DE NICOLAS DE THOLON ET DE GUILLAUME DE GRËVEGOSUR
Charles V avait pour frères Louis^ duc d'Anjou, Jean^ duc de Berry, et Philippe, duc de Bourgogne; il laissa en mourant, le 16 septembre 1380, deux fils en bas âge, Charles YI qui lui succéda, et Louis, qui fut comte de Touraine et par après duc d'Orléans. Ce sage prince, se sentant près de mourir , nomma le duc d'Anjou régent du royaume pendant la minorité de son fils et déclara ses deux autres frères tuteurs de ses enfants ; mais le duc d'Anjou, s'étant entêté de courir après le royaume de Naples, et celui de Berry de courir après rien, Philippe devint maître de tout.
Ce fut par le crédit et le moyen de ce prince que Nicolas de Tholon fut notre évèque , mais pour onze mois seulement, ainsi que le témoigne le Livre noir du chapitre.
M. Le Laboureur, parlant en son introduction à V Histoire de Charles V/, du duc de Bourgogne, page 98 : « Il eut , ditril , pour chancelier Philibert Paillard, pré- (( sident à mortier au parlement de Paris, lequel ayant « été établi en cette charge par le roi Jean, il l'en
« destitua le 3' décembre 1366 pour y instituer Ber- « trand Duncey, mort Tan 1367. Pierre de Dinteville, a évéque de Nevers, succéda , puis Nicolas de Tholon, « chantre d'Autun , qui fut successivement évèque de (( Coutances et d' Autun, par faveur » . Je ne sais rien de la famille de cet évèque; je sais seulement que le Trésor héraldique marque un Tholon , du Dauphiné, qui porte de sinople au cygne d'argent, membre d'or; mais j'ignore si c'est le même y d'autant plus que MM. de Sainte-Marthe le nomment Bourguignon.
J'apprends de ces écrivains, qu'en 1362 il fut pourvu d'une chapelle en l'église d'Autun, qu'en 1365 il en fut chanoine , ensuite, comme nous arvons dit , chantre, prœcentor^ puis, conseiller au parlement et chancelier de Bourgogne , comme nous venons de l'apprendre de M. le Laboureur. Il était donc en cet état, lorsque l'évèché de Coutances venant à vaquer, la faveur de son prince lui procura cette chaire du pape, qui siégeait à Avignon et que la France reconnaissait ; mais peu de temps après, Autun ayant vaqué, la main qui nous l'avait donné nous le retira et le transporta à Autun. Ces mêmes MM. de Sainte-Marthe disent que son bienfaiteur, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, lui rendit aveu de certaines terres qu'il tenait, dépendantes de u l'église d'Autun, le 3* d'avril 1390, comme fit aussi un nommé Gui d'Arcy de la charge de bailli d'Autun.
Il mourut le 20 décembre 1 400 et fut inhumé dans l'église de Saint-Lazare, en une chapelle qu'il y avait fait bâtir, sous un tombeau de cuivre sur lequel on
grava cette épitaphe : a Hic jacet quondam bonae me- <( moriae dominusNicolausdeTholono, quondam Gons- « tantiensis episcopus ac deinde Augustodunensis, (( CUJU8 anima requiescat in pace. Amen. Qui obiit die a décima mensis decembris, anno Domini 1400. »
L'auteur du Noctes Blancœlandœ dit de lui qu'il était notre évèque en 1387, auquel an ses grands vicaires, qu'il nous aurait fait plaisir de nommer, donnèrent un démissoire à Jean de Pré , chanoine de Blanchelande, pour recevoir les quatre ordres mineurs de tel évèque qu'il voudrait : « Nicolaus sedebat anno <( 1387, quo ejus in remoto loco agentis vicarii gene- « raies permittunt Joanni de Prato, canonico de Blan- « chalanda, ut a quocumque visum fuerit episcopo « initiaretur minoribus quatuor ordinibus.
