CHAPITRE IV
DE JEAN d'eSSET
Il y a dans la paroisse de Varenguebec une terre appartenant au seigneur évèque appelée Essey, laquelle, en Tan 1650, était affermée 1,000 livres par an, selon qu'il est contenu dans certain registre, dont j'ai copie, et qui m'a été communiqué par M. du Yaudôme, dont le titre est en ces termes :
État et revenu annuel de févêque de Coûtâmes tenu en 1650.
Le fief, terre et seigneurie d*E6sey 4^000 livres.
ToxB U. 4
Je ne doute presque point que cette .terre et seigneurie ne fût du domaine de ce prélat dont nous avons parlé.
Cette famille d'Essey était noble et ancienne. Dans la charte de Guillaume le Bouteiller, par laquelle il donna Téglise et prieuré du Ham aux religieux de Saint-Père-en-Vallée-lez-Chartres , Enguerran d'Essey est un des témoins avec Olivier d'Aubigny, Raoul de la Haye, Guillaume Painel et Robert de la Rivière, toutes personnes qualifiées.
Il y a deux chapelles à Goutances, en la cathédrale, qui sont de la fondation de Jean d'Essey, celles de saint André et de saint Barthélémy, en la première desquelles on lit cette inscription : « Hanc capellam « dotavit Joannes de Esseyo episcopus Gonstantiensis « in honorem sancti Andréas apostoli. » On y voit peint aux vitres trois écussons : le premier est de Geoffroi, savoir d'azur au sautoir d'or accompagné de quatre étoiles de même ; le second est d'argent ; le dernier, qui est en la chapelle saint Barthélémy, est écàrtelé au premier et dernier d'or, au chevron de gueules à trois aigles de même, aux deux et trois d'argent à la fasce losangée de gueules. Ges derniers étaient les armes d'Essey.
Jean d'Essey était archidiacre du Gotentin sous l'épiscopatdes deux évèques derniers morts ; nous avons rapporté ci-dessus quelques chartes qui le témoignent. Son mérite et sa capacité furent la raison de son élection. La page 340 du tome II des Libertés de F Église gallicane conserve encore la supplique que le cha-
pitre présenta à I$i reine Blanche, alors régente du royaume en l'absence de saint Louis, son fils, au sujet de l'élection de ce prélat, et pour avoir en même temps mainlevée de la régale. Cette pièce exprime trop bien le caractère de notre évêque pour n'être pas rapportée ou traduite en notre langue.
« A la très-excellente dame Blanche, par la grâce de Dieu reine de France, ses dévots et fidèles serviteurs le chapitre de Goutances, salut en Notre-Seigneur et puissance à gouverner fidèlement le royaume. Nous avons depuis peu élu en notre église, pour notre évêque et pasteur, une personne sage et honnête, nommée Jean d'Essey, notre archidiacre, homme fidèle et très-attaché aux intérêts du royaume, et particulièrement zélé pour l'honneur et l'avantage du roi. C'est pourquoi nous supplions très-humblement Votre Majesté de* vouloir bien lui accorder nxainlevée de la régale. Nous vous souhaitons. Madame, toutes sortes de prospérités et supplions Dieu que votre règne soit long et heureux. Fait l'an de Notre-Seigneur 1 250^ le samedi le lendemain la Saint-Hilaire * . »
Toute cette année 1250 aussi bien que les deux précédentes, le siège épiscopal fut vacant ; c'est ce qui paraît par deux chartes, l'une qui précède cette supplique et l'autre qui lui est postérieure. La première est datée du vendredi avant la fête saint Thomas 1 250 et contient la collation de la moitié du bénéfice de BoUe-
« Preuves des libériez de r église gallicane, 3« édition, II, 75.
4 HISTOIRE ECCXËSIASTIQUE
ville *, faite par Roger, archidiacre, de l'autorité du chapitre, le siège étant vacant, à un nommé Maynard, prêtre, présenté par Tabbé et couvent de Blanchelande, patrons à moitié de cette église, après la mort de Richard de Quérqueville.
La seconde est une promission sur Jean d'Essey des abbé et religieux de Saint-Sauveur-le-Vicomte, d'une part, messire Silvestre de Jores, d'autre, sur un procès pour certains droits de la paroisse de Grouville ', dont ce Jores était curé, lequel depuis longtemps était pendant en cour de Rome et dont enfin Guillaume d'Argenton, chanoine de Goutances, avait été délégué juge, et à son défaut le doyen du Bauptois. Cet acte de compromission est daté du jeudi avant la fête saint Grégoire, pape, au même an i 250.
J'ai dit presse toute cette année, parce qu'il parait par cette charte ^ que Jean d'Essey prenait la qualité d'« humble ministre de l'église de Goutances », dès l'onzième jour du mois de mars, qui était alors de l'an 1250 : « A tous ceux qui ces lettres verront, Jean, « par la permission divine, humble ministre de l'église « de Goutances », etc.
Sitôt après son sacre, qui fut à Rouen, et son retour à Goutances, il songea à augmenter le revenu de son chapitre. On verra en son lieu la charte par laquelle il lui donna l'église de Glitourp, la cinquième gerbe de celle du Rosel*, la moitié de la dlme d'Yvetot\ la troi-
« Arr. de Goutances.
• A Jersey.
* Glitourp^ le Rosel, arr. de Cherboarg.
« Le cannlaire de Goutances porte c Esquetot », la Haye d'Ecquetot, arr. de Valognes.
DU DIOCàSE DE GOUTANC!ES. 5
sième gerbe de BesnevilIeS les deux tiers de l'église de Hérenguerville', autant en celle de laVendelée, la moitié de Téglise de Nicorps*, tant en dîmes qu'en patronage, la moitié de celle delaGhapelle-Enjuger\ excepté la dlme d'une certaine yavassorie, laquelle appartient au prieur de Bohon, la dîme de la terre de l'Oiselière en la paroisse de Heugueville , les deux gerbes de l'église de Rainneville' et la troisième de l'église de SaintrEbremont-de-Bonfossé. Cet acte est daté de Goutances au mois de mars 1250 *.
Nous commencerons la 1251' par la donation que fit à notre évèque Jean, du patrohage de Nicorps, un seigneur appelé Guérard de Gratot, chevalier, lequel patronage lui appartenait à cause de Romilly, laquelle donation fut faite pour le salut de son âme et de celles de ses prédécesseurs, dont on pourra voir la charte en la page 41 de notre recueil, avec les précédentes.
Après quoi, nous remarquerons la confection de ce fameux registre du secrétariat de l'évéché, qu'on appelle le pomllier, autrement le Livre noir, et l'établissement des religieux de la Merci' ou de la Rédemption des captifs en ce diocèse.
Ce registre qu'on appelle pomllier à cause de la couverture noire '', pulliolaris, est un état général de
« Le cartnlaire de Coatances porte € Bonavilla >, la Bonneville, arr. de Valogoes.
• c LongaYilla »» LoDgaeviDe, arr. de Goutances, dans le cartulaire de Coatances.
• La Vendelée, Nicorps, arr. de Goutances.
A La Ghapelle-Enjnger, arr. de Saiut-Lo.
• Lingrerille. et non {Mis Hengaeville; Besoeville, et non pas Rainneville, arr. de Goutances et de Valogoes.
• Cartnlaire de Goutances^ n« 819.
f PooilUer ou pouiUé Tient de polyptychum (icoX^imixov), qui a donné
6 HISTOIRE BGCXËSIASTIQUB
la plupart des bénéfices de ce diocèse, dressé par l'ordre du conseil pour ôter, s'il était possible, toute matière de procès pour les patronages des églises, et régler plus justement les taxes sur les bénéfices, qui commençaient de deyenir ordinaires. Voici le titre de ce registre par lequel seul on peut connaître le dessein de ceux qui y ont travaillé :
Registre fait sur les patronages des églises de tout le diocèse par la recherche, faite en présence du vénérable père Jean, évêque de Coûtâmes, tan de Notre-Seigneur 1354, des personnes et recteurs des églises, après avoir prêté le serment de fidélité à ce sujet, ainsi que sur la valeur de chacun de cesdits bénéfices, suivant que tant requis les receveurs de la dîme de la cinquième et sixième année, i278 et i279 \
poUegeticum, puleticum, politicum, pulegium, et veut tout simplement dire registre.
« Il y ayait deux exemplaires du Livre noir, Texemplaire du chapitre et celui de révèché. Le premier que M. de Gerville a eu entre les mains et dont il a copié la partie principale, le pouillé, a disparu vers 1820. Il n'était pas antérieur à 1316 et contenait, comme le dit M. Léopold Delisle au tome XXUI des Historiens de la France, page 493 :
1» Historia fundationis ecclesiœ Constantiensis, sive Gesta GaufHdi épiscopi ; édita Gallim Christiame, tomo XI, instr. col. 217, et supra, tomo XIV, p. 76.
2« Liber de miraculis ecclesis Constantiensis, cujus apographum, manu Arturi Dumoustier descriptum, nobis exhibet codex latious 10051, conf. Bibliothèque de l'École des chartes, 2« série, IV, 339.
30 Catalogus episcorum Constantiensium.
40 (fol. 87-79) Polyptycbum Gonstantiense.
50 Index procurationum cardinalibus a sede apostolica legatis debitarum.
6<» Tria instrumenta spectantia ad controversias quœ motse f uerunt inter Odonem, Rotomagensem archiepiscopum, ejusque suffraganeos.
70 Regulœ sancti Benedicti et sancti Augustini.
$0 Gonsuetudo Normannis.
9^ (foL 114-142) Regestum feudorum Normanniœ tempore Philippi Augusti confectum.
Le second exemplaire, que j'ai improprement appelé Registre de Coutances^
DU DIOGÂSB DE COUTANGES. 7
On entend assez que ce registre, qui avait été dressé par l'évéque Jean d'Essey, fut revu et arrêté, et les taxes de ces deux années dressées et réparties sur cet état.
