « très affectionné frère et ami, Charles, cardinal de « Bourbon. » Sur le dos était écrit : « A M. l'Evêque « de Coutances, et, en son absence, à MM. sçs grands « vicaires. »

Sitôt que ces lettres furent [reçues, elles furent] lues, publiées et enregistrées ainsi que le concile, et ce, en pleine- audience de la juridiction ecclésiastique de Coutances; tenue par M. de Briroy, vicaire général et officiai, en la présence et en la réquisition du promoteur, et [fut] ordonné que ledit concile serait lu et publié par tous les lieux et paroisses de ce diocèse, afin que nul n'en prétendit cause d'ignorance/ et qu'à cette fin, serait envoyé mandement à tous les doyens ruraux pour faire ladite publication, ce qui fut aussitôt exécuté.

La quatrième regarde la correction du calendrier, pour l'intelligence de quoi, on voudra bien me permettre, comme j'écris pour tout le monde, de dire que l'église, ayant bien voulu suivre la description de Jules César, divisa l'année en douze mois composés de 365 jours six heures, quelque peu moins; lesquelles six heures en quatre [ans] faisaient on jour naturel qui, étant ajouté entre le 24' et le 25" jours

ordinaires du mois de février, faisait cet an qu'on appelle bissextil.

Mais comme on ne s'était pas trop aperçu qu'il y avait quelques minutes ou secondes de minutes de moins que les six heures par an, en sorte que chaque bissextil, outre ces 366 jours, jetait1 onze minutes et quelques secondes, ce qui, dans la suite des temps, éloignait la fête de Pâques beaucoup de l'équinoxe et l'équinoxe lui-même loin du 21" jour de mars où il était et où il fut déterminé qu'il devait être, lors de la tenue du concile de Nicée, en 325; ce que le pape Grégoire XIII ayant reconnu, il envoya dans le temps dont nous parlons des brefs à tous les rois, princes et universités pour avoir leurs sentiments sur la réforme qu'il désirait y apporter. II en consulta tous les habiles mathématiciens de l'univers, et, enfin, par une bulle ou une constitution du 24* février 1581, qui était la deuxième année de son pontificat, il ordonna qu'on retrancherait dix jours de cette année qui seraient dans le mois d'octobre, dans lequel le lendemain du jour Saint-François, au lieu de compter cinq, comme on avait de coutume, on dirait cette année le quinze.

Cette bulle ou constitution ne fut apportée ni reçue en France que quelque temps après. Le roi ordonna qu'on aurait [pour elle] toutes sortes de déférences et qu'on s'y conformerait en tout, comme l'on pourra voir par ce que ce monarque en écrivit à notre évêque :

» Au sens de comptait.

« Nostre amé et féal. Ayant Nostre Saint Père le « Pape Grégoire XIII ordonné un Calendrier ecclesias- « tique, lequel Sa Sainteté nous a envoyé, comme à « tous les autres Roys, Princes et Potentats de la « Chrestienté : par lequel elle a trouvé être neces- ■« saire de retrancher dix jours entiers en la présente « année, pour les causes et raisons amplement dé- « duites en icelui, et combien qu'elle ait ordonné « que ledit retranchement se feroit dans le mois « d'octobre dernier passé, néanmoins Nous n'au- « rions pu le faire exécuter et ensuivre audit mois. « Et voulant que les Saintes Ordonnances du Saint « Siège ayent cours et soient observées en nostre « Royaume, comme il convient, même en ce fait, « pour ne Nous desunir et séparer des autres Princes « qui ont jà receu et fait observer ledit Calendrier, « Nous voulons et ordonnons qu'estant le neufviesme « jour du mois de décembre expiré, le lendemain, « que l'on comptoit le dixiesme, soit tenu et nombre « par tous les endroits de nostre Royaume, le ringce tiesme dudit mois, et le lendemain vingt-uniesme, « auquel se célébrera la Feste de Saint-Thomas ; le « jour suivant après, sera le vingt-deuxiesme, le len- « demain le vingt-troisiesme, et le jour ensuivant le « vingt-quatriesme : de sorte que le jour d'après, qui « autrement et selon le premier Calendrier eust esté « le quinziesme, soit compté le vingt-cinq, et en ice- « lui célébré et solemnisé la Feste de Noël ; et que « l'année présente finisse six jours après ladite Feste, « et que la prochaine, que l'on comptera 1583, corn

