DB PAB LE ROY
Nos amez et féaux, nous aTons reçeu les Lettres que escrites nous avez par Maistre Jean Boulenger Président, Jean Henry Conseiller en nostre Cour de Parlement, Guillaume de Gavray ^ nostre advocat, et Jean de Saint-Romain nostre Procureur gênerai, lesquels avons ouy et fait ouyr à plain sur le contenu es instructions que leur avez sur ce baillées : Surquoy vous faisons sçavoir que nostre plaisir est que nos droits tant de Regale, de la cognoissance des causes beneQciales et Ecclésiastiques en matière de nouvelleté, que autres dont nous et nos prédécesseurs de tout temps et ancienneté avons jouy et usé ; aussi l'authorité souveraine de nous et de nostredite cour de Parlement soyent par vous entièrement entretenus, observez et gardez, et que les infracteurs, et ceux qui ont fait et feroient doresnavant au contraire, sous ombre et couleur de Bulles apostoliques ou autrement, soient par nous contraints par toutes voyes et manières que verrez estre à faire, à révoquer et faire révoquer, adnuller et metlre au néant tout ce qui seroit ou auroit esté fait au contraire, et à cesser doresnavant : et en outre soyent punis selon l'exigence du cas indifféremment et sans aucun espargner, et que le procez commencé en nostredite Cour à la
PithoQ dit Oannay.
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requeste de nostre Procareur général , à rencontre du cardinal de Constance pour raison des choses dessusdites^ soit par yous jugé et déterminé à telle fin que verrez estre à faire par raison. Et pour obvier aux censures émanées de Cour de Rome par Bulles ja obtenues et impetrées ou à impetrer^ avons ordonné et commandé à nostredit Procureur général, et voulons que pour nous et pour tous nos autres officiers, sujets et adherans il interjette appellations ou protestations au prochain Concile à venir, ou autrement procédé en cette matière, selon la forme et manière qui sera par nous advisée, appeliez à ce aucuns de l'Université de Paris, et autres de nos Conseillers tels que verrez à faire... Donné à Muret en Comminge le vingi-quatriesme jour de may U63^ Signé : LOUIS, et plus bas : LEPRÉVOST, et au-dessus : A nos amez et féaux conseillers les gens de nostre Parlement à Paris.
Notre évèque avait intérêt de soutenir l'autorité des Papes; il en recevait presque toujours des gratifications nouvelles. Il fut pourvu en commande des abbayes de Bemay et de Saint-Pierre-sur-Dive , aux diocèse de Lisieux et de Séez, ainsi que nous l'apprenons du Neustria pia qui, parlant de Richard du Bocage sur Tan 1464, dit que contre lui se présenta par procureur le cardinal évêquede Coutances, protestant et assurant qu'il en était commendataire : « Contra quem Cardinalis Episcopus Gonstantiensis , per procuratorem est protestatus, asserens se esse Administratorem illius abbatiae etc...' Itemque' Ricbardus Olivarius Longolius Cardinalis S. R. E. Episcopus Constantiensis69.Abbas commendatarius Divae : anno 1464^ in scacario. » Et l'auteur de l'abbé commanda-
• L*ann6e est ajoutée par notre auteur. (V. Prewoet des libertés defégUse Galiicane, édit. de Rouen, M.DG.LI, p. 705).
• Neustria pia, p. 404.
• A Saint-Pierre-sur-DiTe, p. 604.
taire ajoute que Paul II donna Tabbaye d'Âmbournay à Richard, cardinal de Coutances.
Le pape Pie II lui donna Tarchiprètré de Saint- Pierre-de-Rome et estima toujours en lui cette honnête liberté qu'il remarquait de ne point déguiser ses sentiments; aussi cet excellent pontife avait-il coutume de dire du cardinal de Coutances ces paroles qui me semblent un bel éloge : « Plût à Dieu que nous (c eussions plusieurs cardinaux de Coutances^ ce serait (( un grand avantage pour l'église. C'est une personne c< de poids, un homme de bien, doux, savant et véri- « table en ce qu'il avance. Utinàm Constantienses <( haberemus plures, benè consultum esset Ecclesiœ. « Vir gravis est, vir bonus, vir mitis, vir doctus, « semper in suis sententiis verus\ » A quoi Pierre Frizon , auteur du Gallia purpurata , qui a écrit son éloge plutôt que sa vie : « Pio II carus, a quo etiam- « nùm magni œstimatus, enim laudabat ejus concilia. »
Le pape l'établit juge des causes d'Église, emploi dont il s'acquitta si dignement, que le cardinal fameux de Pavie dit de lui, que c'était un prêtre sincère en ses avis, constant en ses résolutions, zélé pour l'équité, droit en ses jugements, sans avoir aucun égard à la qualité des personnes; que le Pape se trouvait bien de ses conseils et lui remettait la décision des plus grandes affaires. On peut voir tout ceci dans Aubery, dans Frizon, dans Ciaconius*, dans tous ceux qui ont
* Epistol. 97 cardinalis Papiensis.