Il y a au même secrétariat un second registre en parchemin, comme Tautre, qu'on appelle le Livre blanc y parce que effectivement la couleur est blanche, lequel fut, sous l'épiscopat de Louis d'Erquery, vers le milieu du xiv' siècle S arrêté au même sujet que le précédent. Nous en donnerons un exemple d'un chacun, afin qu'on puisse juger. L'église de Bricquebec : « Le « patron est Robert Bertrand. Le prieur de Beamnont « en perçoit deux gerbes. Le curé a la troisième gerbe « avec les droits de l'autel. Le même seigneur est patron (c de la chapelle du manoir de Bricquebec. La chapelle « de Sainte-Croix a de revenu vingt-deux quartiers de a froment sur le moulin de l'étang, la dtme des « anguilles dans cet étang et son usage dans la forêt. « Le même seigneur est patron de la chapelle de Saintce Martin. Elle a de revenu six quartiers de froment, « trois acres de terre et son usage dans la forêt \ »
a été retrouvé par Tabbé Piton-Desprez et est aux archives du diocèse. Il date de la moitié du nv* siècle et contient :
10 Polyptychum.
3^ (p. 93-100) Sex instrumenta ad Domimi Dei Gonstantiensem pertinentia.
30 (p. 181) Corapositio inter episcopum et capitulum Constantiense, édita GaUùe Christianm, tomo XI, instr. col. 263.
40 (p. 114) Très Bonifacii paps VIII litterœ de juribus archidiaconorum Constantiensis, Gonstantini et Vallis Virias.
{Recueii des Historiens de la France , xxiii, 494.)
G*est de Tezemplaire du chapitre que s'est servi notre auteur, bien qu'il ne le reproduise pas toujours fort exactement.
« Entre 1392 et 1836.
* Recueil des Historiens de la France, xxm, 587, 588.
Voici l'extrait du Livre blqnc sur le même sujet : « Le « seigneur Robert Bertrand, chevalier, est patron de « Téglise de Bricquebec. Le curé perçoit la troisième « partie des grosses dîmes dans les vieilles terres et la <( moitié dans les novalles. Le prieur de Beaumont-en- (( Auge perçoit les deux gerbes dans les vieilles terres (c et la moitié dans les novalles. Tout Tautelage appar- « tient au curé. Le curé a son manoir presbyteral pro- « che l'église \ Le tout contient, tant en maisons qu'en (c jardin, trois vergées de terre ou environ. Le tréso- « rier lui paie encore 23 sous et en outre lui fournit « des cierges^ à la célébration des messes qu'il dit au « grand autel. Il a deux tiers du lin et du chanvre « dans les vieilles terres et la moitié dans les novalles. « Il y a trois chapelles dans la paroisse, dont il y en a une (( dans le manoir de Bricquebec. Le chapelain en a les « offrandes, lequel est taxé à 18 livres. Les deux (( autres chapelles sont dans la forêt de Bricquebec. « Le curé paie pour la chappe à l'évéque 8 sous « et pour la cerclée 2 sous. L'église est taxée à 60 « livres*. »
Sur quoi pput-être ne trouvera-t-on pas mauvais que nous remarquions qu'il y a de trois ou quatre sortes de taxes sur les bénéfices, savoir : de la part du pape ou de son légat, du roi, de Tévêque et de rarchidiaci*e. Voici le titre de deux rôles des taxes réglées pour le pape ou pour son légat, comme il est extrait du Livre
« Hector h&bet maoeriam presbiteratus in eiemoeina.... • Fol. 51, ▼•.
noir du chapitre ^ : a Qui sequuntur consueverunt (c solvere procurationes cardinalium a sede apostoUca « legatorum, prout inferius ponuntur : episcopus Gons- « tantiensis, decem libras; capitulum Gonstantiense, c( decem libras; abbas Exaquiensis... » Les autres abbés sont taxés ou marqués à la même somme.
A l'égard de Tévèque, voici ce que nous trouvons au Livre noir du chapitre sur l'article de Barfleur : In Domo Dei Barofluvio', episcopus visitât et procurationem percipit pro média parte super curatum parrochidB, qui est canonicus de Gaesarisburgo. Aliam autem medietatem accipit super xvni libris annui redditus, quas ibidem percipit Gonstantiense capitulum. Et si illae xvui libres pro sua medietate penitus expediantur, nihil solvitur capitule. Si autem pars remaneat, capitulo tenetur solvere illam partem remanentem. Et si contingeret aliquo anno episcopum a dictée domus visita tione cessare, dictus prior illo anno dictas libras xviii capitulo solvere tenetur*. » Il est dit dans le Livre blanc, à l'article de cette église : « Episcopus habet visitationem et archidiaconus procurationem super dicta ecclesia ^. » Enfin il y a dans ce même registre du chapitre un rôle dont le titre est encore une preuve de ce que nous disons ; le voici :
Isti sont hci Constantiensis diœcesis in çtnbus episcopus
* CeSt donc bien le Livre noir du chapitre que cite notre autoar. Je ne le pois contrôler.
• La copie de M. de GerriUe porte de Barbe/luto,
• Histonent de la France, xxiii, 541.
* Fol. 60, t».
10 mSTOmJB EGGLÉSIÂSTIQDS
percipit procuratianes et visitât in Osdem^ sicut inferius eontineiur ^ .
In abbatia sancti Severi Tisitat et procorationem peidpit^ etc.
Ces taxes procédaient de ce que ces prélats étant en obligation de faire la visite de ces églises par eux-mêmes ou par leurs députés, il semblait raisonnable de contribuer aux frais qu'il fallait faire pour ce sujet et les récompenser en quelque manière de leur peine.
A l'égard de ce qu'on appelle la chappe à revécue^ la cerclée j le chrême et semblable , c'est ce que nous appelons la débite épiscopale. Cette taxe procédait de ce que les évoques consacrant tous les ans, le jeudi saint, les saintes huiles et le saint chrême , on croyait qu'il était raisonnable que chaque église y contribuât. Et pour ce qui est de ce couvent des religieux de la Merci, qu'on appelle la Perrine, il est situé dans une paroisse qu'on appelle le Dézert, sur le bord du grand chemin qui va de la ville de Saint-Lo à Garentan, à égale distance de l'une et de l'autre.Yoici ce que j 'en sais :
Il y avait en ce même lieu une chapelle bâtie en l'honneur de sainte Catherine, fondée et dotée par les seigneurs du Hommet, à qui ces terres appartenaient. Ils y présentaient , et nous avons un acte par lequel Guillaume du Hommet, connétable de Normandie, la donna à Roger de Saint-Lo en 1213. Le voici en notre langue :
a A tous les fidèles en Jésus-Christ qui ces présentes
« Ce titre est celai du rôle où m troate raitide Baifleur que nous venoos de Toir.
DU DIOCÂSE DE COUTAIfCES. 1 1
« Terront, Guillaume du Hommet, connétable de Nora mandie. Sachez que le droit de patronage de la « chapelle de Sainte-Catherine et de toutes ses dépen-*- « dances m'appartenant, je l'ai donnée, elle et toutes « ses dépendances , pour Tamour de Dieu et pour le « salut de mon ème et de celles de tous mes amis et « mes ancêtres, à Roger de SainIrLo, prêtre, pour en a jouir à toujours, en pure et franche aumône, quitte « de toutes choses ; c'est à savoir : dix quartiers de « froment à prendre tous les ans, au terme Saint- « Michel , sur mes moulins de Vire ; cinq acres de a terre de mon domaine, à Malejoie^ et six quartiers « de froment, à Malles, dont les héritiers de Guil- « laume le Grand en paient cinq quartiers et Jean Fosse « un quartier ; cinq acres de terre au village ou mé-* « nageGève% et cinquante sous tournois que Guillaume « du Hommet, connétable de Normandie, mon aïeul, ti a donnés à cette même chapelle, sur son aide d'Au- (( douvilliers *, avant qu'il eût marié sa fille à Richard, le tout de sorte que ledit Roger, prêtre, desservira « toujours en ladite chapelle de Sainte-Catherine pour « lui, pour moi, pour tous mes amis et ancêtres. Fait « Tan de l'incarnation du Seigneur 1213. Et afin que « ce que d^us demeure ferme et arrêté pour le temps « à venir, je l'ai confirmé par cet écrit, auquel j'ai (( fait apposer mon sceau. De quoi sont témoins messire
< Lisez € Malesove 9, Malsœuve on Malsœaf, à Saint-Jean-de-Daye, arr. de SaiDt-Lo, d'après M. Dabosc.
• Qumque ocras terre apud Maimagium Geve,
' Aadoaville» arr. de Valognes.
« Ambroise , abbé de Saint-Lo ; Guillaume du Mesnil ; « Richard Carbounel , chevalier ; Pierre , clerc de (( Yilliers ; Raoul le Bohu et quelques autres \ » (Page 42.)
Ce fut noble dame Eustache de Montenay, épouse de Guillaume du Hommet, connétable de Normandie, qui établit ces religieux en cette maison. Elle y est reconnue fondatrice. Le nécrologe de cette maison, marquant sa mort au quatrième mai 1254, la qualifie ainsi : « Quarto nonas [maii], obiit domina Domina (( Eustachia, fundatrix istius domus. Anima ejus « requiescat in pace. Amen ^ » Et marquant la mort de son mari au vingt-troisième août, sans marquer Tannée : « Decimo », porte-t-il, « calend^ [septembris], « obitus Willelmi de Humeto, connestabuUarii Nor- « manias, cujus uxor domum istam fundavit'. » Le chiifre de dessus le tombeau est de 1258.
J'ai dit que cette dame était de la maison de Brucour, parce que les armes de cette famille , qui sont un écu fascé d'or et de gueules de six pièces, semé de fleurs de lis de Tune à l'autre au bâton d'azur, sont gravées sur son tombeau dans le chœur de cette église. Dans son Traité de Forigine des noms et surnoms^ en la page 223, La Roque dit que « ceux qui ont le nom de la « Perrinne, dans le Diocèse de Goutances, portent les
« L'orignal donne les souscriptions saivantes : Testîbus hiis : magistro Ambrosio, abbate de sancto Laudo ; Nicholao, cappellano dA Humeto ; magistro PetrodeThoe...Willelmode Maisnil, RicardoCarbonel, militibus; Petrus (ne), clericus de OteviUa, Radulfus (sic) Le Bocu, et multis aliis. (Communication de M. Dobosc.)
• Fol. 10.
• Fol. 17.