« mence le septiesme jour après la célébration d'icelle « Feste de Noël: laquelle année, et autres subse- « quentes, auront après leur cours entier et complet « comme devant. De laquelle nostre intention et or- « donnance avons bien voulu vous avertir, afin que « vous ayez à l'ensuivre, faire observer et pourveoir « au Service qui se doit faire aux Advents de ladite « Feste de Noël, et autres Festes ordonnées par a l'Eglise esdits jours retranchez, et la faire procla- « mer et lire es Prosnes des Eglises de vôtre Diocèse; « comme Nous enjoignons présentement à nos Cours « de Parlement, Baillis et Sénéchaux, de faire en « l'étendue de leurs ressorts et juridiction, afin que a nul n'en puisse prétendre cause d'ignorance. Et à « ce ne faites faute : Car tel est notre plaisir. Donné « à Paris le troisiesme de novembre 1582. » Signé Henry. Et plus bas, Neuf ville, avec paraphe. Et est écrit sur le dos : « A notre amé et féal conseiller « l'Evêque de Cou tances ou ses grands vicaires1. »

Cette ordonnance n'eût pas plus tôt été reçue que M. de Briroy eut soin de la faire enregistrer, publier et envoyer à tous les abbés, prieurs, curés et vicaires du diocèse avec le mandement y attaché:

a Messieurs, vous voirrez par la teneur du Mande-. « ment du Roy nostre Sire, dont la copie est cy-dessus « escripte, comme Sa Majesté veult et ordonne qu'il soit « retranché dix jours du mois de Décembre prochain, et

1 Cette pièce et la suivante sont reproduites d'après le texte donné par Dom Bessin : Concilia Rotomagensis provincim, 3* partie, p. 603-404. Le texte de la première présente dans D. Bessin une lacune que j'ai complétée à l'aide du texte de Toustain de Billy. ■

« queleneufviesmeduditmoisexpiré,aulieudecompter « dix, on compte vingt, tellement que lejour de Noël se « célébrera le Samedi, qui auroit esté le quinziesme de «.Décembre, selon le Calendrier dont nous usions, « qui toutesfois (sera compté le vingt-cinquiesme ; et « au septiesme jour ensuivant sera le premier jour de « Janvier, que Ton célébrera la Circoncision, et aihsi « consécutivement des autres fêtes. L'Avent se cornet mencera à son jour, qui sera le second jour de « Décembre, et le second Dimanche le Mardi pro- « chain ensuivant : les Quatre-Temps se célèbre" « ront le Mercredi, Vendredi, et Samedi de laa dite semaine. Le troisiesme Dimanche sera le dix- «( neufviesme Décembre. Le quatriesme Dimanche sera « le Mercredi lendemain de la Feste de S. Thomas, « que Ton comptera selon ledit Mandement le vingt- <( deuxiesme jour dudit mois. Les solemnités des 0 0, '(commenceront le jour Saint-Nicolas, desquels le <( huitiesme et dernier sera célébré le Jeudi huitaine « ensuivant, que Ton comptera 23 dudit mois. Des- « quelles choses vous advertirez en diligence vos subit jets. » Le surplus est perdu1.

Je n'ajouterai plus à ce que dessus que deux petites • particularités : la première, est que le prieur de Saint- Lo de Rouen est présentateur à la chapelle de Saint-Romphaire en l'église cathédrale en qualité de chanoine de l'église de Cou tances, et ce, s'il a eu soin de se faire reconnaître et installer comme tel au cha-

C'eat là que s'arrête également le texte de Dom Beaain. Il semble d'ailleurs que la pièce est complète.

pitre ; mais s'il a négligé de se faire recevoir, le chapitre présente en son lieu et place ; c'est ce qui est prouvé par un acte du 14* du mois de novembre 1582, par lequel M. de Briroy conféra cette chapelle vacante par l'absence et non-résidence de Laurent Le Pelley à Gilles de Champ repus présenté par le chapitre qui se dit ainsi « supplens vices domini prioris Sancti-Laudi « Rhotomagensis absentis et nondum in dicto capitulo « rccepti. » L'autre est une preuve de ce que nous croyons avoir dit qu'il fallait des lettres et une institution particulière pour faire l'oraison synodale. Ainsi, par un acte du 24° avril, il est dit que a dominus de « Tourlaville et dominus de Briroy, vicarii générales, « concesserunt licentiam fratri Francisco de La Bel- « lière, religioso de la Bioutière1 et curato loci, fa- « ciendi cxhortationem seu potius orationem synoda- « lem proximae synodi paschalis. »

Nous commencerons Tannée suivante par ces termes d'un de nos mémoires : « Registrum ordinatorum in o minoribus et sacris ordinibus in ecclesia cathedrali « Gonstantiensi per reverendissimum in Ghristo patrem « ac dominum Philippum Troussey, permissione divina « Porphyriensem episcopum et abbatem abbatiae « Sancti-Nicolai de Blancalanda, de licentia et perce missu nobilis et circumspecti viri domini et magis- « tri Nicolai de Briroy, presbyteri, vicarii gênerai is in « spiritualibus et temporalibus reverendissimi in « Christo patris ac domini Arthuri de Cossé, episcopi

