‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 21 sur 30 · DE RICHARD OLIVIER DE LONGUEIL^ CARDINAL DE COUTANCES · texte numérisé non relu

DE RICHARD OLIVIER DE LONGUEIL^ CARDINAL DE COUTANCES

La famille de Longueil est ancienne et noble, et subsiste encore noblement à Paris en M. Le marquis de Maisons, président à mortier au Parlement, nommé Jean de Longueil, neuvième du nom, et ailleurs. Cette famille est originaire de Normandie, tire son nom du bourg de Longueuil , proche de Dieppe , et porte : d'azur à trois roses d'argent au chef d'or à trois roses de gueules.

Richard Olivier de Longueil était fils de Guillaume

de Longueil, troisième du nom, et de Catherine de Bourguenole, sa seconde femme, lequel fut tué à la journée d'Azincourt, en 1415, avec son fils aîné. II laissa plusieurs enfants, frères de notre Richard, et entr'autres Jean second, qui continua la branche des aînés de cette maison. L'un des fils de ce Jean, nommé Guillaume, fut trésorier de Téglise de Beauvais et grand vicaire de Coutances.

Les premières dignités ecclésiastiques, où nous trouvons notre Richard Olivier, sont d'avoir été licencié aux lois, protonotaire apostolique, président en la chambre des Comptes, chantre de Lisieux, chanoine et oflicial de Rouen, et archidiacre d'Évreux en cette même église, à quoi M" de Saint-Marthe ajoutent qu'il fut abbé de Saint-Corneille-de-Compiègne.

Nous trouvons encore que Rodolphe Roussel, cet archevêque de Rouen dont nous avons parlé, étan' mort, le chapitre fut partagé siu* l'élection d'un successeur, et les voix se trouvaient presque égales entre Philippe de la Rose, trésorier, et Richard de Longueil, archidiacre. Ce dernier se pourvut en cour de Rome et y alla pour ce sujet. Le pape les accorda et termina ce différend en créant d'Estouteville archevêque de Rouen; néanmoins parce que Richard en avait usé de bonne grâce et que, d'ailleurs, il fut reconnu personne d'un grand mérite, le souverain pontife lui donna l'évôché de Coutances, devenu vacant par la translation de Jean de Castiglione à celui de Pavie.

L'époque de son sacre est marqué au vingt-huitième

jour de septembre 1 453 , et sa mort au dix*septième août 1470. Ainsi il fut ootre évèque un peu plus de dix-sept ans, pendant lequel temps, si nous en croyons les auteurs qui ont écrit de lui, il s'acquitta très-bien de toutes les grandes charges à quoi il se trouva engagé par les divers emplois de sa vie.

Il vint bientôt à Coutances prendre possession de son église; mais auparavant, ou très peu de temps après, il rendit hommage au roi du temporel de son évéché, ainsi qu'il parait par un acte de la chambre des Comptes, daté du douzième mars 1455 : Les, gens du roi notre sire tenant les Comptes « à Paris, et trésoriers,» aux bailli de Cotentin et (( vicomtes de Coutances, Yalognes, Carentan, ou leurs tt lieutenants, salut. Il nous a paru par lettres patentes « du Roi notre sire, données à Paris le quatrième jour « de décembre 1453, que le révérend père en Dieu « M*' Richard Olivier, évêque de Coutances , avait fait « au Roi notre sire le serment de féalité, que tenu lui (( était à cause de la temporalité dudit évéché, sous « lequel est compris et entendu tout le temporel que n révèque et le chapitre de Coutances tiennent du roi a notre sire à cause de ladite église, et nous en ont « lesdits du chapitre baillé ce jourd'hui par écrit en (( ladite chambre des Comptes le dénombrement. »

Je trouve que notre évèque tint son premier synode général la semaine après l'octave de Pâques de Tan 1454, dans lequel, après avoir lu et approuvé les constitutions de ses prédécesseurs, il en publia luimême de particulières, lesquelles me paraissent dignes

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de considération. Il ordonna aux curés de lire au prône de leurs messes de huit jours solennels^ : premièrement, les constitutions de Boniface YIII, au fait des privilèges, immunités, exemptions et juridictions des Églises ; secondement , les décrets de Grégoire X , et troisièmement, ceux du concile général de Lyon, sur ce même sujet; enfin ^ de les lire traduits en français , afin que chacun pût les entendre , et éviter ainsi les censures , dans lesquelles tombaient les violateurs de ces canons; et les jours solennels, auxquels il voulut qu'ils fussent lus , étaient le premier, quatrième et dernier dimanche de Carême , et les fêtes de TAscension, Pentecôte, Saint-Jean, l'Assomption et la Nativité de la Vierge.

