DE LA MAISON DE LOMÉNIB
Cette famille de Loménie est limousine et porte le nom d'une terre noble nommée Lotoénie, dan» une paroisse nommée Flavignac des Cars 2, à deux lieues de Limoges, laquelle terre est encore possédée présentement par des seigneurs du nom et des armes de
4 Cette partie de nos mss. est très incorrecte. Les noms de personnes et de lieux y sont très fréquemment altérés. Nous nous sommes attachée les rectifier, sans juger nécessaire de reproduire en note toutes les mau* Taises leçons de ces mss.
* Tel est le texte des mss. Il semble qu'il faudrait lire : Flavignac proche de* Car*; les deux paroisses appelées Flavignac et les Cars étaient en effet distinctes et sont voisines Tune de l'autre.
Loménie. Le premier de cette noble famille dont j'ai connaissance, avait nom Raymond, seigneur de Loménie et de Faye % lequel vivait sur la fin du xiv* siècle. Il portait comme tous ses descendants d'or à l'arbre arraché de sinople, les racines chargées du besant d'or au chef d'azur, chargé de trois losanges d'argent1. Il épousa en 1402 Blanche :de [La] Tour, d'une noble et ancienne famille, qui portait de gueules à la tour d'argent. Elle le rendit père de trois fils : Adrien, Gaspard et Raymond, qui eurent postérité.
Gaspard de Loménie, second fils dudit Raymond, de la postérité duquel il s'agit, écuyer, seigneur de Guiïùoftt, de Loménie et de Fâye> fut marié en 1440 à demoiselle* Rose d'Alibert, d'une famille noble, qui portait d'azur $ la fasce d'or, accompagnée de trois étoiles de même. Il sortit de Cette noble-alliance:
Louis, seigneur de Loménie et de Faye, lequel, suivant son traité de mariage du 25° janvier de l'an 1470*, fut conjoint par mariage avec demoiselleAlison de Preuilly, fille de messire Alexis de Preuilly, chevalier, seigneur des Couves4, qui portait d'or à trois aiglons d'azur, à la hersé de gueules en cœur, < et de noble dame A lis on de Combes. De ce mariage sortirent
' i La terre de la Paye était également dans la paroisse de Flavignac.
8 D'après le P. Anselme : d'or, à l'arbre de sinople, au tourteau de sable, au chef d'aaur, chargé de trois losanges d'argent. D'après La Ghesnaye-Desbois : d'or à l'orme de sinople, au chef d'azur, chargé de trois losanges d'argent, alias d'un tourteau de sable en pointe.
* Ms. P : 1440, ce qui est une date évidemment fausse, d'après celles qui précèdent et qui suivent.
4 Ms. M : seigneur de Course,
deux fils Aymeric et François, qui fut seigneur de Guimont et de Vesly.
Aymeric, seigneur de Lomé nie, de Faye, Pignol et autres, épousa en 1530 demoiselle Claude du Val, fille de Florimond du Val, écuyer, seigneur de Vigeras, qui portait d'azur à trois croix d'or, et de Liesse de Montalembert de la maison de Vaux en Poitou, qui portait d'azur à la croix ancrée d'argent1, qui le rendit père entre autres de Martial et de François deLoménie.
Martial de Lomé nie, écuyer, seigneur dudit lieu et de Faye, épousa demoiselle Jacquette Pinault, qui lui donna de grands biens; entre autres, elle le rendit seigneur de Versailles, et de la Grange-Lessart ; laquelle Jacquette était fille de Jean Pinault, écuyer, seigneur de Villeneuve, qui portait d'azur à six pommes de pin d'argent, trois, deux et un, et de Radegonde Bailly, fille de Bernard Bailly, qui portait d'argent au lion de tour*, et de Suzanne de Vendi, son épouse, dont l'écu était d'argent à trois doloires adossées de gueules*. Martial de Loménie fut conseiller secrétaire du roi et de ses finances et greffier de son conseil. Il fut très particulièrement aimé du roi de Navarre, qui fut par après notre roi Henri le Grand. Il avait, comme beaucoup d'autres, donné dans les nouveautés de son temps ; aussi il eut le malheur d'être, comme eux, sa-
1 Moréri et La Chesnaye-Desbois disent : d'argent à la croix ancrée de sable.
' Ainsi, dans les deux mss. Ce mot remplace un nom d'émail, mais lequel?