GmLLAUME DE CHEVEC(»UH
Il est le troisième évèque de Goutances du nom de Guillaume. Il succéda à Nicolas de Tholon par la même voie que celui-ci avait succédé à Sylvestre de la Gervelle. MM. de Sainte-Marthe disent qu'il fut créé notre évèque le 17* septembre 1387 : « Greatus « 1387, die 17* septembris, exactis consistorialibus». Ils se trompent, ce mois et cet an sont ceux de la mort de Sylvestre de la Gervelle. Il faut, au lieu de 1387 , 1388 , afin de donner onze mois d'épiscopat à son pré-
décesseur; encore faut-il que ce prédécesseur ait été sacré bientôt après la mort de Sylvestre.
Notre Guillaume était d'une famille fort noble et distinguée. J'ignore le nom de son père , je sais seulement qu'il avait un frère, nommé Jean, qui , ayant épousé Blanche de Saveuse , fut père de Jacques de Crèvecœur, qui est en réputation dans l'histoire de Bourgogne, qui fut père de Philippe, seigneur de Guerdes, maréchal de France. Cette famille est éteinte; les biens en sont passés aux maisons de Gouffier et de Halwin, par les deux mariages de Louise de Crèvecœur, fille de François, fils d'Antoine, fils de Jacques, laquelle épousa en premières noces l'amiral Bonnivet, Guillaume Gouffier, et en secondes noces Antoine d'Halwin, seigneur de Piennes.
Crèvecœur portait de gueules à trois chevrons d'or. Cet écu se voit encore en quatre endroits de notre église cathédrale, savoir : en la voûte de la nef, en la vitre de la chapelle saint Louis, en celles de la Cerclée et de saint Sébastien.
Comme Guillaume avait été élevé à la dignité épiscopale par la cour, ce fut aussi un prélat de cour, se contentant quelquefois de voir son diocèse, ce qu'il faisait néanmoins fort rarement.
Il y était en 1391, ainsi que nous le connaissons d'un acte passé devant lui, le samedi S"" avril de cette même année, entre les frères de l'Hôtel-Dieu de Coutances et les Jacobins du même lieu, touchant certains droits prétendus par les premiers sur ceux qui se faisaient inhumer aux Jacobins. Comme cet acte est de
conséquence par les inductions qu'on en peut tirer, j'en insérerai ici quelque chose, sauf aux curieux de le voir en son entier dans notre recueil, a Au nom <( du Seigneur, amen. A tous ceux qui ces présentes « verront, Guillaume, par la grâce de Dieu évêque de (c Coutances, salut en notre Seigneur. Savoir faisons (( que. Tan 1391, le samedi 8* avril, sont comparues (( devant nous religieuses personnes, Jean Fauvel, « prieur, Thomas Ernaud et Richard Lurienne, prèft très, frères de THôtel-Dieu de Coutances, d'une part, « et François-Guillaume Pignet, prieur, et Pierre « Guisle , Jean Bernard et Guillaume Nay, de l'ordre f( des frères prêcheurs du couvent de Coutances, « tant pour eux que pour les autres, d'autre part. » Le différend était que les frères de l'Hôtel-Dieu de Coutances prétendaient la quatrième partie des funérailles de tous et chacun des paroissiens et paroissiennes des églises de Saint-Pierre et Saint-Nicolas, lesquels élisaient leur sépulture en l'église, maison et cimetière des Jacobins. Il fut ordonné que lesdits paroissiens de Saint-Pierre et de Saint-Nicolas poiu*raient choisir leur sépulture au couvent des Jacobins, et pour ce sujet les Jacobins seraient tenus faire et assigner en la bourgeoisie de Coutances, bien et dûment assurer et garantir pour l'avenir, auxdits frères de l'Hôtel-Dieu, 45 sous tournois de rente pour tout ce que pourront ceux-ci prétendre à raison desdites sépultures, et que les morts seraient portés auparavant en l'église de SaintrPierre, où l'on célébrerait la messe pour le salut de leurs âmes, et ensuite au lieu où
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ils auraient choisi leur sépulture. Les parties y consentirent, et le tout se passa au palais épiscopal, en la présence du prélat et de plusieurs autres témoins dénommés en Tacte qui en fut dressé par un notaire apostolique, nommé Laurent Yvon , qu'on avait fait venir exprès de la ville de Laigle. Outre la date que nous avons marquée, y sont encore désignés l'indiction 14 et Tan 13 du pontificat de Clément VU, que la France reconnaissait alors durant le schisme.