1 Ait d'Avranches.

« Constantiensis, diebus Veneris et Sabbati in jejunio ce quatuor tèmporum post sacros cineres, 4a et 5a ce mensis martii, qui quidem dominus de Briroy, vica- « rius, postquam permisît et licentiam dédit eidem « domino Porphyriensi celebrandi ejusmodi ordines, « commisit venerabiles et circumspectos viros magis- <c tros Robertum du Moulin, doctorem theologum, ce Joannem Montchal, pœnitentiarium, sacras paginas ce baccalaureum , Nicolaum du Quesney, Robertum <c Livrée, canonicos, Radulphum Dagier, curatum de ce Homello l, una cum dominis archidiaconis ad exa- « minandum promovendos ad sacros ordines ad « suscipiendam professionem fidei juxta formam cona cilii provincial is Rothomagensis. Anno domini 1583 : « Bertrandus du Breuil secretarius. »

L'ordination du mois d'avril suivant fut faite par le même, et il n'y a rien de différent, à la réserve qu'il est fait mention de l'absence de M. l'évèque: « Cons- « tantiensi domino episcopo a suis civitate et diœcesi « notorie absente. »

Au mois de mai suivant, nous lisons : ce Hac die 2' ce mensis, anno praedicto 1583, praefatus dominus de « Briroy, vicarius generalis, permisit et licentiam dece dit eidem domino Porphyriensi episcopo, générales « et sacros ordines celebrandi in predicta cathedrali (( ecclesia Cons tantiensi, diebus Veneris et Sabbati in ce jejunio quatuor tèmporum post festum Pentecostes ce proximè futurum, et ad hanc finem decrevit mari-

1 Le Homméel, réuni a Gratot, arr. de Coutances.

DU DIOCÈSB DE COUTANGBS. 171

« data in forma çommuni desuper hoc transmittere <( decanis hujus diœcesis et in mûris ecclesiae praesen- « tis cathedralis affigi et in aliis locis publicis. »

Toutes les ordinations qui suivirent celle-ci furent faites par le même Troussey, évêque de Porphyre. Nous remarquerons depuis : 1° que M. de Briroy conféra de plein droit l'archidiaconé de Cotentin à Jean Gallien par la cession que fit Mathurin Duthot des droits qu'il y prétendait; 2° qu'il commit Charles Bernard, son substitut, pour faire la visite des abbayes et prieurés du diocèse conformément à la déclaration du roi ; 3° que Sa Majesté ayant donné en commande l'abbaye de Cherbourg à Lancelot de Matignon1, le troisième des fils du maréchal de ce nom, M. de Briroy fut choisi pour être son grand vicaire, en laquelle qualité il donna et conféra le 13* décembre 1583, cette année dont nous parlons, la cure de Saint-Martin d'Octeville-8ur-Cherbourg à M. Gilles Avoie ; 4° que le 2* décembre, il commit Georges Turgot1, bachelier en théologie, Nicolas du Quesney et Nicolas Matines, chanoines, pour examiner en sa présence ou en celle de son substitut et d'un secrétaire, ceux qui seraient nommés à des bénéfices à charge d'âmes, desquels examens il ordonna qu'on dresserait procès-verbal

1 Cest lui qui, nommé évêque de Coutances après la mort d'Arthur de Cossé, mourut le 1" janvier 1588, « en allant à Rome, dit Toustain de Billy, rendre ses devoirs au pape et obtenir ses bulles ».

* Georges Turgot, un des vingt-deux enfants de Louis Turgot, sieur d'Estou vailles, conseiller au présidial de Caen, devint plus tard proviseur du collège d'Harcourt, à Paris. Il était frère de Charles Turgot, abbé de Saint-Nicolas-en-Caux, conseiller-clerc au parlement de Rouen. V. Recueil des présidents, etc. Ma. de la Bibl. de Rouen, f. Martain ville , Y. 24, 2* partie du livre Ier, f. 96 v° et 97 r*.

signé des examinateurs, lequel procès-verbal demeurerait entre les mains du secrétaire; 5° enfin que Charles, marquis de Mouy, ayant, en qualité de baron d'Amfreville \ après la mort de Pierrepont, présenté à cette même cure d'Amfreville Michel de Pirou, on fit jurer entre autres choses à ce Pirou qu'il n'y avait dans cette acceptation ni simonie ni confidence8.