* Vitse et rei gesUe pmUificum romanarum et ronuuue Ecclesim cardi" naUum,
écrit de lui, et même dans le dictionnaire de Moreri.
Je n'ajouterai plus sur cet article, que cette estime de Pie II pour notre évèque passa en Paul II, son successeur. Il le créa évèque de Porto et de Sainte- Rufine, et lui donna la légation de TOmbrie; et la capacité de ce cardinal était telle, qu'il s'acquittait de ses emplois à la satisfaction de tout le monde.
En retournant en notre diocèse, nous trouvons qu'il était gouverné par deux excellents grands vicaires, dont l'un était Guillaume de Longueil, neveu de Richard, et l'autre avait nom Jean Le Rat, officiai de Goutances. Le suffragant était toujours cet évèque de Janopolis dont nous avons parlé. Les choses allaient leur train ordinaire; Et ces vicaires de temps en temps rendaient compte par lettres à leur mattre de ce qui se passait.
Ainsi frère Gautier Le Blond, curé de Barfleur, ayant été élu abbé de Cherbourg et ayant résigné Barfleur à frère Thomas H.inard, aussi religieux de la même abbaye, iious trouvons qu'il en obtint la collation, aux mêmes clauses et conditions de serment de fidélité, en la forme ordinaire dont nous avons donné quelques exemples : qu'il serait entièrement obéissant aux évèques, paraîtrait aux synodes et aux calendes de son doyenné, résiderait, conserverait les biens, revenus, franchises, libertés et autres avantages de son église, sans en aliéner aucune chose, et travaillerait au contraire de tout son mieux à recouvrer ce qui en était aliéné ^
• ArchiTes de là lianche, H^ %lBi.
De même notre suffragant, Jean évèque de Janopolis, tous les ans à son ordinaire, « de licentiâ et permissu reverendissini in Christo patris, Domini Richardi <i presbyteri cardinalis et episcopi Constantiensis » , faisait le tour du diocèse pour y faire des clercs et des acolytes, et, aux temps réglés par l'Église, faisait l'ordination générale à Goutances.
Nous trouvons encore que ce même suffragant, toujours par la permission du Cardinal de Goutances, à la requête de Gautier le Blond, abbé de Cherbourg, le jour Saint-Michel au Mont-Tombelaine, 1464, réconcilia ou dédia de nouveau Téglise de Notre-Dame-du- Yœu près Cherbourg, consacra le grand autel en l'honneur de la Sainte-Vierge et de tous les saints, le second autel en l'honneur des saints apôtres saint Pierre et saint Paul : « Anno 1464, die S. Michaelis in « Tumba, Ecclesia B. Marias de voto, juxta Caesaris- « burgum, Constantiensis Diœces« reconciliata fuit, per « Dominum Joannem Episcopum Justinopolitanum, de (( licentiâ Reverendissimi in Christo patris, D. Richardi, (I Episcopi Constantiensis, Tituli S. Eusebii S. R. E. a PraBsbyteri Cardinalis; et consecravit màjus Altare (c in honorem B. Marias Yirginis, et omnium sancto- « rum : secundum Altare vero in honorem Pétri et c( Pauli, Apostolorum, etc. ' »
Je ne rapporterai point ici ce que nous avons dit dans les mémoires de Saint-Lo, du très-illustre évèque d'Avranches, messire Jean Boucart. Je prierai seulement de remarquer en la réponse que fit notre cardinal
* Kenstria pia, 815.
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à Jean le Rat, son grand vicaire, le soin qu'il avait d'être instruit et le soin que l'on avait de l'instruire de tout ce qui se passait en son diocèse.
Ce prélat bientôt après cette réponse, mourut à Pérouse, le dix-huitième jour d'août 1470. Son corps fut apporté à Rome et inhumé dans l'Église de SaintrPierre, de laquelle, comme nous avons dit, il était archiprètre, sous cette épigraphe : a Richardus episcopus Por- (( tuensis, Cardinalis Constantiensis, Normandie oriun- « dus, hoc altare vetustissimum nova facie et dote « nova testamento jussit ornari,ubi in pace requiescit. « Ànno Domini MGGGCLXX. »
Il y a à Rome d'illustres monuments qui rendront sa mémoire étemelle. Le premier est le palais archipresbytéral de Saint-Pierre, qu'il fit bâtir tout de neuf, depuis les fondements, et revêtir de marbre, avec cette beauté et Cette régularité qui fait l'admiration des meilleurs architectes, sans néanmoins, au rapport de Frizon, avoir eu la satisfaction d'y demeurer, étant mort auparavant qu'il fût parachevé. Et ce même écrivain rapporte les vers qui avaient été faits pour être gravés au frontispice de ce logis, dont il en avait donné la charge à un évêque nommé Garimbert :
Quam bene stare vides, quondam dejecta jacebam Et decus base faciès fert modo culta novum.