DU DIOCàSE DB GOUTANCXS. 13
a armes des Montenay , Barons de Garencières , suivant la « Chartre de leur fondation » \ lescpielles sont d'or à deux fasces d'azur, à un orle de coquille de gueules . C'est justement celles-ci. On conserve encore en ce monastère la charte en original de la donation que le seigneur du Hommet fit de cette chapelle à ces religieux. C'est un petit morceau de parchemin, haut de deux pouces et large de six ; en voici la traduction : « A tous les fidèles a qui ces présentes verront, Guillaume du Hommet, con- (( nétable de Normandie^ salut en Notre-Seigneur. On « vous fait savoir qu'en l'honneur de Dieu et pour le « salut de mon âme et celles de mes ancêtres, j'ai « donné en pure et perpétuelle aumône, sans que moi « ni mes héritiers y puissions jamais rien réclamer, ni a révoquer, aux frères de la Sainte-Trinité de la Ré- <( demption des captifs, tout le droit que j'avais en la « chapelle de Sainte-Catherine, en la paroisse du « Dézert, avec toutes ses dépendances et apparte- (( nances, pour être par eux tenu et possédé à perpé- (( tuité. Et, afin que ce soit chose stable et permanente « au temps à venir, je l'ai corroboré par ce présent a écrit et par l'apposition de mon sceau. Fait l'an « 1258\ »
Ce n'était plus Roger de Saint-Lo qui la possédait lorsque les Mathurins y furent appelés. Elle avait été depuis donnée à un prêtre nommé Robert Heubert*, et, par sa démission, à un clerc, nommé Pierre, fils de
« Edidon de 1681. Dans Tédition de Rouen, 1785^ p. 69.
* Original aux archives de 8aint-Lo.
* Lisez Roger Heudebert.
14 HISTOIRE ECGLÉSIASTIQUB
Raoul des Landes ^ Nous en avons vu la charte, qui est datée du mois de septembre 1228.
Le mercredi après la Pentecôte, l'an 1252, notre évéque reçut la donation, faite à l'abbaye et religieux du Mont-Saint-Michel, dès l'an 1248, par noble dame Jeanne de Saint-Planchers, du patronage de Lingreville, après avoir bien et dûment examiné le droit de cette dame et vu que Saint^Pair et Lingreville lui appartenaient par droit de successions qui lui étaient échues pendant sa viduité, durant laquelle aussi elle avait fait cette donation, et ainsi il reconnut ces abbé et religieux du Mont-Saint*Michel les véritables patrons dudit lieu de Lingreville.
Nous l'avons remarqué, les donations faites aux églises n'avaient de force qu'autant qu'elles étaient reçues et ratifiées par l'évèque. Le défaut de cette formalité trouvé dans la donation qui avait été faite aux chanoines réguliers de l'abbaye de Cherbourg par Jean d'Amfreville , chevalier , d'une partie des dîmes de la paroisse de Sainte-Marie-d'Allone ' , ils eurent recours à notre évèque , qui , par un acte du mois de mars 1 252, qu'on pourra voir en la page 42"* du recueil, ratifia tout et les maintint en possession de cette dime. Gomme cet acte me parait d'un style nouveau et raisonné, j'ai cru en devoir insérer ici une partie, traduite en notre langue ; la voici :
« A tous ceux qui ces présentes verront, Jean, par a la permission de Dieu humble ministre de l'église de
« De Aguilanda, qui ne fait pas des Landes, mais d'Eglaodes. > Ait. de Valognes.
DU DIOCÈSE DB COOTAlfCXS. 15
« Coutances, salut éternel en Notre-Seigneur. On dit « que c'est l'effet des bonnes âmes et qu'il est fort salua taire de craindre qu'il n'y ait du manquement où « véritablement il n'y en a pas, et dans les choses « où il y a à douter, de demander et de chercher un « saint remède. C'est pourquoi nous ayant été pré- « sente humblement par les abbé et religieux de Gher- « bourg, qu'ils seraient en possession de deux gerbes « de la moitié de l'église de Notre-Dame-d'Allone, « par la cession qui leur en aurait été faite autrefois « par Jean d'Amfreville , chevalier, et qu'ils seraient « depuis longtemps en cette possession sans en être « suffisamment approuvés par l'évèque diocésain^ c'est « pourquoi ils nous requéraient, nous, qui ne cher- « chons qu'à remédier aux consciences de tout le « monde et la sûreté de ces personnes religieuses, etc. »
L'an 1253, au mois d'août, Jourdain du Hommet, comiétable de Normandie, donna au chapitre de Coutances soixante sous tournois de rente, à prendre sur les prévôtés du Hommet, pour avoir im obit dans l'église cathédrale tous les ans, de laquelle somme les pauvres clercs du chœur auraient le tiers, et s'obligea lui et ses héritiers à la garantie de cette rente ou de bailler en échange quelque autre chose de pareille valeur.
En 1254, Philippe de Chenevières, bailli du Cotentin , ayant donné jugement en faveur des religieux de Cerisy, pour le patronage de Fontenay ^ contre Robert
« Arr. de Valognes.
16 HISTOmB ECCLÉSIASTIQUE
le Lureur, qui y prétendait, il en écrivit, suivant Fusage de ce temps-là, à notre évèque Jean, pour lui rendre compte de ce qui s'était pa^sé, afin qu'il [les] reconnût pour véritables patrons de cette église. Voici sa lettre : « Au révérend père et seigneur Jean, par la « grâce de Dieu évèque de Goutances, Philippe de « Ghenevières, chevalier, bailli royal en Gotentin, « salut avec respect et l'honneur. Nous faisons savoir « à votre paternité que Robert, surnommé le Lureur , <c après avoir vu le privilège et le droit de l'abbé de « Gerisy, a acquiescé auprès de plusieurs autres et a a reconnu que tout le droit de patronage de Saint- (( Martin-de-Fontenay appartient audit abbé. Donné à « Yalognes, l'an 1254. »
Onze ans après, ce différend s'étant derechef ému entre l'abbé de Gerisy et messire Nicolas de Juganville, clerc, il fut porté devant Renaud de Radepont, bailli du Gotentin, ou son lieutenant, aux assises de Yalognes, décidé comme le précédent par l'acquiescement de ce Juganville, et le bailli Radepont enjécrivit presque aux mêmes termes à notre évèque. Voici ce qu'il y a de différence : « Au révérend père et seigneur « Jean, etc., Renaud de Radepont, bailli du seigneur <( roi , etc. Y ayant procès devant nous, entre l'abbé « et couvent de Gerisy, d'une part, et messire Nicolas « de Juganville, clerc, pour le patronage de Saintci Martin-de-Fontenay, ledit Nicolas, présent en perce sonne aux assises publiques ténues à Yalognes, le « mardi après la fête de tous les saints^ l'an 1265, « par Villon de Meliin ,. mon lieutenant , et Robert
« d'AubervilIe, qui tenaient les assises à YaJognes, au « lieu de moi , a, en présence de plusieurs chevaliers « et autres personnes dignes de foi , quitté et délaissé a tout le droit qu'il avait ou pouvait avoir sur cette « église, ainsi qu'ils m'ont donné à connaître, ce que (c nous avons cru devoir vous signifier. »
Nous avons plusieurs monuments de l'application ' continuelle de notre évèque Jean à conserver la paix dans son diocèse et à terminer divers petits différends qui s'élevaient entre ses diocésains et particulièrement entre les ecclésiastiques. Il s'y occupait, lorsque inopinément il s'en éleva deux de la part d'Eudes Rigaud, archevêque de Rouen. Le premier lui fut commun avec les autres évèques de la province, et l'autre lui était particulier.
Eudes Rigaud avait été cordelier au couvent de Rouen. Etant devenu archevêque, il voulait traiter ses suffragants comme il avait traité ses moines : il ne réussit pas. Il [lui] suffit enfin d'être traité comjne premier entre ses égaux, et le lundi après la Saint- Jean-Baptiste 1256, il s'accommoda avec eux au Pont^ Audemer, où ils s'étaient rendus pom* ce sujet.
Le différend particulier entre cet archevêque et notre évêque, était à raison du prieuré de Saint-Lo de Rouen. Notre évêque déniait à cet archevêque de pouvoir visiter ce prieuré et les églises qui en dépendent au même temps qu'il faisait la visite du surplus de notre diocèse, prétendant que l'archevêque visitant les églises de Saint-Lo et de Saint-Jean-sur- Renelle en même temps qu'il faisait la visite des autres
Tom II. t
églises de Rouen, il voulait s'attribuer une espèce de juridiction immédiate sur ces églises, qui étaient de tout le droit dépendantes de l'évèque de Coutances. Le pape Innocent lY, .devant qui la chose avait été portée, avait prononcé, par son rescrit du treize novembre 1250, que si Tarchevèque, après avoir fait la visite de l'église du prieuré de Saint-Lo de Rouen, « quaB ad episcopum Gonstantiensem noscitur perti- « nere » , voulait faire ses visites dans les autres églises de son diocèse, cela ne l'empêcherait pas qu'il ne visitât par après les autres églises du diocèse de Goutances. Cette décision n'eut pas l'effet que s'en promettait l'archevêque; l'affaire fut derechef examinée à l'assemblée des prélats tenue au Pont-Audemer, et jugée enfin au contentement de notre évêque. Voici ce qu'en dit le P. Pommeraye, dans son livre des archevêques de Rouen, en parlant de cet Eudes : « Odo » , dit-il , « ayant eu quelque différend avec « quatre de ses Suffragans; sçavoir, Guy Evesque de a Bayeux; Foulques de Lisieux; Jean de Coutances, « et Guillaume d'Avranches, touchant des matières a de Jurisdiction Ecclésiastique, il s'accommoda avec « les trois premiers le Lundy d'après la Nativité de « S. Jean Baptiste, l'an 1256, au Ponteaudemer, et « avec Richard Evesque d'Avranches, successeur du a dernier, le Vendredy devant Noël de l'an 1257^ « lesquels traitez furent ratifiez par les Chapitres de <« leurs Eglises, et se trouvent dans le Gartulaire de la « Métrc^olitaine \ »
* Histoire des Àrchevesques de Rouen, 479.
n y a, dans le Livre noir du chapitre, trois actes sur ce sujet : le premier contient le sujet des plaintes des éTéques de la province contre Tarchevêque Eudes; le deuxième la réponse de rarchevèque à ces plaintes, et enfin leur accord. Les deux premiers furent passés à Rome, en la présence du pape Innocent lY, auquel Tarchevèque, d'une part, et notre évèque avec celui d^ Séez, tant pour eux que leurs confrères, d'autre part, en avaient appelé. Ces actes sont trop longs , trop ennuyeux pour être inscrits ici ou en notre recueil. Je me contenterai de l'accord, qui fera connaître quel était le différend, et d'en remarquer ici les premiers termes.