Arthur de Gossé était cependant à la suite du duc d'Alençon dont nous avons dit qu'il était premier aumônier. Ce prince fut élu par les Etats de Pays-Bas, qui s'étaient révoltés contre les Espagnols, pour être leur duc et leur souverain. Le roi et la reine-mère qui ne l'aimaient pas trop, crurent que c'était une belle occasion de se défaire de lui, et que, par ce moyen, on éloignerait une infinité de brouillons dont le royaume était rempli. Il dressa donc une belle armée. Quelques heureux succès qu'il eut au commencement firent qu'il fut reçu dans Anvers avec des témoignages d'une joie extraordinaire et couronné duc de Brabant, comte de Flandre *, etc. ; il reçut les hommages des seigneurs du pays avec le titre et la marque de souverain.

Cette félicité, à laquelle notre évêque participa comme les autres, ne dura guère. Un scélérat, nommé

1 Àrr. de Valognes.

• « Confidence, en termes de jurisprudence canonique, est une paction « illicite de celui qui jouit des fruits d'un bénéfice sous le nom d'autrui, « sans en posséder le titre, ou qui le veut conserver pour quelqu'un... La « confidence fait vaquer le bénéfice, et est comparée à la simonie. »

(Dict. de Trévoux.)

s La proclamation eut lieu le 19 février 1681.

DU DIOGÂSB DE COUTÀNCES. 173

Jauregui, corrompu par les Espagnols pour tuer le prince d'Orange, l'ayant blessé seulement d'un coup de pistolet et ayant été lui-même tué sur-le-champ, ceux d'Anvers, qui adoraient ce prince, étant brutale* ment persuadés que le duc d'Alençon et les Français étaient les auteurs de cet assassinat, coururent aux armes et peu s'en fallut qu'ils ne les égorgassent tous.

Si jamais prélat eut peur, ce fut certainement le nôtre en cette occasion, où sans doute le peuple furieux n'aurait épargné personne sans la sagesse du prince d'Orange qui fit connaître à ces forcenés l'innocence des Français et de quel lieu le coup lui venait; mais telle que fut cette peur, elle fut encore moins périlleuse que celle dont elle. fut bientôt suivie.

Le duc d'Alençon, irrité de cette brutalité qui lui faisait assez connaître le genre1 de ses prétendus sujets, du soupçon qu'on avait eu de hli si légèrement et encore plus de la manière indigne dont il était traité, ces hommes n'ayant nulle considération pour lui qu'en tant qu'il entretenait à ses dépens une grosse armée pour leur service et déférait tout au prince d'Orange, résolut de se donner plus d'autorité, et, sous prétexte de faire montre de son armée près des murs de la ville, se saisit d'une porte et fit entrer dans Anvers cinq ou six mille hommes armés, pour

1 Le roi d'Espagne Philippe II avait promis 25,000 écus d'or à qui tuerait le prince d'Orange.

* Il faudrait peut-être lire génie.

s'en rendre maître1. II ne réussit pas ; les bourgeois furent les plus forts, tuèrent douze ou quinze cents Français, firent autant * de prisonniers, chassèrent les autres, levèrent les écluses après le duc et le reste de son armée, en noyèrent une partie et pensèrent faire mourir de faim le surplus.

L'évêque de Coutances était demeuré dans la ville avec le bagage; ceux d'Anvers, le 22e février 1583, eurent pour lui la même considération qu'avaient eue les hérétiques à Saint-Lo ; [il ne subit jamais] tant d'ignominie, ni de rigueur. Le prince d'Orange encore une fois les tira d'affaire, lui, son maître et le reste des Français ; il leur fit appréhender que le duc, désespérant de lçurs manières dures, ne s'accommodât avec le duc de Parmej leur ennemi et ne lui livrât les places dont il était le maître. Par ce moyen, l'évêque de Coutances, les sieurs de Fervaques et de Fargis et tous les autres prisonniers furent délivrés. Ces insolences le rébutèrent ; il se retira en France et mourut à Château-Thierry le 10' juin 1584, âgé de 30 ans, non sans soupçon de poison.

Ce que nous disons nous rendit notre évêque, et, s'il n'y a point d'erreurs en nos mémoires, il était à son évèché avant la mort de ce prince son maître, puisque nous trouvons dans l'ordination générale

4 C'est le coup de main connu dans l'histoire sous le nom de folie <F Anvers, 17 janvier 1583.

* Ms. M. : « presque autant ».