Richardas Normanna tuas Constantia pnesul Cardina&aB struxit gloria magna togœ.
Presbyter et Veneto Paulo régnante secundo Primus in hâc Pétri, quœ fuit Ecclesia.
La statue de bronze du prince des apôtres qui se
voit encore dans cette même église du Vatican, est un ouvrage dont on est redevable à notre évèque. C'était ]a statue de Jupiter Gapitolin des Romains payens, qui s'était conservée jusqu'alors. Le pape le souhaita et le cardinal de Goutances la fit fondre, et convertir en l'image de saint Pierre, qu'il fit placer de manière que, les pèlerins abaissant par respect leur tète sous ses pieds, les baisaient par humilité et révérence, ce que Frizon lui-même dit avoir fait : « Statua . . . adhuc <i stat cum insignibus Longolianis prope sacellum Grèce gorianum, populus constituit ad illius pedem dextrum (( piè et religiosè deosculandum , quem multoties egç (I ipse sum deosculatus Romas, divi Pétri Basilicam « ingressus. »
Ces armes du cardinal de Coutances au pied de cette statue, sont : un écu écartelé au l'' et 4* de Longueil, comme nous avons vu ci-dessus, au 2* et 3!* de Bourguenole, qui étaient d'azur au lion d'argent armé d'or, lampassé de gueules, à trois étoiles aussi d'argent, l'une sous les pieds de devant, élevée du lion, l'autre à la queue, et la dernière à la pointe.
Et enfin le troisième monument de son souvenir à Rome est la fondation qu'il a faite en cette même église de Saint-Pierre de six vingt m^es par an pour être dites et célébrées à certains jours nommés, par deux prêtres, tant pour lui que pour ses parents et amis, à raison de quoi il a donné de gros revenus, ce qui paraît, dit Frizon, par le tableau même qui est pendu dans la sacristie de cette église : a Ante obitum, « eodem anno, largitus est summam pecuniarum
c( Basil icœ Vatican^, cum hocce onere, ut a duobus a Gapellanis celebrentur singulis annis centum viginti « missœ; quod constat ex tabellà appensâ in sacrario a D. Pétri, et sacello sanctorum Processi et Martiniani « Alartyrum *. »
On fait mémoire aussi de4 lui tous les ans dans son église cathédrale de Coutances par un obit solennel qu'on célèbre le 1 9' jour d'août, ainsi qu'il est marqué ce même jour dans le nécrologe : a Richardus Olivier « Gardinalis, episcopus Gonstantiensis, continué prae « manibus » ; et dans ce compte du chapitre que nous avons cité plusieurs fois, il est marqué ce prœ manibus^ être de six livres : a Pour l'obit de messire Richard Olivier, six livres. »
Gette opiniâtreté en bien des écrivains à ne surnommer notre Richard qu'Olivier^ ont fait douter s'il était véritablement de la famille de Longueil. Le fameux M. Le Prévost, hésite sur ce points semble croire que Richard Olivier et Richard de Longueil , ont été deux personnes, et renvoie à Giacconius pour en décider : « A Giacconio inquirendum an idem fuerit cum Gardinale Longolio. » Il est certain qu'en ces temps-là il y avait des gentilshommes du même nom d'Olivier. J'ai vu dans les registres de Jourdan, tabellion, que j'ai déjà cités, un acte passé le mercredi vingt-six octobre 1447, par lequel Jean Olivier, écuyer, baille à Jacques Heroult, bourgeois de Goutances, une pièce de terre nommée la Fraguaire, sise à Gérences, par neuf sous
* Friioa, in-fol. Paris, 1638, p. 609^11.
de rente, et trois autres portions de terre, sises à Orval, par 6 sous de rente; et la noble baronnie de La Rivière en la paroisse de Saint-Fromond, était en ces temps-là possédée par des seigneurs du nom d'Olivier, qui avaient succédé aux de Cerisy.
Mais c'est à tort; nous avons trop des marques du nom de Longueil pour en douter. Frizon, Aubery, la harangue de Christophe de Longueil et les armes de cette famille, qui sont au pied de la statue de Saint- Pierre que notre cardinal fît faire, en sont des témoins irréprochables ; et ce que nous avons remarqué et dit de ce prélat fait voir très clairement que Richard Olivier et Richard de Longueil ne sont point deux cardinaux ni deux évèques, mais un seul cardinal, évèque de Coutances.