Ce. fut cette jmème année et par la permission du même prélat qu'arriva ce changement de vèture aux chanoines réguliers de la ville de Saint-Lo, dont nous avons parlé en son lieu, anno 1391^ ainsi que portent leurs registres : a De consensu reverendi in Christo a patris Domini Guillelmi de Grevecœur , Constantien- (< sis episcopi, nos accipimus almucias pro capuciis « albis, qudB prius tempore aestivali portabamus. Gon* « cessit etiam nos accipere tunicas nigras. »
L'année suivante, 1392, fut très-funeste à la France par l'effroyable maladie dont le roi fut attaqué et par les malheurs, suite de cette maladie. Dans un intervalle de son mal, il résolut d'accomplir le vœu qu'il avait fait de faire une translation solennelle des reliques de saint Louis. Il fit pour cela faire une châsse d'or du poids de 250 marcs. Ge monarque , au rapport de M. Le Laboureur, ne voulait que rien y manquât. Il avait appelé les principaux prélats du royaume, et particulièrement messire Guillaume de Grevecœur, évoque de Goutances , et fit le soir qui précédait cette fête porter cette châsse de Paris, dans une litière couverte,
à Saint-Denis. Elle fut déposée en la chapelle Saint- Clément au cloître de Tabbaye, où le lendemain tous les prélats se rendirent revêtus de leurs habits pontificaux avec le roi orné de ses habits royaux. Les reliques furent tirées de l'ancienne châsse et mises dans la nouvelle ; les princes et les seigneurs la portèrent en procession, laquelle finie, Guillaume de Vienne, archevêque de Rouen, célébra la messe, après laquelle ces prélats furent traités magnifiquement dans le réfectoire des religieux ^
L'an suivant, 1394, ces prélats et les autres du royaume furent appelés encore à Paris pour une des plus grandes afiaires qui aient troublé la paix de l'Eglise et du royaume. Cette afi*aire était le schisme, qui non-seulement déchirait la robe de J.-C., désunissait ses membres, rompait la paix qu'il était venu apporter au monde, mais encore achevait de ruiner la France. Le pontife qui siégeait à Avignon, et que le royaume reconnaissait, ne laissant passer aucune occasion d'arracher de l'argent pour s'en servir d'une manière désolante, les gens de bien gémissaient, mais la plupart dans le silence, lorsqu'enfin l'université de Paris, animée tant par le zèle de la maison de Dieu que par son propre intérêt, en ce qu'en la distribution des bénéfices on n'avait égard qu'à l'argent et point du tout à ses privilèges ni à ses supports , employa la langue et la plume de Nicolas de Clémengis, bachelier au collège de Navarre, pour remontrer au roi et au conseil l'im-
* Chronique du Religieux de SaintDenys, publié par L. fiella^et, II, 34.
180 HISTOIRE EGCLÉSUSTIQUE
portance et les moyens de finir ce schisme malheureux.
On écouta Glémengis ; mais comme les princes qui gouvernaient l'État avaient pour maxime de se contrarier les uns les autres, le duc de Bourgogne voulant y travailler, le duc de Berry s'y opposa, gagné par l'argent de Pierre de la Lime, envoyé exprès à Paris par le prétendu pape Clément pour y défendre ses intérêts, et fit faire défense à l'Université de se mêler d'autre chose que de ses écoliers. Celle-ci irritée fit fermer ses classes, grand désordre en ces temps-là, sur quoi le conseil jugea à propos de convoquer les évêques de France en concile national, pour suivre ce qu'ils détermineraient.
On est redevable au père Dom Luc d'Achery des actes de ce concile. Ce n'est pas ici le lieu d'en parler, je veux et dois seulement dire que c'est de ce savant bénédictin de qui nous apprenons ^ que Guillaume de Crèvecœur, notre évêque, accompagné de son archidiacre, nommé Bertrand Geneste , y assista avec les évêques de Bayeux, d'Avranches, Evreux, Lisieux, ayant à leur tête leur métropolitain. On proposa d'excellents moyens pour finir le schisme, mais fort inutilement. On dit que ces papes, qui s'excommuniaient en public les uns les autres, s'accommodaient en secret, chacun d'eux se contentant assez aisément de la partie du monde chrétien qui lui obéissait.