* Alexandre Farnèse, fils d'Octave Farnèse, duc de Parme, et de Marguerite d'Autriche, fille naturelle de Charles-Quint, fut gouverneur des Pays-Bas de 1578 à 1583. Il ne devint duc de Parme qu 'à la mort de son père, en 1586.

faite par M. de Porphyre, Philippe Troussey, abbé de Blanchelande, le 24' et 25e février de cette même année 1584, qu'elle fut faite « de licentia etpermissu

« révérend issi mi in Christo patris ac domini Arturi

« de Cossé, Gonstantiensis episcopi. »

Nous avons un acte de lui concernant l'Hôtel-Dieu de la ville épiscopale daté du 16° août dudit an 1584. L'évêque par cet acte, après avoir exposé de quelle manière ses prédécesseurs, ayant fondé cette maison pour la nourriture et entretien des pauvres, et établi des religieux sous la règle de saint Augustin pour y exercer les offices de prêtre et les œuvres de miséricorde en l'hospitalité, ils s'en seraient réservés toute l'autorité du gouvernement à eux et à leurs successeurs, il déclare que, pour y satisfaire, il aurait jugé à propos de faire certains règlements tant pour le spirituel que pour le temporel de ladite Maison-Dieu. Il défendit donc aux religieux de divaguer par la ville et par la campagne sans nécessité et sans congé par écrit du prieur. Il ordonna la modestie et la décence dans les habits comme étant le signe extérieur de ce qui se passait en leur intérieur ; qu'ils eussent à porter la soutane longue, sur le côté gauche de laquelle il y aura une croix blanche cousue et visible à tout le monde, et ce sur peine d'amende et de prison, avec le capuchon accoutumé, sous la même peine ; qu'ils seraient tenus à toutes les processions ordinaires et autres auxquelles ils seraient appelés ; qu'alors ils eussent à sortir tous ensemble de leurs églises en surplis et capuchon pour se rendre modestement à l'église

cathédrale ; que les élections du prieur et des autres officiers de la maison se feraient en la présence de l'évêque ou de son grand vicaire promoteur et du greffier de la cour ecclésiastique et seraient renouvelées tous les ans par tous les religieux assemblés au son de la cloche, ou au chapitre, ou en la salle d'audience de ladite cour ecclésiastique, selon la volonté de l'évêque ; que ceux qui seraient admis aux offices, seraient en obligation de rendre compte de leur gestion, et feraient viser et approuver dans le mois leursdits comptes par les officiers de ladite cour sous peine de suspense et interdit, lequel compte comprendrait ceux que chaque officier aurait dû rendre tous les mois à la communauté ; qu'on eût à lui présenter ou à son promoteur, tous les mois,. un état de tous les pauvres valides ou invalides qui seraient en la maison. Il y a plusieurs autres règlements en cet acte, que nous donnerons en notre recueil, de l'observance desquels dépend le bon ordre de cette maison.

Peu de temps après, notre évèque se retira en sa solitude de l'Oiselière. Il y était le 6' septembre suivant, auquel il donna la cure de Coudeville1 qui dépend du Mont-Saint-Michel ' à Pierre Le Pionnier et celle de Geffosse * qui dépend de Lessay à Pierre Le Roy. En 1585, le 15* et 16* mars, le vendredi et samedi après les cendres, M. de Porphyre fit l'ordination

1 Ait. de Coûtantes.

• V. Histoire générale de Vabbaye du Mont-Saint-Michel, etc., t. U, p. 71.

• Ait. de Ceutanees.

générale en l'église de Goutances; mais aux quatretemps du mois de décembre suivant, le 20* et 219 dudit mois, il la fit « in ecclesia abbatiali Sancti-Sal-

« vatoris-vice-Comitis, propter pestem petulantem

a in civitate Gonstantiensi. »

La France était alors dans une très fâcheuse situation, divisée en trois partis capables de la désoler : la Ligue, les huguenots et les royaux. Nous sommes obligés d'en dire quelque chose pour l'intelligence de ce qui nous reste. Le premier de ces partis s'était formé et se maintenait au commencement sous le plus beau semblant du monde, tels que sont le maintien de la religion catholique et de l'État. Ces raisons se trouvèrent en peu de temps plus fortes qu'on ne le pouvait penser. Le duc d'Alençon, frère et héritier du roi et du royaume, venait de mourir; le mariage du rôi était stérile, et lui, disait-on, hors d'état d'avoir des enfants. Henri de Bourbon, roi de Navarre, qui était le premier prince du sang et présomptif héritier de la couronne, était hérétique et chef des hérétiques ; il avait été élevé dans l'hérésie par Jeanne d'Albret, sa mère; il l'avait abjurée au temps de son mariage avec la sœur du roi et de la Saint-Barthélémy ; mais, peu après, il avait quitté la cour et était retourné à son vomissement et était à la tète d'une armée huguenote. On voyait les malheurs où était tombée la religion catholique en Angleterre, sous l'empire de deux rois et d'une reine hérétiques. Get exemple faisait trembler et hésiter les moins timides, et les ligueurs ne manquaient pas d'amplifier le péril où serait notre

sainte religion, si, venant faute du roi, le Navarrais, huguenot, relaps et chef d'une armée de huguenots, montait sur le trône de Clovis, lequel jusqu'alors n'avait été souillé d'aucune tache de l'hérésie. Les ministres même des huguenots augmentaient cette peur; [ils] prêchaient partout, avec autant d'impudence que d'imprudence, que le temps s'approchait auquel le règne de l'antechrist, c'est ainsi qu'ils appelaient l'Eglise catholique et romaine, devait être détruit > et n'insinuaient que trop que ce destructeur devait être le roi de Navarre , lorsqu'il le serait de France .