Du descord, en témoignage de ce que nous venons de dire qu'il avait été porté devant le pape, le voici : « Innocentius episcopus, servus servorum Dei, ad « perpetuam rei memoriam. Yenerabilibus fratribus a nostris Rothomagensi archiepiscopo, ex una parte, et « Sagiensi et Gonstantiensi episcopis, pro se et aliis « Rothomagensis ecclesias suffraganeis, ex altéra, in « nostra praBsentia constitutis, iidem episcopi pro- « ponere curaverunt qtjod dictus archiepiscopus ejusque officialis \ • . »
Voici l'acte de leur accord, dans lequel il n'est point parlé du différend particulier de notre évèque :
« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, « Eudes, par la miséricorde de Dieu indigne ministre « de l'église de Rouen, Gui de Bayeux, Fouque de a Lisieux et Jean de Coutances, salut étemel en Notre-
< D. BssBiN, p. U4.
20 HISTOIRE ECGLÉSUSTIQUE
•« Seigneur Jésus-Christ. Savoir faisons que, y ayant (1 différend entre nous archevêque, d'une part, et (( nous évèques et nos églises* et nos diocésains, a d'autre part, sur les articles suivants, nous nous u sommes enfin accordés à Tamiable de la manière a qui en suit. Le premier article est sur l'exécution « des mandements de nous, archevêque, de nos offi- « ciaux ou de ceux de l'église de Rouen, et sur la récep- « tion des commissions que nous ferons au sujet de nos « suffragants. Le second article concerne les compul- « soires que nous, archevêque, pourrons décerner, et « les témoins que nous pourrons appeler à ces causes (( à nous, à nos officiaux, ou à ceux de l'église de « Rouen, des vôtres, par appel ou autrement*. Le troi- « sième est touchant la manière de recevoir les appel- « lations interjetées par les sujets de nos suffra- « gants de l'église de Rouen, sans moyen, et voici « comme on en est demeuré d'accord : Les sujets des- K dits suffragants résidant en leur diocèse, c'est a à savoir les doyens ruraux en leurs doyennés, les « curés en leurs paroisses, les prieurs non conventuels « et autres personnes ecclésiastiques bénéficières, seront « en obligation de recevoir les commissions et de « mettre en exécution les mandements qui leur « seront adressés par nous susdit archevêque et nos « ofiiciaux. Nul ofiicial desdits suffragants, nul prieiu' « conventuel, nul chanoine ou autre personne d'église
* < Secandus de compalsloDe et receptione testiom in caosis appellationom ad nos vel officialem seu offîciales nostros Rotomagenses devolatiB, sea
aliafl ad nos et ipsos de jure pertinentibos. »
« cathédrale, ni autre clerc de la maison desdits suffi fragants, ne sera obligé de recevoir nosdits mande- « ments ou exécuter nos commissions sans le droit « commun, ni ne pourra être contraint à porter i( témoignage dans les causes à nous ou à nos officiaux a dévolues, que dans son propre diocèse, et non « ailleurs, si ce n'est en cas d'hérésie, de crime H énorme, de simonie, d'homicide, ou de promotion « ou de déposition de personne élevée par la voie « d'élection en quelque dignité dans un collège de « cette qualité, aiixquels cas les abbés et prieurs <( conventuels pourront porter témoignage devant M nous, mais toujours chez eux et non ailleurs. Les « autres personnes de dignité ecclésiastique devront « faire dans leur ville et diocèse, et non ailleurs, comme a dit est, sauf les cas privilégiés d'hérésie auxquels « ils pourront être contraints d'aller à Rouen , devant nous ou nos officiaux : nous fournissons à leurs dé- '( pens. Et si quelqu'un des susdits sujets est coutu- « mace, négligent ou rebelle, il sera puni suivant les a canons. De plus, les officiaux de l'église de Rouen, « tant ceux qui le sont présentement que leurs succes- N seurs, jureront, dans les deux mois de leur élection « à cette charge, qu'à raison desdits contumaces de né- « gligence ou rébellion, ils ne condamneront point ces « personnes à dçs peines extraordinaires \ et chacun (c sera tenu de faire savoir le jour, auquel ce ser- « ment devra se faire, auxdits suffragants ou leurs <( successeurs, ou au chapitre, le siège vacant, afin c( qu'ils aillent ou envoient à Rouen assister à la près-
(( tation de ce serment, si faire le veulent, autrement « on ne laissera pas de passer outre à cettedite prestai( tion de serment audit jour marqué. Item, ni nous ni fc nos ofiiciaux nous ne recevrons aucune appellation <( qui aura été faite à nous contre les règles ordinaires « et sans moyen, et aussi nous susdit archevêque « nous déclarons avoir pour agréable le présent aon cord, le ratifions et promettons sous le serment de « vérité que nous Tobserverons de tout notre pouvoir, a et nous de même susdits évoques protestons avoir a pour agréable ledit accord, le recevons et ratifions, a tant pour nous que pour nos successeurs, promettons « le faire agréer à tous nos sujets et de faire en sorte ce que nos chapitres l'accepteront. £t s'il se trouvait « quelque personne qui osât y contredire et ne le pas « accepter, elle y serait contrainte par sentence de (( suspension et même d'excommunication. En foi de « quoi nous avons fait apposer nos sceaux aux préce sentes. Fait au Pont-Audemer, le lundi après la Nac( tivité de saint Jean-Baptiste ^ » L'année était celle que nous avons marquée, 1256 ; cependant celui qui a transcrit cet acte et l'a inséré dans le livre du chapitre. Ta oubliée.
L'an 1257, Philippe de Tourlavillo, prêtre et seigneur de ce lieu% consentit à la vente que fit au diapitre de Goutances Raoul de la Haye \ chevalier, de certains ténement, terres et hommes, et leurs apparte-
« D. BBSsnf, p. 148.
• Ait. de Chorbourg. -
* Ce Raoal de la Bide était da dioc:ô8e d'Evreox. (Cartalaire de QoQtancee^ n» 35i)
nances, lesquels étaient dépendants de son fief de Denneville et situés en sadite paroisse de Tourlaville, remettant entièrement audit chapitre tout hommage et frais que ledit chapitre, à raison de sesdites terres et ténements, était obligé de lui faire, tenant lesdits chanoines et chapitre quittes et francs de toutes redeyances, moyennant la somme de 70 sous tournois, à lui par eux payés des deniers de révérend père Jean, par la grâce de Dieu évèque de Coutances, ainsi qu'il est contenu en la charte qui est datée du mois d'août de cette aimée, laquelle on verra en son lieu ^
Nous avons une autre charte de cette même année, par laquelle Jean et Thomas de Malfillastre donnèrent à Tabbaye de Cerisy le patronage de Rauville*, « quid- « quid juris etadvocationishabebantet habere poterant « in ecclesia sancti Martini de Radulû Yilla ». Nous avons remarqué en notre histoire générale du Cotentin ce qui se passa entre notre roi saint Louis et Henri III, roi d'Angleterre. Les sujets de ce dernier avaient peine à se persuader les échecs que leur roi avait soufferts en 1242, et que l'ordonnance de saint Louis de 1244 les chassât tout^-à-fait de notre province. Ils n'en furent convaincus que par la transaction de 1260, et ainsi Tévèque et le chapitre, d'une part, et les religieux de Brewton transigèrent encore cette année 1257 des dîmes de Moyon et de Pierreville *, lesquelles, par l'acte de 1222, leur étaient demeurées. Ils
< Cartolaire de ContanceSi n« 36.
* Ranville-la-BJgot^ arr. de Valognes.
• âir. de MntiLo et de QieriEtoarg.
24 HISTOIRE ECCXÉSIASTIQUE
n'avaient néanmoins pour lors que ces deux parts de Moyon ; ils avaient depuis acheté la troisième ; mais ne croyant pas pouvoir la posséder légitimement sans rinvestiture ou approbation de Tévèque, ils la remirent en sa disposition, cette année 1257, et ce prélat [la] leur donna, parce qu'ils s'obligèrent de lui en payer annuellement, à lui et à ses successeurs, au sjnode de Pâques, cent sous, moyennant quoi cette église serait exempte de déport , et en outre au chapitre de Coutances seize livres dix sous, moitié au même synode pascal et l'autre moitié à celui de l'automne, à quoi les fermiers desdits religieux seraient obligés. Cet acte, qui est extrait du 9S^ feuillet du volume du cartulaire du chapitre, et dont on verra la copie en la page 45' de nos chartes, est daté du vendredi d'après la Saint-Barthélémy, l'an que nous venons de marquer.
Et, pour finir tout de suite ce qui regarde ce sujet, je dirai qu'après que les Anglais eiu^ent perdu toute espérance de retourner en cette province, et les Normands celle de jouir sans trouble des biens qu'ils avaient en Angleterre, notre évéque moyenna entre les religieux de Troarn et ceux de Brewton un échange par lequel les premiers cédèrent aux seconds ce qu'ils avaient en Angleterre et ceux-ci leur baillèrent Moyon et Pierreville, avec leurs autres dignités.