En ce temps, messire Jean Painel, chevalier et
« SpieUegiunit VI, 71.
chambellan du roi, étant gouverneur de la ville et château de Goutances, il se trouva que les murs de Tun et de l'autre eurent besoin de réparation d'importance. On présenta pour cet effet une requête au roi pour obliger le chapitre d'y contribuer, et le conseil sans beaucoup examiner la chose l'y condamna, ce qui ayant été fait signifier aux chanoines, ils en portèrent leurs plaintes à la cour, dont ils reçurent toute satisfaction qu'ils pouvaient espérer; le premier arrêt ou édit fut déclaré subreptice, eux déchargés et retenus en leurs privilèges. Cet acte que je trouve dans les mémoires de feu M. du Yaudôme, est trop beau et contient trop de particularités des guerres du temps pour être oublié ; le voici :
« Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, au (( bailli de Gotentin ou son lieutenant, salut. Reçu « avons l'humble supplication de nos bien amés « l'eveque, chantre, chapitre, chapelains el clercs de « l'église de Goutances, contenant' que comme icelle « église ait été anciennement fondée par nos predeces- « seurs et autres, de grandes rentes et revenus, de ma- « noirs et habitations amorties par nos predeces- (( seurs, entre lesquels ils eussent joui et jouissent « encore de plusieurs rentes et revenus assis tant <( sur maisons et manoirs , comme autres possessions a en la ville et fauxbourgs d'icelle, lesquelles pour le « fait de nos guerres et la clôture de la ville sont dimi- « nues à plus de la moitié, voire des trois parts, et tant a que de présent tant pour l'occasion de laditte clôture, (( comme desdictes guerres qui par longtems y ont
« duré, et jusqu'à naguerres que Cherbourg fut mis « hors des mains de nos ennemis, pour lesquelles (( guerres aussi et pour la fortification de laditte ville, (( les habitations et manoirs dudit chapitre ont été « abbatus ou démolis, et les matières converties en « la cloison, des fortifications de laditte ville, et ne (( seroient pas refaits pour cinquante mille francs, « dont ils n'eurent oncques aucunes récompenses (( de nous ni d'autres, pour laquelle cause il est (( convenu auxdits chantre et chapitre de reedifier (( d'autres habitations et manoirs, hors les lieux où « étaient anciennement édifiés icelles habitations et (( manoirs, et encore à iceux supplians ou à aucun d'eux (( ait convenu faire et supporter moult grands frais et « dépens, et mises pour reparer et soutenir laditte « église, laquelle pour le fait desdittes guerres et a durant icelles avoit été dommagée et moult empiree « en plusieurs lieux, et tant que pour le siège que nos « ennemis mirent devant notre ditte église qui pour lors « était forte, et laquelle se tint et demoura toujours en « notre obéissance, et les pierres d'engins qu'ils jette- « rent pour icelle prendre et avoir, et a été en voie de « choir en ruine, si n^ fussent les grandes réparations (( et amendemens que y ont depuis fait faire conti- « nuellement iceux supplians, ou aucuns d'eux, ou a autrement et mesmement ont eu grand dommage « iceux supplians en cette même année pour cause « qu'on leur a arrêté tous les grains de leur dixme « pour nos garnisons où ils ont eu dommage de trois « à quatre cens livres, si comme il sera su claire-
DU DIOCÈSE DE COUTANCES. i83