* Ms. M : et de Suzanne de Renti, son épouse, dont l'écu était d'argent à trois lorrets (1. lonres) adossés 4e gueules,
314 HISTOIBE ECCLÉSIASTIQUE
crifié à la cruelle journée de la Saint-Barthélémy. J'ai vu un acte exercé devant les notaires de Paris, daté du 28° mars 1573, contenant le procès-verbal de l'état des biens meubles et immeubles de Claude et Antoine de Loménie, ses enfants mineurs, par lequel il paraît : 1° que les bourreaux de Martial, leur père, le laissèrent languir jusqu'au 10e septembre qu'il mourut, pillèrent généralement tous ses meubles, et que cinq jours après son décès, c'est-à-dire le 15e septembre 1572, comme pour surcroît d'affliction, les Célestins de Paris, en qualité de seigneurs féodaux, saisirent sur ces mineurs les seigneuries de Versailles et de la Grange-Lessart pour devoirs non faits ; 2° qu'à l'égard des terres et héritages de Loménie et de Faye en la paroisse de Flavignac, au pays de Limoges, éehues audit feu Martial de la succession d'Àymeric de Loménie son père, le tuteur n'en avait encore rien reçu.
Martial avait deux fils, Claude et Antoine. Claude de Loménie avait été reçu en survivance des charges de son père dès l'an 1555, quoiqu'il ne fût alors âgé que de six ans. J'ai vu l'arrêt du conseil daté du 22e novembre audit an 1555, pour l'entérinement des lettres patentes du roi Henri II, données à ce sujet avec celles de dispense d'âge. On voit par là en quelle considération était dès lors cette maison.
Messire Antoine de Loménie, chevalier, baron de la Ville-aux-Clercs, second fils de Martial, fut tout à fait considéré de Henri le Grand. Ce monarque, qui avait aimé le père, eut pour ce sujet des égards très grands et très particuliers pour ce seigneur; aussi en reçut-
ii des services bons et fidèles, avant et depuis son avènement à la couronne. Il l'honora des premières et plus grandes charges et dignités du royaume. Il l'envoya ambassadeur en Angleterre en 1595, le fit secrétaire de son cabinet, de ses commandements, enfin conseiller et secrétaire d'Etat et commandeur de ses ordres. J'ai vu les lettres patentes du feu roi Louis XIII, en date du 10e août 1615, par lesquelles ce monarque « ayant égard aux fidèles, signalés et recommandables « services, dit-il, que son amé et féal conseiller en ses « conseils d'Etat et privé et secrétaire d'Etat de ses com- « mandements et finances, messire Antoine de Lomé- « nie, chevalier, baron de la Ville-aux-CIercs a faits à « cette couronne depuis 25 ans en plusieurs charges « et affaires d'importance, où il a été envoyé pendant « le règne du feu roi, lequel il avait âervi aussi plus « de 25 ans auparavant, et depuis son avènement à « la couronne sans aucune discontinuatîon, sans y « avoir épargné ni sa vie, ni ses moyens, etc. , Sa Mai% jesté consent que pour le repos du père et l'élé- « vation du fils, il résigne en survivance àsondit fils « ses états et donne par ces présentes lesdits états « de conseiller et secrétaire d'Etat et de ses comman- « déments audit fils à condition de survivance, etc. » Ce seigneur Antoine de Loménie mourut à Paris, le 17e janvier 1639, âgé de 82 ans. II avait épousé, en 1893; noble dame Anne d'Aubourg, fille de Charles, seigneur de Porcheux et de Liencourt en partie, gouverneur de Châlons, qui portait d'azur à trois fasces d'or, et d'Anne de Cléry, de la maison de Laënonville.