La France était assez tranquille depuis l'expulsion des Anglais ; mais tous les gens de bien gémissaient de voir la réputation de la Pucelle d'Orléans ternie par le jugement inique de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et des autres esclaves des Anglais. La mère donc et les frères de cette illustre héroïne , qui étaient encore en vie , se portèrent pour appelants en cour de Rome de la sentence de ce Cauchon, et présentèrent leur requête au Souverain pontife, aux fins de la révision du procès de cette innocente fille.

* SUtuimus quod in octo diebns solemnibas anni ad minus, scilicet prima, quarta et nltima Dominica Qaadragesim» ; in festis Ascensionis Dominicae, Pentecostes, Nativitatis Beati Johannis Baptistœ, Assumptionis, Nativitatis Beatissimœ Matris Dei, in parochialiis Missarnm parochialiam totias civitatis et Diœoesis Constantiensifl legant istas ires Constitationes Bonifacii octavi lib. VI. Quorum una est de immunitate Ecclesiœ, Quoniam ut inteiieximuê, Alia est de sententia excommunicationis cap. Quicumque. Tertiaest de bis quee vi metusve cauia flunt, cap. Absoiutionis beneficium,,. (D. Bessin, 5^7).

Le pape Calixte, par sa bulle datée du quinzième juillet 1455, accordant les fins d'une requête si juste, commit à cet effet Jean, archevêque de Reims , Richard Olivier, notre évêque, Guillaume, évêque de Paris, et plusieurs autres personnes d'un mérite choisi, abbés, docteurs, inquisiteurs de la foi et maîtres aux lois, lesquels examinèrent le fait avec toute l'exactitude possible, entendirent cent douze témoins de toutes conditions, et, enfin, prononcèrent que le procès fait à ladite Jeanne , défunte , et sentence sur ce intervenue, et tout ce qui fait, avait été plein de dol, calomnie et injustice, contrariétés et erreurs en fait [et] en droit, déclarant ladite Jeanne, demandeurs et parents, n'avoir encouru par les moyens que dessus aucune note d'infamie, etc. Ce jugement fut prononcé dans le palais archiépiscopal de Rouen, le 7* juillet 1456.

Le roi apprit la nouvelle de cette sentence avec grand plaisir. La prudence et l'exactitude avec laquelle notre prélat y avait travaillé , lui donnèrent une haute estime de la capacité de notre Richard. Il résolut de s'en servir en ses conseils; il le fit même le chef de son conseil , si nous en croyons ceux qui ont écrit de sa vie, et s'en acquitta parfaitement bien.

Ainsi monsieur le dauphin s'étant retiré de la cour et sorti du royaume , s'était réfugié à la cour du duc de Bourgogne. Cette conduite déplut au roi; il envoya donc son premier ministre, l'évêque de Coutances, vers ce duc, pour l'engager à lui renvoyer son fils , et persuader, s'il était possible, au fils de prendre le ()arti de revenir auprès de son père et de se remettre

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en son devoir. Sa négociation fut presque inutile. Le Bourguignon dit qu'il ne pouvait violer le droit d'hospitalité en chassant de sa maison un prince qui s'y était réfugié, ni abandonner le fils de son souverain , lequel serait un jour son maître.