Nous avons un acte sur ce sujet; on le verra entrer dans notre recueil. C'est un jugement donné par Raoul, évèque d'Albe, légat du Saint-Siège, par lequel, sur l'opposition qu'av&it formée le chapitre de Coutances à ce que l'abbé de Troarn eût en son église le même rang
DU DIOCa&SE DE GOUTANCES. 25
et dignité de cbanoine qu'avait auparavant le prieur de Brewton , ce prélat condamne le chapitre à le souffrir, parce que néanmoins cet abbé récompensera le chapitre de deux cents livres pour les frais qu'il avait été obligé de faire à la poiu^uite de son opposition , cette somme payable à deux termes, le premier à Pâques prochain , et l'autre de ce Pâques en un an ; en sorte que celui qui gagne sa cause paie les dépens. Cet acte est du six août 1269 , « sede apostolica va- « cante » , et donné à Goutances\
Nous parlerons bientôt d'un accord passé entre notre évèque Jean et son chapitre sur plusieurs articles, en 1263. Le premier de ces articles est sur le sujet de l'abbé de Troam, que l'évèque voulait installer au nombre des chanoines, comme l'avait été le prieur de Brewton, contre la volonté du chapitre, et les arbitres jugèrent qu'ils ne devait pas le faire , (c au premier chef » , disent les juges , « pour le bien « de la paix. Nous ordonnons au révérend père Jean, « par la grâce de Dieu évèque de Goutances, qu'il ne « passe point outre au fait de la prébende qui était « autrefois au prieur de Brewton, de l'ordre de saint « Augustin, contraignant ledit chapitre de Goutances « à recevoir l'abbé de Troam , qui est de l'ordre de « saint Benoit, du diocèse de Bayeux, avec même préce bende, et à être chanoine et leur frère, lui donnant « ou faisant donner un lieu et une stalle dans le chœur « de l'église de Goutances, ou lui donnant aide ou
' Cartnlaire de Goutances, n» 370.
M HISTOIRE EGCXÉSIASTIQUS
tt secours au sujet de ladite prébende contre ledit (f chapitre, faisant audit père, Tévèque de Coutances, a défense de passer outre à la collation de ladite pré* « bende. »
Nous estimons que quoique l'ordonnance du légat fût postérieure à cet acte, ce fut elle néanmoins qui eut son effet. Je crois que cet abbé ni ses successeurs ne payèrent point cette somme de deux cents livres; aussi nul d'eux n'a eu dignité de chanoine de Cou-* tances, et ils se sont depuis contentés du patronage el de toutes les dîmes de Moyon.
Au mois de mai 1258, le roi saint Louis, étant à Paris, pour le salut de son *âme, celles de son père Louis et de sa mère Blanche , d'heureuse mémoire , donna au chapitre de Coutances amortissement de toutes les terres, maisons, prairies et autres choses quelconques qu'il avait acquises et dont il était en possession paisible depuis 30 ans\ Cet acte est contenu au feuillet 215 du i" volume du cartulaire de Coutances ; on en verra l'extrait en son lieu.
Je trouve encore que cette même année 1258, il retira des religieux de Blanchelande une partie des dîmes de la paroisse d'Octeville', qui leur avait été donnée par son prédécesseur Hugues de Morville, et la donna à son chapitre.
On voudra bien me permettre de remplir 1259 de deux petites chartes de peu d'importance, à la vérité, mais par lesquelles on poiura remarquer combien, au
« Gartalaire normand^ n» 5M.
• Ait. de Cherbourg.
DU BIOCÂSE DB œUTANGES. 27
siècle que nous parcourons, l'argent était rare et le blé à vil prix. La première est du mois de juin et contient une vente que fit Geoffroi le Petit à saint Martin et à £on église de Soûle \ii ad usum et fabricam », de deux quartiers de froment à la mesure de Soûle, un pain, un denier, et une géline de rente, à prendre sur ses terres, situées proche le bourg, par le prix de huit livres tournois, une fois payées, par les mains de Guillaume du Bois et Guillaume Paistel. Le mois n'est point marqué en l'autre, qui contient que Philippe du Hamel, fils de feu Robert du Hamel, de la paroisse de Saint-Samson-de*Hallon , vendit à perpétuité pour dix sous tournois, payé^ comptant^ à Pierre, dit le Seigneur, chanoine de Constances, un demi-boisseau de froment, mesure rentière de ladite paroisse, payable à la Saint*Michel, laquelle rente il avait à prendre annuellement sur un nommé Guillaume Taxquet, à raison d'une pièce de terre qu'il tenait de lui à fief. On a ime infinité d'exemples semblables.
En l'année 1260, Payen Corbet, fils de Guillaume
Gorbet, chevalier, ratifia la donation qu'un nommé
* Guillaume le Ëbrithe avait faite au chapitre de Gou*^
tances de certains fonds dépendant de son fief de
Roncey ^
Nous avons trois actes de cette même année., par l'un desquels notre évéque, sur la contestation que faisait aux religieux de Blanchelande Robert de Lan-
« Arr. de Saint-Lo.
* Arr. de Goutaoces.
28 HISTOIBE ECCLÉSIASTIQUE
quetot, écuyer, des dîmes de Saint-6ermain-le-GaiIlard \ prétendant que ces dîmes lui appartenaient par droit d'héritage, Jean d'Essey, son évèque, lui fit connaître rinjustice de ces prétentions, et que ce serait mal à propos qu'il voudrait aller contre la disposition de feu son aïeul, lequel, comme il paraissait par la charte de Hugues, évèque de Goutances, dûment en forme, avait donné ces dîmes à ces religieux, à quoi ce Lanquetot acquiesça par charte donnée le lendemain de Quasimodo de 1260.
Le second acte est extrait du cartulaire de Tabbaye de Cherbourg et contient un jugement donné par notre prélat entre les abbé et religieux de ce monastère, et le curé de Nacqueville ', nommé Martre de Falaise, pour la chapelle de Saint-Clair, qui est en bette paroisse, dont chacun voulait avoir le revenu. Elle fut adjugée aux religieux, au moyen qu'ils paieraient tous leis ans au curé, ledit jour saint Clair, lequel en outre serait exempt de payer à l'avenir certain nombre de froment que les religieux de Cherbourg prenaient tous les ans sur la tierce gerbe des curés de Nacqueville.
Enfin, le troisième contient un accord entre les religieux de Hambie et le curé de Chantelou* pour les dîmes de cette paroisse. Les parties avaient fait compromission sur lui, sur le chapitre de Coutances, et l'archidiacre des Iles régla de manière que ce curé et ses successeurs percevraient à l'avenir, sur les deux
« Arr. de Cherboarg.
• Arr. de Cherboarg.
• Arr. de Goutances.
gerbes qui appartenaient aux religieux et à qui elles devraient demeurer, dix quartiers de froment, autant d'avoine, et deux cents de paille. L'acte est du deuxième vendredi après Noël 1260; deux ans après, c'est-àdire en 1262, il ratifia ce même jugement par un acte nouveau.
Cette année, Jean Painel, archidiacre de Coutances, donna au chapitre liberté d'acheter dans l'étendue des terres qui dépendaient de son fief en la paroisse d'Orval, pour fournir à l'entretien d'un cierge qu'il avait fondé en la cathédrale, qui devait brûler nuit et jour devant le mattre-autel, «t l'abbé de Cherbourg, avec ses religieux, passa cette même année accord avec le même chapitre de Coutances pour l'alternative du patronage de l'église du Rosel.
Outre ce que nous avons rapporté en notre histoire générale au sujet de la paroisse d'Agon^ nous remarquerons ici qu'à la fin et ensuite de ces chartes que nous avons citées, on lit cet article, qui concerne l'état de cette paroisse : a Le curé d'Agon est un des quatre « archiprêtres de l'insigne église de Coutances, lequel « est obligé d'être assis à côté de l'évêque, lorsqu'il (c ofiScie pontificalement en l'église cathédrale. Il a pleine (( juridiction ecclésiastique sur ses paroissiens, il ne « doit point de déport, il n'est point obligé d'assister « aux synodes, et son vicaire n'est point tenu de « prendre de lettres de vicaire pour desservir. »
Cette année 1263, le même Jean d'Essey, notre
« Ait. de Goatances.
30 BISTOmB EGCUâSIASTIQUB
évéque, termina un procès entre Tabbé de Hambie, nommé Robert, d'une part, et Jean de Balou, dixhuitième abbé de Savigny , en qualité de père spirituel et prieur des religieuses de l'Abbaye-Blanche de Mortain, d'autre, sur la troisième partie d'une portion de dtme qui se perçoit de cette terre qu'on appelle le domaine du Seigneur, en la paroisse de Bréhal \ les religieuses exhibant des chartes de donation par Vivien, autrefois évèque de Coutances, et les religieux de Hambie soutenant au contraire, que cette portion et toutes autres de cette paroisse de Bréhal leur appartenaient. Les religieux, par cet accord, céderont ces dtmes, au moyen qu'ils auraient par an, jour saint Aubin, au mois de mars, dix quartiers de froment, mesure dudit lieu de Bréhal. Cet acte est du vendredi avant la fête de la Madeleine 1264*.
Quelque temps auparavant, il avait réglé ces mêmes religieux et le curé de Bréhal qui l'avaient choisi arbitre de leurs différends, en sorte que le curé, outre les mêmes dîmes, aurait encore huit quartiers de froment, autant d'orge et autant d'avoine, mesure de Yilledieu*, avec huit cents de paille par an, et le surplus demeurerait aux religieux.
Et quelque temps après, c'est-à-dire au mois de février de l'an 1265, messire Jean Grosparmi, chanoine de Coutances, donna à perpétuité à cette église 40 sous de rente, à prendre, au jour de l'Ascension, sur
• Ait. de Cootances.
> Répertoire de M. db Gnyiixi, V, 3358.
* Ait. d'Avranches.
DU DIOCËSB DB CGOTAlfCBS. 31
la maison de Coutances à lui autrefois rendue par Robert du Lorey, clerc, et Alix, sa femme, et ce, pour faire annuellement un service pour feu Siméon Grosparmi, en son rivant bourgeois de Périers, de laquelle somme deux parties seraient distribuées aux chanoines et la troisième aux clercs du chœur. L'acte en est contenu au 23* feuillet du troisième registre des chartes du chapitre.
