‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 24 sur 30 · TOMB H · texte numérisé non relu

TOMB H

306 HISTOIRE ECCLÉSUSTIQUE

C'est de cette dernière famille qu'était notre évèque Benoît de Montferrand. Il fut élevé religieux en la célèbre abbaye de Saint-Antoine-de-Vienne. Voici ce que j'ai pu apprendre de lui, extrait des registres manuscrits qui me furent communiqués, il y adouze ans, par M. le. prieur de la maison de cet ordre, qui est à Rouen.

Après la mort de Humbert de Brionne, abbé de Saint-Antoine, les religieux élurent pour lui succéder Antoine de Brionne, son neveu, lequel avait alors la maîtrise de Flandres, de quoi jaloux et indigné, Benoit de Montferrand, qui avait eu quelques voix en chapitre pour être élu, se crut lésé et se pourvut en cour de Rome contre l'élection de l'élu. Le pape jugea en sa faveur^ déposa de la plénitude de sa puissance Antoine de Brionne et investit notre Benoît de l'abbaye.

Comme il était entré en loup ravissant, il gouverna les religieux de même. On dit qu'il était naturellement de mauvaise humeur, et comme il était très persuadé de son grand mérite, il crut toujours qu'on lui avait fait une grande injustice de lui avoir préféré Antoine de Brionne. Il ne lui pardonna point, regarda toujours ses électeurs de mauvais œil, et ne s'étudia qu'à leur faire ressentir les effets de sa vengeance.

Ce manuscrit, dont je ne suis ici que le traducteur, remarque que, sans aucune raison, il fut nommé prieur claustral et qu'il abusa tellement de son autorité, qu'après avoir lui-même maltraité plusieurs de ses religieux, sa passion, en 1466, alla jusqu'à livrer au bras séculier un religieux, frère Antoine Compa-

goon. Il le fit cruellement tourmenter, « duro supplicio affici curavit. »

Ses violences et son inconduite troublant tout l'ordre, les plus éminents en science et en mérite crurent être en obligation d'en porter leurs plaintes au pape, en 1467. Le Souverain pontife examina la chose avec tout le désintéressement possible, trouva les plaintes de ces religieux légitimes, déposa Benoît, et leur permit de se choisir un autre supérieur.

Mais comme il voulait contenter les deux parties et qu'il avait de la considération pour Benoît, afin de ne lui pas faire sentir la honte d'une déposition, il lui donna l'évèché de Coutances, qui vaqua en cour de Rome presque en même temps par la mort de Richard Olivier de Longueil, comme nous avons dit.

C'est de cette manière que nous eûmes Benoît de Montferrand pour notre prélat ; mais il le fut si peu de temps, et il y fit si peu de choses, qu'il ne nous en reste aucun mémoire. J'apprends seulement de l'histoire de l'abbaye de Saint-Denis-en-France que, la veille de Pâques, il conféra les ordres dans ce monastère, à la prière de l'abbé et des religieux, ainsi qu'il m'a été écrit par le R. P. Jullien Bellaise, religieux de cet ordre, en ces termes : « Benedictus de Montferrand, « anno 1471 in vigilio Paschali, ad instantiam abbatis a et conventus sancti Dionisii in Franciâ, ordines in <( ipsorum ecclesiâ celebravit, ex historié ejusdem a cœnobii. »

J'estime que ce fut en venant prendre possession et voir notre évéché. Mais Benoît était du nombre de ces

hommes chagrins à qui tous les lieux et les états du monde déplaisent. Goutances fut bientôt un lieu d'exil pour lui. Autre importunité pour le pape. Afin d'en sortir, il fut par la faveur du pontife approché de sa patrie et transporté à l'archevêché de Moutiers, capitale de la Tarantaise. Nouvel ennui. Il prit donc enfin résolution de retourner en son monastère et d'y passer le reste de ses jours en simple religieux. Il y retourna en effet. On remarqua en lui beaucoup de diminution de cet air de fierté et de hauteur, avec lequel il les gouvernait, étant leur abbé. La vie religieuse lui déplut encore une fois. Il retourna donc à son archevêché de Moutiers, dont il ne s'était pas encore démis^ et y mourut peu de temps après.

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