Le roi dans ces conjonctures malheureuses voyait aisément la diminution de son autorité. Il savait que les chefs de cette ligue avaient d'autres pensées que colles de la conservation de la foi catholique et que, pour empêcher le roi de Navarre d'occuper le sceptre de la France, ils songeaient à s'en emparer eux-mêmes par des moyens criminels ; il en était averti tous les jours. Se persuadant donc ne pouvoir mieux faire, pour détruire cette cruelle faction qui se couvrait d'un si beau masque, il se déclara lui-même chef de la Ligue, et le 18* juillet, cette même année 1585, il fit vérifier au parlement un édit par lequel l'exercice de toute autre religion que la catholique, était défendu par toute la France et [était] enjoint à toutes sortes de personnes de faire profession de la religion catholique ou de sortir du royaume.

C'est l'exécution de cet édit observé à la lettre dans ce diocèse qui nous a donné occasiop d'en parler.

DO JMOCàSE.DB COUTA NCES. 179

Nous en ayons parlé en l'histoire de Saint-Lo1, nous n'y ajouterons que la ligue que firent les huguenots, les protestants d'Allemagne, de Suède et d'Angleterre, et la guerre qui la suivit. Le roi l'avait bien prévu ; la seule nécessité l'avait obligé à s'unir avec les ligueurs autant pour le moins ses ennemis que les huguenots. Auparavant donc que de s'engager à la guerre, il assembla au Louvre ce qui se trouva des prélats et des notables à Paris et leur dit absolument que, pour soutenir une armée, il lui fallait de l'argent, et déclara aux prélats que comme ils étaient les plus expressés ' et les plus intéressés à cette guerre qu'on lui faisait entreprendre contre les huguenots, il était résolu de prendre de leurs biens ce qu'il jugerait raisonnablement sans attendre leurs délibérations ni leur consentement. « Vous m'imposez, dit- il, la nécessité « de faire la guerre par vos importun i tés, et moi « j'impose sur vos biens une partie des frais aux- « quels je suis obligé. » Ce monarque le fit comme il le disait, à la réserve qu'il demanda le consentement du pape qui le lui donna sans peine, comme donc ses prédécesseurs avaient consenti à diverses aliénations, semblables à celles que l'on demandait : savoir [Pie IV], en 1564, le 17e octobre, pour le fonds de 100.000 écus de rente en faveur de Charles IX f; [Pie V], le 1"

1 Toustain de Billy donne en effet des détails intéressants sur l'exécution de cet édit dans ses Mémoires sur le Cotentin, au chapitre de la ville de Saint-Lo, ms. de la Bibl. de Rouen, Y 43, p. 165-168.

* Inquiétés, tourmentés. V. le Dictionnaire de V ancienne langue française, de Frédéric Godefroy, v° Espresser.

» V. Mémoires du Clergé de France, t. IV, p. 741 : Bref de nostre Saint-Père le Pape PU IV, du 17 octobre 1684.

jour d'août 1558, pour le foads de 150.000 livres de rente1; Grégoire XIII, le 24* août 1574, pour un million de livres une fois payé1; le même Grégoire, le 18* juillet 1576, pour le fonds de 150.000 livres de rente*; ainsi Sixte V, par sa bulle du 30e janvier 1586, consentit sans peine qu'il fût vendu à deux fois le fonds de cent mille écus de rente : savoir, 50,000 écus présentement, et les autres 50,000 écus, si la guerre continuait *.

Le clergé, qui venait d'accorder au roi par un contrat particulier douze cent mille écus, fit ce qu'il put pour s'exempter de cette surcharge, mais il en fallut passer par là. Notre diocèse fut taxé pour sa part à 28,000 livres, laquelle somme fut régalisée sur chaque bénéficier à proportion de la valeur du bénéfice . On publiait dans les paroisses voisines de bénéficiers ce que chacun d'eux exposait à vendre pour satisfaire à la taxe ; on marquait le jour de cette vente ; elle se faisait dans la grande salle de l'évêché, où, après la proclamation des choses à vendre, en présence des personnes déléguées pour ce sujet, on les adjugeait à l'extinction de la chandelle et on en payait les deniers entre les mains d'un nommé Guillaume Guisle, établi pour faire cette recette. Voici quelques-unes de ces taxes :

1 Ibid. p. 745 : Bref de nostre saint Père le Pape Pie V, du premier

aoust 1568.

s Ibid, p. 758 : Bulle de nottre saint Père le Pape Grégoire X///, du 24 aowf 15? 4.