On peut remarquer de cet acte qu'il y avait alors deux sortes de clercs, les uns mariés et les autres non mariés, lesquels jouissaient presque également des privilèges de la cléricature. At; conseil provincial de Normandie, . tenu au Pont-Audemer, le lendemain de décollation de saint Jean 1 262 \ il est étroitement commandé d'avertir les clercs mariés et non mariés, de s'abstenir aux fêtes et dimanches gratuitement de tout commerce séculier, et de porter la tonsure et habit de clerc. Que si après une troisième monition ils ne se corrigent pas, l'Eglise souffirira que les clercs non mariés soient, eux et leurs biens, sujets aux lois et coutumes du pays, et n'empêchera point du tout que les seigneurs temporels n'exigent des clercs mariés les mêmes servitudes et redevances qu'ils exigent de leurs
autres vassaux. Enfin, si après les trois monitions, a contingat quod pro suis excessibus à sscularibus « Judicibus capiantur, in criminibus comprehensi, mm (I praecipiemus eos per censuras Ecclesiasticas libe- « rari », il arrivait qu'ils fussent surpris en quelques
« uiexisarr.
32 HISTOIRE BCCLÉSUSTIQUB
crimes énormes, TEglise ne les retirerait point des mains de la justice séculière et n'userait point de ses censures et de son pouvoir pour cela \
Les deux premiers actes dignes de mémoire que je trouve après ce que nous venons de dire, sont de saint Louis et donnés, eh l'an 1269, en faveur de l'église et du chapitre de Coutances. Le premier est daté de Saint- Lo, au mois de juillet, et contient que ce monarque ayant appris du chapitre de Coutances qu'on célèbre tous les ans un service solennel pour feu de bonne mémoire le roi Philippe, son aïeul, le roi Louis, son père, et la reine Blanche, sa mère, en l'église cathédrale, il a donné permission aux chanoines de cette même église de pouvoir acquérir légitimement dans ses dépendances, pourvu que ce ne soit point fief ou membre de fief de haubert, terres nobles et de la dépendance immédiate du duché de Normandie, sujettes à gardes-nobles, et autres redevances semblables, jusqu'au nombre de 60 livrées de terre, pour l'augmentation du culte divin, se réservant néanmoins les droits qu'il pourrait avoir sur ces acquisitions et sauf aussi le droit d'autrui, si ce n'est qu'on ne pourrait les contraindre de s'en dessaisir, ordonnant en outre qu'ils mettraient entre les mains de son bailli de Gotentin les contrats de l'acquisition qu'ils auraient faite^ aux fins de l'estimation de la valeur et pour que les droits du roi ne se perdissent point, dont le chapitre étant content, il accorda à Sa Majesté de faire un service
« BittiH, p. 150.
annuel pour lui après son décès. Cet acte est inséré au feuillet 214* du volume des chartes du chapitre de Goutances, et porte la date de 1269 \
Le deuxième est extrait du même feuillet. Il témoigne que si le saint monarque conservait avec soin les droits de sa coiu*onne, il n'avait pas moins d'attention à conserver ceux de l'église du comté de Mortain, qui était un fief mouvant de l'église de Goutances dans le temps des ducs de Normandie. Ce fief, par la conquête de Philippe-Auguste, avait changé de maître avec la province; ce changement ne parut assuré que depuis l'an 1260, par ce traité entre les rois de France et d'Angleterre dont nous avons parlé en son lieu. Après cette assurance, l'évèque et le chapitre se retirèrent vers le roi, afin de rentrer dans leurs droits au sujet de l'hommage de ce comté de Mortain, et ce monarque, reconnaissant leurs droits, ordonna à son bailli de Cotentin de les acquitter personnellement. Voici son ordonnance, qui s'expliquera assez d'elle-même :
u Louis, roi de France, au bailli de Cotentin, salut. (( Comme ainsi soit qu'il ait été ordonné en notre cour, '( du consentement de notre amé et féal Jean, évêque « de Goutances, que notre bailli de Cotentin, tel qu'il « soit selon la diversité des temps, prête, aussitôt « après son établissement, serment de fidélité à l'église « de Goutances, à cause de notre comté de Mortain , « nous te mandons que tu aies à prêter le serment de
* Cartalaire de Goutances, n» S54; cartulaire normand, no 747. Tome II. 3
« la manière qu'il nous a accoutumé d'être fait. Que « s'il arrive que cedit comté de Mortain sorte de nos « mains ou de celles de nos héritiers, rois de France, (( celui qui pour lors tiendra ledit comté de Mortain « sera tenu de prêter lui-même ledit serment de fidélité f( à ladite église, à cause du même comté. Fait à Paris, « après le dimanche de Reminiscere 1269 ^ »
Cette même année, la veuve de Guillaume de Montigny , chevalier, donna aux abbé et religieux de Cherbourg la moitié de son fief nommé de Souslemont, en la paroisse de la Femelle *, à condition qu'on ferait tous les ans un service solennel pour elle, ledit jour auquel arriverait son décès, et notre évêque confirma cette donation par acte passé à Coutances le mardi avant l'assomption de la sainte Vierge.
Ce très-illustre monarque saint Louis mourut au mois d'août de l'an suivant, 1270, au camp devant Tunis, de la manière que chacun sait. Son fils Philippe troisième, surnommé le Hardi, lui succéda. Il fut obligé^ l'an suivant, de prendre les armes contre les comtes de Foix qui persécutaient injustement Gérard de l'Ile, son vassal; et cette guerre nous donne ici l'occasion d'expliquer les redevances et obligations anciennes de nos évêques en ces sortes d'armements ou convocatioDJs d'arrière-ban.
André Duchesne, à la fin de ses Historiens de Normandie^ a fait réimprimer le rôle des fiefs militaires et des obligations de ceux qui les possédaient à ces sortes
« 14 mars. (Gartalaire normaûdi n» 778.) • Ait. de Valognes.
de convocations. Les curieux peuvent voir les autres ; voici seulement ce qui nous r^arde :
« L'évéque de Goutances doit le service de cinq che- « valiers et doit en avoir treize à son service, c'est-à- (c dire qu'il doit être accompagné en l'armée de treize « chevaliers *. »
Et dans les Anciens rôles de f arrière-ban ^ donnés au public par la Roque, nous trouvons en celui qui a pour titre :
Les Chevaliers et Escuiers, et cmtres qid doivent service au Roy, et qui vinrent en VOst de Foix, et confessèrent par leurs Cedules les services si comme ils sont ci escrips 1Î71.
L'Evesque de Coustances doit service de 4. Cheyaliers par iO. jours pour nûsoD de la Baronnerie de Saint Lo et de Coustances ^
Il l'exécuta l'an suivant; dans le rôle de ceux qui comparurent à Tours, à la quinzaine de Pâques, pour l'armée du roi de cet an 1272 , nous tiX)uvons écrit :
« L'évèque de Goutances n'a point comparu ; mais c< il a envoyé le service qu'il devait, c'est à savoir c< quatre chevaliers qui sont : Jean de Saint-Gilles, (c Guillaume de Trely, Thomas de Rampan et Guillaume « de Cordé, qui vont à l'armée* ».
De ces cinq chevaliers dont il est parlé dans le rôle de Duchesne, le nombre en avait été réduit à quatre
« BistorÛB Normannorum scriptores^ p. 1045.
• Traité du ban et de Carrière-ban^ é<Ut. de n3&« p. 65.
« Ibid., p. 71.
par le traité fait avec Philippe-Auguste et la cession du fief de Soûle par Hugues de Morville, comme nous l'avons remarqué, et enfin ces obligations ont tout à fait cessé par les traités depuis faits entre les rois et le clergé de France, moyennant paiement ordinaire des décimes.
En 1 263, il y avait eu un grand procès entre l'évèque et le chapitre de Goutances ; il avait été porté à Rome. Le pape en avait choisi Eudes, évèque de Tusculum, auditeur de rote, pour juge : il n'avait point jugé. L'archevêque de Rouen s'en était rendu médiateur : il n'avait pas terminé la chose. Les parties, enfin, ennuyées de ces longueurs, s'étaient choisi des arbitres et des juges pour en décider à l'amiable de la manière qu'ils jugeraient à propos. Ces juges étaient Mathieu d'Essey pour l'évêque et Pierre de Masserville * pour le chapitre, tous deux chanoines de Goutances, et pour siu*arbitre, messire Jean de Glermont*, archidiacre de Bayeux. Nous avons le jugement de ces trois arbitres ; nous allons en rapporter le premier article, qui est la défense qu'ils firent à l'évêque d'admettre l'abbé de Troam à être chanoine de Goutances. Par le deuxième, il est ordonné à l'évêque de chasser Guillaume de Troarn, son neveu, sa femme et toute sa famille, avant le jour de saint Michel, du manoir du Temple, qui est proche Saint- Lo, en sorte qu'après ce terme, ni eux, ni personne pour eux n'y demeure. Par le troisième, il est permis à l'évêque d'instituer, de destituer et confirmer les abbés
« Le 6a//ta dit c de Maeeriit ».
• c De Caronumte ».