Environ ce même temps, et « tandis que ce sage « prélat, dit l'auteur de la vie des cardinaux de a France S qui avoit le premier lieu dans le Conseil u d'Etat et la meilleure part dans l'administration de « la justice, travailloit ainsi pour le repos de la France, (( Sa Majesté travailloit pour sa promotion en cour de a Rome, et fit en sorte , que Calliste troisième le créa « au quatre-temps de Décembre mil quatre cens qua- (( rante six. Cardinal -prêtre du titre de Saint-Eusèbe. « Ce ne fut néantmoins que Pie second successeur de (( Calliste, qui l'honnora du Chappeau rouge, qu'il luy « envoya en France. »

Ce même écrivain ajoute que le roi « ayant fait ap- « peller à Vendosme les Pairs de France, et les plus <( considérables officiers de la couronne, pour être pré- (( sens à la condamnation de Jean second, duc d'Alen- (i çon, convaincu de crime de lèze Majesté au premier « chef : Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui crai- « gnoit entremement que ce prince François, son pa- « rent, ne fût traité selon la rigueur des loix du « Royaume, eut soin d'envoyer à l'assemblée de Yen- « dosme Jean L'Orfèvre, président de Luxembourg, a lequel , suivant les ordres de son Maître , s'efforça

• Anbery.

a d'emouYoir Sa Majesté par quatre divers motifs, luy « représentant qu'il n'y avoit rien que les Rois de- « voient avoir plus en recommandation que la clé* (( mence à compassion ; que le duc d'Alençon étoit son « parent et Prince de son sang; que les comtes et ducs « d'Alençon avoient rendu d'insignes services à la (( Couronne; que le duc Jean étoit d'un naturel assez « simple, et que par conséquent il avoit plutôt péché « par fragilité^ que par malice. Le cardinal de Gou- « tance que l'on eût pu à bon droit nommer la bouche « et la langue de son Prince, étant ordinairement l'in- (( terprète de ses volontez, prit en suite la parole pour « Sa Majesté, et repartit judicieusement à chaque point a de la harangue du président. Il avoua qu'à la vérité « la clémence étoit une qualité grandement recomman- (( dable en un Monarque, mais que la Justice leur a étoit une partie absolument nécessaire, sans laquelle (( il n'y auroit point au monde de gouvernement légi- « time. Il adjouta de plus, que si le duc d'Alençon avoit « l'honneur d'être parent du Roy, il étoit d'autant plus « obligé de se montrer fidelle en son endroit et de « maintenir les droits de sa Couronne; quUl avoit a grand tort de n'avoir pas suivi le bon exemple que (( ses ancêtres avoient laissé, et que les enfants ne por- (( tant pas ordinairement l'iniquité de leurs pères, l'on « ne devoit pas trouver mauvais qu'ils ne receussent c( pas toujours la récompense deue aux services de « leurs Majeurs; qu'enfin, son procédé témoignoit bien a qu'il n'étoit pas si simple qu'on voulait le faire pasce ser, étant impossible qu'un homme sans beaucoup

« d'industrie, et encore plus de malice, eût su conduire « longtemps des prattiques et des menées secrettes avec (( des Estrangers et les anciens ennemis de sa patrie. . . »

La harangue du cardinal , notre évéque , eut bon effet. Le chancelier prononça arrêt de mort contre le duc; mais le roi en sursit l'exécution, et se contenta de le tenir en prison, d'où il est sorti à l'avènement à la couronne du roi Louis XL

Quoique l'autorité de notre prélat fût très grande auprès du roi, comme chef de son conseil, MM. de Sainte-Marthe, après le cardinal de Pavie, remarquent une particularité que nous témoignent deux ou trois petites circonstances, dignes de considération, en ce qui se passa au Parlement, l'an 1458 , touchant l'homologation de la pragmatique sanction, laquelle le roi souhaitait. Notre prélat s'y trouva, entra en cette auguste assemblée, et, comme il avait une grande liberté de dire ses sentiments, il s'opposa hardiment à la pragmatique sanction et à sa réception, et il le fit avec tant de feu et de fierté , qu^il en fut condamné sur-le-champ à une amende de 10,000 livres : « Sed « cum esset in ferenda sententia liber ac propositi a constans , pragmaticdB sanctionis institutioni , quae a gratiosa erat régi, in Parlamento repugnavit. Eam (( ob rem multatus fuit summa 10,000 librarum , « anno 1458^ ». On voit en ceci la grande autorité du Parlement, l'intrépidité du cardinal de Coutances, avec son attachement aux intérêts de la cour de Rome, dont

« Galiia, n, 893.

il était devenu membre par le cardinalat , et enfin la bonté du roi, qui ne diminua rien de son estime et de son affection pour son ministre , quoiqu'il se fût publiquement opposé à sa volonté.