« ment, ce nonobstant et que de tout tems lesdits (( supplians ont été tenus francs, quittes et exemts des « réparations de la réparation d'icelle ville, tant du (c tems desdites guerres, et pour le tems que les An- (( glois et les Navarrois tinrent ledit siège devant, et xi furent par le pays d'environ que d'empuis, et ce, (( sans qu'on leur ait demandé aucune chose, ny qu4Is « contribuassent à taille ni à taxe qui ait été faite pour « la réparation d'icelle ville : néantmoins sous ombre « d'aucunes lettres de nous subrepticement impetrées « en ce faisant, ce que dit est pardevant notre loyal (( chevalier et chambellan Jean Painel, capitaine et (( garde de notre ditte ville, à vous adressées, il (( s'efforce et veut s'efforcer de faire contraindre lesdits « suppliants à contribuer es réparations d'une tour et <( des murs de la fortification d'icelle ville, semblaa blement comme les gens laies, bourgeois et habitans (( d'icelle ville, qui serait chose moult dure et importe table auxdits supplians^ attendues et considérées les « choses dessusdittes, et les frais et mises qu'il leur tt faut pour chacun jour supporter pour raison de c( leur ditte église et autres leurs affaires, si comme « ils'dient, requérant que ces choses ainsi considérées, « et aussi que ledit capitaine pour obtenir lesdittes « lettres nous a donné subrepticement à entendre entre « les autres choses que ladite ville de Goutances est « scituée en la frontière, et près de Bretagne et de « Cherbourg et de la mer, laquelle sauf ces grâces est (( de Bretagne à plus de 1 2 lieues , et a Cherbourg à « plus de 15, et a plusieurs villes assises audit pays qui
« pourroient être prises et occupées de nos ennemis a avant icelle, et lesquelles sont plus près de la mer, (( et toutesfois les gens d'église ne sont en rien con- « traints aux dites réparations, et attendu que lesdits « supplians ont de tout temps joui de la franchise et « liberté, et sans empêchement aucun, nous sur ce, « leur voulons pourvoir de remède gracieux et conv^ « nable. Pourquoi nous ces choses considérées, vous (( mandons, et pour ce qu'on dit ladite ville être <( assise en notre baillage, commettons que si appelés a ceux qui seront à appeller, il vous appert être (( ainsi, ne contraigniés ne souffres être contraints (( lesdits suppliants^ ni aucun d'eux, à contribuer aux « réparations de la tour ni des murs de laditte fortifia « cation de laditte ville avec les gens laies ne autre- « ment en aucune manière, mais les tenés et les (( faites tenir francs, quittes, exemts et paisibles, ainsi a que d'ancienneté ils ont accoustumé, et si aucune « chose avoit été ou étoit pour ce pris et arrêté du <( leur, si leur mettes ou faites mettre du tout en pleine (( délivrance, en faisant en cas d'opposition entre les a parties, icelles sur ce ouïes, bon et bref accomplis- « sèment de justice ; car ainsi nous plaist y être fait et (i aux suppliants l'avons octroie et octroions de grâce « spéciale par ces présentes, nonobstant lesdittes lettres <i impetrées par ledit capitaine , lesquelles nous ne a voulons avoir ni sortir audit cas aucun effet, et « quelquonques autres lettres subreptices impetrées ^ ou
« Gaiikt chHstianap XI, 276, instrum.
a à impetrer au contraire. Donné à Paris, le IS"* jour de « juillet, l'an de grâce 1402 et de notre règne le 22\ »
On pourra, si Ton veut, faire diverses réflexions sur cet acte, et cependant nous marquerons deux ou trois autres singularités arrivées à notre prélat; les voici. En 1395, Richard de Gaumont, prieur de Saint- Lo de Rouen, dont nous avons parlé \ étant mort, eut pour successeur Guillaume Gouvette. Notre évèque confirma son élévation et le bénit à la manière accoutumée. Je n'en ai pas vu les actes, mais l'auteur du Neustria pia^ qui les avait vues, le témoigne en ces termes en parlant de lui : « Gonfirmata est ejus electio <i capitulariteraGuillelmo, GonstantiensiEpiscopo 62, « anno 1393 \ » J'estime qu'il faut 1395.