de son diocèse, sans en demander ayis au chapitre. Le quatrième, Tévèque sera obligé de bénir les abbés du diocèse dans Téglise cathédrale, et si quelque maladie Ten empêche ou qu'il le fasse ailleurs, du consentement du chapitre, il les enverra, auparavant que d'entrer en leur charge, faire leur profession [à Téglise. cathédrale. Cette profession] se fera hors les portes de
ladite église, en cette forme: Moi, N., abbé de ,
je promets obéissance, révérence, sujétion, à cette sainte église de Coûtâmes, et je signe la promesse que je fais sur cet autel. S"" Il promovera aux ordres des chanoines que le chapitre lui présentera ou en personne ou par lettres, auxquelles il usera de ces termes : Salut et révérence due à son père et entière à Jésus- Christ^. 6* L'évêque pourra disposer de ses forêts comme lui et* ses prédécesseurs en ont disposé au temps passé, sans en demander le consentement du ' chapitre. V II paiera dix livres tournois audit chapitre, pour être cette somme distribuée entre eux, suivant la coutume, lorsqu'il n'assistera point au chœur les jours de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, de l'assomption de la Vierge, et de saint Lo, évêque, [c'est-àdire] 10 livres pour chaque absence. 8"" La moitié du patronage de Nicorps ayant été donnée à l'évêque par
* Il 7 a plus dans le texte : « Item, ordinando pronanciamus nt episcopus
< Gonstantiensis sine consensu capitallsui non possitdare licentîam thesan* « rario et scholastico ecolesise Gonstantiensis absentandi se ab ecclesia « memorata. Item, ordinando pronunciamus quod episcopus Gonstantiensis
< canonicx» Gonstantiensis ecclesias ad pnesentationeni capituli Constant, ad « ordines promovebit. Item, ordinando pronunciamus ut episcopum Gonsc tantiensis clericos chori ecclesis Gonstantiensis promoveat ad ordines, « si cantor eos in persona propria prssentet, vel per litteras suas continen- « tes salutem et reverentiam tanto patri debitam et devotam. »
38 HISTOIRB ECCLÉSIASTIQUE
Guérard de Gratot, chevalier, il pourra en disposer à sa volonté et le chapitre, sur la réquisition du prélat, sera obligé d'y consentir. O"" Les biens des chanoines, soit simples ou en dignités, mourant ab intestat^ seront à la disposition de l'évèque et du chapitre, ou de leurs députés. 10^ Les offrandes et autelage seront purement et simplement pour la fabrique de TEglise, sans que le chapitre y puisse prétendre. 1 1"* La demande que fait le chapitre à Tévèque pour raison de la maison du trésorier, demeurera nulle, ledit évèque ayant satisfait audit trésorier, il"" Siu* ce que le chapitre avait demandé qu'il ne payât rien pour le sceau des lettres, qu'il ferait sceller à la cour de l'Eglise, on laisserait cet article à l'honnêteté de l'évèque. IS*' Il paiera au chapitre 25 livres, une fois payées, au lieu de 40 sous tournois de rente, que demandait ledit chapitre, à cause de la maison qui fut à Raoul Moriol , située devant les portes de la grande église, moyennant quoi ledit chapitre renoncerait à jamais rien demander sur cette maison. 14'' Le chapitre ayant prétendu avoir tout droit sur la cure de Sainte- Marie-du-MontS d'y mettre et de retirer le curé quand il semblerait bon, de visite et de toute juridiction sur lui, et voulant même que celui qui y était actuellement et avait été mis par l'évèque en fût destitué, il en fut refusé. 1 S"* Le patronage de Belval appartenait audit chapitre, et le curé qui y a été mis de la part de l'évèque y resterait, à la vérité , mais
« Arr. de Valogoes.
prendrait une nouvelle collation du chapitre. IG"" Quiconque devait être chanoine, ferait au chapitre serment de garder fidélité à l'église de Goutances et d'observer ses bonnes et anciennes coutumes, l?*" Sur ce que le chapitre prétendait être en droit d'instituer et de destituer, conjointement avec l'évèque, des gardes ou conteurs de l'église cathédrale, et se plaignait que l'évoque le faisait seul et s'en attribuait tout le droit, l'évèque serait maintenu. IS"" La plainte que faisait le chapitre contre Tévêque, comme s'étant approprié plusieurs églises, bénéfices et revenus qui devaient être communs entre eux, serait de même recette. 19'' Les chanoines prébendes de la Mancellière, de SaintrSamson, de Mulleville , de Quibou , de Trély, de Saint-Louet-sur-Sienne * et d'Urville auraient pleine juridiction temporelle et spirituelle sur leurs vassaux. 20'* L'évèque paierait au chapitre vingt sous de rente pour toutes choses à raison du moulin de Bonfossé. 21** Sur la demande que faisaient les chanoines que les distributions, que l'évèque percevait quoique absent, fussent par le communier données aux quatre clercs du chœur, on laisserait la chose sur la conscience du
prélat. 22'' Le chapitre entretiendrait les enfants de
chœur et l'évèque ferait [faire] des croix neuves et réparer les vieilles. 23* Lcts chanoines qui avaient des
cures non annexées à leurs canonicats, dans la ville ou dans le diocèse, seraient obligés d'obéir aux mande-
* La MaDcellière^ arr. de Mortain; Saint-Samson-de-Bonfossé, Quibou, SaiDt-Loaet-sor-Sienne^ arr.de Saînt-Lo; Muneyille-sar-Mer, appelé Mulleville dans le Lwre noir du chapitre, Trôly, arr. de Coatanoes.
40 HISTOIBE ECCLÉSIASTIQUE
ments die Tévèque ou de son grand vicaire) pourvu que les mandements leur soient adressés non en qualité de chanoines, mais de curés. 24"" L'évèque serait le gardien de la fabrique, comme c'est la coutume ; si néanmoins il y avait quelque réparation ou frais à faire, il en demanderait le conseil du chapitre ou de la plupart des chanoines. SS"" La plainte que faisait le chapitre de ce que l'évèque, contre la coutume, établissait plusieurs of&ciaux dans son diocèse, était irrégulière. 26* On regarderait de même celle par laquelle on se plaignait qu'il n'observait pas les coutumes, les statuts, ni les usages approuvés. 2V Sur la plainte que faisait l'évèque de ce que le chapitre entreprenait de mettre l'église cathédrale en interdit et d'y faire cesser le divin service de sa propre autorité, au mépris de l'évèque et sans lui en demander avis, défense serait faite audit chapitre de faire chose semblable à l'avenir; que telles entreprises étaient déclarées nulles dès à présent, et que l'interdit fait l'an 1268\ depuis environ 8 jours avant Noël jusqu'après la purification de la sainte Vierge, était déclaré nul et n'appartenait [d'J aucun droit auxdits chanoines. 28° Sur la plainte du même prélat que les chanoines avaient fait défense aux clercs et aux vicaires du chœur d'aider ou assister ledit évèque lorsqu'il célébrait au grand autel, et même d'en avoir chassé quelques-uns pour cette raison, ils seraient absous de cette faute comme niant le fait. 29*" Sur la plainte
* Lises 1261.
DU DIOGâSE DE GOUTANCES. 41
que faisait ledit évêque de ce que le chapitre avait statué témérairement que chaque chanoine pourrait s'ab-< senter une fois la semaine de l'office sans perdre ses rétributions ordinaires ; que les chanoines qui assisteraient au chapitre, qui se tient une fois la semaine, auraient douze deniers sur la commune pour leur présence et double portion ; que la rétribution qu'on a coutume de faire aux chanoines qui entonnent les antiennes de TAvent serait prise sur les deniers communs et non. sur les chanoines en particulier ; que chacun an, au jour du chapitre général, chaque chanoine aurait vingt livres tournois sur les deniers de la même cùmmune^ et de ce qu'enfin ledit chapitre avait accordé la distribution commune et de chaque jour avec Tévèqué au nommé Moriol, ladite plainte fut mise à néant, attendu que l'évêque avait été présent à toutes résolu-» tions ou de la plus grande partie. 30'' De même au sujet de la collation de trois vicaires du grand autel; de leur institution et destitution dont l'évêque se plai* gnait, elle fut mise à néant. 31** Enfin, au regard dd la prétention de l'évêque d'avoir toutes sortes de juridictions sur les dignités, les personnats, chanoines et vicaires, il fut dit que le diapitre avait juridictk>a civile et criminelle stu* les chanoines et ayant charge et dignité dans l'église cathédrale, si lés crimes avaient été commis en l'église ou ville de Goutances, et que l'évêque aurait cette même juridiction sur- le& archi* diacres, non à raison ni en qualité de chanoines, mais en qualité d'archidiacres ^
« GaUia ChrUiiana, XI, 363 insirum.
Ce différend qui, comme nous avons dit, avait été terminé à Goutances le mardi après Tassomption de la sainte Vierge, Tan que nous venons de marquer, n'avait point altéré la charité du prélat envers son chapitre, ni diminué en lui le désir de lui faire du bien. C'est ce qui parait en 1272, au mois d'août, auquel il donna à son église les dîmes qu'il avait retirées des laïques en la paroisse de Montaigu\ lesquelles appartenaient à un chevalier nommé Richard Frapier*, ainsi que certains revenus et redevances qu'il avait acquis en la paroisse de Mesnil-Auvair ^ estimés à quatre livres sept sous de rente ; les rentes et les revenus qu'il avait acquis à Saint-Georges-en-Bauptois, estimés à sept livres tournois ou environ; la maison qu'il avait fait bâtir à Coutances, n'étant encore qu'archidiacre, dans laquelle Guillaume, chantre de Coutances, demeure ; trente boisseaux de froment à Guillaume, chantre de Coutances ; de poième trente boisseaux de froment à Quibou, mesure du lieu, et enfin douze boisseaux de même blé, mesure de Goutances, en la paroisse de Saussey \ Il voulut encore que dès lors le chapitre entrât en possession, jouît de l'effet de toutes ces donations, et que tous les titres à cet effet lui fussent mis entre les mains ; et comme cette donation avait été faite afin qu'on célébrât annuellement un service pour lui en la cathédrale, le jour qu'arriverait son décès, il voulut qu'en attendant, les arrérages de ces rentes et revenus fussent pendant sa
« Ait. de Valog:nc8.
• Qui les avait données à Jean d'Essey (Gartulaire de Cpotances, a» 53). s Mesnil-an-Val, arr. de Gherbonig.
* Ait. de Coutances.
DU DIOCÉSS DE GOUTANGBS. 43
vie conservés pour être tous ensemble employés en Facquisition de diverses autres rentes et revenus, qui seraient pour l'augmentation de ce même obit. On verra en notre recueil, page 50.
Le feuillet 70 du premier volume des chartes du chapitre contient un acte par lequel on peut connaître quelle était l'inclination de notre évèque à enrichir son église et à faire prier Dieu pour lui et pour ses parents : a Nous avons, dit-il, par charité, pour le <( salut de notre âme et celles de nos parents, donné « au chapitre de Coutances, et confirmons notre dona- « tion par ce présent écrit, pour faire trois obits par a an pour nous, après notre mort, et un autre pour (( feu messire Thomas d'Essey, chanoine de Coutances, « notre frère, les revenus dont voici le dénombrement : (( les dîmes que nous avons acquises de Richard Fra- « pier, chevalier, de Guillaume et Orence de la H Vallée, et de Guillaume Butorel, à Bretteville^ H et de Michel' de Beuzeville,, prêtre, à Beuzeville- « sur-le-Vey*, lesquelles xilmes cesdits prêtres et « chevaliers possédaient comme fiefs laïques, et en « outre toutes les terres, rentes et revenus que ledit « chapitre a acquis, de nos propres deniers, de a Raoul de la Haye , chevalier, du diocèse d'Evreux , (( et dans les parroisses ci-dessous nommées : en la a parroisse de Tourlaville\ sur Richard Hare, deux « pains de trois deniers tournoi^ chacun et deux
* Bretteville-en-Saire, arr. de Valognes.