Il en eut trois enfants, un fils et deux filles. Nous parlerons de ce fils après avoir remarqué que l'aînée de ces filles, nommée Marie-Antoinette, fut mariée deux fois: la première, en 1612, à André de Vivonne seigneur de la Ghftteigneraye, conseiller d'Etat et privé, capitaine des gardes du corps de la reine-mère, grand fauconnier de France, etc., duquel mariage sortit une fille qui épousa François de La Rochefoucault, sixième du nom, prince de Marsillac, fils aîné de François cinquième [du nom], premier duc de La Rochefoucault, mort en 1680, qui Ta rendu père de François, septième du nom ; la deuxième fois, à Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, baron de Brion, etc., chevalier des ordres du roi, capitaine de cent hommes d'armes, lieutenant pour le roi au gouvernement de Bourgogne, dont il n'a point eu d'enfants. La seconde fille, nommée Henriette de Loménie1, [fut mariée] en 1620, à Henri d'Orléans, chevalier, marquis de Rothelin, baron de Varenguebec, Méautis, et autres.
Le fils d'Antoine de Loménie et d'Anne d'Aubourg était messire Henri-Auguste de Loménie, comte de Briçnne, de Montbrun et de Conac, prince de Montaigne, baron de Pougy et de la Ville-aux-Clercs, conseiller du roi en tous ses conseils, secrétaire d'Etat, chevalier des deux ordres, maître des cérémonies et commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Il naquit à Paris et fut baptisé en l'église de Saint-Germain, le 28# octobre 1595, et mourut en 1666, le 5e novembre.
i Itoréri la nomme Catherine-Henriette.
C'était un seigneur et un ministre d'Etat d'une capacité, d'une fidélité et d'une sagesse au-dessus de tout ce qu'on en peut penser, au rapport de ceux qui l'ont connu ou ont écrit de lui ou des affaires de France pendant qu'il a été dans le ministère. Il y eut surtout du merveilleux à sa conduite, durant tes troubles qui arrivèrent pendant la minorité du roi. Il se ménagea avec tant de prudence que, quoique entièrement dévoué aux intérêts du roi et de la cour, il ne se rendit jamais odieux à ceux qui leur paraissaient contraires, et il fut comme le médiateur de la paix qu'il plut bientôt au roi donner à ses sujets. J'ai vu plusieurs mémoires et diverses lettres qui témoignent ce que je dis et que le roi qui, tout jeune qu'il était, savait très bien distinguer ses bons et fidèles serviteurs, aussi bien que les bons services, lui témoignait souvent son estime et sa reconnaissance.
Nous parlerons bientôt de son mariage ; mais je veux encore insérer ici auparavant quelques monuments de sa famille. On trouve dans le chartrier de Limoges un Pierre de Loménie, licencié aux lois, chanoine de cette église, archiprètre de Cajarc au diocèse de Cahors, curé de Campolire l, et administrateur perpétuel de la prévôté de Faye, qui est une chapelle située en ce lieu, [fondée] par les anciens seigneurs de Loménie * ;
* Nous n'avons trouvé nulle part cette localité que le ms.M écrit Cam~ polue. Serait-ce Chamboulive, canton de Seilhac (Corrèze), ou Cambouly, sur la Celle, à peu de distance de Cajarc (Lot) ?
