DE SYLVESTRE DE LA CERVELLE
La terre ou fief de la Cervelle, dont la famille de cet évèque porte le nom, est dans une des paroisses du diocèse de Rennes, nommée Saint^eorges-de-Reintembault^ Elle appartient maintenant à la maison de Poilly, où elle est passée par mariage.
Cette famille de la Cervelle, qui porte de sable à trois losanges d'or, existe auprès de Pontorson en la paroisse d'Auxé' et ailleurs, et même en ce diocèse où [nous trouvons] Bonaventure de la Cervelle, écuyer, seigneur et patron du Désert, paroisse à deux lieues de Saint-Lo, entre cette ville et Carentan.
. Sylvestre, notre évèque, était fils de Jacques et petit^fils de Guillaume de la Cervelle, chevalier, et de Jeanne des Pins. Il avait un frère nommé Hervé de la Cervelle, seigneur de Villers, lequel continua la postérité.
Sylvestre ayant achevé ses études à Paris, où ses parents l'avaient envoyé dès sa première jeunesse
* Ârr. de Fougères.
' Ait. <r Avraoches.
164 HISTOIBE ECCLÉSIASTIQUE
comme l'ayant destiné à Téglise, il fut à Avignon, qui était alors l'école de ceux qui aspiraient aux dignités ecclésiastiques, les papes par ce droit qu'on appelait réservation disposant presque de tous les bénéfices.
Les mérites de ce jeune aspirant le firent bientôt distinguer et connaître aux papes et aux cardinaux dont la cour était alors en Avignon, de sorte que, l'évèché de Coutances venant à vaquer, Grégoire XI, qui venait de succéder à Urbain Y, et [qui n'] étant encore que Pierre Roger, cardinal, neveu et filleul de Clément YI, l'avait connu digne de remplir cette charge, l'y éleva d'autant plus, qu'étant parent du fameux Bertrand du Guesclin, à qui la France avait tant d'obligations et que le roi venait de créer connétable, ce monarque le souhaitait.
MM. de Sainte-Marthe ont remarqué des registres du Yatican , qu'il fut élevé à cette dignité le 27* mai 1371, d'où nous apprenons que le siège épiscopal ne vaqua que fort peu de temps, puisqu'étant certains par la charte de la Bloutière ci-dessus citée, que Louis vivait encore sur la fin d'avril 1370, sans néanmoins savoir combien il a vécu depuis, il y a peu de l'un à l'autre. Il ne fut pas longtemps non plus après son élévation sans venir en son diocèse et s'appliquer tout de bon au devoir de sa charge, comme il nous parait d'une requête qui lui fut présentée, le jeudi après la Nativité de la Sainte-Yierge , audit an 1373, par Lucine de Yillers, dame de Bellon, veuve de Guillaume d'Argouges, pour le supplier d'accepter et ratifier la donation qu'elle faisait du patronage de
DU DIOCÂSE DE GOUTANCES. 165
Bellon ^ et Saint-Fragaire * aux prieur et religieux du même couvent de la Bloutière.
Nous avons encore les règlements et statuts qu'il fit ou renouvela par le bon ordre de son diocèse et qu'il publia en deux synodes généraux : le premier, tenu l'an lY de son pontificat ou épiscopat, l'an de Jésus-Christ 1375 ; l'autre, le mardi après la Quasimodo 6* d'avril.
Au premier, après avoir rapporté, renouvelé et confirmé toutes les ordonnances ci-devant faites par ses prédécesseurs, et enjoint étroitement de les observer, il ajouta que tout ecclésiastique bénéficier, qui ne comparaîtrait pas dans le synode dans le mois, serait jugé contumace ; que toutes les dispenses et indulgences accordées jusqu'alors seraient reçues et examinées derechef par lui ou par ses officiers ; qu'on ne se servirait à l'avenir que de calices d'argent, interdisant tous les autres absolument, hors le cas de nécessité ; qu'on aurait soin de tenir les cimetières bien nets et bien enclos, afin que les bêtes n'y entrassent point ; que les bénéficiers eussent à résider à moins qu'ils n'en eussent obtenu dispense, et que les manoirs presbitéraux fussent tous en due et bonne réparation ; qu'on ne donnât point la sépulture ecclésiastique aux personnes qui seraient mortes subitement par un accident extraordinaire et inconnu, sans sa permission; qu'on n'eût point à établir de coûteurs dans les églises sans sa permission et autorité ; enfin qu'on eût à empêcher et défendre
« Bellon, arr. de Saint-|iO.
■ Saint-Fragaire, arr. de Saint-Lo.
sévèrement auprès des églises toutes ventes de pain , chair, poisson, et de toutes autres sortes de marchandises , aux dimanches et fêtes.
