DE MESSIRE CHARLES-FRANÇOIS DE BRIENNE ÉVÊQUE DE COUTANCES
Ce seigneur était le deuxième des fils de messire Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, et de dame Louise de Béon du Masses que nous avons tant de fois nommée. Il naquit à Paris le... du mois de... 1638; il fut baptisé en l'église de Saint- Germain l'Auxerrois et nommé par. . .
Il passa ses premières années auprès du roi et y fut élevé en qualité d'enfant d'honneur; après quoi, il fut renfermé dans un collège sous la discipline des
i Le 6 février 1689, d'après le P. Anselme.
• Le P. Anselme et Moréri l'appelent Jacqueline-Charlotte.
plus excellens maîtres qu'on put choisir pour y être instruit de ce que des personnes de sa qualité ne peu* vent ignorer sans honte. Il portait alors le nom et la qualité de comte de Montbrun1, qui est une ville en Angoumois, laquelle, de baronnie qu'elle était, fut érigée en comté par lettres que j'ai vues du feu roi Louis XIII, datées de Saint-Germain-en-Laye au mois d'octobre 1634 et vérifiées au parlement le 30 décembre 1636, « en considération et mémoire a des bons services dudit seigneur de Loménie » . Ce sont les propres termes. Notre jeune comte embrassa de son propre choix l'état ecclésiastique, et le roi lui donna les abbayes de Saint-Germain d'Auxerre et de Saint-Eloi deNoyon, qu'il a toujours possédées depuis. Il fut toujours après nommé l'abbé de Brienne. Il continua ses études et, comme il avait un esprit aisé, vif et pénétrant, il acquit une connaissance si parfaite et si universelle, qu'il n'y a aucun art ni science dont il ne parle dans tous les termes propres des plus expérimentés. Feu M. Pierre Blanger, docteur de la maison et société de Sorbonne, que nous avons vu depuis peu ici chanoine, archidiacre, chantre5, officiai et grand vicaire, fut son précepteur en philosophie et en théologie. Il profita de manière qu'il eut la gloire de passer pour le premier de sa science. Il reçut le
1 Montbrun, Montbron ou Montberon {Mon* Berulfi), dép. de la Charente, arr. d'Angoulême.
* Pierre Blanger exerça les fonctions de chantre du 10 mars 1684 à Tannée 1705. (Gallia christiana, XI, 911.) Ed. Frère {Manuel du Bibl. normand, t. I, p. il 2), cite de ce personnage, qu'il appelle P. de Blanger YOraùon funèbre de Claude Awory, évéquede Cùutances; Coutances, 1687. in-40.
bonnet de docteur, et fut reçu de la maison et société de Sorbonne, le 8° mars 1665, par les mains de M. Loisel, curé de Saint-Jean-en-Grève et chancelier de l'église Notre-Dame de Paris, qui lui dit que les autres étaient honorés de ce bonnet et de cette association, mais que lui, il leur faisait honneur.
Cette même année, M. de Lesseville, notre évêque, étant mort, notre roi, qui connaissait le mérite de M. l'abbé de Brienne, le choisit pour lui succéder1. Le brevet de sa nomination est du 5e décembre 1666, et, comme notre évèché, qui n'est pas d'un grand revenu, était chargé d'une pension, Sa Majesté, pour y suppléer, gratifia ce seigneur de l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers.
Les bulles furent expédiées à Rome le 12e décembre de l'an 1667. Il fut sacré dans l'église des religieuses Carmélites de Saint-Denis, le 19* février suivant 1668, par messire François de Harlay, archevêque de Paris, assisté de messires Henri de Maupas du Tour, évêque d'Evreux8, et François deNesmond, évêque de Bayeux*. Il prit possession en personne, le 28* octobre de la même année 1668, et fut reçu au serment ordinaire et installé par feu messire Antoine de La Luzerne de Bre-
1 D'après le Gallia christiana, XI, 908, Claude Auvry aurait été nommé de nouveau évêque de Coutances, en mai 1661, et c'est sur son refus que Charles-François de Loménie aurait été choisi.
1 Henri Cauchon de Maupas du Tour, d'abord évoque du Puy en 1641, occupa le siège d'Evreux de 1661 à 1630. Le ms. P. porte au lieu de du Tour, évêque.., duc et évêque..,
8 François de Nesmond fut nommé évêque de Baye ut en 1661, sacré en 1662 et mourut en 1715.
vans, chantre ' et chef du chapitre de Coutances. Ainsi à l'heure que j'écris ceci, qui est le 22e décembre 1708 ', il y a plus de quarante ans qu'il gouverne notre église, ce que je remarque d'autant qu'à la réserve de Geoffroy de Montbray et de saint Lo, il n'y a eu aucun de nos évoques qui ait tenu le siège autant de temps, sans parler de ce qu'il le tiendra, étant d'une santé parfaite et sans aucune de ces incommodités que la vieillesse enfante communément.
Il a toujours résidé et réside actuellement dans son diocèse, sans en sortir que pour des affaires de la dernière conséquence qui regardent, ou le clergé en général, ou son église en particulier. Il s'y est appliqué indîspensablement à faire ses fonctions par lui-même, sans donner que très rarement la peine à ses grands vicaires d'aller chercher des saintes huiles ni des évêques pour des ordinations hors de son église.
Je ne prétends pas ici faire son panégyrique, il* ne le voudrait pas et je n'en suis pas d'humeur. Grâce à Dieu, je suis né libre et, dans l'état où je suis, je n'ai rien à craindre ni à espérer en ce mojide. Je rapporterai donc simplement et succinctement ce que j'en connais.