• Nous avons rétabli fondée qui semble bien amené par le contexte. Citons toutefois ce passage du Pouillé manuscrit de Nadaud, dont nous devons la connaissance à M. Lecler, curé doyen de Compreignac : « Il y
un Jean de Loménie, licencié aux décrets, aussi chanoine de Limoges, prieur de l'église de Saint-Julien de Rodez et de Saint-Martin-le- Vieux dudit Limoges et curé de Saint-Genez au diocèse de Sarlat1, lesquels le 15e juin 1581 fondèrent conjointement la messe qui se dit derrière le grand autel de l'église de Limoges, la dotèrent de dîmes achetées exprès de la paroisse de Servillac2 et de 300 livres d'argent comptant, qu'ils donnèrent pour acheter d'autres revenus. II y a encore un autre Pierre de Loménie, bachelier en l'un et l'autre droit, licencié aux décrets, lequel on trouve en 1510 avoir été trésorier de l'église et chapitre de Limoges, garde-scel ou chancelier de l'officialité et curé de Donzenac, laquelle cure il permuta audit an avec François de Loménie, bachelier aux décrets, pour la cure de Saint-Crespin proche Salignac, au diocèse de Cahors. On trouve encore un autre François de Loménie, chanoine de Limoges , fcpii vivait en 1 555 , et encore un autre nommé Jean> qui était doyen de la même église de Limoges, et qui mourut au mois de juin en 1561, lequel fut inhumé en ladite église au lieu de la sépulture de ses ancêtres. Enfin je ne ferai plus mention que de feu messire François de Loménie9, fils de Claude, fils de François de Loménie, frère de Martial, et évoque de Marseille > duquel nous trouvons
avait (à la Paye) une vicairie fondée par Pierre de Loménie, chanoine de la cathédrale (de Limoges), par acte du 8 avril 1506. »
1 Saint-Genès, au nord de Sarlat.
* Ms. M : Serillac. Sans doute Séreilhac, canton d'Aixe (Haute-Vienne).
* François de Loménie fut promu à l'évéché de Marseille en 1634 et mourut Je 17 février 1639.
ie nom aux assemblées du clergé de 1625, 1626 et 1628, et duquel la piété et les autres vertus étaient si grandes, qu'il est encore aujourd'hui regardé en son diocèse comme un bienheureux et par toute la France comme le modèle d'un parfait évoque.
Enfin, pour terminer tout d'un coup ce paragraphe, je le finirai1 par les propres termes de feuM.d'Hoziér 2, si connu par tout le monde, extraits d'un manuscrit en parchemin que j'ai vu daté de 1623 : « Le lieu, « dit-il, dont MM. de Loménie portent le nom, est « situé en Limousin et dans le diocèse de Limoges. « De cette maison, dont l'origine se connaît depuis « plus de 300 ans, sont sorties plusieurs personnes « illustres et de toutes sortes de dignités. Les uns « ayant suivi la profession des armes se sont signalés « dans les occasions de gloire qui se sont présentées « de leur temps et y ont rendu de grands services ; a les autres ayant quitté le monde pour Dieu ont paru « comme de grands ornemens de l'église et ont soute tenu Tépiscopat avec une pureté de vie qui ne « démentait point la netteté de leur naissance, et les « autres se sont sacrifiés pour le service de leur pâte trie et se sont mis aux affaires avec une telle inté- <( grité que jusqu'ici l'envie même et les changements <( qui sont ordinaires à la cour, n'ont pu en faire au- (i cun en cette famille: Pour les alliances médiates et « immédiates, elles ont été toujours nobles et avec la « plupart des grandes maisons de l'Europe. Les biens
• Ms.ï>:Je l'écrirai...
• Pierre d'Hosier, mort en 1660.
« qui n'ont pas accoutumé de suivre la vertu, n'ont « pas laissé de violer Tordre ordinaire pour se trouver « dans cette maison. Enfin, tout ce qui peut contribuer « à rendre les hommes très heureux et très considé- « râbles s'y rencontre. » C'est ce que je sais de cette famille paternelle de notre prélat.
Voici ce que je connais de la famille de feu noble dame Louise de Béon du Masses, sa mère, et épouse dudit feu Henri-Antoine de Loménie.