Le recueil du synode de 1377 commence par le mandement de Tévèque, que nous avons jugé à propos de traduire et insérer ici en notre langue : « Sylvestre, « par la grâce de Dieu et du siège apostolique évèque (c de Coutances, au doyen de la chrétienté dudit Coûte tances^ à tous autres doyens, curés et personnes ecclé- <( siastiques, salut en Notre Seigneur. Quoique les curés (( et tous les autres ecclésiastiques du diocèse soient en a obligation d'observer les statuts et les ordonnances de « TEglise faites pour l'utilité publique tant par nos « prédécesseurs que par les synodes provinciaux, qu'on « puisse et doive les y contraindre par les censures « ecclésiastiques et même les corriger et les punir « selon les canons, s'ils y manquent, il est vrai néan- « moins qu'il y a beaucoup de curés , nos sujets, les- « quels depuis longtemps ont négligé d'observer lesdits (( statuts provinciaux et synodaux comme ils s'y « étaient obligés , ainsi que nous l'avons connu par a expérience, ce qui sans doute tourne au péril et au (( scandale du peuple. Voulant donc nous proposer d'y « apporter le remède nécessaire, de prévoir et préve- « nir ces grands périls autant qu'il est en notre pouce voir, en notre saint Synode, tenu aujourd'hui après « Quasimodo, sixième jour d'avril, l'an de Notre Sei- « gneur 1377, nous avons fait et publié les statuts et « ordonnances qui suivent. » Ces statuts sont premièrement un abrégé et un renouvellement, tant de ceux
que nous avons rapportés ci-dessus que des autres faits par ses prédécesseurs, avec une nouvelle injonction d'en avoir copie et de les observer religieusement; à quoi il ajouta : T que, pour la non-résidence, il fallait nécessairement en avoir obtenu dispense ou de lui évèque ou du pape ; 2* qu'un clerc ne devait point du tout, par quelque cause que ce pût être, traduire un autre clerc devant un juge laïque; S"* qu'un clerc ne devait point être en une maison de laïque en qualité de procureur ou secrétaire ; 4"* qu'un prêtre ne devait point dire deux messes en un jour sans une expresse permission pour cela du pape ou de lui évèque ; 5"" qu'aucun prêtre ni religieux ne devait donner l'absolution de cas réservés sans une licence spéciale de Tévèque, ni recevoir aux sacrements d'obligation les habitants des autres paroisses sans le consentement des curés : a reli- « giosi contrarium facientes, excommunicationis sen- « tentiam incurrunt ipso facto. » &" Avertissant ensuite que les frères quêteurs « in suis proponunt prœdicatio- « niblis multa falsa et vana, ut simplices decipiant, et (( pecuniam è fallaci ingenio extorqueant ab eis » , il défendait étroitement d'en souffrir aucun, à moins qu'il ne soit pourvu de lettres apostoliques ou de lui évèque : a quibus quaBStoribus interdicimus quamlibet prœdica- « tionem. » V Défense faite aux ecclésiastiques de donner aucun soupçon d'avarice , d'usure , comme d'attendre en été à vendre les blés pour avoir plus d'argent, de donner temps du paiement jusqu'au mois de septembre pour le vendre plus cher. S"" Défense aux pères et aux mères de mettre leurs petits enfants à coucher avec eux,
de peur de les étouffer, comme il arrive quelquefois, et ordre aux curés de les en avertir tous les dimanches. 9"" Que les curés obligent tous leurs paroissiens de se confesser avant le dimanche des Rameaux, anie Pascha floridum. 10" Défense à tout autre -qu'à un clerc tonsuré en surplis de chanter l'épitre. IT Défense à tout prêtre et autres personnes ecclésiastiques de porter des bonnets rouges, des bourelets à leurs capuchons, ni cornettes cousues ou non : a PraBcipimus ne quis pres- « byterorumautaliorumvirorumecclesiasticonim, bir- « reta rubea, borreletos in suis caputiis, aut cometas c( dissutas déferre praesumant. ». Les bonnes œuvres faites en état de péché mortel étant inefficaces pour obtenir le salut , et le péché ne s'expiant que par le sacrement de pénitence, les curés doivent avertir leurs peuples de la fréquenter le plus souvent qu'il leur sera possible : « Gùm opéra bona in peccato mortali « facta ad salutem animas impetrandam sint inefficacia, « nec peccatum ipsum aliter quam per sacramentum (( pœnitentiae deleatlœ^.. »
On peut remarquer par ces statuts combien ce bon évèque s'était appliqué à connaître les besoins de son diocèse, avec quel soin et quelle exactitude il travaillait à y remédier. On pourra aussi remarquer que Sylvestre est le premier de nos prélats qui se soit intitulé par la grâce de Dieu et du saint-siége apostolique, « Dei et apostolicdB sedis gratia Constantiensis episco- <( pus » , comme peut-être ayant été le premier de nos
« V. D. Bessin, 560-65, qui met ce concile à la date de 1272.
évèques élevé à cette dignité par la seule autorité du pape.