Sitôt après son élévation à l'épiscopat, M. deBrienne s'appliqua à connaître les besoins de son diocèse et y remédier. Il y réussit par ces moyens :
1° En n'élevant à l'état ecclésiastique que des per-
* A partir du 22 septembre 1664, après Jacques de Franquetot, qui lui avait cédé son office, jusqu'à sa mort, 1684.
1 On voit que Toustain de Billy termina celte histoire peu de temps avant sa mort, qui arriva le 17 avril 1709.
sonnes qu'il connaissait d'une vie et d'une science irréprochables ; et il les connaît particulièrement par les séminaires, dans lesquels les ecclésiastiques qui y président sont assez éclairés pour discerner le génie et les inclinations d'un chacun pendant un an qu'on est en obligation d'y passer, auparavant que de pouvoir être promu à la prêtrise ; outre que dans chaque ville et lieu distingué, il a établi un ou plusieurs prêtres de mérite pour distinguer les inclinations des jeunes écoliers et pour veiller sur leur conduite.
2° Par les visites de ses archidiacres. Après son élévation à l'épiscopat, non-seulement il ne tarda pas à rendre ses hommages au roi et faire le serment accoutumé entre ses mains, comme il était obligé, mais aussi, pour fermer la régale et s'acquérir le droit de pourvoir aux dignités et eanontcats de son église, il leva à la chambre des comptes l'acte de ce serment de fidélité. Par cette sage conduite, outre les autres avantages qu'il a procurés à son chapitre, il a créé pour me servir de ces termes, ses yeux et s'est choisi pour archidiacres des personnes de probité, de capacité et de vertu qui lui rendent tous les ans un compte exact de ce qui se passe en chaque paroisse de leur juridiction, conformément au procès-verbal qu'ils en rendent.
3° Par ces sortes d'assemblées des curés de chaque paroisse et doyenné qu'on appelle calendes; elles se tiennent ! régulièrement une fois par an. L'évèque y
1 Les deux mas. que nous suivons donnent se trouvent.
assiste ordinairement. Après l'invocation du saint Esprit, la messe et le sermon, on y lit l'appel de chaque curé, le procès-verbal et les ordonnances de l'archidiacre en sa dernière visite, et, par ce moyen, le prélat connaît l'état de chaque paroisse, l'application ou l'inapplication de chaque curé et des autres ecclésiastiques aux devoirs de leur charge ! . Au reste, les louanges qu'il sait proportionner aux mérites des uns et les corrections charitables et prudentes qu'il fait aux autres, font naître en eux une sainte émulation dont on remarque de merveilleux effets. Aussi voyons-nous de nos propres yeux que, depuis qu'il est évèque, toutes les églises de notre diocèse, sans en excepter aucune, ont changé de figure. Les curés, à l'exemple de leurs supérieurs, se sont montrés zélés, non-seulement pour l'observation de la discipline ecclésiastique, mais aussi pour l'ornement et la décoration de la maison de Dieu, en sorte qu'on voit presque tout neuf dans les églises : magnifiqnes contretables, autels, tabernacles, tableaux, peintures, sculptures, dorures, riches calices; ciboires, ornements, livres, chaires, bancs, et le tout avec la netteté et propreté qu'on peut souhaiter.
4* Les conférences: c'est un moyen merveilleux pour entretenir entre les ecclésiastiques la science et la piété. Elles se font tous les quinze jours entre ceux de chaque canton. Monseigneur de Brienne n'eut pas plutôt connu l'utilité de ces sortes d'assemblées* qu'il s'y
4 V. D. Bessin '."Concilia Hotomagensis provincim.... 2« partie, p. 593. • Ms. P : de ces saintes assemblées.
appliqua avec toute l'affection possible et il a dit publiquement qu'il n'aurait aucun égard pour les ecclésiastiques qui négligeraient d'y assister. C'est en effet un moyen puissant aux savants de se conserver en la connaissance et en la pratique de la science des saints, aux autres de s'en instruire, et enfin à tous de s'en entretenir et de s'entre-secourir dans le chemin du salut, tant pour eux que pour le peuple. Il a choisi en sa ville épiscopale un prêtre de mérite à qui on envoie de temps en temps les résolutions qui y sont prises ; il les voit, les examine, et le jugement qu'il porte est une décision belle et nette de ce qu'il en faut faire. Ce serait une histoire particulière que celle de ces heureuses conférences. Je ne crois pas qu'elle soit de mon sujet; je n'en dirai pas davantage.
5° Le mémoire instructif est un excellent moyen de connaître en particulier l'état de chaque paroisse. Notre prélat a ordonné à chaque curé de dresser chaque année une espèce de procès-verbal de l'état de [sa] paroisse et de son église, suivant les articles qui lui sont marqués dans les statuts et sur lesquels les évoques sont en obligation de veiller. On met ce mémoire entre les mains du doyen de chaque canton pour être présenté à l'évèque au synode d'automne. Le prélat le lit et le conférant avec les autres mémoires des années précédentes, il remarque sans peine ce qu'il y a à faire, le soin, la négligence qu'on y apporte, et donne les règlements qu'il juge à propos.