L'année précédente , ainsi que le marque Alain Chartier, le roi de Hongrie, voulant s'honorer de la plus belle alliance du monde, fit demander en mariage la princesse Madeleine , fille de noble roi de France. Comme sa majesté agréa cette recherche, Ladislas envoya quérir cette princesse par une des plus belles ambassades qu'on ait vues en France. Outre les prélats , on y compta huit cents cavaliers en pompeux équipage, et quatre dames et filles d'honneur, le plus superbement ornées de pierreries , orfèvreries ; elles avaient leur train , leurs chevaux et leurs carrosses, les plus magnifiques qu'on puisse s'imaginer.

Le roi était alors à Tours. Pour les recevoir avec magnificence, il envoya au-devant d'eux les principaux de sa cour, à la tète desquels fut le cardinal de Coutances, accompagné de l'archevêque de Tours, l'évèque du Mans, le chancelier et plusieurs autres, lequel, prenant la parole, les félicita au nom du roi sur leur voyage et leur bienvenue. L'un et l'autre furent inutiles et sans effet. Comme ils étaient sur leur départ, très satisfaits du roi et de la France, nouvelles vinrent que Ladislas était mort subitement à Prague, empoisonné, dit-on, par les hérétiques Hussites. Au reste, pour occupé que fût Richard, notre évoque, aux affaires du roi et de l'État^ il ne négligeait pas celles de

son église et de son diocèse. Dès le mois de février de Tan 1456, le prieur de Saint-Lo de Rouen étant mort, les sous-prieur et religieux lui présentèrent requête tendante à ce qu'il lui plût leur donner permission de lui élire un successeur. Voici Tactepar lequel il leur accorda les frais de leur requête : « Richard, par la miséri- « corde divine, évêque de Goutances, à tous ceux qui (t ces présentes verront , salut. Comme ainsi soit qu'à <( nous appartient, à raison de notre dignité épisco- « pale, lorsque Téglise ou le prieuré de Saint-Lo de a Rouen est sans pasteur ou prieur, de donner licence (( et autorité aux sous-prieur et autres religieux de ce a prieuré de s'en choisir un, et que maintenant la- <i dite église est sans pasteur ni recteur par la mort (( du feu sieur Le Bourg, dernier prieur dudit lieu, a savoir faisons qu'ayant égard aux dangers, éminents « où le prieuré serait exposé s'il arrivait qu'il fût « longtemps privé de gouverneur, et voulant obvier « aux inconvénients qui en suivraient, nous avons «. donné et accordé , donnons et accordons, vertu des a présentes , licences aux susdits sous-prieur et relire gieux de faire élection d'une personne propre et c( suffisante, qui soit en état de leur présider, profiter « et servir avec honneur et avantage, de quoi nous a chargeons leur conscience, le tout suivant les formes c( et solennités requises. Fait à Saint -Porcian sous (( notre scel, le sept février 1455. »

En conséquence de cette permission, les religieux s'étant assemblés capitulairement , élurent, suivant toutes les formalités et les cérémonies ordinaires, pour

leur prieur, un religieux de leur maison, nommé Guillaume Le Moine, par acte daté du 2' de mars 1455. More Gallicano^ comme ils le disent, ils présentèrent une longue supplique au seigneur Richard , évéque de Goutances, tendante à ce qu'il lui plût, à l'exemple de ses prédécesseurs , confirmer ladite élection, comme étant canonique, faite suivant les règles de la pragmatique sanction, par l'inspiration du saint Esprit, bénir ledit élu et donner les autres pouvoirs nécessaires, le suppliant en outre de suppléer charitablement à leurs manquements, s^il s'en trouvait quelqu'un, ce que le bon prélat ayant examiné exactement, il confirma leur choix, ainsi qu^il parait par l'acte dont nous donnerons l'original en son lieu, lequel est daté de Gamache, le 18* du même mois et de la même année, que l'on comptait encore 1455.

Cette tranquillité du prieuré de Saint-Lo de Rouen ne dura guère après ce que nous venons de dire. Les évèques et l'église de Goutances avaient été jusqu'à ce moment paisibles et incontestablement maîtres et supérieurs immédiats de cette paroisse et de ce prieuré de Saint-Lo de Rouen, comme ils le sont des autres paroisses de Gotentin, depuis la donation qui leur en avait été faite par lé premier duc des Normands; ils en avaient toujours joui sans trouble , y avaient exercé toutes sortes de juridictions épiscopale et ordinaire comme faisant partie de leur diocèse, ainsi que nous avons pu remarquer en ce que nous avons dit jusqu'à présent. Ges raisons néanmoins, ces donations, et cette paisible possession de plus de quatre cents ans semblait trop

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faible à l'ambition pour appuyer le droit de nos évèques.