Le 25 février 1379, notre évèque étant à Bonfossé, il confirma un accord passé devant Guillaume Le Cordier, bailli et garde de sceaux de la haute justice de Moyon, le vendredi 20*" janvier précédent, entre les abbé et religieux de Hambie, d'une part, et CoUin leTenneur, écuyer, seigneur de Briqueville, d'autre part touchant le patronage de la paroisse de Saint^Romphaire \ par lequel il avait été arrêté que lesdits religieux présenteraient à ladite église de Saint^Romphaire deux curés de suite et ledit seigneur de Briqueville le troisième. Quelque temps après, Jean delà Croix, ce prieur de Saint-Lo de Rouen dont nous avons parlé , étant décédé, il eut pour successeur Richard de Caumont. Ce nouveau prieur voulut comme les précédents être béni par son évèque, conformément aux saints canons. Cette bénédiction se fit en notre cathédrale, suivant aussi ce qui avait été décidé, en 1 263, entre Jean d'Essey et son chapitre, ainsi que nous avons dit. On conserve dans les archives de ce prieuré de Saint-Lo de Rouen l'acte de cette bénédiction; en voici l'extrait traduit en notre langue sauf à le donner en la sienne :
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Syl- (( vestre, par la permission divine évèque de Coutances, « salut en notre Seigneur. Savoir faisons que, l'an 1384, « le dimanche auquel on chante dans la sainte Eglise « Vocem jucunditatis* ^ célébrant avec l'aide de Dieu la
« MoyoQ, Saint-Romphaire^ arr. de Saint-Lo. • 5* dimanche après Pâques.
sainte messe solennellement et en habits pontificaux, nous avons donné toutes les bénédictions, selon les formes et manières ordinaires en tels et semblables cas, à notre chère et religieuse personne Richard de Caumont, prieur du prieuré de Saint-Lo de Rouen, de Tordre de Saint-Augustin, de notre exemption et diocèse de Coutances, ainsi comme ses prédécesseurs en leur temps ont été bénis par les nôtres, en présence et assisté de religieuses et honnêtes personnes les abbés des monastères de la Très-sainte-Trinité de Lessay et de Saint^Lo en la ville de ce nom, des ordres de saint Benoit et de saint Augustin, de notre diocèse ; nous avons aussi reçu de lui, dit Caumont, le serment de fidélité , qu'il nous a prêté à nous et à notre église de Coutances, ainsi et de la manière qu'il a toujours été fait par ses prédécesseurs, lorsqu'ils ont été bénis. En témoignage de quoi nous avons fait apposer notre sceau à ces présentes, l'an, le jour, et au lieu susdits. » On voit de cet acte seul combien est injuste la prétention de ceux qui osèrent entreprendre de faire perdre à nos évêques la juridiction qu'ils ont sur ce prieuré et sur ce qui en dépend en la ville de Rouen.
En ces temps-là, un nommé Pierre Lesage , clerc licencié aux décrets et bachelier aux lois , fonda dans la cathédrale la chapelle Saint-Lo , et la dota de 22 livres de rente, à prendre et avoir par chacun an sur un nommé Nicolas le Prêtre , de la paroisse de Saint- Lo , sauf la garantie de tous ses biens , tant de ceux qui sont non-seulemeut dans la ville, mais des faubourgs et ailleims ; et notre prélat , par un acte con-
tenu au cartulaire du chapitre, volume V\ feuillet 120, approuva cette fondation. Cette chapelle maintenant n'est plus que de cent soufi de rente et est à la nomination du chapitre.
Ce même prélat , Sylvestre de la Cervelle , fit bâtir cette chapelle, qu'on appelle la Cerclée ou des Enfants de choeur^ qui est derrière le grand autel , en laquelle nos évèques tiennent leur synode général et font faire Tappellation des curés. Elle est hors d'oeuvre et plus grande que les autres ; aussi nos maîtres en architecture n'approuvent pas ce bâtiment et disent qu'elle gâte la symétrie du corps de l'église et en ôte le rond-point qui , sans elle , était parfait. En effet, nous avons remarqué que la hauteur des clochers se trouvant égale à la longueur de l'église, la mesure de cette hauteur vient justement à l'entrée de cette chapelle , au lieu où finissait le rond-point lorsqu'on fit cette chapelle.
C'est en cette chapelle que repose le corps de ce hon évêque , lequel , après avoir gouverné ce diocèse en véritable pasteur , mourut en Notre Seigneur, bien aimé de son clergé et de son peuple, et regretté de tous , après avoir tenu le siège épiscopal environ seize ans. On y voit encore son portrait peint en ime vitre qui est du côté de l'Evangile, proche de l'autel ; il y est représenté à genoux, en ses habits pontificaux, ayant derrière lui un saint Jean qui le présente au Ciel, et au-dessus sont écrits, en lettres gothiques, ces mots : (( Sylvestre , évèque de ce lieu , est inhumé en cette chapelle, en l'an 1387. Priez Dieu pour lui. » Il y
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avait encore d'autres écritures , dont il reste quelques lettres séparées; mais il n'est pas possible de les lire y ni d'y rien comprendre, le verre ayant été cassé. Ce fut au mois de septembre qu'il mourut , au moins nous le croyons, parce qu'en l'obituaire de la cathédrale, il y a en l'article quatre un obit marqué pour lui en ces mots simples : Sylvester episcopus.