Un des premiers soins de notre prélat, sitôt qu'il fut élevé à l'épiscopat, fut de donner à son clergé et à
son peuple un catéchisme ou formule de la doctrine qui se devait enseigner et qu'on devait suivre. Il trouva dans son, diocèse une espèce de division entre les savants; les uns étaient de Céphos, les autres d'Apollon1. Il crut que ces petits commencements pourraient avoir des suites par lesquelles les liens de la charité pourraient être affaiblis. Il s'attacha très particulièrement à ce que tous ses diocésains fussent à Jésus-Christ seul, voulut que tous eussent le même respect et la même déférence pour la constitution des papes que lui ; et il s'est conduit en ce chemin scabreux d'une manière si sage et si prudente qu'on ne s'en est presque pas aperçu et qu'il n'y eut que très peu d'esprits entêtés contre qui il a été obligé d'user de son autorité.
En 1 676, il fit réimprimer et renouveler les statuts de ce diocèse que feu messire Léonor de Matignon avait fait publier en 1637, comme nous avons dit*. Il n'a changé, ni diminué en ce que son illustre prédécesseur avait statué ; il y a seulement retranché quelques termes9 de sévérité, qui ne sont pas de son caractère, et ajouté quelques particularités que l'expérience, la suite des temps et les remontrances des plus affectionnés de son clergé et de son conseil lui ont fait ajouter ; ce qu'il a voulu être distingué par caractères différents afin qu'on pût distinguer aisément ce qui était de M. de Matignon et de lui.
Feu M. de Lesseville avait, comme nous avons dit,
* Ms. M : les uns étaient pour Céphos, les autres pour Apollon.
* Voy. p. 849.
* Ma. M : quelques traits. . .
donné un bréviaire nouveau, et il y a apparence qu'il aurait aussi enrichi le diocèse d'un missel et d'un rituel, s'il avait vécu. M. de Brienne a suppléé à ce défaut; il nous en a donné de très beaux en 1677. Il ne se trouvait presque plus de ces missels que feu M. de Briroy avait donnés au commencement de l'autre siècle. L'usage avait changé les cérémonies ; elles étaient différentes de celles de notre temps, et nous voyons par expérience que le peu qui en reste sont si embarrassantes par la multitude même des collectes et des épi très sur un même introït, par les abréviations, la mauvaise impression, le méchant papier et mille autres choses qui étaient du goût de ce temps-là, qu'on ne peut s'en servir qu'à peine, au lieu que, dans le nouveau on a évité ces défauts ; le papier est excellent, l'impression belle et nette, la méthode toute semblable à celle de Rome, les instructions sur le calendrier faciles et nobles ; en un mot, rien n'y manque.
Je dois dire la même chose du rituel. La manière de parler français dans le prône et dans ce qui regarde l'administration des sacrements où l'on doit se servir de la langue maternelle, avait vieilli. Ainsi on ne pouvait s'en servir sans mille incongruités. On y a sagement remédié aussi bien qu'à plusieurs instructions. C'est ce qui paratt même par les lettres pastorales que notre évêque a adressées en général à ses pasteurs et aux autres ecclésiastiques qui sont admis à l'administration des saints sacrements et à la direction des âmes. « Mis- « salia manualia etaliaid genus volumina ad Dei çultum « aut sacramentorum administrationem pertinentîa et
« usu trita et lacera et, nisi nova omnino cuderentur, « brevi futurum ut omnis sacer ritus interiret, etc. » Et parlant ensuite de la nécessité de conformer le missel au bréviaire de feu M. de Lesseville : « Debuit, ditce il, certe a nobis missalis editio procurari ut concors « sit iû posterum et constans apud omnes et officium « recitandi et sacra faciendi norma et ratio. » Enfin, il conclut par ces belles paroles : « Faxit deus ut quas « pro nobis preces fuderint aut a nobis pro diœcesi « fusafe fuerint, acceptée fiant et gratum habeant cleri « Gonstantiensis sacerdotes oblatum a nobis muhus. » La lettre pastorale du rituel me paraît si belle que je la donnerais ici tout entière si nos ecclésiastiques ne rayaient pas. On me permettra d'en insérer ici quelques* termes seulement pour faire voir la grandeur et la bonté du génie qui nous gouverne : « Novam, « dit-il, libri manualis editionem, in tan ta quà labo- « ratis ritualium penuria, eo lubentius concedimus « quod ex ipsa nominis significatione in omnium ves- • « tram manibus esse debeat. . . , etc. » Il ajoute : « Hune « vero si in nonnullis afium a superiore exhibe mus, « id profecto non studio novitatis ullius a quo semper « longe abfuimus, non etiam mitigatœ in multis « veteris disciplinas revocandae zelo... sed ejus quae « Ecclesia duce probante aut saltem ad mit tente, quo- « cumque tempore viguerit, observantia et existima- « tione ducti, etc. » II1 finit par ces paroles charmantes adressées à son clergé : « Vestrum erit posthac, dit-il, « sacerdotes Dei, pastores Israël, aperire librum et « solvere septem signacula ejus. Utinam digni sitis
« tan ta legatione qua pro Christofungimini, nequevos « paeniteat uaquam fuisse aut nos etiam forte fecisse « pas tores. »