Un nommé Hector Goquerel, grand-vicaire et officiai de M** le cardinal d'Estouteville, archevêque de Rouen, voulant faire l'officieux , comme il arrive quelquefois à ces gens,, engagea malheureusement son maître; qui était alors à Rome, à vouloir usurper le bien d'autrui et faire un mauvais procès à Téglise et aux évèques de Goutances. Il osa, par une nouveauté inouïe jusqu'alors, entreprendre de faire la visite de ce prieuré et des deux paroisses qui en dépendent, SaintrLo et Saint- Jean-sur-Renelle, et exercer d'autres actes de juridiction immédiate et ordinaire sur les religieux et sur les autres diocésains de Cou tances.

Ces bons religieux, surpris de la hardiesse de ce Goquerel, formèrent sur-le-champ opposition à son entreprise, en donnèrent avis au cardinal de Goutances, leur évèque, lequel conjointement avec eux en porta sa plainte aux requêtes du Palais à Paris, d'où sentence en suivit qui ordonnait aux parties de procéder sur ladite complainte, écrire et produire pour en venir à jour, et cependant défense de rien attenter et rien ordonner aux commissaires préposés à gouverner la chose contentieuse.

Mais Goquerel n'ayant point d'autres titres à produire que la violence de son maître et son autorité, du nom duquel il se couvrait, se moqua de ces ordonnances et, ajoutant attentat sur attentat, fut à main forte audit prieuré, « soi efforça d'icelui visiter de s'apointer « les officiers et commissaires ordinaires et fit d'autres

« exploits et entreprises contre et au préjudice, dit le Roi \ de notredit conseiller, le cardinal de Goutances « appelant, etc., » de quoi ledit conseiller cardinal portant sa plainte au roi et à son conseil, il en obtint arrêt par lequel il fut ordonné que ledit Goquerel serait ajourné à certain et bref jour pour répondre en personne sur lesdits attentats et violences, et mandement accordé pour un être dûment informé, pour le tout fait être porté à la cour du Parlement, nommé juge spécial pour connaître de cette cause. Cet arrêt est daté du 21' mai 1459.

La cour, en attendant le résultat du procès, jugeant devoir mettre la supériorité en séquestre, nomma pour commissaire et régisseur d'icelui prieuré le sieur abbé de Beaubec, et défendit aux prieur et religieux de Saint-Lo, sous peine de mille marcs d'or, de souffrir aucune visite de la part des officiers dudit archevêque. Tout ce qui se passa en cette procédure est trop long et trop .ennuyeux pour être rapporté. Nous avons extrait des registres de ce prieuré la plupart des actes; nous espérons les donner en notre recueil, les curieux les y pourront voir. Je dirai seulement ici que ce procès est encore aujourd'hui à terminer ; les changements qui arrivèrent aux affaires de notre cardinal, à la mort du roi son bon maître, l'empêchèrent de le poursuivre, et ses successeurs depuis ont eu trop de complaisance poxu* les archevêques de Rouen pour en demander la décision ; outre que les religieux

« V. Tarrét dté deux ligues plus loin.

de ce monastère ont trouvé et trouvent encore tant d'avantage à cette indépendance où ils sont, qu'ils inventent tous les jours des nouveaux moyens d'y demeurer, bien loin de travailler à s'en retirer, parce que lorsque quelqu'un de ces deux prétendants, l'archevêque de Rouen ou l'évèque de Coutances, veut entreprendre quelque acte de supériorité sur eux, ils ont aussitôt recours à l'autre, comme s'agissant de ses droits, et ainsi conservent*ils toujours leur liberté et leur indépendance.

Il est pourtant vrai de dire, qu'à regarder la chose d'un œil désintéressé, l'archevêque de Rouen n'a pas plus de droit de contester ce prieuré et ses dépendances à l'église de Coutances, qu'il n'en aurait de contester les paroisses de Saint^Gande ' et les autres, de l'exemption de Lisieux, à l'église de Lisieux. Ce que nous avons dit jusqu'ici et ce que nous dirons dans la suite en seront la preuve. Retournons à notre prélat.