» Ibid, p. 757 ; Seconde Bulle de nostre saint Père le Pape Grégoire XIII, du 28 juillet 1570.

* Ibid, p. 775 .* Bulle de nostre saint Père le Pape Sixte V, du 30 janvier 1586.

L'abbaye de Hambie était taxée à 1150 livres; pour le paiement de quoi, fut vendu sur JeandeTourlaville, abbé du lieu, trente-quatre demeaux * de froment de rente foncière, mesure de Cérences, contenant chaque demeau onze pots et demi dolique(?) qu'il avait droit de prendre à la Saint-Michel en septembre sur plusieurs pièces de terre assises en la paroisse de Bréhal\ laquelle rente de froment fut achetée par M9 Bernard du Breuil, chanoine, maître d'école de Cou tances, le 4* octobre 1586, par le prix et somme de 464 livres 4 sous, et 35 livres 3 sous 8 deniers pour les frais.

Blanchelande fut cotisée à 1872 livres; pour à quoi satisfaire en partie, Philippe Troussey, abbé de ce lieu, vendit 35 boisseaux de froment et un d'avoine de rente foncière à prendre sur Pierre Le Gros, écuyer de la paroisse de Beuzeville-sur-le-Vey f, laquelle fut achetée par Pierre Calimache, bourgeois de Carentan, par 318 livres 10 sous, avec deniers pour livre.

L'abbaye de Saint-Lo fut taxée à semblable somme de 1872 livrés; pour à quoi satisfaire, on vendit quarante boisseaux de froment de rente, mesure de Contrières qui est de douze pots chaque, à. prendre sur le moulin seigneurial dudit Contrières appartenant au seigneur. d'Ârcona, laquelle rente un nommé Michel Telot, de Trelly, acheta par le prix de 615 livres 14 sous, avec les 18 deniers pour livre, le 26* janvier

1 Demi-boisseau.

* Ait. de Goutances.

» Entre Carentan .et Isigny, vers l'embouchure et sur la me gauche de la Vire.

audit an 1586, et ce, pour et au nom dudit Gaspard d'Arcona, sieur dudit lieu de Cou trières, du Quesney et deRoncey. Ce fut en janvier 1587.

L'abbaye de Saint-Sever était possédée par un nommé Philippe Raffin, de la paroisse de Bény \ diocèse de Bayeux, et [il] en avait été pourvu le 17* décembre 1582. Elle fut taxée aussi à 1872 livrés. J'ai vu l'acte entier des moyens qu'on tint pour y satisfaire. Après mûre et capitulaire délibération, on avisa pour le bien de l'abbaye, bailler par échange pur et simple, à noble et puissant seigneur Jacques de Renti, baron du lieu et de Landelles, chevalier de l'ordre du roi, bailli d'Alençon, savoir : la verge, seigneurie et prévôté de Marigny en toutes choses, ainsi qu'il leur compète et appartient, tant en rentes, droits et patronages qu'autrement, ensemble les seigneuries du MesniPau-Roux et Saint-Denis de Maisoncelles en ce qui se consiste ; réservé les dîmes que lesdits abbé et religieux ont droit de prendre audit lieu du Mesnif-au- Roux, et prendre en contre-échange qu'offrait ledit sieur de Renti, les fiefs, terres et seigneuries de Coligny ètBois-Benastre1 qui se consistent tant en domaines non fieffés que fieffés, moulin à bled, droit de patronage en ladite paroisse de Bois-Benasfre, rentes et deniers qu'autres choses quelconques, et en outre le paiement de ladite taxe de 1872 livres, avec les 18 deniers pour livre, ce qui fut fait et accepté de part et

i Le Bény-Bocage, département du Calvados, arr. de Vire. * Département du Calvados, arr. de Vire.

d'autre devant tesdits commis, nonobstant que Jullian Anfère, procureur de noble homme Jean d'Ànfernet, offrit de la seule terre et seigneurie du Mesnil-au-Roux la somme de 2.500 livres. L'acte est du 15e novembre audit an 1586.