Je ne remarquerai plus sur le sujet de ces livres que ces paroles de sa lettre pastorale qui est à la tête de son catéchisme : « Deux avis me restent à donner à <c ceux qui s'attacheront à cet emploi d'enseigner la « doctrine chrétienne. Le premier, c'est de faire en « sorte que leur vie soit conformée leur doctrine, afin « qu'ils ne détruisent pas par leur mauvais exemple ce « qu'ils auront édifié par leurs paroles, et qu'ils ne « soient pas semblables aux Pharisiens qui disaient « d'une façon et faisaient de l'autre. La seconde, c'est « de faire le catéchisme de cette sorte qu'ils ne s'élè~ « vent point trop pour en expliquer les grandeurs et « qu'ils ne s'abaissent point trop non plus par des « comparaisons basses ou ridicules, et qu'enfin, ils le « rendent intelligible aux pauvres comme aux riches, « au peuple comme aux savants. Je finis par ces paroles « que saint Paul adresse à Timothée et que j'adresse « à tous les pasteurs : Soyez attentifs à votre conduite « propre et vous appliquez à instruire les peuples ; « attachez-vous avec persévérance à cet emploi, parce « que si vous vous en acquittez dignement, vous opé- « rerez votre salut et celui de ceux qui vous écou- « tent. »
Ce peu que je rapporte ici nous témoigne deux choses : la première est le vrai caractère de cet évêque qui est la douceur et la piété; l'autre est l'élévation et la beauté de son style en l'un et l'autre genre d'é-
crire. Mais s'il écrit bien, il parle encore mieux ; je n'ai point vu de personnes qui s'expliquent mieux, ni avec plus de netteté dans une chaire en préchant, soit dans une conférence particulière. Je suis assuré d'avoir autant de témoins de son éloquence qu'il y a de gens qui l'ont écouté. Je laisserai sur ce point seulement deux sermons publiés, sauf aux autres d'en alléguer d'autres. Le premier est l'oraison synodale qu'il fit au synode pascal de l'an 1667. Il monta en chaire précédé de son porte-crosse, vêtu en évêque, couvert de sa chappe, et la mitre en tète. Il prit pour texte ces paroles de saint Luc, chapitre onzième : « Amice, « commoda mihit res panes ». Il expliqua, après Pierre de Blois, ces trois pains de trois sortes de nourriture qu'un pasteur doit à ses ouailles : « Pasce verbo, pasce « exemplo, pasce sacramento », et parla avec tant de force et d'éloquence' que non-seulement tout le monde l'admirait et disait : « Nunquam sic homo locutus est » , mais aussi que la mémoire en sera éternelle.
L'autre est qu'après la révocation de l'édit de Nantes1, notre prélat ayant jugé à propos qu'on fit une mission générale à Saint-Lo pour l'instruction des nouveaux catholiques dont cette ville était remplie, où toutes les paroisses à trois lieues à la ronde étant assemblées, il fit lui-même l'ouverture de cette mission le dimanche de la Sainte-Trinité 1686, il prit pour texte de son sermon l'évangile du jour qui est de saint Mathieu, chapitre XXVIII « Euntes docete, etc. »
« 17 octobre 1685.
J'y étais. Il était élevé sur un perron dans la cour du château. En vérité , je ne crois point qu'on puisse parler plus savamment, ni plus éloquemment, et ce qui me le fait croire, c'est que mon jugement se trouva conforme à celui de tout l'auditoire qui était très nombreux. Les autres actions publiques qu'il fit en cette mission, qu'il avait faites auparavant et qu'il a faites depuis, n'ont pas eu moins d'applaudissements. Aussi on peut dire qu'il a tous les talents d'un parfait orateur, l'estomac fort, la voix sonore, le geste beau et naturel, la mémoire, l'érudition, et cette grande facilité de s'énoncer, que les Grecs appelaient la parrisia1, et enfin cet air de puissance et de maîtrise que les juifs même remarquaient si bien en Jésus-Christ, et ce, tout autre que celui de leurs docteurs.
Mais si cet air est charmant en chaire, il ne l'est pas moins dans les conférences ou les conversations particulières. J'ai pour témoins de ce que je dis autant de personnes qu'il y en a eu qui ont eu* conversation avec lui. Au temps de la révocation de l'édit de Nantes, les nouveaux catholiques s'adressaient à ce prélat pour avoir les éclaircissements des choses qui leur faisaient de la peine ; il les recevait, il les écoutait, entrait dans leurs difficultés, les résolvait en véritable père, avec des honnêtetés et des bontés qui les charmaient et qui gagnaient leurs cœurs avec la même facilité qu'il convainquait leurs esprits.
Je le répète : ce que je dis ici est uniquement pour
i Le mot Tzafrpwla signifie : parler avec franchise et avec assurance. * Ms. P : qu'il y en a eu en.
porter les témoignages à la vérité. Je ne suis pas flatteur et je n'ai aucun sujet de l'être ; je n'ai jamais reçu aucune faveur de ce prélat et je n'en prétends, ni n'en demande aucune. Au contraire, il y a quinze ans, lorsque je pensai à cet ouvrage, j'étais seulement à 43 livres pour toutes taxes. Il a plu à MM. de la Chambre ecclésiastique, pour me donner courage à travailler, de m' augmenter seulement de 57 livres, en sorte que j'en suis présentement à 100 livres^ Je ne dois donc point être suspect en ce que je dis et ce qui me reste à dire de mon évêque.
Ce prélat a encore un autre talent que je ne dois pas omettre sans injustice : c'est d'être pacifique et de terminer les différends à quoi ordinairement ses diocésains sont sujets, qui, rompant la charité entre les familles, sont très souvent la cause de la ruine de leurs biens et de leurs âmes. Il sait leur expliquer ce que je dis avec tant de douceur, de charité et si distinctement, qu'il les rend capables de sentir la vérité et la raison et enfin d'y acquiescer suivant le jugement qu'on en apporte.