Il est aussi appelé quelquefois d'Augis, parce qu'il était de la ville d'Eu. Son patrimoine était en ces cantons-là, et il en avait été archidiacre, quoique quelques autres écrivains aient dit que ce nom lui fut donné d'une terre qui lui appartenait dans le pays d'Auge. Quoi qu'il en soit, il est temps de remarquer quelques autres circonstances de son épiscopat.
La première sera une bulle ou rescrit d'un cardinal nommé Alain, légat d'Avignon, « pro decimftpapali, » datée du 17* novembre 1457, dans laquelle est référé le jugement du roi par l'avis des gens de son grand Conseil. Par cette bulle, les bénéficiers de Normandie furent taxés à 19,000 livres et 1,000 livres pour le recouvrement. Elle fut adressée à « discretis viris (( Guillelmo Auber et Richardo Querente , canonicis
(I Gonst. » Ce qui regarde notre diocèse en particulier est contenu dans un des registres du chapitre en ces termes : a Décima omnium et singulorum fructuum « et proventuum ecclesiasticorum in subventum fidei (c Catholicae contra Turcas, per sanctissimum domi- « num nostrum Galixtam tertium papam modernum : « pro civitate et diœcesi Constantiensi summa mille « ducentarum nonaginta librarum quindecim solido- <( rum • • • Johannes Hemery, collector, Thomas (( Papillon, in artibus magister, receptor particu- « laris. 1458. »
Il y a une ordonnance de Pierre Le Cordier, écuyer seigneur de Beauserie, lieutenant général du maître des eaux-et-forêts, laquelle, vu les titres et pièces produites par les chantre et chapitre de l'église cathédrale de Goutances, et entre autres un acte du 3* décembre 1376, les sieurs du chapitre sont maintenus en leurs droitures, franchises, coutumes et usages, pour en jouir et user par bonne modération et obtempérance, sans aucun excès et abus, dans la forêt de Brie, qui est d'avoir franc passage, pâturage et broutage, pour toutes leurs bêtes, comme les autres coutumiers, hors les ventes. « Item, d'avoir et prendre es dits bois et fo- « rets, tant pour eux que pour leurs dits hommes res- (( séans, et chacun d'eux, le bois vert et gisant et le sec « en étant pour leur chauffe et ménage, et par la forme « et manière que les francs coutumiers demeurant « et resséant sous le roi notre sire, le peuvent et doi- « vent faire. » Get acte est de 1461.
J'ai vu une enquête, qui fut faite en 1454^ par-devant
les grands-vicaires et officiai dudit seigneur évèque, des privilèges et exemptions des curés de la paroisse d'Ouville, à lieue et demie de Goutances^ contre lesquels le promoteur voulait s'inscrire et dont il déchut. Ces privilèges sont et furent trouvés être que ces curés ne sont point obligés de paraître aux synodes et aux calendes ; 2*" qu'ils ont la même juridiction sur leurs paroissiens que les doyens du diocèse avaient autrefois dans toute l'étendue de leurs doyennés ; S"" qu'ils ont droit de punition juridique sur ceux de leur paroisse qui travaillent aux dimanches et aux fêtes; 4'' droit d'approuver les testaments de leurs dits paroissiens qui n'excèdent point soixante sous tournois ; 5"^ droit de pimition juridique « in fornicationem commitentes, dummodo simplex existât », et de recevoir à la purrfication les femmes qui ont manqué ; 6" d'être maîtres absolus des écoles de leur paroisse sans aucune dépendance du chantre ni du scolastique de Coutances ; V d'être exempts de toute subvention envers ledit seigneur évèque, à la réserve que chaque curé lui doit une fois deux verres, deux chapons et une rasière d'avoine à son arrivée, « honoris gratiâ. » On entendit sur cela plus de vingt témoins, desquels je nommerai ici seulement frère Louis Louvel^ prieur de Savigny, Jean du Bois, curé de Saint-Martinde-B6nfossé, Jean Lohier et Jean Le Goupil, archidiacres, tous lesquels déposèrent en faveur du ciu^é d'Ouville, sans néanmoins le qualifier d'archiprêtre, comme on fait aujourd'hui, et sans que lui-même en demandât le titre. Cet acte qui est en latin et qui m'a
304 HISTOIRE EGGLËSUSTIQUE DU DIOCÈSE DE COUTANGES.
été commuaiqué par feu M. du Vaudôme, est un rouleau en parchemin à la manière des anciens, fort long, daté du vendredi, jour de la dédicace de la grande église de Coutances.