Les registres des ordinations, conservés dans les archives de l'évêché de Coutances, nous font foi que le cardinal, notre évêque, n'était pas si attaché à la cour, qu'il oubliât son devoir envers l'église, son épouse ; mais comme ces registres nous seront à l'aveuir d'un grand secours pour notre chronologie, il est bon de remarquer ici deux faits particuliers.

Le premier est qu'il n'y avait presque point de diocèse en ce temps-là qui n'eût deux évèques, l'un

< Saint-Candfr-le-Viaux, à Ronen. dont Tévêqne de Usienx était doyen. 11 avait aussi la nomination de la chapelle Scdnt- Victor dans l'église de SainKknde-le-Jeune. -

titulaire et percevant le revenu et l'autre desservant. Ce dernier était évèque de quelque ville étrangère, qui était sous la domination des Turcs et des Schismatiques, ce qu'on appelle évèque in partibus infideîium. Ces évèques étaient nommés suffragants, étaient à gage, soumis non-seulement aux prélats, mais aussi absolument à leurs grands-vicaires. Ainsi, au temps dont nous parlons, Jean, évèque de Janopolis, était suffragant de Tévèché de Coutances et, par le mandement de Richard, lorsqu'il était présent, ou de son grandvicaire en son absence, il ordonnait et faisait les autres fonctions uniquement appartenantes aux évèques.

L'autre point à remarquer est qu'il y avait deux sortes d'ordinations : l'une générale, qui se faisait ordinairement en l'église cathédrale à Coutances, ou à Bonfossé, ou à Saint-Lo, auteinps ordonné de TÉglise; l'autre, particulière, qui n'était que pour donner la tonsure et les quatre ordres qu'on appelle mineurs. On appelait cette ordination per tumum. L'évèque, ou son suffragant, visitant tout son diocèse une fois par an, désignait les lieux de sa marche les plus considérables auxquels il devait donner la tonsure et les ordres mineurs; on le publiait, et ceux qui désiraient les recevoir s'y trouvaient. Il s'y en trouvait toujours bon nombre, parce que les privilèges de la cléricature étant encore alors en leur entier, bien des gens voulaient s'en réjouir.

Ainsi le révérend père en Dieu^ pour me servir des termes du registre, M" Jean Richard, cardinal et évèque de Coutances, l'an 1460, fit le tour de diocèse.

ToVB II 49

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11 commença, le 10* du mois d'avril, au bourg de Yilledieu et.doima la tonsure à 23 personnes. Le lendemain, à Gavray, il en tonsura 47, et le lendemain, 12* dudit mois d'avril, faisant les ordres généraux en l'église des Jacobins^ il fît 63 acolytes, 1 1 sous-diacres,

12 diacres, 23 prêtres et 131 tonsurés. Le 28* du mois d'avril, étant à Bonfossé, il tonsura 24 personnes. Il fut sans ordonner jusqu'au 20 mai, auquel jour, étant en son château de Bonfossé, il tonsura 43 personnes, et les 23 et 24 du même mois de mai, il en tonsura 110 à Carentan; à Saint-Lo, le 1" de juin, 106; le 6* juin^ il en tonsura 43 en la chapelle du seigneur de Laune; le 14* juin, 15 en l'église de la Haye-du-Puits; le 17* juin, a per eumdem cardinalem, apud Vallonias, 170 tonsurati. »

Voici les mêmes termes du registre qui suivent ce que nous venons de dire : « Ordinati in majoribus in minoribusque, in capellà episcopali Yalloniensi, per reverendissimum patrem et dominum Richardum cardinalem episcopum Gonstantiensem : » les 7*et8*juin,ily eut 101 acolytes, 10 sous-diacres et vingt-sept tonsurés.