Il y a peu de familles nobles au Cotentin qui n'en puissent porter d'excellents témoignages ; je n'en citerai que celui-ci. Il y a des gentilhommes frères, mes voisins, qui étaient dans un terrible procès capable de les ruiner. Les atnés prétendaient que certaines terres et maisons étaient nobles et conséquemment leur
1 Les mss. portent : 105 livres. Faut-il lire 100 ou supposer que Toustain de Billy avait écrit plus haut 48 livres et que les copistes ont pris pour un 3 un 8 mal formé? Nous adoptons la première hypothèse.
appartenaient sans tomber en partage ; les cadets prétendaient le contraire, et tous soutenaient leurs prétentions avec tant d'entêtement que les efforts des plus grands seigneurs du pays et les remontrances de leurs parents et de leurs amis étaient inutiles. Je fis en sorte de traduire la chose devant notre seigneur évêque. Il s'y appliqua avec tant de charité qu'après avoir gagné les cœurs de ces entêtés et s'être fait donner un compromis, il termina le différend avec tant d'équité qu'ils en sont tous demeurés là et ont toujours avec plaisir suivi le conseil qu'il leur a donné. 11 a des manières tout à fait insinuantes, une patience angélique ;il laisse aux gens leurs bons ou faibles raisonnements tant de fois qu'ils veulent, il ne les rebute point, il entre, du moins en apparence, dans leurs sentiments, il les écoute tant qu'ils veulent, il les gagne, et, leur faisant sentir à eux-mêmes leurs faiblesses, il les conduit peu à peu à la raison et les entraîne nécessairement et agréablement à la paix, à leur repos et à la conservation de leurs biens.
Mais si tous ses diocésains en général ont tant de sujet d'être satisfaits de sa charité paternelle et de ses soins envers eux, ses manières civiles, honnêtes, condescendantes, lui sont très particulières pour son clergé. Il considère les prêtres comme ses frères ; il y en a peu ou point qu'il connaisse, dont il ne sache les qualités et le mérite ; il les reçoit tous avec une affabilité tout à fait engageante qui lui est naturelle; il les écoute autant qu'ils veulent, résout leurs difficultés, satisfait à leurs besoins, de manière que chacun sort de sa pré-
sence pleinement content ; et si quelquefois le zèle de la discipline ecclésiastique ou les règles de son devoir l'obligent d'user de quelque correction, il la fait avec tant de charité, de prudence et de douceur qu'on n'a aucun sujet de s'en plaindre.
M. de Loménie, en s'appliquant de la manière que nous venons de dire à la paix et au bon ordre de son diocèse, a cru qu'il était encore de son devoir de donner au moins une partie de ses soins à ces illustres monuments de la piété de ses prédécesseurs, à ces saintes maisons pour être des écoles de la vertu et des asiles pour ceux qui voudraient véritablement servir Dieu.
H y en a eu de cette sorte cinq de l'ordre de saint Benoît : Saint-Sever, Hambie, Saint-Sauveur, Lessay et Montebourg ; trois de chanoines réguliers de saint Augustin et un de Prémontrés : Saint-Lo, Cherbourg, la Bloutière et Blanchelande. Il a commencé par les chanoines réguliers avec espérance de faire de même à l'égard des autres, si Dieu lui en donnait le temps.
En 1659, feu messire André Merlet1, àbbé de Saint-Lo, fit venir en son abbaye des chanoines réguliers de la congrégation de Sainte-Geneviève et ainsi, ce monastère étant réformé, restait celui de Cher-
« Il y a eu successivement deux André Merlet, abbés de Saint-Lo. Le premier, André Merlet du Jardin, docteur en théologie de la faculté de Paris, fut -abbé de 1641 à 1646. Il eut pour successeur son neveu André Merlet, conseiller et aumônier du roi, fils de Jean Merlet, docteur régent de la faculté de médecine de Paris, conseiller et médecin ordinaire du roi. Il mourut en septembre 1664. C'est à lui que fut due la réforme dont parle Toustain de Billy. V. Gallia chrùtiana, XI, 939.
bourg et de la Bloutière. Notre prélat commença par le plus considérable. Il traita pour ce sujet en 1689 avec Alexandre Le Jay, abbé commendataire, et frère Claude Héron, prieur claustral de ce monastère, et autres religieux d'une part, et frère Jean Moulins, prieur de Bourg-Achard f , pour y introduire la nouvelle réforme que ce prieur avait donnée depuis peu à divers autres monastères du même ordre; et deux ans après, c'est-à-dire en 1691, notre évèque, par un style particulier signé de sa main, ratifia ce même traité qu'il avait moyenne, « comme étant content, « dit-il, de la conduite régulière, de la piété et bonnes « mœurs desdits religieux, chanoines réguliers, depuis « qu'ils demeuraient en son diocèse, sauf à leur -faire « donner un acte plus ample et en meilleure forme, « lorsqu'ils lui représenteraient l'acte de leur établis- « sèment fait par M. l'archevêque de Paris en l'abbaye « d'Hyverneaux ■ » ; auquel acte il voulut conformer le sien. Il les a aussi établis à la Bloutière du consentement des prieurs commendataires et du peu de reli-
1 Dép. de l'Eure, arr. de Pont-Audemer.
* L'abbaye de Sainte-Marie d'Hiverneaux était située dans l'Ile-de-France, à une lieue de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne).—- Gallia Christiana, VII, 849-850 : « Damna plu ri ma Hibernale monasterium pertulit tam ab dome8ticis bellis, quam ex haereticorum depopulationibus, adeo ut anno 1630 , jam a longo tempore canonicis regularibus vacuum duo tan tu m presbyteri seculares administrarent. Quare sancti Cirici de Friardel diœcesis Lexoviensis canonici regulares anno 1684 in eo conventum sub novis suis constitutionibus, earumque auctore Johanne Moullin priore restitueront, annuente Francisco de Harlay Parisiensi archiepiscopo, et curante Àlexandro Bontemps tune primo régis Ludovici Magni cubiculario ordinario, antea commendatorio ai) bâte, qui ad resarcienda cum eccleeiam, tum Joca regularia et ad conventum sustentandum non parum contuli8se perbibetur. Féliciter hactenus persévérât sub eodem instituto, nempe Boschi-Achardi, Bosc-Achard, sub quo militant quatuordecim mona8teria. »
gieux qui y restait, et au contentement de tous les gens de bien. L'acte est du 10e octobre 1695, devant Le Peu et Boudier, notaires apostoliques de Coutances.