* LifM Nicolas.
* Ait. de Saiot-Lo.
« Ait. de €3ier|)0Qrg.
« gélines; sur Simon le Coq, douze deniers tournois, a trois quartiers de froment à la mesure de Tourla- « ville, deux pains de deux deniers, monnaie du Mans, « chacun, deux poules et vingt œufs ; sur Thomas de « Courcy, onze boisseaux de froment à ladite mesure, (( deux pains de deux deniers manceaux et deux « poules. Item au Mesnil-Auvair, sur Richard Loquet, « deux sous tournois, deux pains et deux deniers du « Mans et deux poules. »
Ce qui suit est une longue et ennuyeuse énumération de rentes, comme les précédentes, en deniers, pains, grains et poules, que j'ai cru inutile d'insérer ici. Après quoi, ce revenu doit être employé de la manière qui suit : « Desquels dt mes, revenus, terres « et possessions et autres choses susdites^ nous voulons « et ordonnons que le susdit chapitre en prenne treize « livres tournois par chacun an, pour l'anniversaire de « feu de bonne mémoire Vivien, évêque de Goutances, a en échange et au lieu de vingt livres tournois qu'il « avait accoutumé de prendre sur le moulin de Bon- « fossé, sous le nom de dîme, et d'une certaine portion « de dlme que percevait ledit chapitre, en la parroisse de (( Saint-Ebremond-de-Bonfossé , lesquelles vingt livres (( et laquelle dlme ledit Vivien avait de son vivant « données audit chapitre pour faire un obit par an, (( en ladite église de Goutances, pour le salut de son Xi âme, ce que ledit chapitre nous a quitté vertu dudit « échange. Item nous voulons que desdites rentes et « revenus, il en soit distribué par le communier dudit « chapitre, que nous et nos successeurs établirons dans
DU DIOCÈSE DE COCTAlfCES. 45
« ladite église, c'est à savoir quinze livres à chacun « selon la forme et l'usage des chapelains, lesquels « chapelains seront obligés d'assister aux heures cano- « nicales en ladite église comme les autres, et celui qui c< y manquera sera marqué comme les autres. Ils seront « obligés de célébrer tous les jours pour notre salut « la messe , et pour le salut de nos parents , bienfai- « teurs et autres défunts; de plus, en l'anniversaire « qui se fera solennellement ime fois par an pour nos « parents, le communier distribuera quatre livres tourci nois aux chanoines et quarante sous tournois aux « clercs du chœur qui y assisteront ; de même à l'anni- « versaire dudit messire Thomas, notre frère, on distri- « huera soixante sous tournois, savoir : les deux tiers (( aux chanoines et l'autre tiers aux clercs du chœur. (( Item, à notre anniversaire qui se fera trois fois par an, « le communier distribuera à chaque fois aux pauvres « pour dix livres tournois de pain, aux chanoines qui « y assisteront aussi dix livres ; et sur ledit revenu on « prendra soixante livres tournois pour le luminaire, <( et ce qui sera de surplus, toutes charges faites, des- « dites dîmes, rentes et revenus, on le distribuera « aux clercs du chœur qui assisteront à notre obit (f général. En foi de quoi, nous avons fait apposer <i notre sceau à ces présentes lettres et le chapitre le « sien, l'an 1273, au mois d'août, le lendemain de l'asc( somption de la sainte Vierge, au chapitre générale » Nous avons un acte de cette même année 1273,
* Gartnlaire de Goataoces, n® Vti.
46 HISTOIHB CCC^ÉSUSTIQUB
pdssé devant l'official de Bayeux, le samedi après la purification de la sainte Vierge, par lequel Guillaume Harang et Rohese sa femme, de la paroisse de la Ferrière-Harang, du même diocèse de Bay eux, reconnurent de leur bon gré, savoir : ledit Harang, du consentement de ladite Rohese, avoir vendu, quitté, cédé et délaissé à révérend père Jean, par la grâce de Dieu évèque de Goutances, toute la part et portion qui lui pouvait appartenir des dîmes de Sainte-Marie-Laumont\ au diocèse de Goutances, en quelque lieu de. ladite paroisse, avec tout le droit qu'y pouvait avoir ledit Harang à raison de ladite sa femme, et ce par le prix et somme de cent dix livres tournois, que lesdits Guillaume et Rohese confessèrent avoir reçues dudit père.
Get acte, qui est au feuillet 1 09 du premier volume des chartes du chapitre tant de fois cité, est suivi d'un autre passé au mois d'avril suivant, que l'on comptait 1274, en présence du curé de Sainte-Marie-Laumont, par lequel il parait que Michel Richard et Robert de Sainte-Marie, dont ce dernier était clerc, fils d'Eudes de Saint-Marie, vendirent au révérend père en Dieu et seigneur Jean, par la grâce de Dieu évêque de Goutances, par le prix et somme de cent dix livres dont ils furent bien payés et pleinement satisfaits, toute et telle portion de dime qui leur pouvait compter et appartenir en ladite paroisse Sainte-Marie-Laumont , avec promesse de garantir et de faire ratifier cette vente à leur
• Sainte-Marie-Laumont, arr. de Vire.
DU DIOCÉSB DE GOIITANCBS. 47
mère , et de l'acquitter envers elle de tout ce qu'elle pourrait demander à raison de sa dôt, douaire ou don de mariage.
Et au mois d'octobre suivant, le samedi avant la fête des apôtres saint Simon et saint Jude, de la même année 1274, notre prélat désirant, comme il le dit, pourvoir au salut de son âme et de celles de ses prédécesseurs et successeurs et parents, fonda en son église cathédrale deux chapelles et deux chapelains dont lui et ses successeurs seraiçnt les collateurs, le tout du consentement du chapitre, et donna à ces chapelles et aux chapelains'qui desserviraient à la manière des autres chapelains de ladite église, encore du consentement du chapitre , les deux portions de la dlme qu'il avait acquise en là paroisse de Sainte-Marie-Laumont, quatre livres tournois de rente qu'il avait acquises en la paroisse de Sottevast , ce qu'il avait acheté dans la paroisse de Remilly de messire Raoul Heroard, clerc, et six quartiers de firoment aussi de son conquét en la paroisse d'Auville S lesquels revenus desdits chapelains seront payés par le communier du chapitre, à la manière des autres chapelains, et seront iceux chapelains tenus d'assister aussi comme les autres à Toffice du chœur, en sorte que leurs absences soient marquées'. Enfin ce bon évoque, après avoir passé vingtsix ans dans les travaux de l'épiscopat, rempli les devoirs d'im pieux et vigilant pasteur et fait du bien à tout le monde, et particulièrement aux églises, aux
« Aaville-fiur-le-Vey, arr. de Saiot-Lo.
* Cartulaire de Coutances, n« 225.
religieux et aux pauvres, mourut en paix à Goutances le dernier jour d'octobre 1275.
MM. de Sainte-Marthe disent qu'il mourut en 1270; mais ils se trompent , comme il parait par plusieurs actes postérieurs à cette année. L'obituaire de la Perrine marque cette mort au premier jour de mars de Tan 1274, ce qui serait, à notre manière de compter, 1275. En voici les termes : « Anno Domini 1274, a calendis Martii, obiit vir bond3 memoriae Joannes « Constantiensis episcopus qui nobis dédit centum « libras turonenses ad emendos redditus. » J'estime aussi qu'il y a de l'erreur en cette date ; au rapport de tous les autres obituaires, ce fut le dernier jour d'octobre que Jean d'Essey mourut et non au mois de mars. Je crois donc que ce jour est celui auquel cette somme de cent livres fut donnée aux religieux de ce monastère. Les autres obituaires marquent le jour de cette mort sans en désigner l'an : « Pridie calendas novem- (i bris », porte celui de l'abbaye de Cherbourg, « obiit (( bonas et piae memoriae Joannes episcopus Constance tiensis qui nobis dédit ducentas libras turonenses ad <c redditus comparandos ad obitum suum. » Le même, sur le 26* du mois d'août, marque im service solennel pour ce prélat, en ces termes : « Septimo calendas « septembris,commemoratio reverendi inChristo patris « ac domini Joannis Dei gratia Constantiensis episcopi, « qui nobis dédit centum libras turonenses ad usum « et reparationem nostri monasterii , inde iste obitus (c seu commemoratio in conventu soleinniter celebrari « débet. »
Le nécrologe de Tabbaye de Saint-Sauveur-le- Vicomte marque aussi sa mort le dernier d'octobre, mais sans en dire Tannée : « Pridie calendas « novembris, obiit venerabilis pater Joannes episcopus (( Constantiensis ». Et au mois de juillet : a Decimo « sexto calendas augusti, recordatio obitus venera- « bilis patris nostri Joannis episcopi Constantiensis. a Conventui quinquaginta libras^ pauperibus triginta « quinque. »
Dans le nécrologe de Tabbaye de Saint-Lo , il est fait quatre fois mémoire de lui. Au dernier jour du mois d'octobre : « Pridie calendas novembris, obiit a Joannes Constantiensis » . Au 24* décembre : « Nono a calendas januarii, commemoratio Joannis Constan- (( tiensis episcopi. Missa de requiem ». Au dernier du même mois de janvier : « Pridie calendas fe-
(c bruarii, commemoratio bonae mémorial Joannis
a quondam episcopi Constantiensis ». Et enfin au 24* mars : a Nono calendas aprilis, commemoratio c( Joannis bonae mémorise Constantiensis episcopi. « Missa de requiem. »
Il y a trois obits pour lui en son église cathédrale, aux mois de février, de juin et d'octobre , et un quatrième aussi de sa fondation pour ses parents. On en fait mémoire à Blanchelande le 21 avril , et à la Bloutière le 30 juin. Il est en l'Hôtel-Dieu de SaintrLo trois fois au nombre des bienfaiteurs pour qui on doit prier. Enfin, je n'ai point vu de lieu de piété dans lequel on n'ait fait une très-honorable mention de lui. Nous n'en apprenons l'année de sa mort ; mais ce nous