Le prieuré de Cauville fut taxé à 250 livres. On aliéna quatorze boisseaux de froment de douze pots chacun, quatre pains, quatre gélines et quatre œufs de rente qu'il avait à prendre sur Jean de Grimouville, écuyer, sieur de Tournebu, à cause d'une portion de terre nommée les Jugoust, assise en la terre des Mares, à condition néanmoins de rachat perpétuel, ce que ledit sieur de Tournebu mit à prix par ladite somme demandée de 250 livres et de 18 deniers pour livre, et ce* le 1er octobre audit an.

Pendant tout ceci, Arthur de Cossé était à «on Oiselière et y passait ses jours tranquillement loin de tout embarras. Il vint néanmoins à Goutances en 1587, où Bertrand du Breuil, chanoine et scholastique de Goutances, étant mort sur la fin du mois de février, il conféra de plein droit cette dignité à Charles Turgot, diacre du diocèse de Bayeux, conseiller au parlement de Rouen1. II lui donna encore, à la présentation de l'abbaye de Hambie, la cure de Bréhal, vacante par la mort de ce même du Breuil ; et comme, outre ces deux bénéfices, il possédait encore la prébende du canonicat de Vire, notre évoque en pourvût François Cabart.

1 Charles Turgot Ait pourvu d'un office de conseiller clerc au parlement de Normandie par lettres du 1" juin 1585 et y fut reçu le 18 décembre de la même année. V. Recueil des présidents, etc., ms. de la Bibl. de Rouen, f. Martainville, Y 25, 3* partie du livre II, f. 8» ▼*.

184 HISTOttE ECCLÉSIASTIQUE

Enfin, le V octobre audit an 1587, notre prélat étant toujours à son Oiselière passa de cette vie en l'autre. On sut sa mort à Goutances le lendemain ; et, le 9° du même mois, on fit en sa cathédrale les services ordinaires pour le salut de son âme. Peu de jours après, son corps y fut apporté, reçu et inhumé avec toutes sortes de cérémonies dans le chœur de son église.

Dieu lui avait fait la grâce de lui faire connaître par une maladie qui précéda sa mort que la fin de ses jours approchait ; il eut le temps de s'y préparer. Il fit son testament et donna 65 livres de rente à son église pour faire prier Dieu pour lui. Voici les termes du nécrologe de la cathédrale au 7* article ' du mois d'octobre : « Obitus illustrissimi ac reverendissimi « domini Arturi de Cossé, Constantiensis episcopi, « die 7* mensis octobris celebrandus, nisi dominica « fuerit, pro quo dédit triginta libras turonenses super « communia capiendas, et fiât processio in medio « chori, in fine vigiliarum et missœ continuse, prae . « manibus distribuetur. » De même au 20e article du mois d'août nous lisons : « Commemoratio Arturi de « Cossé, Constantiensis episcopi, prae manibus, cum * processionibus in fine vigiliarum et missae in medio « chori, et fieri débet 14* die mensis augusti, nisi do- « minica fuerit ; pro quibus dédit 35 libras super a communia capiendas, de qua summa distribuentur « centum solidi pau péri bus, residuum ut in suo obitu

i Les mss. portent : « au 7« ou 27* article ».

« V octobris. » Le compte du chapitre tant de fois cité témoigne que cette somme se paie encore et que les services se font.

Le chapitre, après avoir rendu ses devoirs à la mémoire de son évêque, s'assembla aussitôt et choisit pendant la vacance du siège les mêmes qui avaient servi auparavant, Nicolas de Briroy, Charles Bernard, Nicolas du Quesney avec M. de Tourlaville, qui l'était seulement par honneur, M. de Briroy faisant presque lui seul toutes les expéditions.. Nous ajouterons à ce que dessus, qu'au procès-verbal sur la réformât ion de la coutume de Normandie faite par les députés des trois états assemblés au mois de mai 1583 et l'appel des personnes assignées du bailliage de Cotentin, se sont comparus pour ledit procès-verbal maître Nicolas de Briroy, vicaire général et officiai de l'évêque de Coutances, député, pour les ecclésiastiques de la vicomte de Coutances ; noble homme Jean Le Marquetel, seigneur et châtelain de Saint-Denis, pour la noblesse de ladite vicomte; maître Gilles Dancel, lieutenant général au bailliage de Cotentin et Guillaume Pannier, conseiller au siège présidial dudit bailliage pour la justice de la vicomte dudit Coutances ; Guillaume de Saint-André pour l'état commun ; le susdit Nicolas de Briroy, député aussi pour la vicomte de Carentan ' .

1 V. Coustumes du pais de Normandie, anciens ressorts, et enclaves d'iceluy. A Paris. Pour Martin Le Mesgissier, Imprimeur du Roy à Rouen, etc., in-4, 1588.— Procès-verbal, f. 15.

Page 1