En 1389, Renou de Rampan avait rendu aveu à cet évèque du fief de Rampan. J'en ai copie et peut^tre ne sera-t-on pas fâché que je l'insère ici, y ayant des particularités qui ne déplairont pas aux curieux. Le voici donc en son entier : « Sous le roi notre sire et (( sous la souveraineté de révérend père en Dieu, Mon- (c seigneur l'évéque de Goutances, à cause de sa « baronnie de Saint-Lo, j'ai, Renou de Rampan, « écuyer, confesse et avoue tenir un fief par hommage, « nommé le fief qui fut jadis Sanson de Montcoq, « et toutes appartenances, franchises et honneurs à a cour et usage aux simples gages pièges en basse « justice, par un quart de franc fieu et à chevalier , <c dont le chef est assis en la paroisse de Saint-
• GaiUaame le Gonuette, dans Le Neustria,
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« Georges-de^Montcoq, et s'étend es paroises de Saiot- « Thomas et de Notre-Dame de Saint-Lo \ et partout a ailleurs en quel lieu il s'étend, et y a manoir, « colombier, moulin , prés, bois, qui ne doit ni tiers (< ni danger, et domaine , services , rentes, droitures (( appartenant audit fieu, et en doit au dit évèque ser- (( vice d'ost, un tiers de chevalier en Normandie quand « le cas s'offre, et le roi notre sire prend ses services à (( cause de la duché de Normandie, et peut valoir le dit H franc fieu par an continuellement 50 livres en toutes « choses susdites, en grains, deniers , ceufs, oiseaux, « qu'autrement à cause de ladite baronnie, et quand (( celui qui va faire ledit service d'ost , de la ville de (( SaintrLo, pour aller faire le dit service, le dit M. de a Goutances est tenu bailler le tiers de 8 livres, lequel « service d'ost se doit faire et payer en la compagnie du (( seigneur dePierrefite et du seigneur de Baudre, et en a doit 34 deniers par journée, et partant le dit Renou et a ses hommes sont quittes aux foires et marchés des den- « rées qu'ils vendent et achètent , et qu'eux ont nourri « par an et par jour, soit bétes, labour ou autres quelles « qu'elles soient, et se relève ledit fieu , quand le cas <( s'offre, par payant le quart d'un fieu de haubert, et en (( doit tous et tels autres services, comme a accoutumé « être fait au manoir dudit évèque, de garde quand le « cas s'offre. En témoin desquelles choses, j'ai scellé « ces lettres de mon propre scel, l'an de grâce 1389, « le 15 janvier, et pour plus grande connaissance y a
* Toutes ces paroisses, arr. de Saiot-Lo.
a été mis à ma requête les scel des obligations de la a vicomte de Goutaûces. » J'ai vu, dans les archives de la maison de ville de Saint-Lo, que les évèques de Goutances, qui en étaient seigneurs temporels, ayant continuellement des différends avec les bourgeois au sujet des lots et ventes, notre Guillaume de Crèvecœur traita avec eux à forfait par 80 livres de rente inamortissable, que les bourgeois s'obligèrent de lui faire annuellement à lui et à ses successeurs pour ce sujet. Cette transaction fut homologuée à la cour de l'échiquier, au mois de juin de l'an 1408.
Cette année est la dernière de sa vie. Il mourut au milieu de sa famille et fut inhumé dans le chœm* de l'église de l'abbaye de Beaupré, ordre de Citeaux, sur lequel on voit encore cette épitaphe : « Ci gît noble homme M" Guillaume de Crèvecœur, jadis évoque de Coutances, qui trépassa le vendredi 20 aVril après Pâques, l'an 1408. Priez Dieu poxu* lui. »
Il est représenté sur ce tombeau revêtu de ses habits pontificaux; il a la tète et les mains de marbre blanc et tient en chacune de ses mains un écusson : celui qui est dans sa main droite a en chef deux ûeurs de lis et un lion accroupi en pointe, et est appuyé sur une crosse ; celui qui est en sa main gauche est l'écusson de la maison de Crèvecœur.
On fait deux obits pour lui en son église cathédrale aux mois d'avril et d'octobre. Le premier est marqué dans l'obituaire au dernier article d'avril : « Guillel- ({ mus de Crepicordio, Constantiensis episcopus, prae « manibus. » Au troisième article d'octobre : « Comme-
« moratio Guillelmi de GreYecœur, episcopi Constance tiensis. » Il y a 7 livres de rente pour chacun de ses obits. Feu M. du Yaudôme qui avait vu le compte du chapitre pour Tannée commençant le 1'' août 1661, et finissant le dernier juillet 1662, y avait lu ces mots : « Dépense pour la commémoration de Guil- (( laume de Grèvecœur, 5 livres 15 sous 4 deniers. (( Avril, pour Tobit de M. Guillaume de Crève-Cœur , « 7 livres. »