Mais pendant qu'il travaillait ainsi avec tant de zèle à ramener à leurs devoirs les étrangers, pour ainsi dire ses propres enfants, ses domestiques, tâchaient de se relever de la régularité et de l'obéissance qu'ils lui devaient : je veux parler des religieux de l'Hôtel- Dieu de Cou tance s. Ces messieurs, sans considérer à qui ils sont redevables de leur être et de leur subsistance, eurent dessein de sortir de la maison de leur père pour se soumettre à des étrangers. Ils se disaient membres des Hospitaliers du Saint-Esprit de Montpellier, voulaient se soumettre à ... qui se disait général de cet ordre; mais ayant été déboutés de cette grande prétention par la vigilance de notre évêque, ils n'en demeurèrent pas là. Ils s'adressèrent à ... de Montmorency, fils du maréchal de Luxembourg, en la qualité de... croyant qu'il aurait autant d'affection que de puissance à les favoriser dans l'indépendance qu'ils recherchaient uniquement1. Ce
1 Le Dictionnaire de Moréri contient, ▼» Esprit (ordre du Saint-Esprit de Montpellier), un asset long article sur les origines de cet ordre, son extension, ses rapports avec la papauté, et surtout les disputes qui s'élevèrent au commencement du xvn* siècle sur la qualité de chef d'ordre. Nous dirons seulement que, par unédit du mois de décembre 1672, le roi mit « Tordre du Saint-Esprit de Montpellier au nombre de ceux qui « étaient déclarés éteints de fait et supprimés de droit, et en réunit tous c les biens à Tordre des chevaliers de S.-Laxare, dont M. de Louvois « fut fait grand-maltre sous le nom de vicaire général ». Après la mort de Louvois, l'ordre fut rétabli. Le roi lui rendit tout ce qui avait été réuni à celui de S.-Lazare, et nomma grand-maltre le second fils du
fut fatiguer M. de Brienne d'un voyage de Paris pour faire voir au conseil où l'affaire avait été traduite, l'injustice des prétentions de ces religieux et il l'expliqua si manifestement qu'on fut obligé d'y acquiescer.
Il est jaloux, comme il le doit être, notre prélat, des droits et de l'honneur de l'église qui est son épouse. Il n'a jamais fléchi dans les occasions où il s'est agi de les soutenir. Cette noble partie de son diocèse1, qui est au milieu de la ville de Rouen, sur laquelle un de ses prédécesseurs a fait bâtir le siège souverain de la justice de la province, a été enviée depuis longtemps par les officiers de l'archevêché. Ils n'ont presque jamais cessé de faire éclater la passion qu'ils ont pour cela, quoiqu'ils souffrent sans jalousie les droits des évêques de Lisieux sur diverses paroisses en leur ville et aux environs ' qui ne sont pas mieux établis que les nôtres.
maréchal de Luxembourg, Pierre-Henri Thibaut de Montmorency, qu'on appelait l'abbé de Luxembourg et dont le frère aîné, Charles-François- Frédéric de Montmorency, était gouverneur de Normandie.
D'après ces détails, il semble qu'on pourrait remplir ainsi les blancs laissés par Toustain de Billy : ... voulaient se soumettre à [l'abbé de Luxembourg] qui se disait général de cet ordre; mais ayant été déboutés de cette grande prétention par la vigilance de notre évéque. ils n'en demeurèrent pas là. Ils s'adressèrent à (Charles-François-Frédéric] de Montmorency, fils du maréchal de Luxembourg, en la qualité de f gouverneur de Normandie], etc.
Remarquons toutefois que, vers cette époque, d'autres personnages se prétendirent généraux de cet ordre. C'est ainsi que, vers 1690, un sieur de La Goste se disait grand-maître malgré la suppression de l'ordre, comme ayant été élu canoniquement par les chevaliers. Deux arrêts du conseil du roi condamnèrent ses prétentions.
Nous avons cru dès lors bien faire de laisser tel quel le texte de Toustain de Billy.
« Le prieuré et la paroisse de Saint- Lo dans laquelle fut commencée en 1499, d'après Farin, la construction du Palais de Justice, dont Geoffroi Herbert, évéque de Goutances, était alors le premier président.
