‹ Histoire ecclésiastique du diocèse de CoutancesChapitre 25 sur 30 · JULIEN DE LA ROVÈRE · texte numérisé non relu

JULIEN DE LA ROVÈRE

Benoit de Montferrand eut pour successeur en l'évèché de Goutances Julien de la Rovère, cardinal du titre de Saint-Pierre-aux-Liens, qui fut après pape sous le nom de Jules II.

On dit qu'il y avait dans le pays de Gênes et de Pié* mont deux familles du nom de la Rovère, l'une noble et ancienne, l'autre basse et roturière, laquelle ayant été élevée par sa fortune fut aisément adoptée par la première et en tira de grands avantages. Elle subsiste encore et porte « d'azur au chêne, feuilles et glands d'op ».

Léonard de la Rovère, qu'on dit avoir été pécheur de profession et avoir été d'un village nommé Celles, proche Savoie \ eut de son épouse, appelée Lucine, deux enfants, François et Raphaël. Le premier étudia et se fit cordelier, devint savant, bon prédicateur, passa par tous les degrés de son ordre jusqu'au généralat, fut cardinal, et enfin fut créé pape sous le nom de Sixte lY. Il s'appliqua particulièrement à élever sa famille. Raphaël épousa Théodore de Masserolle, de laquelle il eut plusieurs enfants et entre autres Julien, né à Âlberoli* en 1443. Il fut destiné à l'église; son oncle, aussitôt après son élévation, le créa cardinal et l'accabla de bénéfices. Il fut évèque de €arpentras, de Coutances, d'Albe Sabine ', d'Ostie, de Yelitre \ légat d'Avignon, grand pénitencier et eut plusieurs charges, emplois et dignités. Une infinité d'écrivains ont parlé de lui, dépeint sa vie, ses mœurs et ses emplois. Je ne veux point être ici le copiste ; je remarquerai seulement qu'à peine s'en trouva-t-il un qui ait su qu'il ait été notre évèque, excepté ceux qui ont parlé de nos prélats, en particulier comme Robert Cenalis, les Sainte- Marthe, M. Le Prévost et Morel, et le Livre noir de notre chapitre.

Il fut pourvu de l'évèché de Coutances en l'an 1474, après la démission de Benoit de Montferrand. Il en jouit quatre ans ou environ, jusqu'à la fin de 1478.

• Il ftiat lire sans donte Celle, proche Savone.

• A Albizale, près de Savone, en 14A1.

• Ou Àlbano.

« Velletri.

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Notre Livre noir néanmoins ne lui donne que deux ans d'épiscopat en ces termes : a Julianus, sancti Pétri « ad vincula cardinalis, duobus annis post Benedictum « rexit. » Il y a de Terreur; il commença d'en percevoir le revenu dès la démission de Benoit en 1474, et cessa de le percevoir en 1478» Il envoya pour gouverner notre église un docteur es lois, nommé Georges Mesnilpéni, doyen de l'église collégiale de Villeneuve, laissant toujours Jean de Janopolis pour son suffragant.

Nous avons de ceci une preuve évidente et tout à fait incontestable en l'établissement des Cordeliers à Yalognes, dont nous avons amplement parlé en son lieu ; c'est la permission que demandèrent et obtinrent ces religieux de ce grand*vicaire pour cet établissement. La voici en notre langue, sauf à la donner en original dans notre recueil :

« Georges Mesnilpéni^ docteur es lois, doyen de « l'église collégiale de Sainte-Marie de Villeneuve, « vicaire général, tant au spirituel qu'au temporel , de a très révérend père en Dieu monseigneur Julien, par a la miséricorde de Dieu cardinal-prètre de la sainte u Église de Rome, du titre de Saint-Pierre-aux-Liens, (( évèque de Coutances , à tous ceux qui ces présentes « lettres verront et oiront, salut en notre Seigneur. (( Nous consentons de bon cœur, comme nous le « devons, à l'effet des requêtes justes et pieuses qui (( nous sont présentées , spécialement lorsqu'elles ten- (( dent manifestement à l'honneur de la maison de

< Gregorius Menypeny dans Pextrait, fait par M. de GerTille^ des mannscriu de Mangoa du Houguet.

DU DIOCéSE DE GOUTANGES. 311

(( Dieu et à l'augmentation du culte divin, et nous « désirons volontiers que ce qui a été entrepris avec « sagesse demeure constant et persévère pour l'avea nir. Ainsi nous ayant été exposé par les vénérables « religieux, frères Jean Picot, Richard Le Lièvre, Jean « Duprey, Jean Le Neveu, Guillaume Tarin, Martin (( Gallois, Geraud Foasse, Michel Mangin, et quelques (f autres, au nom de tous les autres de Tordre des « frères mineurs, qu'il leur aurait été donné par H quelques fidèles certaine quantité de terre proche « Yalognes, pour y construire une église conventuelle, a aux fins d'y servir Dieu et y célébrer l'office divin a jour et nuit^ laquelle église, par la grâce de Dieu et « au moyen des aumônes des fidèles, est déjà bâtie et « dédiée à Dieu , et qu'il y a aussi en cette église et a couvent bon nombre de religieux dudit ordre des « frères mineurs, vivant suivant l'étroite observance « de la règle, nous suppliant très humblement, au « nom de tout l'ordre, d'agréer et confirmer, aux lieu (( et place dudit révérendissime seigneur, ledit établis- « sèment, et leur en accorder notre exprès consente- <i ment, nous donc ayant égard au grand profit et « utilité qui arrivera à l'église et à tout le diocèse « de leur demeure, tant à cause de leur bonne et a salutaire doctrine, que leur vie sainte et exemplaire, « et aussi en considération de la requête qui nous en « a été faite par le très-illustre prince Louis de Bour- « bon, comte de Roussillon et de Yalognes, amiral de a France, lequel, par affection envers eux et leur (( couvent, nous les a très -particulièrement recom-

« mandés, ayant pour agréable ledit établissement, « nous, de l'autorité du très révérendissime père en €( Dieu, le confirmons par ces présentes, et consentons (( expressément qu'il y ait en ce lieu-là un couvent à H perpétuité , sans préjudice néanmoins des droits de « l'église paroissiale de Yalognes , en laquelle il est « situé. Donné à Coutances, sous le grand sceau de la « Cour épiscopale, le 23 juillet 1477. »

J'ai cru être en obligation de rapporter cet acte en son entier, pour servir de témoignage à toute la terre que le pape Jules II a été notre évèque, et le temps auquel il l'était, particularités de sa vie que presque tous les historiens ont ignorées, et même quelques-uns ont déniées.

A l'égard du temps qu'il fut évêque de Coutances, nous croyons MM. de Sainte-Marthe : « Julianus de « la Rovere, cardinalis sancti Pétri ad vincula , epis- « copus creatus anno 1474, posteà pontifex nominatus « Julius secundus. » Nous croyons aussi M. Le Prévost, qui dit : a Julianus, cardinalis sancti Pétri ad a vincula , ex cujus resignatione vaccaverat episcopa- « tus Constantiensis , aliàsque de eo provisum extinx- (( erat, circà annum Christi 1478, ut constat ex « registris capituli Rhotomagensis, adsextum decimuro « januarii eodem anno 1478. »

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