La première ordination de notre sufTragant l'évêque de Janopolis est marquée comme il suit : « Tonsurati in villa Gonstantiensi per reverendissimum patrem in Ghristo Joannem, Janopolitanum episcopum, de licentiâ reverendissimi in Ghristo patris domini Richardi, miscratione divinâ sancti Eusebii sacrosanctae Ecclesias presbyteri Gardinalis, episcopi Gonstantiensis, anno Domini 1462, die 18* et 19' septembris. » Le 20*, du même mois, il tonsura à Hautteville ; le 21% au prieuré

de la Perrine; le 22% à Saint-Lo; le 9* octobre, à Periers et à Sainteny; le 11*, à Carentan; le 12% à Emondeville ; te 13*, à Orglandes; le 14% à Valognes; le 15% à Quettehou; le 16% à Barfleur; le 17% à Gatteville; le 18% à Cherbourg; le 19% à Gilleville ou Helleville; le 20% aux Pieux; le 21% à Barneville; le 22% à Saint-Sauveup-le-Vicomte; le 23% à Tabbaye de Blanchelande ; le 24% à l'abbaye de Lessay; le 25% à Montsurvent; le 26% à Montmartin; le 27% à Granville; le 28% à la Haye-Painel; le 29% à Villedieu; le 30% à Hambie; le dernier octobre à Tessy; le 2* novembre, à Soûle; et le 18* décembre, à Saint-Lo.

Les années suivantes furent presque semblables, à la réserve qu'on tonsura en plusieurs lieux qui ne sont pas les mêmes, tels que sont, par exemple, Cérences, les abbayes de Hambie et de Saint-Sever, la chapelle Sainte-Anne-de-Vire, qui était sur Tal vende ou du diocèse de Coutances, et à Sainte-Marie-Laumont % où le même évèque tonsura en 1464.

Ce serait un ennui de rapporter le surplus. J'ajouterai seulement que ces administrations n'étaient pas infructueuses à ces suffragants ; chaque tonsuré, chaque acolyte payait une somme réglée. Elle était petite, mais le grand nombre faisait que le tout se montait à quelque chose de considérable; ainsi nous verrons en l'année 1513, qui se commença à Gavray, le 16* avril, et finit à Saint-Lo le 26* mai, que le nombre des tonsurés fut de 626, qui valent, dit l'écrivain, cent

* Dôpariement du CaWados, arrondissement de Vire.

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cinquante cinq livres, et celui des acolytes 144, qui valent, dit-il, trente-six livres.

En ces années 1436, 1464 et suivantes, notre prélat le cardinal de Coutances n'était plus dans le royaume. Le roi Charles YII, son bon maître, mourut le 22' juillet 1461. Louis, son fils, était d'un naturel bien différent. Il n'eut aucun égard aux serviteurs de son père, et encore moins pour notre évèque que pour un autre. Il avait été au-devant de lui à Reims, où il avait assisté à son sacre; presque aussitôt qu'il fut arrivé, il se désappointa de la charge de président en la chambre des Comptes et de ses autres emplois de cour et fut congédié hors de la France, et ce qu'il y eut un peu de plus, c'est que le congé se fit avec quelque espèce d'honneur.

Pie II était alors souverain pontife. Au temps du concile de Bâle, n'étant que iEneas Sylvius, il avait travaillé de tout son mieux à soutenir la pragmatique sanction; étant pape, il fit si bien par ses ministres et par les cardinaux qu'il avait en France, que, le 27* octobre 1461, le roi la révoqua, sous espérance que le pape favoriserait les armes des Français et de René, duc d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, contre Ferdinand, roi d'Aragon. Au commencement donc de l'an 1462, il envoya à. Rome une célèbre ambassade pour porter à Pie II la nouvelle de cette révocation et l'engager à l'accomplissement de ses promesses.

Notre évèque fut au nombre de ces illustres ambassadeurs, dont le sujet unique fut son éloignement, néanmoins qui ne lui fut point désavantageux; le

mérite du CardlDal de Coutances fut connu. Le pape, qu'on sait avoir été très-capable de discernement, le connut et eut pour lui toute sorte de considération. Mais auparavant que de parler des bienfaits et des honneurs qu'il reçut à Rome, il me semble que je ne dois pas omettre une espèce d'arrêt du Conseil privé et du Parlement, qui fut donné contre la cour de Ilome et spécialement contre lui, en 1463; le voici comme il est extrait du tome I des Preuves des Libériez de r Eglise Gallicane et comme cet écrivain la tire du 1*' volume des Ordonnances de Louis XI, enregistrées au Parlement, folio 28* :

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