> L'exemption de Lisieux comprenait, dans le diocèse de Rouen, les
Dès Tan 1666, le siège épiscopal de Coutances étant encore vacant, MM. du chapitre furent en obligation par le ministère d'un sergent de faire itératives défenses à M. Louis Mithon de Froideville, prieur curé de Saint-Lo de Rouen, de reconnaître d'autres supérieurs au spirituel que le chapitre ou ses grands vicaires, le siège vacant, ni de recevoir aucune visite que de leur part ; pour laquelle faire, ils prétendaient députer un de leursdits grands vicaires. Et M. de Brienne, le 24° mars 1683, par le ministère d'un nommé Botté, sergent, fit renouveler défenses audit sieur de Froideville, tant pour lui que pour le couvent et prieur dudit Saint-Lo * et [le] curé de Saint-Jean de Rouen, de reconnaître autre supérieur au spirituel que ledit seigneur évêque de Coutances, et de recevoir aucune autre visite que celle quQ ledit seigneur évêque y prétend faire ou faire faire, ni faire ou souffrir acte qui lui puisse préjudicier à peine d'en répondre. Sur quoi, le 2e novembre suivant, de Fieux, officiai de Rouen, ayant reçu la requête à lui présentée par quelqu'un des trésoriers de ladite paroisse de Saint-Lo de Rouen, mit son ordonnance au pied. Ledit sieur de Froideville, trois jours après, fit signifier par un sergent copie entière de ladite défense de notre évêque audit de Fieux et aux trésoriers, avec protestations de nullité de l'ordonnance dudit officiai de tout ce qui pourrait être fait à l'avenir contre et
paroisses de Saint-Cande-le- Vieux (à Rouen), d'Êtrépagny, du Petit-Couronne, de Sotteville-lès-Rouen et de Saint-Étienne-du-Rouvray. Voy. Du Bois, Histoire de Lisicxix, t. I., p. 357-359.
au préjudice de ladite défense du seigneur évèque de Cou tances \
En Tannée 1693, un certain particulier nommé Abraham Besselièvre*, déguisant son nom et sa qualité, se nommant simplement Le Lièvre et se disant de la paroisse de Saint-Lo de Rouen, fit publier les bancs du mariage qu'il voulait contracter avec Suzanne de La Haye, son affidée ; mais ledit sieur de Froideville, curé, ayant découvert que c'était un franc huguenot, lequel voulait éluder les ordonnances du roi et tromper ledit curé, qu'il n'avait été que six jours à diverses fois en ladite paroisse et que ladite prétendue affidée n'y avait point été, cessa de poursuivre la publication des bancs, et, ayant parlé à Bçsselièvre, cet nomme lui avoua franchement qu'il était huguenot et poursuivant insolemment son entreprise, il somma le 10e juillet suivant ledit curé par un sergent de lui donner une attestation de ses bancs et, sur son refus, lui donna assignation par devant l'official de Rouen, et ledit sieur de Froideville, soutenant les intérêts de notre évèque son prélat, trois jours après la susdite défense à lui faite par monseigneur de Coutances, répondit à l'official, vice-gérant promoteur, et autres
officiers de ladite officiai i té de Rouen en parlant à leur
greffier, et à Besselièvre en parlant à son procureur, leur déclarant qu Une pouvait connaître leur juridio-
• V. Farin, Histoire de la ville de Raue*i éd. de 1738/ in-f 2, *• part»*, p. 127-12A.
■ Le ma. P. écrit ici Besselin.
tion et protestant de nullité des autres poursuites et diligences qu'ils pourraient faire au contraire comme de juge incompétent et à faire casser icelles avec intérêts et dépens comme d'attentat aux différentes défenses et aux arrêts du parlement. Les officiers du seigneur archevêque en demeurèrent là et je n'ai pas connaissance qu'ils y aient rien attenté.
C'est ainsi que notre seigneur évêque soutient les droits de son église et il n'est pas moins jaloux que Naboth de l'héritage de ses pères, je veux dire de la vérité de notre religion dont il est le dépositaire, te qu'il a reçu de ses prédécesseurs. Grâce à Dieu, il n'y a jamais eu de prélat dans l'église de Coutances -
qui ait chancelé en la foi catholique. La foi que prêcha saint Ereptiole qui fut le premier de nos évêques, est celle dont nous faisons aujourd'hui profession, sans qu'il y soit arrivé aucun changement ni aucune altération. Je me contenterai de citer ici deux actes pour faire voir combien M. de Brienne, notre prélat, est éloigné de toutes nouveautés en matière de religion.
Le premier est un mandement daté de Coutances le 3e novembre 1699, adressé au clergé de son diocèse pour la réception de la bulle du pape Innocent XII, pour la condamnation d'un livre composé par monseigneur l'archevêque de Cambrai qui a pour titre : l'Explication des Maximes des Saints sur la vie intérieure , lequel mandement commence ainsi1 : « La pureté delà
4 V. dans D. Bessin : Concilia RotomagensU provincim, lre partie, p. 349 et 3U1Y. le procès-verbal de l'assemblée provinciale tenue à
oc doctrine est le dépôt que l'apôtre saint Paul veut « que les évèques gardent avec plus de fidélité, et ils « doivent, quand elle peut être altérée, renouveler « leurs soins et leur application. Dans tous les siècles « de l'Eglise, nous avons vu<cette sainte doctrine com- « battue. Dans les premiers siècles, le démon a publi- « quement attaqué nos mystères et s'est servi de la a prévention de nos sens et de la faiblesse de notre « raison pour persuader que ce qui est au-dessus d'elle « devait être incroyable. Vaincu cependant par l'au- « torité de l'Eglise, il semble qu'il ait encore voulu « prendre une autre voie et que, se transfigurant avec « beaucoup plus d'adresse en ange de lumière, il a l'ait voulu attaquer par l'apparence d'une plus « grande perfection. C'est ce qui a paru par les livres « des faux mystiques qui ont été mis au jour depuis « quelque temps, dans lesquels, sous prétexte de con- « duire les autres par des voies plus élevées, il les « entraîne dans de plus grands maux. Cette manière « est d'autant plus dangereuse qu'elle peut même « surprendre ceux dont les intentions sont bonnes. « C'est ce qui a paru dans le livre intitulé : YExplica- « (tondes Maximes des Saints par Monseigneur Parche- « vêque de Cambray... Â ces causes voulant de notre « part nous opposer autant qu'il est en nous à ce que « la doctrine de l'Eglise reçoive aucune altération, « tant que le dépôt nous en sera confié, conformément
Gaillon à laquelle assistait Loménie de Brienne, et qui condamna le livre de Fénelon, et p. 253 et suiv. le mandement de Jacques-Nicolas Colbert, archevêque de Rouen, et le bref de condamnation du pape Innocent XII.
« à ce qui en a été résolu en l'assemblée de notre « province, le 306 de juin dernier, nous acceptons « avec soumission la condamnation faite par notre « saint Père le pape dudit livre intitulé VExplication « des Maximes des Saints, etc., par la constitution en « forme de bref du 12e mars dernier, ainsi que celle « des vingt-trois propositions qui en ont été extraites. « Condamnons aussi de notre part ledit livre et les « propositions, ainsi qu'il Ta fait. Défendons à tous « ceux qui nous sont soumis de soutenir aucune des- « dites propositions condamnées, ni de garder ledit « livre, etc. »
L'autre regarde certaines propositions qui1, ayant été portées en Sorbonne et décidées par plusieurs savants docteurs de cette savante compagnie, de manière qu'on crut qu'elles altéraient les constitutions des papes Innocent X et Alexandre VII, de sorte que le roi, qui ne veille pas moins à l'honneur de l'Eglise qu'à celui de son royaume, les ayant envoyées au pape, et ce juge souverain en ayant décidé, et les évêques de France, en leur assemblée générale, ayant reçu avec soumis-
* En 1*701 , une Consultation connue sous le nom de Cas de Conscience, tendant à établir qu'on pouvait signer le formulaire imposé aux jansénistes, moyennant certaines réserves implicites, avait reçu les signatures de quarante docteurs de la Sorbonne. 11 en résulta de vifs débats entre les théologiens. On accusa le Cas de Conscience de ranimer les anciennes querelles et de favoriser les équivoques et restrictions mentales. Il fut condamné, le 5 mars 1703, par un mandement du cardinal de Noailles, archevêque de Paris, et par un arrêt du Conseil, en date du même jour. Le 16 juillet 1705, le pape Clément XI, publia la bulle Vineam Domini Sabaoth, par laquelle il décidait que le silence respectueux sur les bits condamnés par l'Eglise ne suffit pas, et exigeait qu'en signant le formulaire, on jugeât eflectivement le livre de Jansénius infecté d'hérésie. Cette bulle fut reçue par rassemblée du clergé de 1705, sur l'invitation du roi.
sion son ordonnance et jugement, notre évoque qui avait assisté à cette assemblée, étant de retour, publia en son synode automnal, le 6* octobre 1706, son ordonnance sur ce sujet, [de laquelle] voici quelques termes: « Charles-François de Loméniede Brienne... « Quoique nous ayons tâché par notre exemple de porter « non-seulement les peuples qui sont soumis à notre « conduite, mais aussi ceux avec qui nous avons eu « quelque conversation sur les matières de la grâce, « à recevoir les décisions des souverains pontifes avec « le respect et la soumission intérieure et sincère « qui leur est due, cependant nous avons vu avec « douleur les efforts que des esprits inquiets ont « faits depuis quelques années pour renouveler les « contestations sur le Jansénisme et pour affaiblir, par « des écrits remplis de fausses et dangereuses maximes, « l'autorité des constitutions des souverains pontifes « qui doivent, après l'acceptation que le corps des « pasteurs en a faite, être regardées comme le juge- « ment et la loi de toute l'Eglise r » ; et il dit que, quoique les écrits eussent été rejetés par tous les vrais fidèles, il était à propos que les constitutions des papes Innocent X et Alexandre VII, auxquelles on voulait donner atteinte, fussent confirmées et renouvelées par la décision du Saint-Siège. 11 ajoute que Pierre a donc parlé par la bouche de son digne successeur; que celui qui doit affermir la foi de ses frères a rejeté
* Voy. dans Dom Bessin le mandement par lequel Jacques- Nicolas Colbert, archevêque de Rouen, ordonne, 26 novembre 1706, la publica tion de la bulle du pape Clément Vil, et à la suite cette bulle Vineam Domini Sabaoth: Concilia Rotomagcnsis prooincia, 2* partie, p. 209-220.
toutes les nouveautés profanes qui pourraient altérer la vérité et troubler la paix ; que le chef des pasteurs, excité par les prières du roi, a dissipé, par la constitution du 16e juillet 1705, tous les vains prétextes auxquels on avait recours ; enfin, il conclut qu'après avoir fait de sérieuses réflexions sur une affaire si importante et le saint nom de Dieu invoqué, « nous déclaa rons, dit-il, par notre présente ordonnance, que nous « acceptons derechef en notre particulier avec sou- « mission et obéissance, comme nous l'avons déjà fait « dans l'assemblée du clergé, la constitution du Saint- « Siège, et en nous renfermant absolument dans la dé- « cision qu'elle contient, nous déclarons que l'on ne « satisfait point par le silence respectueux à l'obéis- « sance qui est due aux constitutions des souverains « pontifes Innocent X et Alexandre VII [qu'il faut] « s'y soumettre intérieurement... l »
* Ce passage a été emprunté presque textuellement au mandement de Jacques-Nicolas Colbert, archevêque de Rouen, ce qui nous a permis de le compléter par les mots placés entre crochets. Ce mandement ajoute après intérieurement : « rejetter non-seulement de bouche, mais môme de cœur, et condamner comme hérétique le sens du livre de Jansônius, condamné dans les cinq Propositions ». P. 210.